il ne le sait pas

Malgré la sinusite et son cortège d'inconforts, j'ai ouvert mon journal. Toute la journée, j'étais incapable de travailler. Je me suis levée tôt, réveillée par une locomotive pesante qui m'écrasait la boîte crânienne. Se pourrait-il que ma calotte glacière soit en train de fondre, docteur ? Ben quoi, l'évolution, on sait jamais. J'ai mouché, râlé, j'étais pas belle à voir. Pas faim, même le café ne goûtait rien. Je me suis traînée devant la télé. Pas le choix, pas capable de lire.

Deuxième événement qui m'a obligée à sortir de mes miasmes sinusiens, L. est passé me voir. Stressé. Trop pressé pour boire tout un verre d'eau. Il n'en prend qu'une gorgée ou deux et il parle, parle, il n'arrête jamais de se torturer avec toutes sortes de choses. La job, l'argent, le char, name it. Né avec des rollerblades attachés après le cordon ombilical, y roule. Je l'aime de même. S'il avait pas ce grain de folie-là, il serait sans intérêt aucun. Enfin, je me comprends. Je suis sortie un peu au soleil pour jaser avec lui, sur le balcon en arrière, celui qui donne sur la ruelle.

Veut veut pas, il s'arrête toujours finalement, surpris par cette immobilité que je provoque sans le vouloir, et il me regarde. Comme s'il était un peu ailleurs. Ce gars-là, il a la mer dans le regard. Et il ne le sait pas.

J'ai beaucoup de chance qu'il soit mon ami. Et la bonne chaleur du soleil, même au travers des vitres, elle viendra à bout de mon mal. Il le faut. Demain je dois travailler absolument, sinusite ou pas. Mais ça, c'est une autre histoire.

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