4. ma chère neige

la neige du 17 janvier 2007

Elle se laisse désirer. S'économise. La nuit, le vent joue avec et s'amuse à défaire les sentiers, à créer de nouvelles figures.

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6. café noir

café noir du matin, le 19 janvier 2007

Si on me demande comment tu vas, je respecte le pacte et je laisse le hasard décider. Je suis ce que je tiens entre les mains. Le livre. Le café noir du matin. Je suis noire. Brûlante. Sucrée et amère. Je suis collante et je caresse la gorge. Je parcours le corps à l'envers jusqu'au ventre et fais palpiter le coeur. Je me réveille. Avec à la surface des petites bulles de saveur.

Je suis parfum. Volatile. Je sens bon : la vanilline et le gaïacol, les phénoliques et les épicés. J'arôme et goûte le beurre, le terreux, la pomme de terre et le sucré. Je suis le café noir. Je suis noisette, noix, caramel, champignon, et viande.

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9. et la melonette

ma dernière courge melonette Jaspée de Vendée, le 24 janvier 2007

Jour mémorable. J'ai découvert la dernière courge de mon jardin, la belle « Melonette Jaspée de Vendée », qui s'ennuyait dans la dépense. Viens ma chérie, aujourd'hui on va te manger. J'en ferai un potage, des beignets [la melonette est excellente dans la tempura], et s'il en reste un peu, une purée ou encore des flans.

En principe, cette variété de courges devrait se conserver jusqu'en mars... mais celle-ci commence à montrer des signes évidents de fruit trop mûr. Elle aura eu trop chaud, peut-être. J'essaierai d'en semer davantage l'été prochain car ces melonettes sont délicieuses, mais après celle-là, il ne m'en restera déjà plus. Snif.

Radio du matin : Vole Ta Vie, une chanson magnifique, par Romane Serda :

C'est pour tes beaux yeux noirs de mélancolie
Que j'écris cette histoire que j'ai sauvée du vent
Je me souviens d'une fille nommée Sally
Qui voulait traverser à cheval l'océan
Elle savait lire mais juste au creux des mains
L'aventure sans lendemain

Dans l'herbe bleue qui lui servait de lit
Sally chantait des comptines d'antan
Le soir venu arrivait son ami
Le gipsy qui volait des couverts en argent

Il lui offrait de la menthe et du thym
Elle lui jouait du tambourin
Il écrivait sur les pierres du chemin
Les mots qui chassent le chagrin

Vole ta vie sur l'océan
Laisse-toi soulever par le vent
Vole ta vie, le ciel t'attend
Les nuages aiment les cerfs-volants

Un jour d'hiver et de neige et de pluie
On pendit le gipsy pour ses crimes d'enfant
Sally pleura de quoi remplir un puits
Puis elle pria tous les dieux des étangs

Emmenez-moi là où le ciel s'éteint
Là où l'amour est certain
Sur son cheval au son du tambourin
Elle survola son chagrin

Vole ta vie sur l'océan
Laisse-toi soulever par le vent
Vole ta vie, le ciel t'attend
Les nuages aiment les cerfs-volants

Vole ta vie sur l'océan
Laisse-toi soulever par le vent
Vole ta vie, le ciel t'attend
Les nuages aiment les cerfs-volants

C'est pour tes beaux yeux noirs de mélancolie
Que j'écris cette histoire que j'ai sauvée du vent


(Je remercie Lyricsmania, pour les paroles)

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10. petit tour en raquettes

sentier sous les sapins

sentier vierge sous les sapins [mais pas pour longtemps]

pistes fraîches

pistes fraîches : un cerf ou alors un prince à qui on a jeté un mauvais sort

fleurs d'hiver

rien à manger sauf ces quelques graminées

canot oublié

la chasse-galerie est passée par ici ?

c'est ça le bonheur

c'est ça le bonheur

comme promis, le fleuve...

et comme promis, le fleuve sous une neige fine vers 15h30 le 25 janvier 2007

[avant le coucher du soleil, on voir toujours apparaître du rose dans le ciel]

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34. ma maison neige

ma maison, vue arrière sous la neige, le 1er mars 2007

Quelle merveilleuse journée d'hiver. Le soleil brille. L'air est encore frais et la neige lumineuse. Il doit rester encore quelques semaines de bon hiver et j'ai choisi d'en profiter au lieu de me morfondre en tirant des plans embrouillés pour l'avenir. On aura facilement deviné mon éternelle ambivalence : vendre ou ne pas vendre, partir ou rester.

