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294. attention : érotique - le 01 août 2003


Ardisia crenata
Ardisia crenata [Ardisie, ou grains de Noël]

Vac'03, 1.7

Encore des petits fruits rouges ? Yes. J'aime surtout les rouges, et aussi les noirs et les bleus, les jaunes et les verts. Je préfère quand ils sont un peu sales et piqués par les vers et qu'il faut les nettoyer un peu, les regarder avant de les manger.

J'en ai d'abord mis une bonne couche, quelques centimètres, au fond d'un long bocal stérilisé - des framboises. Puis du sucre. Et puis une autre couche d'une autre sorte de petits fruits sucrés - des bleuets - et puis encore du sucre. Et ensuite j'ai continué à alterner les petits fruits et le sucre jusqu'en haut du bocal : des mûres, des groseilles, et encore des framboises et encore des mûres et du cassis et des petites fraises, et caetera. Quand mon bocal fut plein de sucre et de petits fruits, j'ai versé du kirsch. C'est pour Noël. Attention, si vous voulez en faire, il ne faut pas oublier que le kirsch doit recouvrir les fruits d'au moins un [1] centimètre, et de faire très attention pour ne laisser aucune bulle d'air. Ensuite j'ai fermé le bocal très hermétiquement [c'est une sorte de couvercle avec des broches et ça fait clic]. Et puis je me suis assise avec D. et j'ai admiré l'oeuvre. Demain je mettrai le bocal dans la dépense, au frais, et je vais l'agiter doucement de temps en temps [surtout ne pas oublier] pour faciliter la dissolution du sucre.

C'est comme ça que je suis rentrée en ville. Et que je passe mon dernier jour avec D. Entre autres. Quel jour on est déjà ?

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Photo by Ann Murray, University of Florida, Center for Aquatic and Invasive Plants. Used with permission.


295. carpe diem - le 02 août 2003


Amphicarpum muhlenbergianum
Amphicarpum muhlenbergianum

Vac'03, 1.8

Plus que cinq pages avant la fin de ce journal. Plus que six jours avant de reprendre l'avion. La valise va rester faite. Ou presque. Voilà que je compte les jours. Pas vraiment. Juste quand je m'asseois pour écrire ce journal. Le reste du temps, j'ai pas trop le temps de compter.

Pas le temps de compter. Je fais des confitures. Un peu de rangement. Je dors, prépare des petits plats pour des amis qui viennent souper. Cette semaine de nature m'a fait un bien fou.

« La vie est si courte qu'il est préféable de ne pas regarder trop en avant ou trop en arrière... Ainsi donc, étudiez le moyen de limiter votre bonheur dans un verre et dans votre assiette. » [Grimod De La Reynière]

Ce qu'il y a dans mon assiette, ce samedi soir ? En entrée, une salade lyonnaise, puis du lapin à la moutarde. Simple et toujours appétissant. J'adore ma vieille recette de cuisine bistrot, la chair du lapin reste bien tendre et parfumée. Je l'accompagne de pâtes fraîches auxquelles j'ajouterai un peu de beurre salé, au dernier moment, et des petits légumes. Dans le verre ? Un jeune Morgon. Et pour dessert, une tarte aux framboises, bien évidemment. J'ai déjà faim.

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Photo by Ann Murray, University of Florida, Center for Aquatic and Invasive Plants. Used with permission.


296. le temps lourd - le 03 août 2003


Amphicarpum muhlenbergianum
Amphicarpum muhlenbergianum

Vac'03, 1.9

Quelle drôle de journée. Il se passe quelque chose. Je ne sais pas quoi. C'est lourd. L'air est lourd. Le temps est plus immobile que d'habitude. Comme une menace qui plane. Mais pas sur moi, enfin, je ne crois pas.

Enfermée depuis 8 heures ce matin avec mon clavier et un document word, je n'ai rien avalé d'autre qu'une toast et trois biscuits soda [beurrés]. Et puis aussi un bol de café au lait.

