Hier dimanche, jour de repos généralisé, jour de lumière dorée et d'oubli, j'ai craqué pour trois poissons rouges dans un bocal en forme de bulle de verre. Au fond, des cailloux. Au milieu, un bouquet d'algues mouvantes.

J'arrive à cette matinée du lundi matin le cerveau un peu embrumé d'avoir trop dormi ce week end et aussi par le flot de soleil et la lumière d'automne jaune orange rouge. Je passerais tout mon temps dehors si je le pouvais malheureusement j'ai choisi aujourd'hui de m'enfermer sept à dix heures devant mon clavier à écrire et je le ferai parce que j'en ai envie aussi. Ah! si j'avais un portable, je serais déjà assise sur un banc dehors et je me ferais aller les doigts. Je n'ai qu'à reprendre un carnet et y aller si je veux. Oui, bof.

Où sont allées toutes mes heures depuis samedi? Nulle part. Le temps n'existe pas. Peut-être je les ai mangées? Aux antipodes de la peur d'engraisser, avant de m'endormir, je me suis payé la traite en lisant mon troisième Amélie Nothomb, Les catilinaires. Un supplice que ce livre soit si court mais un pur délice aussi avec tout le gras et les calories dont j'avais besoin pour me refaire une santé. Mmmm que c'était voluptueux quand il lui a mis un oreiller sur la tête. Cicéron je ne l'ai jamais lu. Je suis une analphabète.

Hier dimanche, déjeuné avec des toasts au beurre avec un tas de confitures bonne maman aux cerises et café noir extra fort très sucré. Dîné d'une salade verte, de poulet rôti et de patates rissolées. Un bon flan de huevos pour dessert.

Mon fiston passera la semaine prochaine avec son père. J'ai inondé la copie papier de mon manuscrit en arrosant le gros vase plein de marguerites mauves hier soir. Mon roman est un torchon dégoûtant. Recommencez-moi ça mademoiselle ! Et que ça saute. L'imprimante n'a plus d'encre noire ni de couleur non plus. Panne sèche sur manuscrit mouillé, ça va bien.

Ces temps-ci je ne vois pas un ni une seule ami-e. Vais-je m'en repentir un jour? Je n'ai pas trop le choix, si je veux finir cette maîtrise il me faut travailler et travailler. Alors le social prend le bord. J'oubliais, je voulais aussi noter que j'ai retrouvé mon Cioran, La tentation d'exister,, et je vais piocher un peu dans le chapitre qui a pour titre « Au-delà du roman » et qui commence ainsi :

Du temps que l'artiste mobilisait toutes ses énergies pour produire une oeuvre qui le cachait, l'idée de livrer sa vie au public ne devait même pas l'effleurer. On n'imagine pas Dante ni Shakespeare notant les menus incidents de leur existence pour les porter à la connaissance des autres. Peut-être tendaient ils à donner une fausse image de ce qu'ils étaient. Ils avaient cette pudeur de la force que le déficient moderne n'a plus. Journaux intimes et romans participent d'une même aberration : quel intérêt peut présenter une vie? Quel intérêt, des livres qui partent d'autres livres ou des esprits qui s'appuient sur d'autres esprits? Je n'ai éprouvé une sensation de vérité, un frisson d'être qu'au contact de l'analphabète : des bergers, dans les Carpathes, m'ont laissé une impression autrement forte que les professeurs d'allemagne ou les malins de Paris, et j'ai vu en Espagne des clochards dont j'eusse aimé être l'hagiographe. Nul besoin, chez eux, de s'inventer une vie : ils existaient ; ce qui n'arrive point au civilisé. Décidément, nous ne saurons jamais pourquoi nos ancêtres ne se sont pas barricadés dans leurs cavernes. (p.139)