Quelques textes extraits de la chronologie du journal, classés selon des thèmes récurrents, obsédants. Mais quand même pas des obsessions... Et aussi des lectures et des auteurs. Des notes sur l'écriture d'un roman, et ce journal.

Passé la nuit entière à rêver un énorme polar, un feuilleton philosophico-érotico-policier ponctué de brefs instants d'éveil où je me retrouvais essoufflée, fébrile et morte de peur, parfois de rire. Je replongeais dans le sommeil pour retrouver le fil, avide de connaître la suite. Bref, toute la trame d'un roman qui tiendrait la route si j'avais envie de l'écrire.
Soutiré deux cartes en buvant le café au lait bouillant à grandes gorgées : encore le Pape ! Et pour vous ? Pour vous, c'est l'Empereur. Avec ça, ça devrait aller.
J'ai découvert hier soir une image puissante pour illustrer la couverture d'Épiphanie. Une belle.
Je relis Gertrude Stein en commençant par son Autobiographie de tout le monde. Ça va. « Somme toute, c'est assez drôle d'être un génie »
écrivit-elle dans ces années-là [1937]. Arf.
![primevères [23-02-03]](http://www.anniestrohem.com/loveandwriting/archives/images/primeveres_23_02_03.jpg)
C'est long à lire cette Autobiographie de tout le monde. Je lis dans mon bain, je lis au café et dans mon lit et parfois des petits bouts aux feux rouges dans ma voiture mais ça, ça fait hurler les monsieurs pressés, mais je m'en fiche, j'aime lire partout partout et je lis et ainsi ce matin j'arrive aux dernières pages là où il y a ce passage où Stein écrit :
Et maintenant il me semble que je l'ai fait, la première autobiographie n'était pas cela, elle était une description et la création de quelque chose qui s'était passé qui d'une certaine manière était en train de se passer non pas de nouveau mais comme si cela s'était déjà passé, et c'est cela l'histoire c'est cela les journaux c'est cela les illustrations mais ce n'est pas une narration simple de ce qui se passe, non comme si cela s'était passé non comme si cela était en train de se passer mais comme si cela existait tout simplement. Et maintenant je l'ai fait dans ce livre je l'ai fait.
Alors ce matin j'ai fait des photos des primevères rouges au coeur jaune avec la petite Quick cam. Les photos sont pas mal. La plante est là sur mon bureau juste à côté du clavier, et à droite du téléphone. La plante ne fait rien et elle est là pour moi et maintenant pour vous. Hier j'ai vu chez le fleuriste des mimosas et c'était écrit sur l'emballage transparent : long lasting flowers froms French Riviera, j'avais les bras trop chargés de paquets et je ne les ai pas pris, mais je vais y retourner aujourd'hui et après je les regarderai avec la caméra et si je peux, je ferai des photos. Je ne peux pas faire pousser des mimosas ici, et des branches de mimosas coupées ce n'est pas aussi beau que les arbres jaunes en fleur à cette saison de l'année, là-bas. Ils étaient tellement beaux l'année dernière, j'avais le coeur qui débordait chaque fois que j'en voyais un et il y en avait des centaines quand j'étais passée en train au matin, le train Paris-Ventimiglia dans lequel j'avais dormi dans une petite couchette au deuxième étage.
Je me souviens une lectrice m'en avait envoyés en photo mais j'ai perdu la photo sur le serveur de Free une fois quand j'ai tout effacé le Journal de Script l'été dernier. L'original de cette photo que j'avais trouvée en consultant mes mails à distance est resté sur un serveur de mail quelque part en France parce que j'ai oublié de faire suivre le courrier ouvert à Paris jusqu'ici.
Et dans le train, le matin on avait replié les lits et on s'était assis devant la fenêtre et je regardais passer les arbres et la mer et c'était magnifique les chiens couraient sur la route et les gens ouvraient leurs fenêtres parce que c'était le matin et ils sortaient les chats et les chiens et ils étendaient les draps dehors pour sécher et puis il y avait des palmiers très hauts. Sur un des draps, j'avais vu de loin une tache rouge une tache de sang en forme d'étoile de mer et alors je m'étais enroulée dans la serviette éponge bleue avec des étoiles jaunes. Et j'avais pris des notes pour l'autobiographie d'Erika von Strohem.