Déjà 15h30 ? Non. Je ne suis pas au régime. J'ai seulement voulu écrire quelques pages de Bordel/rue Hutchison. Ça prend forme, le roman avance. Mais j'en ai marre de la fiction. Je sors rejoindre Judith qui m'attend depuis une demi heure sur la terrasse du Nelson.

Après tout, je suis encore en vacances. Mais qu'est-ce que j'ai à écrire tout le temps comme ça ? Une vraie maladie...

rien d'autre qu'un gros orage...

Le soir tombe. C'est bon et rare l'amitié. Ça naît tout d'un coup, par le plus grand des hasards. Parfois ça meurt tout de suite. Parfois ça dure longtemps. Mais dans tous les cas, cela n'a pas de prix.

L'amitié, c'est gratuit parce que rattaché au plaisir réciproque de la découverte d'une personne avec qui il fait bon passer du temps, freiner un peu ma vitalité et mes exagérations. Par amitié, j'aime adopter un rythme différent, qu'il soit plus lent ou plus rapide. Comme dans cette musique d'Érik Satie. L'amitié est un plaisir pur, jamais une obligation.

Ce qui compte dans les conversations avec un ou une amie, c'est ce que l'on ne dit pas, ce que nous ne pouvons pas mettre en mots et qui passe dans un regard, un sourire, une soudaine inflexion de la voix. Ce qui s'installe derrière les mots, c'est tout le souvenir qui en ressurgira avec la nostalgie et l'affection. Et puis sans trop savoir pourquoi, le désir de se voir et de se revoir se présente.

Je songe à tout cela après ma dernière rencontre avec Judith, cet après-midi. Nous avions convenu de nous retrouver dans cette cour intérieure d'un vieil hôtel où nous avons mangé des calmars frits copieusement arrosés de Quincy bien froid. Confidences sur nos amours, les plantes rares, Épiphanie et caetera, la violence, le journal, et la psy de Ju., l'ivresse, le travail, et les cours à prendre à l'automne. Ensuite dans les rues nous avons marché jusqu'au quartier Chinois, et de là nous avons monté à pied jusqu'au parc du mont Royal où nous avons marché dans les sentiers bordés d'arbres pour avoir moins chaud.

De retour ici, je repense au regard de Judith, aux grands gestes de ses mains pour illustrer ses dires, ses éclats de rire mêlés aux miens, une larme qui a perlé tout d'un coup sur le bord de ses cils, et cette mèche folle sur le front qu'elle chasse tout le temps d'une main ; et alors j'entends cette musique de Satie.

Le tonnerre gronde. L'orage va bientôt éclater. C'était donc ça, la lourdeur...


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Photo by Ann Murray, University of Florida, Center for Aquatic and Invasive Plants. Used with permission.


297. quizzomanie ? - le 04 août 2003

Vac'03, 1.10

Jane
Kwyjibrago, sur Quizilla, dit de moi que je suis le type Jane :
- sarcastic and artistic, you probably spend a lot of time on the outside, observing and commenting - .......Tiens donc !
C'est qui kwyjibrago ? Aucune idée. Quelqu'un qui invente des quizz.
N'empêche que son pseudo serait parfait pour le Scrabble
[en affirmant : oui oui c'est un mot, je l'ai vu sur internet ! Tricheuse !]
C'est quoi un Daria Character ? aucune idée non plus. Qu'est-ce qu'on s'amuse.
Source : Which Daria Character are You? (updated), brought to you by Quizilla

moi Tarzan, toi Jane ?

