Quelques textes extraits de la chronologie du journal, classés selon des thèmes récurrents, obsédants. Mais quand même pas des obsessions... Et aussi des lectures et des auteurs. Des notes sur l'écriture d'un roman, et ce journal.
La sensualité, je dirais que c'est une sorte d'intelligence du corps, et c'est quelque chose de beaucoup plus que sexuel. Peut-être pas «plus que», mais c'est nécessaire dans la sexualité et dans toute la vie aussi et sans la sensualité, on ne peut peut-être pas avoir une vie sexuelle très satisfaisante.
C'est cette intelligence du corps qui nous fait trouver du plaisir à manger, à respirer les bonnes odeurs, à respirer de l'air pas trop pollué, à apprécier la nourriture saine et bonne au goût et à la manger avec des gens parce que manger est avant tout un acte social, convivial.
C'est aussi avoir envie de prendre des bains pour nettoyer et soigner le corps et qu'il sente bon «un peu plus» que son parfum naturel, c'est savoir quand et comment il faut porter des vêtements doux et chauds qui protègent du froid, de la chaleur, et de la pluie, et tout ça.
Tout seul, on a moins envie de prendre soin de soi, on a moins faim [ou trop faim parfois] et on assimile ou métabolise moins bien, c'est prouvé scientifiquement (?).
Avec une sensualité éveillée et bien aiguisée, on peut sélectionner des aliments qui ne sont pas avariés ni o.n.g.isés, qui nourrissent et permettront au corps de rester beau et en santé, pour ensuite lui permettre de humer le parfum qui nous mettra en appétit; et la sensualité c'est aussi la vue et l'ouïe, le plaisir de voir et d'entendre qui permettent de jouir des déplacements et des bruits lents ou vifs comme l'éclair et transparents d'un insecte ou d'une feuille et du vent; c'est mes mains qui touchent une grosse roche, ou des étoffes soyeuses, et qui glissent dans mes cheveux pour les enlever de sur mes yeux quand il vente trop fort.
Sauf que je crois, pour le savoir d'instinct depuis toujours, que si la dimension sexuelle n'est pas là, tout cela n'a pas beaucoup de saveur, la vie n'est rien de bien intéressant.
On peut survivre, bien sûr, on se fixe un but et on se dit un jour... on tient le coup parce qu'on se dit, parce que l'on croit et ça c'est plus fort que tout, que loin devant il se produira cette étincelle, c'est obligé. La vie est là pour ça.
Je veux parler ici de l'amour et du désir qui donne à l'être humain cet élan vers le haut, cet élan pour grandir et avancer à force de penser mourir et de renaître tout de suite après. C'est ce qui nous permet encore et toujours malgré les déceptions d'être crédule et d'aimer l'élu du coeur forever, celui qui me tend les bras pour aimer et protéger.
Le corps aime bien aussi une certaine routine, quelque chose qui s'inscrit dans le temps qui passe. La sensualité pour moi, c'est un peu tout ça. C'est tout ce qui ne se voit pas et se passe en dedans de moi.
Un soir d'été, je regarde les étoiles. Le ciel n'est pas noir, mais bleuté, d'un beau bleu profond, un bleu qui laisse voir des traînées de nuages blancs qui se font transporter par le vent, des nuages tout effilochés sur les bords comme sont représentées les ailes des anges sur les vieilles images saintes avec des petits Jésus assis dans les bras de leur maman. Il est de ces images comme de ce rêve insensé que je fais quand je dis qu'il se pourrait bien que ma vie ne finisse jamais. Insensé au sens de ce qui n'a pas de sens. Je préfère le mot : insane, ce rêve est un rêve insane parce qu'il n'est pas raisonnable. Insane est un mot superbe et on ne le dit pas. Peut-être parce que le mot vient de l'anglais et que ça joue dans les phobies bizarres des gens qui ont peur de perdre leur langue. Chaque langue évolue et s'enrichit en puisant dans les autres langues. Insane est donc un mot français qui fut emprunté à l'anglais en 1784 et le mot anglais fut emprunté au latin insanus : littéralement, ce mot qualifie ce qui n'est pas sain d'esprit, ce qui est contraire à la saine raison. Ou encore, ce qui ne présente aucun intérêt, les inepties : Ils étaient gavés «d'une télévision stupide, de journaux insanes».
