rupture jour 2

Rupture, jour 2. Rien à signaler. Je laisse la blessée lécher ses plaies pour retrouver un état d'apesanteur bénéfique qui me conviendra davantage en me permettant de survivre et de voir le soleil briller.

Avec le temps humide d'hier après-midi, une longue promenade dans la ville a ramené à ma mémoire le journal de Sylvia Plath. Hier soir, j'ai commencé à le relire. L'édition que j'ai est de Ballantine Book, en anglais (1991); écrit en mini mini caractères sur plus de 300 pages de papier jauni. En page quatre de couverture ils ont écrit : « No other major contemporary American writer has inspired such intense curiosity about her life as Sylvia Plath », et ce n'est pas peu dire. Sylvia s'est suicidée à trente ans. Elle écrivait magnifiquement. Elle était poète et écrivait son journal avec tant de poésie, tant de lucidité, et je sais que jusqu'à mon dernier jour je relirai et relirai le peu que nous avons de ce qu'elle a écrit et je découvrirai toujours de nouvelles facettes à la vie. Après sa mort, son mari Ted Hughes aidé de sa mère ont fait un tri là dedans et ils ont décidé d'éditer eux-mêmes le journal, enfin... ce qu'ils ont jugé bon de garder. Le livre qu'ils ont fait, ce n'est pas tout le journal de Sylvia. Voilà ce qu'explique Ted Hughes à la fin de la préface : 

The journals exist in an assortment of notebooks and bunches of loose sheets. This selection contains perhaps a third of the whole bulk, which is now in The Neilson Library at Smith College. Two more notebooks survived for a while, maroon-backed ledgers like the'57-'59 volume, and continued the record from late '59 to within three days of her death. The last of these contained entries for several months, and I destroyed it because Idid not want her children to have to read it (in those days I regarded forgetfullness as an essential part of survival). The other disapeared.

Lui aussi, il était poète. Elle l'aura aimé. J'ai trouvé un petit livre d'elle en français il y a quelques années (Éditions La Table Ronde, Paris, 1997) sous le titre : Carnets intimes. Une autre sélection de textes cette fois, mais sans la préface du mari. Cette fois, c'est Sylvia qui est traduite et citée en page quatre de couverture : « Ce que je redoute le plus, je crois, c'est la mort de l'imagination. Quand le ciel, dehors, se contente d'être rose, et les toits des maisons noirs, cet esprit photographique qui, paradoxalement, dit la vérité vaine, sur le monde. »

Alors, pour ma page quotidienne online, je conserverai également ce passage, écrit le 14 mai 1953 : 

I want to write because I have the urge to excel in one medium of translation and expression of life. I can't be satisfied with the colossal job of merely living. Oh, no, I must order life in sonnets and sestinas and provide a verbal reflector for my 60-watt lighted head. Love is an illusion, but I would willingly fall for it if I could believe in it. Now everything seems either far and sad and cold, like a piece of shale at the bottom of a canyon...

Merci madame Plath.

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