Logo Love and Writing

Quelques textes extraits de la chronologie du journal, classés selon des thèmes récurrents, obsédants. Mais quand même pas des obsessions... Et aussi des lectures et des auteurs. Des notes sur l'écriture d'un roman, et ce journal.

12. le délicieux bruissement du silence - le lundi 01 juillet 2002


J'ai déménagé l'ordinateur face à la fenêtre, je l'ai placé sur une longue table qui divise le bureau en deux dans le sens de la largeur, juste un peu en avant des deux colonnes si ostensiblement corinthiennes.

Face à la fenêtre, donc. Celle avec des vitraux, et qui s'ouvre sur les hautes branches d'un vieil érable. En plus d'avoir une meilleure qualité de lumière pour écrire, chaque fois que je lève les yeux de l'écran, je vois et verrai toujours cet arbre et les rayons du soleil et les agitations du vent dans les feuilles ou la pluie et les orages. Je me sentirai mieux. Et en prime, je recevrai sur moi de l'air frais qui entrera par la croisée ouverte.

Lu sur grosse.fatigue.free.fr, une histoire de «vacanciers [qui] partent en vacances.» :

Il y a des images qui provoquent un certain dégoût quand on sait qu'en août les rues sont vides souvent et qu'il reste des livres à boire, des bouteilles de rouge aux étiquettes mystérieuses, quelques copains bavards malgré les enfants qui nous épuisent. Mais j'exagère.

Fin de la citation. Ce que j'aime, c'est le silence que ça laisse quand les vacanciers sont pas là. Et c'est ça le plus beau. Sans jamais écrire le mot silence, tout ce que GF décrit fait tellement de bruit que ça parle du silence et que je suis arrivée en bas de la page en écrivant ouf! dans ma tête. Ce dont j'ai le plus besoin en ce moment c'est de silence. Le silence de la nature avec le bourdonnement des mouches, le bruissement des fougères, et le glissement de ma barque sur la rivière glacée. Les vacanciers seront bientôt tous partis et Montréal va pouvoir respirer un peu. Surtout que ces jours-ci, le Festival de Jazz bourdonne pas mal fort.

goûter la nature
© chocolat-bleu

J'ai passé la journée d'hier à faire ce que j'avais écrit le matin. Mais je l'ai fait autrement. Je me suis amusée à regarder le ciel pour voir si je verrais pas arriver un ange. Je me suis amusée en arrosant mes fleurs qui ont toujours soif ces jours-ci : c'est à cause de la grande chaleur et du soleil. J'aime arroser les fleurs, parce que j'en découvre ainsi des nouvelles chaque fois, de toutes petites pousses qui luttent pour se faire une place avec les autres. Certaines se referment et meurent parce que leur vie est finie. Savez-vous que j'ai une plante (dans le vrai jardin, en bas) qui s'appelle Éphémère ? C'est une Tradescantia virginiana et ses fleurs sont violettes. Je l'ai plantée ce printemps. Les petites fleurs violettes s'ouvrent le matin et durant l'après-midi, c'est fini, les pétales se replient et forment des bourses rondes, on dirait qu'elles se recueillent pour trouver une nouvelle vie. Jamais on ne les voit se faner et tomber mortes sur le sol. Et puis le lendemain, ça recommence avec de nouvelles fleurs, jamais les mêmes. Comme si les fleurs mortes donnaient naissance par en dedans aux fleurs vivantes. Ce foisonnement me plaît, ce recommencement incroyable, terrible, cette vie Immédiate, Courte, Parfaite, je la sens. Je me plais à croire que je suis capable de me métamorphoser en Éphémère, pour vrai. Et j'ai fait des confitures de fraises et le soir, de la confiture de griottes.

Cuthbertia ornata

J'ai pas avancé dans Épiphanie et ça m'est égal. J'ai trouvé une image d'Éphémère (celle-ci, c'est la Cuthbertia ornata) que © Paul Rebmann m'a autorisée à publier sur cette page.


