Vu et entendu : le petit bout de show de Jean Leloup à l'émission Christiane Charette en direct, hier soir. Leloup est un peu parti dans sa bulle, chante ses textes à lui et s'accompagne à la guitare.

Il avait les sourcils et les moustaches accentués au crayon gras, ça lui donnait un petit air vaguement décadent. Superbe. Ce gars-là écrit des textes flyés. J'en ai lus. Des courtes nouvelles. En ce moment, il écrit un roman, l'histoire d'un musicien philosophe amené au bûcher. Ça me rappelle quelque chose, ça.

Un mot qui le résumerait ? La groove, faut que tu la mérites, disait-il. Faut que tu restes loin de l'anti-groove. Faut écrire et chanter pour faire rire le monde. Ici, en Amérique, on est tous trop straight, trop froids, chiants, crispés, gelés. Là, ce n'est que moi qui le re-dis, par-dessus les paroles de Jean Leloup entendues hier soir et qui me sont restées accrochées dans l'oreille.

Le temps serait-il enfin venu de passer aux aveux, de dévoiler ma véritable identité ? Dire qui je suis. Mon nom ? Non. Le seul aveu possible est une nouvelle image de ma page quotidienne qui révélera un peu plus qui je suis vraiment : une personne ordinaire. Noire et blanche, avec un peu de gris. Sans oublier les trois virgules de couleur.

Ce matin, tout est calme et silencieux dans la maison. Le chat fait ses petites affaires du bout de ses quatre pattes poilues. Il marche ici et là, je ne l'entends presque pas. Sauf quand il saute sur le lavabo de la salle de bain et demande que je vienne lui ouvrir le robinet. Parce que monsieur le chat ne boit que de l'eau courante. Si je suis occupée, il lèche la goutte.

Ce chat s'appelle Chapy. Il est le seul être vivant de ce journal (les autres je n'ose même pas en parler vraiment) à avoir pu se sauver de l'anonymat et conserver sa véritable identité sur le net. De lui, je pourrais tout dire. Raconter ses moindres faits et gestes sans craindre qu'il ne soit reconnu par ses amis, les membres de sa famille ou même ses collègues de travail ou son patron jaloux, ou par du monde qui trouveraient à redire sur ce qu'il écrit dans son journal intime public.

Chapy est un très beau chat. Mâle tigré, de couleur brun doré, avec du gris et du noir. Et avec une vraie tête de chat sauvage, le visage large et le front bombé. De beaux yeux d'un vert profond et indéfinissable, remplis de pépites d'or.

Chapy vit avec nous depuis qu'il a six mois. Je me souviens du jour où nous sommes allés l'adopter à la SPCA. C'était une jeune femme en fauteuil roulant qui l'avait sorti de sa cage et qui l'avait mis dans nos bras. Elle disait Chapu, j'sais pas pourquoi, car sur le carton, c'était écrit Chapy. On l'a pas obstinée. Arthur, lui, venait tout juste d'avoir quatre ans. Il en aura bientôt quinze.

Ce qui donne presque seize ans à ce beau minou qui nous en a fait voir de toutes les couleurs, et Arthur aussi. Du monde bien vivant. Des fois je me dis que Chapy et Arthur seraient bien capables eux aussi d'écrire un journal en cachette. Online, peut-être. Et c'est pas moi qui irais le lire !

Je suis en train de réfléchir à une sérieuse question, depuis hier : peut-on être vraiment sincère dans l'écriture de soi d'un journal online à cause du pseudonyme que l'on prend, et derrière lequel on se cache, en quelque sorte ? L'hypothèse étant que ce pseudonyme lui-même colore notre personnage virtuel d'une autre couleur que celle du personnage réel, en chair et en os.

Par exemple, si j'avais choisi de m'appeler Pitoune, Kim'gala ou encore Minouche au lieu d'Ariane, serais-je différente, me serais-je projetée autrement dans mes textes?

Et puis, est-ce que la mythologie qui pèse sur le prénom d'Ariane change quelque chose à mon degré de sincérité ? Il va falloir que j'y réfléchisse. Chapy, lui, n'a pas ce problème-la.