(Sagan) J'aime l'idée que les mots voyagent.
Je me suis levée avant l'aube encore ce matin. J'aime travailler pendant la nuit, mais pas quand la nuit commence. Pas ces jours-ci. Parce que c'est l'été, et que je pense à la mer et aux vacances, je ne dors plus comme avant. Les premières heures de la nuit, quand je tombe de sommeil, je me réfugie dans mon lit et je reste là, je me laisse emporter dans le noir sombre et je m'endors, et ensuite, quand les rêves se terminent et que finalement j'émerge de ce flottement du corps dont je ne saurais me passer, le deuxième pan du rêve m'entraîne avec lui dans le monde des mots et des images et c'est à ce moment-là que j'ouvre l'un ou l'autre de mes carnets ou cet ordinateur qui ronronne comme un chat. J'entends une corneille crier (croasser?) en passant devant la fenêtre ouverte. L'air est frais, presque froid. Je fais le café. J'apporte le bol fumant ici et je le bois à petites gorgées en laissant descendre la pensée de mes lèvres jusqu'à mes doigts qui tapent en cadence rythmée. D. m'a dit au sujet de ce journal : «ce sont des mots qui viennent de votre corps». Je n'ai pas réagi. Il y a parfois des remarques que j'entends qui me prennent par surprise et je reste muette, comme saisie. C'est vrai. Quand j'écris, c'est ce corps qui écrit. Mais pas toujours. On ne m'avait jamais dit quelque chose comme ça.

L'autre nuit j'ai rêvé à une femme sauvage, étrange. Bien qu'elle eut ses quatre membres, et fort musclés, quelque chose en elle m'a fait penser, quand je me suis réveillée le lendemain matin, à la Comtesse unijambiste de Pierre Rey. En plus sauvage, en beaucoup plus étrange.
La femme de mon rêve marchait en prenant appui sur ses mains, les genoux un peu pliés et le postérieur, nu, relevé - comme un singe-. Elle avançait sur le trottoir, rue Joyce, vêtue de quelques guenilles et voilages fleuris, multicolores, qui lui glissaient sur les reins, laissant voir un corps rougi par le froid. Elle avait beaucoup de poils longs et très foncés sur les avant-bras, comme un homme. Ses traits étaient fins, ses yeux perçants, son profil délicat - elle grognait et bavait aussi. Soudain elle s'est retournée vers moi. J'avais peur, je ne sais pas de quoi. Elle est venue tout près et je suis restée calme, je l'ai regardée comme si je n'avais pas peur. Elle a dit quelque chose que j'ai oublié, et puis elle est partie. Je crois que sa nudité me choquait, surtout le sexe nu, alors que le reste de son corps était à peu près couvert. C'était un tableau fascinant.
La nuit, jadis, il y avait avenue de la Grande-Armée, à Paris, une vieille prostituée unijambiste. On l'appelait la Comtesse. Debout sur le trottoir, pouce de la main droite levé pour arrêter les autos, elle jouait de la gauche avec un immense fume-cigarette. De minuit à l'aube, elle damait le pion à ses rivales de vingt ans. Mi-goguenardes, mi-jalouses, elles regardaient la Comtessse monter et descendre des voitures tout en faisant voler d'un geste pathétique ses atroces oripeaux de folle de Chaillot. Son âge, sa dégaine, il était évident que par rapport aux autres qui s'offraient, à leur jeunessse, à leur beauté, il lui manquait quelque chose.
Bien évidement, il lui manquait une jambe, la gauche, et c'est ce manque qui explique, écrit Rey, que les clients la préféraient. Ce n'est pas la beauté qui attire, pas la perfection : On ne baise pas ce qui est parfait, on ne couche pas avec sa mère
[in Le désir : 1999].