Je me demande ce que je vais lire après l'autobiographie de tout le monde. Envie des Chroniques d'Alvin le Faiseur ou Maeterlinck ou les Lettres persanes. J'irai donc à la librairie aujourd'hui faire le plein de bouquins car maintenant que c'est écrit dans le journal du dimanche il faut le faire.

Comme c'est le journal du dimanche et que ce dimanche a décidé d'être doux et magique, j'ai reçu pour la deuxième fois une photo des mimosas de la French Riviera et ils viennent de la même femme qui a lu le journal l'année dernière et qui le lit encore et qui m'envoie de temps en temps des belles images pour mes pages et qui me demande de rester anonyme alors je lui ai donné le pseudo d'Anonyme parce que j'aime ce mot-là il est féminin et si poétique et elle s'est reconnue quand elle a lu mon histoire de la photo perdue du mimosa et moi j'avais oublié qui me l'avait envoyée mais je me souvenais que c'était une femme et je trouve cela parfaitement magique et extraordinaire que de telles choses puissent arriver de recevoir ces fleurs du printemps une deuxième fois avec le ciel bleu au soleil pendant qu'ici la neige est partout et elle tombe lourde et molle, chaude et pressée.
Je recommence à faire des phrases beaucoup trop longues, sans doute que je suis un peu contaminée par mes dernières lectures. On dit que la neige se changera en pluie ou en verglas, on verra mais on en profite quand elle est là, ça change des grands froids et des rues toutes nues blanches de calcium et des petits cailloux pointus qui entrent dans les maisons collés après les semelles et pour finir on en retrouve partout et c'est l'invasion des petits cailloux noirs de l'hiver montréalais qui piquent les pieds nus sur les parquets de bois vernis.
![primevères [23-02-03]](http://www.anniestrohem.com/loveandwriting/archives/images/primeveres_23_02_03.jpg)
La foudre ne tombe jamais deux fois au même endroit mais c'est seulement parce qu'elle est rare, les noisettes tombent toujours au même endroit ce qui fait que l'on dit noisette noisette trouve ta soeurette. Quand vous laissez tomber une noisette il y en a une autre juste là où vous n'aviez pas vu qu'il y en avait deux.
Eh bien il n'y a peut-être aucun rapport mais ils viennent de me demander d'écrire un article pour expliquer comment quelqu'un qui écrit d'une façon aussi incompréhensible que moi peut être aussi populaire autrement dit aussi bien comprise. Cela a-t-il quelque chose à voir avec la foudre qui ne tombe pas deux fois au même endroit parce qu'elle est rare ou avec les noisettes qui tombent au même endroit parce qu'il y en a tellement. Je me le demande.
On m'a demandé des nouvelles de mon bébé. Développement normal. J'arrive à la seconde moitié du manuscrit. Comme j'ai toujours le problème d'imprimante, je ne peux plus imprimer page par page ce que j'aimais bien [snif] parce qu'ainsi je pouvais voir monter la pile de feuilles à gauche à mesure que j'enlevais des feuilles sur la pile de droite. Donc, reste plus que 2 cm de pages à corriger. J'ai pas encore de contractions.
Je sais, j'avance pas vite parce que je travaille beaucoup et que je trompe allègrement Épiphanie avec Bordel – je n'aime plus du tout ce titre provisoire – dès que j'en ai la chance. Je dois être d'une nature profondément libertine tout en m'imaginant que je suis une femme fidèle.

Aujourd'hui il fait beau pour le moment mais la pluie est pas loin dixit miss meteo. J'ai donc ouvert toutes les fenêtres pour aérer la maison, c'est jour de grand ménage.
Alors je me suis donné congé de journal pour la journée. Ça sonne bizarre journal pour la journée... Pour changer, je vais bloguer [ou essayer, grrr], je dis bloguer comme dans écrire un blog à ma façon : poster quelques lignes pour donner des nouvelles brèves.
Et les liens vers la blogosphère ? Pas le temps, trop égoscriptocentrée pour ça, j'oublie même les dates d'anniversaire de mes amis, je suis un cas désespéré pour ce genre de choses mondaines ou sociales de la vie que tout le monde maîtrise et pas moi. Enfin je sais plus.
Structurer toute une page de journal ça prend du temps et j'ai pas le temps ce matin. Mais je veux être là, mettre des mots sur cette journée en même temps qu'elle s'écoule. J'ai presque fini de laver la vaisselle de toute la semaine en écoutant Leonard Cohen, reste plus que les ustensiles et la cocotte en argile qui sent encore l'agneau parce que je l'ai pas nettoyée tout de suite.
