rupture jour 3

Rupture, jour 3. Rien à signaler. Comme si je sécrétais un anesthésiant naturel contre la peine d'amour, substance chimique infiltrée partout dans chaque millilitre de plasma et de globulines, de globules rouges et blancs, de plaquettes et dans chaque fibrille des fibres musculaires, dans la salive et les papilles gustatives, dans les reins et les glandes surrénales, à l'intérieur du coeur, frôlant les oreillettes et les ventricules, remontant l'aorte, s'insinuant dans les poumons et les brachioles, se propulsant encore plus vers le haut tout au fond du crâne vers les sinus encore un peu douloureux, poursuivant les rondeurs du globe oculaire, de l'iris et de la cornée, s'étourdissant des sons qui roulent dans les canaux semi circulaires puis sur le marteau et l'enclume, s'incrustant sous le derme et l'épiderme de ma peau, logeant dans chaque petit récepteur extrasensoriel, voyageant avec chaque neurone dans les substances blanches et grises et dans la moelle épinière. Comme ça que je ne souffre plus. Même plus. Grâce au corps. Lui seul sait.

Hier, en revenant de la montagne, je me suis arrêtée prendre un café à la croissanterie au coin d'Hutchison et Fairmount. Je déjeunais en lisant tranquillement et en prenant une gorgée de café de temps en temps, et à un moment donné, j'ai levé les yeux pour tremper un bout de croissant dans le café au lait gras et mousseux et là j'ai aperçu une femme assise à quelques mètres de moi qui avait un ordinateur portable ouvert devant elle et elle écrivait. Cette image, c'est ce que je me refuse, et ça n'a pas de sens. C'est la liberté que j'ai vu. C'est de cela que je me prive. Avec le portable, je n'aurais plus besoin de rester enfermée chez-moi pour écrire. Y penser sérieusement.

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