Curieux rapprochement. Et qui n'a rien à voir avec ce qui a continué de se construire par-dessus les images de ce rêve. La femme sauvage que j'avais rencontrée dehors, des amis en parlaient à table, et ils disaient qu'elle était en réalité Sénatrice à la pige. Je sais, il n'y a sûrement pas de pigistes au Sénat canadien, mais dans un rêve, tout est possible. On me disait : tu vois, elle fut très active en politique, et très revendicatrice, et à un moment donné elle a tout abandonné pour vivre dehors comme une bohémienne. X. est très bizarre, elle fait peur, mais elle n'est pas méchante. Et quand elle entre travailler au Sénat, elle porte un tailleur noir très classique avec une fleur rouge à la boutonnière ; elle est coiffée, maquillée et elle accepte de jouer le jeu de la femme civilisée. Le reste du temps, elle vit comme elle veut, comme un animal. Parce que vivre comme un animal, c'est sa seule passion.
C'est donc le désir bien plus que l'aspect étrange de ces deux femmes qui est le point commun entre le rêve et ce livre.
Autre chose : le même matin [ou était-ce plutôt la veille?], une femme qui a déjà été Ministre de je ne sais plus trop quel Ministère, à Québec, marchait devant moi sur l'autre trottoir, un peu en biais. Elle regardait les gens étrangement, comme si elle s'attendait à être saluée, ovationnée, et les gens ne semblaient pas la reconnaître du tout, ils passaient leur chemin. Elle s'est retounée, m'a regardée : j'ai baissé les yeux, pas un mot. C'est si bizare et pourtant ce n'est pas un rêve, cette femme dont on a vu la tête aussi souvent aux informations, la photo sur de grandes affiches, personne ne faisait attention à elle. Et pourtant il était évident qu'on la reconnaissait : on l'ignorait ?
Vendredi soir, une autre personne rencontrée par hasard m'a troublée et rappelé ce rêve, je ne sais pas pourquoi. J'étais assise dans un restaurant et je mangeais. Une femme est arrivée avec d'autres personnes. Elle aussi avait occupé des fonctions assez importantes en politique et un jour elle fut accusée d'avoir volé une paire de gants dans un grand magasin. Et toc. Bien que visiblement ils ne pouvaient pas ne pas la reconnaître, les gens faisaient mine de rien. Et moi, j'ai continué de manger et d'écrire dans mon cahier, entre deux bouchées. On aurait dit la même scène qui se rejouait : ni vue ni connue.
On vit dans un monde bien étonnant. Et dans ce glorieux monde-là, la personne la plus étrange, je crois bien que c'est moi, car il n'y a rien à comprendre dans tout cela, pas de liens entre toutes ces images, ces instants, ces personnes, ces rêves. Rien d'autre qu'un mince petit fil de soie rouge nommé Désir.

Tout ce que j'écris, c'est jamais pour rien. La preuve ? Quand j'ai écrit la page 68, je n'aurais pas dû faire semblant que je jouais à écrire une page de journal alors que tout ce que j'ai écrit là était arrivé vrai, du pur vécu comme une tranche de jambon découpée près de l'os, rose et parfumée. J'aurais pas dû jouer à faire comme si. Parce que certaines choses nous rattrapent toujours au tournant. C'est comme quand on joue au boomerang, la petite courbure permet un retour de l'objet vers son point de départ.
Et la petite courbure de la page de journal, c'est que la tentation est forte d'y écrire ce qui fait mal quand ça va mal. En fin de compte, un journal est un excellent endroit pour se plaindre. Le meilleur endroit ? J'en doute.
Le problème c'est que ce soir ça va pas bien du tout. J'ai de la peine, beaucoup. Et que j'ai une très forte envie de faire des confidences à ce journal-ci. Je sais, je ne peux pas faire de confidences sur l'Internet, cela n'en serait pas.
Une confidence, c'est privé, ça se dit à quelqu'un et on s'attend à la discrétion autour de la chose confiée. On dit à l'autre : jure moi que t'en parleras à personne. Normal. On a ordinairement pas envie que toute la ville s'apitoie sur nos petits [et grands] malheurs.
