Quelques questions, pour essayer d'y voir plus clair.

Il est très tard.  Je bois un thé à la menthe. Sucré, et avec du miel.  J'avais oublié de dire que quand j'ai reçu les premières lettres de P. (celui que j'appelais il, lui, ou Shâhryiâr), je m'étais mise à faire de la fièvre. Et cela avait duré plusieurs jours. Il y a plus d'un mois de cela. J'ai conservé toutes ses lettres et les miennes aussi. Ce sont de très belles lettres. Nous en échangions des dizaines par jour.  Et ce soir, la fièvre a réapparu. Est-ce un signe ?

Dans son dernier mail, il me faisait part de son désir de me voir prendre un train à l'opposé du sien. Il m'avait souhaité bonne route. Son plus cher désir - m'écrivait-il -, était que cela se passe bien pour moi. Merci. Avouer que je n'y croyais pas beaucoup. Pas plus qu'au reste du verbiage de circonstances : à quel point je l'avais fait réfléchir, bla bla, comment il voyait la vie autrement depuis moi, bla bla bla, en quoi et par quoi il prenait conscience depuis nos échanges que les relations virtuelles et l'amour devant un écran, ce n'est pas la vraie vie, bla bla bla et rebla. 

Je ne lui ai pas encore répondu. Son e-mail est dans ma liste de lettres à  écrire, sur le coin de ma table de nuit.  Je place mon courrier dans un cartable noir doublé de toile, avec trois petites boucles de ruban noir tout autour. Je vois ses mots quand je me couche le soir et quand je me lève le matin. Ou quand je vais dans ma chambre prendre quelque chose. Je ne suis même pas certaine que je vais lui répondre. Je ne sais pas. Peut être que je choisirai de garder le silence à tout jamais avec lui et que, moi, Lady A., je ne lui souhaiterai jamais d'être heureux, comme lui il a eu la « générosité » de le faire pour moi. Je n'ai pas encore décidé, pour demain.