valium

[10:00]. J'ai lu jusqu'à trois heures du matin. Fini Valium. Y ai retrouvé des phrases étonnantes, des passages entiers que j'avais l'impression d'avoir déjà lu quelque part. Et puis d'autre phrases. Une tonalité familière. Des mots percutants. J'ai souligné, souligné. Et quand Script trouve quelque chose à souligner dans un livre, tassez-vous de d'là. Après ça, elle se met à noter, ça finit plus. Ces mots m'ont donc trotté dans les méninges jusqu'au matin, comme des parasites. Mistral publierait-il son journal en ligne sous second ou triple pseudonymat, comme le chef de l'opposition? N'étaient-ce que des citations? Mais où avais-je donc lu ces phrases-là ?

Ah! quelle contamination. Avec ça, le reste de la nuit je me suis fait réveiller à tout bout de champ par le vent qui brassait les grands arbres autour de la maison, qui repoussait l'air par en bas dans la cheminée, brr. 

Et Sebastian? Plus envie. O.K. un petit effort. Pour finir la partie bio du gars qui est derrière le modèle des peintres, j'ajouterai que Sébastien est le troisième patron de Rome, après Pierre et Paul. Je sais, on s'en fout. Mais il est aussi le patron des armuriers. Oui. Et en plus, on l'invoque contre la peste (prenez, pas plus tard qu'hier...) et contre l'épilepsie (voilà qui pourrait se révéler fort intéressant, ma foi...)

Pour en revenir aux images, c'est l'évocation et le jeu qui me plaît là-dedans. Le fait que rien ne soit « dit ». Les jeux d'ombres, de lumières et de couleurs sont intenses, puissants. Il y a beaucoup de mouvement dans les corps, même attachés. Plus je les regarde ainsi disposés plus j'y vois une sorte de ballet, de danse baroque : l'anatomie est si parfaite. Et toute la provocation du savant drapé (lui aussi lumineux) des maillots. Ils dissimulaient quoi au juste ces petits chiffons noués avec grâce sous la taille? 

Que de beauté! Aucune idée de torture ni de victime. La lumière paraît jaillir du corps pour traverser et éclairer le tableau, comme une lampe allumée. Le reste, ciel, terre, arbres, en deviennent encore plus obscurs. C'est difficilie de voir là de pauvres saints martyres qui se font « martyriser ». Ce sont des hommes ordinaires. Dans le plaisir de la méditation.


Retour à Valium. Dans sa dernière lettre avant de s'effacer de la page, Jo Genêt avait écrit :

J'ai le goût de grimper sur toi. J'ai le goût de m'accrocher à tes épaules. J'ai le goût de remonter mes genoux jusqu'à tes aisselles. Que tu l'enfonces, que tu m'enfonces, que tu me l'enfonces, qu'on touche enfin le fond pour émerger rageusement ruisselant d'éclaboussures mortellement vitales au delà, bien au-delà, encore plus loin que ça.

Je t'aime jusqu'à la fin de mes jours et de mes nuits. Jusqu'à la fin de MOi.

C'est samedi. J'ai beaucoup de ménage à faire ici.


[19:49]. La tempête a fait rage une bonne partie de la journée. Oui, j'avais du ménage à faire, mais j'ai dormi presque tout l'après-midi. Ces vents violents me fatiguent. Alors la méditation a porté fruit.  J'ai mal à la tête.

Je refuse de perdre mes illusions une par une. Je ne veux plus voir de fiction là où il y a tant de beauté. Vers 18h00 j'ai cherché à renouer avec cette beauté. J'ai exposé mes démons intérieurs. Avoué que le grand couteau de la rupture n'était rien d'autre que la peur de souffrir. La peur de l'abandon. Comme si toute la partie d'échec était jouée d'avance et que j'avais déjà perdu ma reine. J'ai honte. Mais le jugement moral n'a pas sa place ici. Retour du balancier, a-t-il dit. J'ai manqué de douceur. Par peur. J'affronterai désormais cette peur. Il existe des êtres à qui il m'est impossible de tourner le dos. J'insisterai s'il le faut. Je dirai tout. La tempête est presque finie dehors. 

Ce que j'ai pleuré toute la semaine, j'en retrouve une description assez frappante en lisant la « lettre de Mary-Raspberry » :

... je suis sortie de mon corps, je suis sortie du fil linéaire qui détermine temps et époque, et toi aussi tu en es sorti, nous n’étions plus que deux êtres, ayant tous nos âges en même temps et aucun à la fois, nous possédions cette sagesse calme, tranquille et heureuse que tous les poètes ont toujours inlassablement cherchée, cette béatitude intouchable, ce que peu atteignent, ce que je n’aurais jamais pu atteindre seule ou avec un autre.

Cet état de « béatitude intouchable », je l'avais découvert, déjà.. Je n'osais pas le reconnaître comme une réalité. Et c'est moi seule qui ai cherché à y mettre fin, en tremblant de peur, comme si je n'y avais pas droit. Mais c'est là et vivant. Insistant. Alors je ferais mieux de dire oui, autrement cette vie-là n'a plus aucun sens. 

Et maintenant, faire ma lessive.

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