En vérité, quand ça va mal, je me dis ok, ça va passer. Je vais me faire un bol de thé. Du thé, c'est bon, ça ramène les petits coeurs blessés [surtout les idées] à la bonne place. C'est vrai.
Ce soir, j'ai fait chauffer de l'eau. Et jusque là, ça allait. J'ai versé l'eau bouillante dans le bol [rose], je l'ai placé sur la table. Je suis allée vers l'étagère, j'ai pris un sachet de thé dans la boite et hop, il m'a filé entre les doigts pour descendre jusque dans le bol d'eau du chat [un bol vert lime] en décrivant une joli petite courbe planée. C'est vrai.
Le chat a bondi vers son bol et j'aurais juré l'entendre me dire : quoi ? du thé ? J'ai dit : pardon minou, pardonne-moi, je ne le ferai plus.
Pauvre minou. C'est vrai, il a pas besoin de ça. Finalement, j'ai réouvert la boîte de thé, pris un autre sachet et je l'ai mis en plein milieu du bol rose. Cela fit naître un petit nuage rouge foncé. J'ajoutai un carré de sucre. Puis un deuxième. C'est vrai. J'aime sucrer le thé de temps en temps. Surtout quand ça va pas.
J'apportai ensuite le bol de thé sucré ici, sur ce bureau. Je me suis dit que ce bol est bien beau, alors je ferai une photo pour montrer que c'est vrai, cette histoire de bol de thé. Et pour faire encore plus vrai, je croquerai un petit bout de ma main droite, celle qui écrit.
Ça, c'est une confidence. Et je n'écris pas pour rien. La preuve ?
Je vis, je meurs: je me brûle et me noie.
[Louise Labé, Chants du désir]
J'ai chaud extrême en endurant froidure:
Ma vie m'est et trop molle et trop dure.
J'ai grands ennuis entre-mêlés de joie:
Tout à coup je ris et je larmoie,
Et en plaisir maint grief tourment j'endure:
Mon bien s'en va, et à jamais il dure:
Tout en un coup je sèche et je verdoie.
Ainsi Amour, inconstamment me mène:
Et quand je pense avoir plus de douleurs,
Sans y penser je me trouve hors de peine.
Puis quand je crois ma joie être certaine,
Et être au haut de mon désiré heur,
Il me remet en mon premier malheur.
Samedi matin : j'ouvre un carnet. Je ne sais pas inventer ma vie. Je regarde la vie, le monde. Je prends des notes dans mes cahiers. J'écris je vis, je meurs, j'aime, je vois et j'entends - du dedans et du dehors -. Le reste c'est du vent : le vent dans les feuilles. Et la voix devient souvent inaudible, les mots s'embrouillent.
Écrire demeure un plaisir. Malgré la tristesse, malgré l'effondrement. Break down. L'écriture ne guérit pas. Je n'écris pas dans ce but, ni pour faire des rencontres ou nouer des amitiés sur le web, mais pour écrire, ce qui permet d'être lue. Elle est prétentieuse et condescendante ? Non. Honnête. Et sauvage, et rebelle à toute forme de dépendance ou d'entrave à la liberté nécessaire à la vie, la vraie.
Je ne crois pas non plus à l'écriture avec une étiquette et un mode d'emploi dite écriture réparatrice, pas sur le web. Je ne crois pas à ces démarches d'autoanalyse sous pseudonyme des journaux sur l'Internet [c'est qui le Je ?] Mais suffit-il d'y croire pour que ça marche ? Y aurait-il un effet placebo rattaché à la thérapie ? Et même si ça marchait, j'ai pas envie de « guérir ». Surtout pas. Ce sont les « névrosés » qui créent, pas les bien-portants.
Un beau projet d'écriture littéraire serait une journal d'autoanalyse fictif avec la mythologie, le jeu et tout [plus le vrai nom de l'auteur]. Ce n'est pas ma tasse de thé. Mais je m'écarte de mon sujet. Normal, il y avait longtemps que je n'avais réfléchi à la chose journal. Fin de la réflexion.
