Klimt : Nuda Veritas

Script se relève souvent en pleine nuit pour écrire son journal. J'aime bien écrire la nuit. Mais ce que j'écris ne prend pas toujours le chemin de la grande Toile. Il y a tout l'illisible, les ratures, taches et biffures qui seront soit effacées à jamais (delete), soit classées ailleurs. Couper, rayer ce qui n'est pas le Journal Online tel que je le conçois, tel qu'il me va.

C'est le tri, la sélection, dans le dévoilement de l'intime. Les pourquoi, les comment. L'ai-je déjà écrit ? ce n'est pas ici que je raconterai ma vie par le foisonnement des menus détails. Sauf parfois un seul fragment, un morceau qui se délivre. Ou deux. Pour cela, une part d'écriture demeurera cachée, secrète. L'autre, je la publierai online. J'apprends. À peser, mesurer mes propos. Ou bien à perdre toute mesure quand l'envie de hurler l'emporte. Cette civilisation ne me laisse pas le choix. Laisser aller l'écrit.

Certains jours, on veut mordre. Certaines nuits, on fait l'amour. C'est la vie. Nécessité de départager ce qui appartient à l'ombre et à la lumière. Il ne s'agit pas de censurer : établir sa propre tonalité, allumer sa brillance. Comme prendre son souffle. Comme respirer avec les mots, les phrases. La respiration est indispensable à la survie. Aucune censure, donc. Je préfère le mot « mesure » qui ne limite pas, il délimite.

– Il est pour quand, ce Lexique ?

– Pour bientôt, soupire-t-elle, très bientôt.

Quand on porte le nom de Script, il arrive que l'on se sente investi de drôles de pouvoirs. Pouvoir d'écrire. Vu comme un pouvoir de transformer le monde, transposer la réalité. Faire de l'amour un langage, le vivre sous plusieurs formes. Elle n'est pas exhibitionniste. Non. Sauf à séduire. Come on.

J'ai passé quelques nuits à lire et à écrire des textes qui me parlent de l'amour. Principalement de l'état de nudité qui accompagne l'éclosion de l'amour.

Toute littérature sur le sujet étant plus que suspecte, j'effectuais un nécessaire retour aux textes Anciens qui s'accumulent dans l'étagère des non encore lus. Chercher loin, remonter le temps. Et revenir. Ce n'est que dans le va et vient que le sens peut surgir. Mais trop peu. Si peu.

On a écrit ceci (je traduis) : dès qu'un amour s'affiche au monde, il perd la faim de l'autre. Même si je suis heureuse lorsque je découvre cette équation entre la faim et l'amour, je me demande si l'homme et la femme ne sont qu'un garde-manger l'un pour l'autre. Avec tous les oignons en train de germer dans le mien, je ne peux que tirer les plus joyeuses conclusions. Mais encore ? Les amants se hument, ils se goûtent. Et alors ? Cela signe souvent la faim ou à la fin de l'attrait. Ce qui fera baisser, se détourner le regard.

Dira-t-on aussi « j'ai faim » quand ce désir de la présence de l'Autre se fera lancinant, insistant ? Cette faim porte-t-elle le nom d'amour ? Je ne sais pas. On ne peut reconnaître l'amour, savoir que l'amour existe, que lorsque l'on sait se faire humble devant lui. Nous ne sommes pas humbles. Affamés seulement. Je lis fascination. Tendres regards. Dénudation progressive.

La nudité des femmes dans le vestiaire du gymnase et dans le sauna où je me suis si voluptueusement glissée hier était émouvante. Les corps paraissaient fragiles, la peau humaine est si mince. On aurait dit que ces femmes étaient transparentes. J'aurais pu lire sur leur chair humide comme dans un livre ouvert. Alors j'ai baissé les yeux.