N'empêche que ce sous-titre ferait un titre pas mal mignon pour un blog. J'essaie ? juste pour jouer. Ça c'est parce que j'ai fait une petite tournée des blogs ce matin. Découvert ce quizz du côté de chez Berthold. Sombrerai-je à mon tour dans la quizzomanie ? No way ! Mais, une fois n'est pas coutume. Après tout je suis encore en vacances. Et ce journal achève. Yep ;p)

Juste une chose : les cheveux de la Daria sont trop moches. J'ai pourtant pris grand soin de cocher «cheveux longs» et ils me les ont coupés. Schlak. Au carré m'dame. Avec une règle. Rien qui dépasse. Comme quoi, une Daria, ça n'a pas de petits frisous dans le cou.


298. le jour où Jane se retrouva [sic] en panne de souris chez les BAZOP - le 05 août 2003


love & writing coccin'elles
© chocolat-bleu

Vac'03, 1.11

Faut-il ou ne faut-il pas se battre avec une souris ? C'est la question de mon petit quiZZ du jour. Quoi qu'il en soit, ça ne m'a pas porté bonheur d'ironiser hier sur la quiZZomanie ambiante dans le merveilleux monde des BAZOP [Blogueurs Anonymes Z'anonymes Ou Pas]. J'ai un problème d'ordinateurs. Nature du problème, docteur ? Virus. Ou quelque sale infection microbienne.

Ça a commencé hier soir et avant hier et caetera avec mon autre ordi, celui qui bouge pas. Il est branché en réseau avec celui-ci [quand je suis connectée] et je ne l'utilise pratiquement plus jamais sauf pour télécharger des trucs introuvables ailleurs avec Kazaa et le reste du temps, c'est YM,MF [Young Man, Mon Fils] qui s'en sert et Judith [ma grande amie de toujours - ma cafteuse, la seule personne au monde à qui je cafte l'intégralité de ma vie] aussi, quand elle vient habiter ici lorsque je m'absente [ou pas]. Donc, hier matin, la souris de l'autre ordi est devenue folle et il y avait un bogue avec l'antivirus et comme je soupçonnais la plus belle infection virale du siècle, j'ai désactivé le machin de restauration et puis ne doutant de rien sauf de moi-même, j'ai tout éteint. Quand j'ai rallumé la machine, elle était morte. Il n'y avait plus que l'écran noir avec la petite phrase sinistre que j'ai déjà vue avant sur l'autre dino : no disk error ou quelque chose comme ça. Grrr.

J'ai dû passer des heures à tout réinstaller, presque toute la journée. Mais bof, c'est pas grave, je suis encore en vacances. Avec le System recovery, ça marche bien. Une vraie cure miracle, mais qui demande beaucoup d'attention. Ce soir, le vieil ordi roule comme un neuf [pas si vieux que ça...] Mais bon.

Et qu'est-ce qui se passe maintenant ? J'ouvre le portable et j'ai des problèmes de souris. Elle devient pas folle comme l'autre à cliquer partout, non, elle fige celle-là. Et alors je dois la débrancher et la rebrancher. Même le petit machin, un carré noir doux comme une peau de soie, cette petite membrane que je caresse d'un doigt et qui agit comme une souris sur ce portable fige sans arrêt lui aussi. Je passe l'antivirus, je redémarre, c'est bon pour 20 minutes et puis on remet ça. Je sais plus quoi faire.

Tout ça pour vous faire, chers LZL [Lectrices Zé Lecteurs] ce surprenant aveu qui ne surprendra personne, l'aveu donc, que je n'écrirai pas de page de journal aujourd'hui. Je voulais juste vous le laisser savoir. Et pour terminer, je vais quand même vous coller une petite image. Pour le plaisir de me battre encore un peu avec cette souris.

« Y'en aura pas de facile », comme le disent si bien nos valeureux sportifs lors d'un mémorable match de hockey du siècle - assis devant leur télé - en sirotant une grosse bière.

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NDLR : Avec Judith, quand on regarde cette magnifique photo là-haut, on se demande si les cocinelles ont toujours la tête penchée et les pattes crochues comme ça, ou si c'est juste quand elles [ils ?] baisent. Si quelqu'un connaît la réponse à cette existentielle question, prière de nous envoyer un email.