La page de journal ou de carnet, ce que j'écris, ce n'est pas Moi. Les mots ne sont pas une personne ni son portrait même s'ils sont authentiques, vraiment perçus et ressentis. Les mots ne seront jamais Moi : ils ne respirent pas, ne mangent pas, ne font pas l'amour, ils ne marchent pas.
Par ailleurs, on m'écrit que le plaisir d'écrire est contagieux. Tant mieux. On m'écrit aussi : il n'y a qu'une seule raison d'écrire, et elle est plurielle : les autres : Nous. Argument : J'écris d'abord pour moi, par plaisir. Et puis je vous le donne à vous, les Autres. Et puis je dis merci de lire. Merci surtout de ne pas lire quand c'est moche.
Pour cela, pour avoir envie de donner encore des mots, il me faudra ré-apprivoiser ceux qui accepteront de prendre la fuite pour aller vers vous. Il me faudra travailler avec ceux qui sont là, les plus simples, les plus fragiles, ceux qui vacillent en dedans, comme une petite flamme.
Cette petite flamme, c'est le Désir, l'Amour, qui éclaire les mots sur le mur de la caverne, et le Désir c'est ce qui indique le pont qui conduit du quotidien vers le monde toujours vivant des rêves et de l'enchantement.
du courage il en faut
a dit sa mère à l'oiseau
si tu veux voler
il faudra recommencer
on a jamais vu d'humain
marcher du jour au lendemain
j'en ai vu tomber
et ne pas se relever
[...]
il y aura des compagnons
il y aura des trahisons
il y aura des dérisions
il y aura des passions
Voilà maintenant que je cite un auteur que je ne connais pas : les paroles d'une chanson. J'ai même piqué le titre pour cette page. On me pardonnera ce plagiat d'un titre par amour. Je cite beaucoup, je sais, je le fais dans un élan de gratitude, avec l'envie de partager des paroles vibrantes qui font du bien à l'âme. Et cette musique enivrante qui m'est arrivée par les ondes [cadeau reçu dans un mail], j'y ai puisé une partie du courage dont j'avais besoin pour me relever et continuer.
Je ne passerai pas ce dimanche assise devant l'ordinateur. Hier j'y ai brûlé une partie de la journée pour faire une nouvelle bannière aux Carnets rouges et travailler un peu sur les codes pour le projet d'Emma qui sera en ligne dès que sorti du four, je sais pas quand, mais bientôt. Ça m'a fait du bien de bidouiller dans les php3, les css et le html. Miam. Mais aujourd'hui, je vais m'évader, m'envoler et aller respirer la nature, dehors, dans les allées du Jardin Botanique, avec Rosa.
il y aura de la lumière
il y aura de la poussière
il y aura des courants d'air
il y aura des barrières...
il y aura des alizés
il y aura des vents glacés
il y aura des pluies d'été
il y aura des cieux dorés
Je ne sais pas si j'ai de la chance parce que j'écris toute la nuit... Je ne crois pas trop à la chance ni au destin ni à ces choses-là. Je ne crois à rien, en rien. Je ne sais rien sur rien. Sauf que je sais que je ne le sais pas. J'aime vivre pour vivre, portée par le désir. Cette envie folle prend toujours le dessus. L'envie d'écrire toute la nuit, de « s'écouter » comme vous dites, ça vient d'un noyau d'énergie à l'intérieur. Ou peut-être ce noyau est-il à l'extérieur ? quelque chose dans le bleu du ciel d'hier et d'aujourd'hui, un bleu perçant au travers des taches rouge-rose-orange si brillantes des feuilles des érables. Ou peut-être est-ce quelque chose dans la douceur un peu fraîche de la température ? Le simple plaisir d'être vivante ? Je me sens heureuse et je n'y suis pour rien. Je ne vois plus la rupture comme un malheur mais comme un bonheur qui me donne la chance [ah? la chance, vous dites ?] de voir la vie autrement, sous un autre angle. Je suis déjà ailleurs que dans ce malheur-là des dernières semaines.