19. la mer, l'amour, les vacances - le mardi 09 juillet 2002


Dans la chaleur de la nuit je me lève. Toute seule dans cette grande maison, je souris. Il fait noir. Je sors sur le balcon et je regarde en haut. Je ne vois pas les étoiles. Dans le ciel, de gros nuages roulent. Le ciel n'est pas complètement noir et je ne vois pas les étoiles. Je ne vois pas la lune non plus. Le jour va bientôt se lever. Fera-t-il soleil? Un gros camion passe sur la rue et coupe en deux le silence de la nuit, comme un jeu de cartes. Pourquoi je ne dors pas ? Je ne sais pas. Le silence se réinstalle dans la maison, épais et doux. Je ne fais pas de cauchemars. Ce n'est pas de l'insomnie si je me lève la nuit. J'ai simplement envie de voir la nuit. Il se passe des choses étranges, bizarres et ça ne me touche pas. Quelqu'un m'a écrit pour me parler d'une histoire drôle, une drôle d'histoire, et je n'ai pas ri. C'est une histoire triste. La forêt qui brûle ne devrait pas partir en fumée. Le feu dans les arbres c'est triste. C'est très beau et très triste. J'ai encore envie de partir très loin à l'autre bout du monde pour sauver les arbres de la forêt.

Mouche sur une fleur jaune
© chocolat-bleu

Et si je partais ?

C'est le matin. Je ne suis pas partie cette nuit.

La nuit, je ne pars pas. Je veux voir les étoiles et les étoiles sont parties. Je retourne dans le lit, je brosse mes cheveux. Je dors.

Mouche sur une fleur jaune
© chocolat-bleu

Je bois un thé sucré. Le soleil brille comme de l'eau qui rêve de caresser mon corps. Je prends un bain parfumé aux huiles essentielles : Lavendula angustifolia, la fleur de lavande, Chamaemelum, la camomille, et Citrus reticula, la mandarine.

C'est l'après-midi. Je sors acheter des abricots. Je prépare un bol de thé et je l'apporte avec moi dehors. Je m'asseois et j'ouvre mon livre. Je lis Les petits chevaux de Tarquinia. Je mange des abricots et je bois du thé. Cet été, je lis et relis Duras. Certains de ses livres, je ne les ai jamais terminés. D'autres, je les ai lus une, deux et trois fois et je veux les relire encore. Et il en reste quelques uns que je n'ai jamais lus. Aujourd'hui, depuis samedi, jeudi, je ne sais plus quand, Les petits chevaux de Tarquinia sont entrés dans ma vie avec la mer, l'amour, les vacances. Il arrive que je ne puisse pas lire plus d'une page à la fois. Je dépose le livre. Je le reprends quand mon coeur bat moins fort.


34. le silence du rêve - le jeudi 25 juillet 2002


Le silence. Dans la chambre.
Elle aime le silence de la maison en été après que les gens sont couchés. Elle dénoue ses cheveux, allume des bougies. Elle fait couler un bain. Le téléphone sonne. C'est lui. Ils parlent. Elle se glisse dans ce bain comme si c'était un creux entre les grosses roches de la rivière glacée du pays de son enfance. Le bain est bouillant. Tendrement parfumé. Elle lit La pluie d'été.

Dans le lit, les draps rouges sont froissés. Avant d'entrer dans le bain elle les a changés. Elle a mis les draps bleus. Bleus comme la nuit. Les draps ont séché dehors, ils sentent bon la fleur de lavande et le soleil.

Elle reste dans son bain de longues heures. L'eau prépare sa peau pour la tendresse. Elle sait qu'à cet instant précis il rêve d'elle. Il rêve qu'elle lui sourit, qu'elle s'approche, il voit ses cheveux, il les caresse, il voit son sourire et il met ses bras autour de son cou. Il la prend. Sans un mot. Sans décors. Sans détails. Sans rien. Elle se tait.

Dans la chambre, avant de s'endormir, ils parlent. Ils boivent un thé à la fleur d'oranger.

box_2.jpg

Mise à jour de mon mini blog : une maison pour les oiseaux [bleus, si possible]...

Les oisillons de l'Orégon prennent des forces et sont de plus en plus vigoureux. Ils arrivent à marcher partout dans le nid. Ils devraient commencer à s'envoler hors du nid entre le 28 et le 31 juillet ! Dans trois jour ? Déjà ?

J'ai bien avancé dans la construction de ma maison d'oiseaux. Hier soir j'ai coupé le dos, les deux côtés, la façade et le petit plancher (c'est pas grand, 12,5 cm carrés). Le plan est ici. Il me restera ce soir à couper le toit et trouver une solution pour percer le trou, ensuite assembler le tout avec des vis. Et puis je mettrai un peu de couleur. Faudra aussi que je trouve de la nourriture pour attirer des parents, des vers qui s'appellent mealworms, je sais pas ce que c'est : des vers ordinaires, ceux qu'on prend pour aller à la pêche ? Bizarre, ce mot n'est pas dans le dictionnaire...