299. so long, my love - le 07 août 2003


Ampelopsis arborea
Ampelopsis arborea

Vac'03, 1.13

Le soir, jeudi soir tard, je suis encore ici pour écrire ce damné journal et pourtant c'est l'avant dernière page et je sens bien que je devrais raconter des choses plus « significatives », sinon « signifiantes », [mais who cares ?] et il y a aussi que je prends l'avion demain et il fait si chaud. Je suis bel et bien scotchée ici [sauf que je ne bois pas de scotch, beurk].

Au lieu de me préparer et de faire ma valise, j'ai cuisiné comme si j'allais partir dans trois [3] semaines et Claude et Isa sont venus et on a parlé et ri et coloré quelques mèches de mes cheveux fous. Avec des bisous pour la route et des petites listes de choses à rapporter de là-bas, style « Purée Mousseline ». Indispensable. Promis, je vais en rapporter des tas de petits sachets dans ma valise double-fond. Et puis des petits savons. Bon. Ce soir, curieusement, c'est shabbat et ça chante pas du tout. Certains shabbat rue Hutchison sont hyper silencieux et d'autres pas. Je me demande bien pourquoi[ça, c'est parce que c'est pas shabbat du tout : c'est jeudi - arf/j'avais trop hâte]. Maintenant, il est tard. La maison est vide. Je fais ma valise ? Non. J'écris et j'écoute Cohen comme si c'était le dernier jour de ma vie parce que c'est ça que j'aimerais faire si c'était le dernier jour de ma vie : écrire et écouter les chansons de Léonard C. Ou encore lire M. Duras. Ou quelque chose comme ça. Ou Belle du Seigneur, de l'autre Cohen. Toujours avec l'idée que je prends l'avion demain.

Demain la page 300. Je crains de ne pas avoir ni le temps ni le courage de l'écrire. J'ai le trac. Un trac fou. Je lâcherai tout. Comme une faignasse. Je ferai pas ma valise avant le dernier moment : quinze minutes avant que le taxi ne sonne à la porte. Je ferai pas le ménage non plus. Ne laverai pas les planchers à grande eau comme chaque semaine. Ne changerai pas les draps ni les serviettes et caetera. Judit et YM,MF sont très bien capables d'y voir sans mes soins et d'y prendre plaisir en plus.

Quoi qu'il en soit, un autre chat est arrivé aujourd'hui dans cette maison, et il s'appelle Hercule. Il se promène partout sans faire craquer les parquets. Il a l'air heureux. Yo tambien. Ainsi donc, je prends l'avion pour Paris dans moins de douze heures et je suis venue à bout de mes [dino]virus. Encore heureux. Et puis j'ai téléchargé/piraté [shame on me] presque trois albums de Leonard Cohen : mon délire de l'heure. Inutile de vous dire que j'écoute du Cohen tout le temps depuis une semaine et que j'y passerai une partie de la nuit. Histoire de descendre doucement vers cet autre continent où se trouve une grande partie de mon sang et de mon âme. Maya douchka. Il y a des jours où cette déchirure entre les deux mondes me fait du bien.


So long, my love.


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Photo by Ann Murray, University of Florida, Center for Aquatic and Invasive Plants. Used with permission.


300. in the air - le 08 août 2003


Ampelopsis arborea
Ampelopsis arborea

Vac'03. 1.14

Au-dessus de Terre-Neuve. Il fait déjà noir. J'ai plutôt chaud, alors qu'il n'y a pas dix minutes, je grelottais. Un drôle d'oiseau cogne avec son gros bec sur la vitre du hublot. Dans l'avion, les passagers se sont transformés en poissons, crustacés, éponges bleues et rouges, et en curieux petits coquillages marins avec des yeux affolés. L'eau est bleue, et ils flottent. Ils font des bulles pleines de fumée, et alors l'avion se met à tanguer dangereusement. Une de ces bulles plus grosse que les autres éclate, accouchant ainsi d'un être de forme humaine mais tout en caoutchouc. En fait, c'est un homme avec un corps d'homme, mais avec la tête et le cou en caoutchouc. Y a-t-il un psy dans l'avion ? Ça délire sur le 12K.