Un petit scoop ? Le nom d'Emma figure maintenant dans la liste des Journaux inscrits sur les Carnets rouges : L'[In]dicible est né. Juste un petit problème avec les archives. Vous avez des questions ? ...oui, je l'héberge. Et il reste encore plein d'espace qui sert à rien sur ce serveur, autant partager avec du monde que j'aime. Et puis, la mer d'Emma, elle est trop belle. Bientôt, il devrait y avoir des fleurs dedans. Et tout plein des pépins de pommes semés par une fée qui travaille la nuit. Mais on les verra pas.
Je rentre tard. Toujours trop tard. L'[In]dicible est en ligne depuis hier. Le bogue des archives est réparé. Je croise les doigts.
Les textes d'Emma ont du chien. J'aime son style à la fois incantatoire, jubilatoire, cette tonalité si personnelle et surprenante, qui chante.
Et moi ? Annie va bien. Elle est un peu gitane. Son coeur fleurit quand il fait soleil, ou quand elle se fait lire les lignes de la main. Elle se laisse porter par la vague, et la mer est bonne. Si salée et bleue.
Il pleut une toute petite pluie fine et glacée avec des vents fous d'automne qui brassent les grands arbres dans tous les sens en faisant tomber leurs feuilles.
Il y a des choses qui ne se comprennent pas mais qui se sentent. Comme cette envie de vivre et d'aimer encore et toujours sans jamais s'arrêter. Et comme ces vents d'octobre qui bousculent les branches des arbres trop vieux et qui décrochent les feuilles déjà presque mortes pour les balancer dans les courants d'air chauds comme de petits chiffons mouillés. J'ai aimé la pluie qui est tombée aujourd'hui, fine et froide. Glacée.
Et après on dira que la vie est injuste ? Oui, c'est vrai. Dans la nature, pas de justice non plus. Alors, logique que ça brasse parfois pas mal fort dans nos petites cages personnelles. Et dans la grande fosse aux lions du monde prétendument civilisé. Z'avez déjà regardé dehors ? Dedans, dans le coeur et dans le corps de la vie qui a mal, c'est pareil. Oui. J'aime ce temps un peu violent qui bouscule les idées et les humeurs.
Pourtant ? Pourtant elle photographie les roses.
Pour que cela soit parfait. Non. Pour elle, il faut que cela soit épatant. C'est pour la petite fille à la robe rouge,
celle qui a des rubans dans les cheveux.
Je devins arbre. Ma tête mûrit et lorsque vint la saison, elle tomba. Elle roula jusqu'à mes racines. Je ris. C'était bien la première fois que ma tête touchait à mes pieds !
[Laurence Revey, poème inédit]
Un jour j'ai cité les paroles d'une chanson très belle qui commençait pas ces mots : du courage il en faut / a dit sa mère à l'oiseau / si tu veux voler / il faudra recommencer
. Je ne connaissais pas le nom de l'interprète et encore moins celui de l'auteur. Et puis les trois chansons que j'avais d'Elle me plaisaient tellement que je me suis informée. [Il y] Aura, la chanson du courage, est de Laurence Revey, une chanteuse valaisane qui chante pieds nus... de plus en plus intéressante !
W. m'apprend que « le Valais est l'un des 23 cantons qui composent la confédération hélvétique. Il est bilingue français-allemand à dominante francophone, et s'étend dans une vallée principale dans laquelle afflue une multitude d'autres petites vallées, toutes revendiquant leur singularité.
Laurence vient de l'une d'elle (Le Val d'Annivier) et manifeste depuis toujours la volonté de sauvegarder et de promouvoir son patrimoine culturel ancestral, notamment le patois local. C'est une femme farouche, hypersensible, intransigeante. [...] de la race des sauvageonnes à fleur de peau...»
Voilà. Et depuis ce jour-là, je cherche ses disques et surtout son premier album, Derrière le miroir, partout. Et je trouve pas. Quand je dis partout, je dis partout ici. Et ici, on ne trouve pas toujours tout.
