un inconscient ratoureux

Comme un rituel, je m'asseois devant cet écran pour écrire une page de journal.  Je me dis o.k., le coeur n'y est pas, mais je veux au moins rester accrochée à cette réalité-là. Quitte à avouer la misère qui me ronge, avouer que je ne sais pas quoi écrire aujourd'hui. Pourquoi ? Il n'y a rien qui m'oblige à écrire. Personne ne me demande de le faire. Aucun lecteur ne m'a écrit pour me dire qu'il attendait ma page avec impatience.

Je me suis assise, j'ai écrit la date et vérifié les liens. Collé un beau coquelicot pour me faire plaisir. Et puis, en commençant sur une page toute neuve et propre je me dis que les idées vont arriver. Mais rien. Pas une goutte. Le robinet est fermé. Ce n'est pas l'angoisse de la page blanche. C'est la peine.

Je n'ai pas réussi à toucher au Lexique. Pas envie. Encore avant hier, cette écriture m'apaisait un peu, et le seul fait de me concentrer là-dessus dissipait les nuages. Il devait me rester des mots. Ils sont tous partis. Pourquoi continuer ? Quelle utilité ? Ce n'est peut-être qu'une sorte de jeu futile.

Et puis j'ai eu mal en lisant les commentaires d'une diariste qui tourne en ridicule les « pseudo-auteurs », je me suis sentie visée. Oui, j'ai dit que j'écrivais ailleurs que dans ce journal. Mais une personne qui a la « prétention » [dit-on] d'écrire devient une proie facile. Avec l'obligation du style parfait et du texte intéressant, génial à tous les coups. Sinon, on va la ranger chez les « pseudo-auteurs », les miteux, les écrivains ratés. Pourtant, les autres qui écrivent leur journal en ligne, « les pas-auteurs », ne sont pas toujours intéressants non plus. Pourquoi ceux des « vrais-auteurs » devraient péter des scores quotidiens ? Ce n'est que mon journal et je revendique mon droit d'auteur d'écrire moi ausssi des platitudes si ça me chante. C'est pas un livre ni un article dans Le Devoir, et ça n'en sera jamais un. Je ne revendique pas le poste de « poète officiel du Parlement » non plus... Le sien de journal à cette diariste il n'est pas toujours fort fort non plus, loin s'en faut ; mais elle aurait le droit de voler bas sous prétexte qu'elle ne « prétend » pas écrire ? Elle fait quoi d'abord dans son journal si elle ne l'écrit pas ? Elle barbouille ? Facile de jeter la pierre. Plusieurs auteurs de journaux intimes travaillent en informatique et ils n'ont pas les sites les plus high-tech, il leur arrive d'avoir des erreurs 404, des liens morts et des messages d'erreur, des trucs qui marchent pas en informatique. Est-ce qu'on les crucifie pour autant ? Je sais, je sais, je paranoÏe. Elle devait pas viser la pauvre petite Script, elle doit même pas la connaître. Mais Script est comme un Saint-Sébastien, la plaie ouverte attendant la pointe acérée de la flèche empoisonnée. J'oublierai ça vite, n'en ferai pas tout un plat.

Une amie m'a écrit : - Te souviens-tu de ce que disait notre ami Musset ?

Il faut souffrir encore après avoir souffert, il faut aimer sans cesse après avoir aimé...

J'ai beau lire et relire ces mots, les « Il faut » me semblent les pires bourreaux. C'est quoi le verbe falloir ?

J'ai pensé suspendre le journal pour quelques jours. J'y ai pensé. Je devrais le faire ? Oui, puisque je ne sais pas quoi écrire aujourd'hui. Mais je ne peux pas m'y résigner. Comme si c'était un dernier petit lien que je n'ose pas couper. J'ai déjà trop coupé, beaucoup trop. Qu'est-ce que j'ai fait ?

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