Ils nous ont servi des pâtes. Avec du vin rouge. Mon voisin le parisien est très gentil. Il me drage et bouge les jambes. Il a des yeux de velours noir et des grandes mains. Il écrit sur son portabe. Entente tacite, l'un ne demande pas à l'autre ce qu'il fait. Ni son nom. Anonymat. Sourires, yeux doux. Après le deuxième verre de vin, la tête commence à tourner. J'évite le thé et le café comme si c'était la peste bubonique ou le typhus murin. Cette chose qui pue. Un bébé se libère dans sa couche et la maman s'active. L'avion se remplit d'une prenante odeur qui monte à la tête. Voilà que l'agent de bord en caoutchouc passe avec sa bouteille de pouch pouch qui sent la lavande chimique. Et si elle lui explosait au nez, sa bouteille ? Les poissons sirotent encore l'eau de vaisselle sucrée qui les empêchera de dormir et les verra se lever tous en même temps pour aller au toilette.

Bientôt neuf heures. Trois heures du matin en France. Je vole. Je ne pourrai pas écrire très longtemps. Ni ce que je veux. La batterie n'a de jus que pour deux heures. Il en reste combien ? Aucune idée. Il fait noir tout d'un coup. Ils ont éteint toutes les lumières. Turbulences, un peu. J'aime écrire dans le noir dans l'avion. Ce n'était pas prémédité. C'est enfin le match presque parfait entre le moment vécu et l'acte, la coïncidence vie-écriture. Avec cette douce ivresse qui commence à m'envoler. Juste un peu peur que le type devant moi ne baisse le dossier de son siège un peu brusquement, ce qui aurait pour effet de refermer l'écran sur mes doigts d'un seul coup. Clap. J'aurais les deux mains prises au piège. Pourrais-je alors continuer d'écrire à l'aveuglette ? Je suis tellement dépendante de mes yeux, besoin de voir les mots se former [comme sur les murs de la caverne...] à mesure que je les tape. C'est une sorte de petit marathon, une course folle à la poursuite des idées pour les piéger, les capturer juste avant qu'elles ne s'envolent. Je ne les filtre pas, pas ce soir.

C'est hyper stressant d'écrire avec cette double peur qui pousse dans mon dos : que l'écran ne se ferme sur mes mains, ou encore que la batterie crève. Sans parler de ces autres peurs que je n'ose même plus nommer. Et puis il y a toujours ce monstre là-bas qui me veut du mal. Je sens qu'un jour je voudrai me libérer de ça et que je raconterai tout. Vlan. Et puis non, que le diable l'emporte, et qu'il aille se faire pendre ailleurs. Il aime trop que l'on parle de lui, alors je n'ai pas du tout envie de lui faire plaisir. Donc je me tais. Le silence qui tue. Bon, j'ai 452 mots, c'est amplement plus qu'il n'en faut pour une page de journal. J'arrête.


[mis en ligne le 09 août, vers 19:30 heures, heure de Paris]

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Photo by Ann Murray, University of Florida, Center for Aquatic and Invasive Plants. Used with permission.


nouveau cahier ? - le 09 août 2003


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Coral ardisia

Vac'03. 1.15

Rien pu faire de valable comme nouvelle forme pour mon nouveau cahier. Même pas trouvé de titre. Je délire avec les Voyelles de Rimbaud. Je disais : Voyelle noire ferait un fort beau titre. À cause de a noir. Sauf que je ne me vois pas comme un a noir. Un a rouge, peut-être. Ou encore blanc. Bleu pâle, très pâle.