Quelques hyperliens pour un samedi matin helvète ? 1,2,3, c'est parti :
* Dormir. Rêver que vous me faites l'amour. Manger des tartines. Boire du café. Écrire un peu dans ce Carnet. Tremper dans mon bain de mousse aux essences de romarin en lisant La vie sexuelle de C.M.. Marcher dehors. Rêver. Boire du vin rouge. Manger du poulet. Et des abricots. Travailler une heure sur la révision d'Épiphanie. Boire du thé Dayat. Manger des crackers salés avec beaucoup du beurre dessus. Bannir toute visite/rencontre avant lundi prochain dix-huit heures*. Vivre sauvagement centrée sur l'essentiel. Les romans ne se construisent pas en faisant la conversation. Puis recommencer de * à * dans l'ordre et dans le désordre ad nauseam.
C'est comme ça que j'avance à pas de géante [nu-pieds] - depuis vendredi soir - dans Épiphanie. C'est beau, la vie, quand ça veut être beau.
Ah, et puis je peux pas faire autrement. Je cite Millet :
Rien ne m'encourage plus que de m'entendre dire que je suis « la meilleure des suceuses ». Mieux : quand, dans la perspective de ce livre, j'interroge un ami vingt-cinq ans après avoir cessé toute relation sexuelle avec lui, et que je m'entends dire qu'il n'a depuis «jamais rencontré une autre fille qui faisait aussi bien les pipes», je baisse les yeux, d'une certaine façon par pudeur, mais aussi pour couver ma fierté. Ce n'est pas que j'aie été privée d'autres gratifications dans ma vie personnelle ou dans ma vie professionnelle, mais, à ce qu'il me semble, il y aurait un équilibre à maintenir entre l'acquisition des qualités morales et intellectuelles qui attirent l'estime des semblables, et une excellence proportionnelle dans des pratiques qui font fi de ces qualités, qui les balaient, les nient.
J'ai pas encore tout lu. Juste picoré un peu partout dedans. Suffisamment pour dire que j'adore ce livre. J'en reparlerai. Faut d'abord que je finisse de le lire. Et puis aussi que je termine Épiphanie au plus vite, que je dorme, que je mange, que j'aille un peu dehors, que je boive du vin rouge. Et du thé Dayat. Puis que je recommence *.*.
Et après, lundi après dix-huit heures, que je parle avec des vraies personnes en chair et en os. Faudrait peut-être que quelqu'un que j'aime me fasse un peu l'amour [et vice versa] autrement que dans mes rêves, mais ça, c'est une autre histoire.
Oublié de dire que j'écoute aussi de la musique en même temps. J'écoute quoi ? Ah...je peux quand même pas tout vous dire.
Aujourd'hui j'ai appris deux nouvelles histoires, des belles histoires qui toutes les deux parlent d'amour et de hasard. Le plus beau c'est que je ne sais pas par où commencer et j'ai envie de les écrire mais les deux se mélangent pour n'en faire qu'une. Tout d'abord, P. m'a montré le chemin vers le mur des je t'aime. Il a dit : Pour vous distraire un peu (mais j'imagine que vous connaissez déjà). Je suis tout de suite allée voir. Mais non, je ne connaissais pas déjà le mur des je t'aime. Peut-être parce que ça parle trop de guerre et de conflits partout. J'ai jeté un coup d'oeil curieux et trop rapide sur le site qui permet de visiter ce mur aux mille je t'aime écrits dans toutes les langues et je suis partie en rêvant pour mon rendez-vous qui n'en était pas un avec Claude. Et puis Claude m'a raconté son histoire. La suite de tout cela demain. Suis fatiguée ce soir. Je n'arrête pas de penser à cet homme du mur des je t'aime qui a pris des feuilles de papier blanc toutes de même grandeur [A-4] et qui est parti se promener en demandant aux gens d'écrire je t'aime dans leur langue. Il a ramassé les mots et les sons avec des couleurs et puis il a tout mis ça sur le mur qui est quelque part à Montmartre et puis dans un livre aussi. Je reviens demain pour la suite. Promis.