Quand je serai grande, je m'inventerai des dimanches tout en musique comme ceux de mon enfance.

Quand j'étais petite, le dimanche, je me levais un peu plus tard que les jours de semaine. Je buvais juste un verre d'eau (il ne fallait pas manger à cause de la communion) et je mettais mes plus beaux vêtements. Devant le miroir, je brossais mes cheveux brun doré très longs et vérifiais mon visage une dernière fois, voir si j'étais assez propre pour allumer des étoiles dans les yeux de mon papa.

Les filles de monsieur Fabre, elles étaient toutes très jolies. Moi, j'étais la onzième. Papa racontait aux étrangers que j'étais sa plus belle, alors je rougissais. Avec ma famille, nous allions à l'église tous les dimanches écouter la messe, la belle musique d'orgue et les chants grégoriens. Sans jamais avoir pris des cours de latin, je comprenais cette langue intuitivement, je crois que c'est ma troisième langue maternelle. La langue de notre mère l'église comme ils disaient à l'époque. Ma première langue c'est le québécois (le joual), la deuxième c'est le français (appris à l'école), la troisième c'est le latin. Après j'ai appris l'anglais et l'espagnol. L'amour des langues, c'est entre autres choses ce qu'il me reste de la fréquentation intensive des rites de la religion catholique romaine dès l'âge de quatre ans jusque vers quinze ans. Bel héritage. Car à quinze ans, ni Jésus ni Marie ni les Anges ni même le Saint-Esprit ne m'ayant parlé ni fait de clin d'oeil du haut de leur statue j'ai dit adieu à tout ça. J'avais compris depuis le début que je n'étais pas douée pour la foi et l'hypocrisie, mais pour le doute et la soif de connaître. Je ne remettrais plus jamais les pieds dans une église me disais-je dans ma révolte existentialiste sauf que j'ai dû y retourner plus souvent qu'à mon tour pour les mariages et les enterrements. C'est correct. En voyage, je visite toujours les vieilles églises pour entendre la musique de mon enfance, admirer leur architecture et rêver à l'histoire ancienne. Une fois, en Espagne, en entrant dans une petite chapelle du XIIIe siècle, j'ai vu une statue de la vierge enceinte jusqu'aux yeux, une virgen embarazada. Elle était tellement belle avec son gros ventre ! Ici, il n'y en a jamais eu, des statues comme ça.

La onzième fille de monsieur Fabre s'inventera toujours des dimanches tout en musique.