Cinq jours plus tard, je n'ai toujours pas de titre. Et le nouveau cahier est gris et blanc, fendu en deux. Je n'écris pas dedans. Plus tard. Je dis plus tard et je reviens ici. En vacances, j'ai pas trop envie de bidouiller. Écrire oui. Remplir des cahiers. Noircir des pages et dessiner des bambous. Et puis revenir ici baigner encore un peu dans le Love & Writing.

Le 9 août, donc. Je vis dans un jardin avec l'envie d'y prendre racine, ne plus bouger autrement que dans les mouvements de ce corps qui ne s'immobilise pas souvent. J'arrose les plantes, les arbres, les murs de vieilles pierres recouverts de vignes vierges. Une table ronde. Personne pour me voir. Je m'expose à la grosse chaleur. Aux rayons dorés du chaud soleil de France. Et après il y a la nausée.

Cette maison où je vis quelques jours me fait du bien. Comme si j'avais déjà vécu mille ans un endroit comme celui-là, mais que ça fait trop logtemps et que j'ai tout oubllié sauf ce sentiment troublant et persistant à l'intérieur, ce lieu étranger et familier, connu de toujours.

Voyelle ne sera pas le titre. Je n'ai pas de titre. Le cahier sera gris et blanc, fendu en deux. Je prépare doucement le nouveau cahier. Je ne numérote plus mes pages. En attendant c'est au jour le jour. D'abord sur le papier et puis ensuite ici, une réécriture libre.

Écouter Cohen. Ferré. Et puis demain je lirai Rimbaud, Giono, Calaferte et Kafka. Et réfléchir. Me déprendre totalement de X.

Avec elle, faire la sieste, cuisiner, et discuter jusqu'au petit matin à l'aube de l'amour, du corps, de littérature et d'écriture, de tout ce qui est important : la désobéissance, l'insoumission, la liberté, écouter le corps, refuser toute forme de domination et d'oppression. Cultiver l'indifférence, tenter le dessaississsement.

[Mis en ligne le 14 août 2003, vers 12:51h, heure de Paris.]

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Photo by Ann Murray, University of Florida, Center for Aquatic and Invasive Plants. Used with permission.


moins sauvage - le 10 août 2003


ardcre5.jpg
Coral ardisia

Vac'03. 1.16

Je me lève tard. Encore passé la nuit debout. Je parle à des inconnus. Je parle, et je me sens moins « sauvage » qu'avant. Avec les gens, les choses sont si simples. Différentes. Je dis que j'écris. On me demande : qu'est-ce que vous écrivez. J'écoute. Je regarde l'homme prendre des notes, dessiner son livre à l'avance comme on bâtit une cathédrale. Il aura des chevaux et un château.

Tout le temps, ça bouge, ça bouge, et puis ça s'immobilise. J'approche ma réalité mouvante d'encore plus près. Je resterai ainsi longtemps, vacillante comme une brume pour assister muette à la provocation, allumer les changements de forme et de réponses, les réactions. M'éloigner. Le livre se forme, une page de plus et c'est le noir. Le soir tombe à nouveau.

Je tourne le petit levier qui fait gicler l'eau glacée du tuyau jaune et le serpent crache le liquide sacré. Les fleurs et les feuilles boivent goulûment. Les gouttes se décrochent du rosier et pleurent sur mon dos, juste avant la collation de 22 heures dix. Les grosses vagues de tristesse sont aussi intenses, et pourtant elles s'espacent. Je pleure de longs sanglots, profonds. Ne pleure pas, ce soir on va boire tous les deux. On boira beaucoup. Je bois du vin. Je surnage la peine sans me noyer dedans. Je ne peux pas me noyer dans l'alcool. Me liquéfier. Le vin nourrit, il remplit. Seules les larmes ont ce pouvoir d'inonder les coeurs, de mouiller ma peau sucrée.

[Mis en ligne le 14 août 2003, vers 20:08h, heure de Paris.]

