vu et entendu : les gros flocons de neige tomber silencieusement hier soir. Quelques petits sapins de Noël lumineux sont déjà installés sur les balcons des maisons voisines.

admiré : mon fils. Depuis environ trois semaines, Arthur apprend à construire un site internet dans ses cours d'informatique à l'école (Sec. 3). Hier, il m'a raconté qu'ils ont travaillé avec Web Expert. Il a dit: « J'ai pas aimé ça, tu cliques, tu coches, ça bogue... j'ai laissé ça et j'y arrive plus vite en écrivant les codes à la main. J'aime mieux ça avec les codes html. Si tu veux, je peux te donner mon guide. » Quoi ? Il a déjà tout mémorisé ? Une seule déception, il dit : j'ai pas trouvé le moyen de faire les "frames" juste avec des codes. Quand je lui dis que je me sers du Composer de Netscape, pour faire mon site, il reste poli. Petit sourire.

Ma douleur au dos est revenue. J'ai beau chercher, je ne vois pas ce qui a pu causer ça, cette fois-ci. Je n'ai pas fait de faux mouvements, pas d'efforts musculaires en transportant des objets lourds, et pas pris froid. Peut-être des séances un peu trop longues assise devant l'ordinateur ? Enfin, je fais attention et j'applique de la chaleur. Si ça ne va pas mieux d'ici deux jours, je prendrai rendez-vous avec mon ostéopathe, Philippe D. Il a l'art de me faire passer le mal de dos. Mais ça fait longtemps que je l'ai vu.

Quand je suis allée le voir pour la première fois, c'était en juillet 1997. J'avais tellement mal au dos que la douleur irradiait dans tout le bras droit et je ne pouvais plus travailler. Je ne pouvais pas dormir plus de quinze à vingt minutes à la fois, la douleur me réveillait. Je ne pouvais même plus écrire, je veux dire tenir un crayon. Le pouce échappait tout.

En arrivant dans son bureau, dès que je l'ai vu, il y a quelque chose en moi qui s'était détendu. Juste sa présence calme et enveloppante, peut-être, ou encore le profond regard de ses yeux bleu pâle, perçants. Il commençait déjà à soigner. Il écoutait avec une rare intensité. Il m'avait dit en commençant : la sorte de douleur au dos que vous avez, c'est de la peine. En entendant ça, j'avais fondu en larmes. Alors il m'avait demandé que je lui parle de cette peine-là. Et j'ai pleuré, pleuré, et parlé de ma peine d'amour et de tout le reste. Il a posé d'autres questions du genre : pourquoi ne pas travailler moins, pourquoi n'avez-vous pas publié, et caetera. Il m'avait bien sûr décoincé quelques articulations : une côte, des vertèbres, les épaules, coudes et poignets. Je parlais, parlais, moi si peu volubile d'habitude. Quand j'ai dit : j'ai de la difficulté à faire confiance, il a ajouté : à moi aussi ? Oups. Et quand j'ai parlé de mon orgueil, il m'a dit : ça, c'est à jeter à la poubelle.

Sur le mur derrière son grand bureau en bois, il y avait une immense courtepointe blanche avec des petits anneaux entrelacés couleur corail. Le genre de couvertures que les grands-mères passaient des journées à coudre et surpiquer tout à la main. J'ai toujours rêvé d'en faire une pour mon lit mais je n'ai pas la patience ni la pérsévance pour monter un tel projet. Un jour.

P. parle de son métier avec amour. Pour lui, l'ostéopathie est la plus belle médecine. Je comprends. Mais son métier, je serais incapable de l'exercer. Je suis passée de l'autre côté des maux : dans les mots. Je ne peux plus m'adresser à d'autres souffrances, sauf pour écrire. Et chercher à comprendre.

Ce jour-là, P. m'avait demandé en partant : quand allez-vous vous reprendre l'écriture ? J'ai répondu spontanément : Ce soir. Et ce soir-là, malgré le mal de dos, j'ai rouvert mon cahier. Il m'avait aussi conseillé d'éviter le froid là-dessus, sur cette douleur, et de porter un t-shirt pour dormir. Et de la chaleur. Je mettais de la glace depuis des jours. Il m'avait prescrit des granules de Saphysagria en disant que ça ferait beaucoup de bien à quelqu'un dont l'ego a été raboté... Il ne savait pas si bien dire.