le temps ne bouge pas

Voilà, c'est aujourd'hui le jour J, celui où je commencerai ma remontée dans le temps. Mon hypothèse de recherche : Le temps se mord la queue. Le temps a l'air de passer vite, mais en fait il ne bouge pas. Claude Mauriac, auteur de l'énorme Temps immobile, a pratiquement passé sa vie à écrire là-dessus. J'ai presque tout lu. Presque.

Mais cet homme a tellement tout mis dans ce journal qu'il n'a pu écrire autre chose. Il voulait écrire des romans, et puis le journal est devenu le roman de sa vie.

Le temps ne fait pas bouger les gens, le monde. Plus j'observe autour de moi, plus ça me crève les yeux. Et j'ai trouvé des éléments de preuve, des témoins incriminants de cela dans mon journal papier. C'est donc par là que je vais commencer l'élaboration de ce « dossier », par ce journal-là qui me fait parfois l'effet d'agir comme une vieux sac à main [l'idée du fourre-tout est de V. Woolf, dans le Journal d'un écrivain]. Des tas d'objets hétéroclites y sont enfouis, depuis longtemps. J'angoisse, mais je retourne quand même fouiller dedans. Plus fort que moi. Mais je veux aller doucement. Je ne déballerai pas tout, seulement ce qui semble chercher à refaire surface. Depuis le temps, j'ai appris à mettre des gants blancs pour approcher les débris flottants dans les marécages de ma mémoire.

J'aurais déjà tout oublié, si ce n'était de ce journal. Ou c'est tout comme.

Mon point de départ sera donc l'écriture quotidienne [j'y tiens] de ce journal online et, à partir des thèmes du présent, j'ouvrirai les cahiers et repiquerai pour les recopier, sous une rubrique annexe [memoria], des pages entières, ou fragments de pages du même jour.

Je m'engage à ne pas biaiser, à travailler avec le plus de rigueur possible. N'est-ce-pas avant tout pour moi que la démarche aura le plus d'importance ?

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