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Photo by Ann Murray, University of Florida, Center for Aquatic and Invasive Plants. Used with permission.


nocturne - le 11 août 2003


ardcre5.jpg
Coral ardisia

Vac'03. 1.17

Je passe encore la nuit debout. Je dors toute la journée. Les heures de la nuit coulent comme un onctueux sirop trop doux pour le coeur. Surtout entre trois et six heures du matin, c'est chaud et épais, sucré comme pour réinventer le monde. Les heures de la nuit peuplées de fées aux cheveux d'or. Et puis le soir il y a ce long rire en cascades qui déboule de nulle part. Et le silence qui tombe tout d'un coup.

Demain je prends le train. Je préparerai mon sac. Cinq petits voyages mis bout à bout, quatre transferts : d'abord le bus, ensuite un train, pas longtemps, et puis ça va être le métro, et après ça un autre train qui va me mener vers un troisième train. Cinq heures de route minimum dans cette chaleur, ça va être long. Mais j'ai dit que j'irai, alors j'irai. J'ai hâte d'arriver. J'adore quand il fait trop chaud.

[mis en ligne le 16 août 2003, vers 16:52, heure de Paris]




le regard bleu - le 12 août 2003


ardcre5.jpg
Coral ardisia

Vac'03. 1.18

Dix heures du matin. Après quelques jours à dormir, je vois à nouveau le soleil briller. La brûlenâtre chaleur. Tout le corps s'emplit de plaisir et je dis : j'aime le jour.

Chaleur étourdissante dans le train B.-B. avec ce désir de partir loin, aller au bout du monde. Me sentir vivante et respirer dans les vagues du soleil. Regarder ses yeux jusqu'à ce que s'allume la flamme dansante un peu folle dans le regard bleu ciel. J'aime ça. J'aurai quatre-vingts ans et je sais que j'aimerai ça.

Par la fenêtre du petit train jaune ocre je regarde défiler la campagne, les vignes et les tournesols étouffés tête penchée couleur paille, et je laisse le soleil brûler ma peau, et je transpire dégouline. Je ne dois plus sentir tellement la rose. Et cela n'a aucune importance.

[mis en ligne le dimanche 17 août vers 01:56, heure de Paris]


bleue - le 13 août 2003


J'écoute sa chanson. J'arrive à me voir marcher heureuse dans le soleil. Je peux me voir heureuse sortir de l'eau bleue cachée dans les rochers. Me voir regarder les fleurs heureuses ma main dans la sienne.

J'arrive à me voir heureuse entendre la chanson bleue, écouter l'ange lumière à la voix douce. Je peux me voir heureuse danser bercer la peine. Chanter I love you sweet honey baby. Une dernière fois dessiner les longs troncs des arbres à l'écorce verte luisante, les petites feuilles pointues comme des pinceaux. Et puis aller me coucher.


hier aujourd'hui demain - le 14 août 2003


Je dors dans la forêt. J'écoute le vent dans les feuilles, l'air chargé de pluie. J'attends la pluie. Je me lève la nuit sous la lune pour marcher pieds nus dans les fougères. Je perds mon chemin dans la maison avec des papillons en liberté.

Le tonnerre gronde. L'oiseau tsik tsik égrène les heures du matin. Je lis La Mécanique des femmes entre deux plongeons dans l'eau bleue des rochers. Une petite phrase survenante me reste : « de quelle couleur est ma culotte ? » Et j'aime cette phrase. Je la répète. Je dis : la culotte est-elle noire, bleue, rouge ? j'écrirai cela dans le journal. Pour rire. Pour jouer. Et aussi « Voit-on ma culotte quand je monte ? » Et quand j'écris, de quelle couleur elle est ma culotte, monsieur Calaferte ? Noire, bleue, rouge ?


le feu - le 15 août 2003


Le matin au marché pour choisir les légumes et la viande rouge. Le pain et les gâteaux. Ce soir j'allumerai le feu pour faire cuire les grillades. Autour de la table ça discute de tout. La jeune femme à la peau brune aux yeux de louve. Les braises rougeoient.