Et je ferai aussi encore un peu de ménage dans ce journal : pas fini de classer les pages dans leurs catégories ou thèmes respectifs. Ça craint comme disent si joliment mes cousins. Que de travail, que de travail en perspective.
Et puis j'ai aussi du ménage à faire dans mes emails. Du courrier en retard. Et le Lexique avance pas vite. Bon, un peu de sérieux. Au travail Sir ? Yes Sir ! Et à plus tard pour la suite.
J'en ai terminé avec le nettoyage de la maison. J'ai pris soin du chat. Pris le temps d'aller faire mes courses pour les fruits, le fromage, et le pain, j'ai aussi pris des endives et des asperges, des pattes de crabe, du poulet et du vin rouge et aussi quelques livres chez le libraire. Plus une seule bouteille de vin de prune japonais à la SAQ. C'est une conspiration, ou quoi ? Je vais boire quoi, moi, avec mes chips Miss Vikies ? Ainsi donc je redeviens libre comme l'air pour écrire un peu. Un petit coup sur ce blog occasionnel et une page cachée avant de me préparer pour le concert de ce soir.
Livres ouverts depuis quelques jours et que je traînerai encore partout durant la prochaine semaine : Chroniques algériennes, Mémoire du mal, tentation du bien, L'écriture comme un couteau, Le marin de Gibraltar, La vie matérielle, les Lettres persanes et La montagne de l'âme. Sans oublier que je grignote toujours un peu dans L'autobiographie de tout le monde.
Tiens, recopier quelques passages de G.S. me ferait le plus grand bien, à cette heure-ci :
Les Stein s'appelaient Stein du temps de Napoléon avant ça n'importe quel nom faisait l'affaire mais à l'époque de Napoléon et dans tous les pays qu'il traversait il a été décidé que le nom de chacun devrait être écrit et alors les gens ont pris le nom qu'on leur donnait et Stein était un nom commode. Par la suite quand on donnait un nom à n'importe qui d'entre nous on le faisait en souvenir de quelqu'un qui était déjà mort, après tout s'ils sont vivants leur nom leur appartient si bien que n'importe qui peut porter le nom d'un mort, c'est ainsi qu'il y avait une grand-mère qui était morte et son nom qui n'était pas un nom facile commençait pas un G aussi ma mère a-t-elle préféré que ce soit un nom facile et c'est pourquoi ils m'ont appelée Gertrude Stein. Bon, c'est mon nom.
L'identité ça me tracasse toujours et aussi le souvenir et l'éternité.
J'ai lu un poème de George Elliot quand j'étais très jeune je me rappelle rarement un poème mais il m'est resté ceci : Puissé-je me mêler au choeur invisible de ces morts immortels qui vivent à nouveau. Eh bien je ne faisais pas exprès mais comme n'importe qui j'étais au courant.
Dans mon bain ce matin je tambourinais contre la paroi de la baignoire, j'aime m'attarder dans l'eau d'une baignoire, et je me suis retrouvée en train de rythmer la marche funèbre de Chopin j'aurais pu m'arrêter mais j'ai continué parce qu'on avait coutume de la jouer sur la Golden Gate Avenue à San Francisco et j'étais en train de me poser des questions sur l'identité et le souvenir et l'éternité, et je ne m'en pose pas maintenant mais enfin si les étoiles sont des soleils et si la terre est la terre et qu'il n'y a d'hommes que sur cette terre et que n'importe quoi puisse mettre un terme à n'importe quoi et que n'importe quel chien fasse tout de la même façon que n'importe qui quelle différence y a-t-il entre l'éternité et n'importe quoi. Comme je le disais il y avait un Dieu mais on ne parlait pas de l'éternité. Tout est de la superstition et l'on a bien raison d'être superstitieux. Parce qu'il est certain que la superstition signifie que ce qui a été continue à être. Je crois et j'ai toujours eu raison de croire en toute superstition.
Ça ne m'a pas beaucoup aidée quand j'étais jeune mais ça m'aide davantage maintenant. Aujourd'hui la superstition a beaucoup plus de réalité qu'alors. Il y a pourtant une chose qui n'a jamais changé et c'est que si vous commencez à extérioriser ce que vous avez en vous, vous devez continuer sinon tout s'en trouvera changé.