J'ai exploré toutes les solutions possibles, tous les plans qui me permettraient de garder la maison tout en vivant tranquille ici pour écrire, j'ai tourné l'histoire dans tous les sens et je n'ai rien trouvé. La banque refuse de me prêter de l'argent soi-disant parce que je n'ai pas des revenus suffisants pour l'année 2006 et, comme que je n'ai pas de job ni de salaire, ni de boss, je suis en dehors de leurs petites cases, alors rien à faire : ni pour l'augmentation de mon prêt hypothécaire qui n'est pourtant que le tiers de la valeur de la maison, ni pour une marge de crédit ou un prêt ordinaire, rien, c'est non et non, et ils ne veulent rien prêter si je n'ai pas un emploi ou un bon gros contrat. Dans cette société gravement malade de son fric, si tu as le malheur de déroger un peu de la norme, de ne pas suivre toutes les règles des petits, moyens et gros consommateurs, on ne te fait pas confiance et on te le dit carrément : mais vendez donc cette maison. Je m'étais résignée. La pancarte est là.

Un mois plus tard, il n'y a eu que deux visites. Aucune offre d'achat. Le téléphone ne sonne même pas chez l'agent immobilier. Pendant ce temps-là, moi la niaiseuse, je fais mon deuil, et les zélés fonctionnaires de l'impôt font leur travail et exercent toutes les pressions possibles sur moi afin que je ne mette pas des années à les rembourser. Ils m'ont donné neuf mois, pas un de plus, pas un de moins. Ils refusent de baisser le montant des paiements mensuels qu'ils ont fixé et que je ne peux absolument pas payer avec mon tout petit budget.

Et puis le temps file. Si aucun acheteur ne se présente dans les deux prochains mois, ils vont envoyer le huissier, et ça va être la saisie : meubles, maison, tout. Je déteste me voir rester là sans rien faire, je ne peux pas laisser arriver le pire, et tout perdre parce que j'aurai vécu en me nourrissant de l'espoir de vendre cette maison.

C'est comme ça que j'ai décidé de chercher du travail. Je sais. J'avais dit qu'il n'en était pas question. Mais j'ai réfléchi et je crois bien que je n'ai pas le choix. Autant travailler et gagner des sous et les payer pour qu'ils me laissent enfin en paix. J'ai beaucoup de chance malgré tout, car j'ai posté un cv mercredi midi par email. Et j'ai eu un appel hier matin. Je passe ma première entrevue d'embauche demain à 14h15 pour un poste assez intéressant. J'ai calculé que si je travaille trois ou quatre jours par semaine durant un an, je pourrai tout rembourser et en mettre un peu de côté, peut-être même me payer un voyage et rénover le grenier où je rêve d'installer mon bureau. Par la fenêtre de la lucarne, la vue sur le fleuve et les montagnes de Charlevoix est époustouflante.

Si je n'obtiens pas cet emploi, je chercherai encore un peu dans la région et s'il n'y a rien, je retournerai à Montréal. Là-bas, je louerais un petit studio et je trouverais facilement un emploi à temps partiel pour un an. Je pourrais revenir habiter ici dans ma belle maison blanche neige les week-end.

Et en ce qui concerne mon roman, je commence à croire qu'il me faudra peut-être l'écrire de nuit. J'approche la centaine de pages. Pas question que je laisse tomber. Mais avec ces questions d'argent, je suis tellement stressée que l'écriture bloque deux jours sur trois, alors je n'avance à rien. Autant me libérer la tête de ces problèmes matériels. Je suis sortie tout à l'heure faire une longue randonnée en raquettes dans les sentiers tracés par les skidous dans le champ en arrière de la maison. C'est elle.

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37. rouge forêt

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Comme la neige est belle et chaude. Si bleue par endroits. Ouatée.

Un autre hiver de ma vie s'achève et j'ai l'impression de ne pas en avoir vu la couleur.

Et pourtant les couleurs sont là, généreuses et vivantes, à l'âme comme dépliée de sons rouges-gorges.

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50. quelque part au soleil j'ai vu

un petit groupe d'ancolies en cloque

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le déclin d'une tulipe garance

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le retour de la belle angélique, et puis de l'absinthe

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une couche de pissenlits sur lit de myosotis

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et la bêche qui m'attendait sagement

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alors je me suis remise au travail...

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55. gros plans sur...

...ce que sont devenus mes champignons de samedi matin :

Celui qui était tout rond, le plus brillant, s'est métamorphosé en grosse crêpe,

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l'autre, on dirait un bon biscuit moelleux, une meringue,

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et ces deux-là ont l'air pensifs, en tout cas penchés.

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En vérité, ils sont bien droit sous le soleil, c'est moi qui étais penchée.

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