Il fait l'amour comme si c'était la dernière fois. Comme si j'étais sa dernière femme. Je pense au corps de l'homme. Je pense à l'amour au bord de la rivière en pleine forêt et je dis que ce jour-là, ça faisait des siècles que je n'avais pas été aussi heureuse et ce n'est pas vrai. Les mots mentent. Les gens mentent. Il faut aller très loin pour trouver des gens qui ne mentent pas. Et soudain un manteau de plomb tombe sur moi, et je ne sais plus pourquoi j'écris. Elle dit qu'elle ment elle aussi et qu'elle m'a menti à moi et je dis que je m'en fous parce que de toute façon la vérité - comme le temps - ça n'existe pas. Il y a de la grosse peine partout que je ne sais pas consoler et si je n'écris pas pour vous maintenant avec ferveur et dévotion, je sais que je n'écrirai plus jamais un seul mot de ma vie, et que je reviendrai toujours dans ce village qui porte un joli nom de ville. Pour vous aimer. Et que je dormirai dans une auberge. Nous parlerons de T. toute la nuit.

Et dans la cour, il y aura des oies avec une grosse femme avec des joues rouges et une robe à fleurs rouges et brunes.


breakdown - le 20 août 2003


fleur_e_200803.jpg
l'une des quelques fleurs terribles de E./par un beau soir d'été
dans les arbres/je




J'aime Paris. J'y suis revenue hier midi. Je squatte le lit d'une amie, son appartement. J'ai mal aux pieds. À la tête, à l'âme. Sans énergie. Sans rêves. Et puis ce matin je me lève sur du noir. La tristesse. Je dois être fatiguée. Ce journal me tue. La vie me tue. Ce qu'il faut, c'est partir quelques mois ou quelques années dans le désert. Loin. Traverser le désert avec le secret désir de m'y perdre. Et rencontrer les fleurs que je n'ai jamais vues nulle part.








breakdown [bis] - le 21 août 2003


Une araignée m'a piquée sur le ventre. Je l'ai vue marcher un soir sur le drap de lin blanc, elle était grosse et jaune, et ronde, avec des milliers de pattes velues. Avec la lampe de poche, je l'ai chassée, obligée à fuir dans les joncs mouillés. Elle a dû revenir pendant que je dormais et elle m'a piquée. Après trois jours c'est encore enflé et rouge. C'est ça dormir à la belle étoile. Et je me fiche de ces piqûres. Je les aime bien. J'aime croire que c'est ce qui me donne cette légère fièvre, le mal de tête et la nausée et puis le breakdown. Elle somatise, docteur ?

Les araignées n'ont ni dieu ni maître. Ni bureaucratie ni procédures. Je suis encore malade. Hier j'ai senti que Paris m'abimait, me violentait. Toute cette chaleur et les gens pressés, harassés. J'ai fui à la campagne. Dormi 18 heures. Ce matin, le jardin est accueillant. La petite chatte folle a dormi dans mon lit. La petite chatte folle et noire n'a ni dieu ni maître, elle est sans cigarette, sans cravate. Libre.

J'ai déniché un disque de Bob Dylan. Je rentre au Québec demain. Prière de ne pas vous inquiéter pour ma tristesse. Le breakdown est profond quand il survient, mais elle sait rebondir du bon côté des choses. Je serai peut-être quelques jours sans écrire ici. Don't worry. Je vais défaire ma valise, écouter Dylan. Et tenter de reprendre pied. Écouter Dylan :

Come writers and critics/Who prophesize with your pen/And keep your eyes wide/The chance won't come again/And don't speak too soon/For the wheel's still in spin/And there's no tellin' who/That it's namin'./For the loser now/Will be later to win/For the times they are a-changin'.