Logo Love and Writing

267. bazar du jour - le 01 juillet 2003

mais qu'est-ce'tu fais ?

Il n'est que 5:30 heures et il fait sombre comme si la nuit allait tomber. Un orage se prépare. Ça sent la pluie. Je ferais mieux de mettre mes lunettes. D'ouvrir la lumière plutôt que de m'arracher les yeux sur ce portable dans le noir. Elle dit mais qu'est-ce' tu fais. Je dis je fais rien. Je fais cuire un poulet. Je fais mes courses, la grasse matinée. Je fais l'amour le plus souvent possible. Avec qui ? Ça te regarde pas. Avec je sais pas qui. Avec moi-même. Personne. Avec qui je veux. L'autre soir on parlait de sexe avec un ami et il a dit, en parlant de ses traversées du désert, mieux vaut une bonne branlette que tirer un mauvais coup. Langage typiquement mâle. Depuis que j'ai entendu ça, je cherche l'équivalent dit par une fille. Pas trouvé. Mais comment on peut savoir avant si le coup il sera bon ou pas ? [question naïve !! rép : si j'en ai envie, c'est bon]. Je fais mon éducation dans les vulgarités, je lis des blogs. Attention. Je fais pas la morale quand je dis ça, j'en ai pas. Jamais eu. Je fais rien. Je fais pas le ménage. Il est fait. Il se défait. Mon chat est parti. Pas mort, parti dehors. Je fais le tour du bloc cent fois pour le trouver en disant minou, minou. Je fais une omelette en cassant des oeufs.

Mon chat

camper.jpg

Je fais encore le tour des blogs. C'est pas là que je vais retrouver mon chat. Huit jours qu'il est parti. Jamais fait ça. Ils l'auront attrapé parce qu'ils manquaient de viande pour faire des chicken wings. Les salauds. Quelqu'un qui a un blog intéressant m'a écrit pour la première fois. Sur son blog, des photos de Big Sur. Envie d'y aller au lieu de partir en France. Si je fais ça, je fais dur, je pense juste à moi. Je fais dur si je fais ça. Je fais le tour des blogs et je lis tout. Je fais rien d'autre toute la journée. Demain je fais travail. Je veux des vacances dans un endroit désert et vide où il n'y a personne personne. Louer un vieux Westfalia de hippy et descendre en Californie. Je le fais, les filles, je le fais. Toute seule. Avec le poulet je fais des haricots verts et de la salade. Je fais le dîner pour Judith et Rosa et Catherine qui vont venir souper. Je fais semblant d'écrire.


268. pas de chat - le 02 juillet 2003

et si...

Je commence seulement à me faire à l'idée qu'il n'est vraiment plus là, que je vis sans ce chat. Et que peut-être il ne reviendra pas, jamais. J'y crois pas. J'ouvre la porte cent fois, je regarde. Je cherche dans les rues avoisinantes, les ruelles. Personne. L'assiette de nourriture est restée à moitié pleine. Le bol d'eau aussi. Ce matin, je les ai enlevées de là et le coin de la cuisine où il mangeait, près du micro-ondes, est maintenant vide. Plus de chat. À 9 heures moins dix ce matin je suis partie travailler. Ce soir, je cherche pas. Je lave l'assiette de porcelaine blanche avec des fleurs violettes. Je lave son bol.

un peu de sérieux, miss

Avec tout ça, j'ai pas fini de me refaire une beauté. Je suis donc partie à la recherche d'une couleur de fond, pour changer. L'exercice s'est montré fort laborieux et éprouvant : toutes les couleurs sont belles.

J'en ai trouvé deux, à l'essai. Et je songe même à mettre un petit bidule à sondage pour faire voter les lecteurs passionnés par les époustouflantes aventures de ces pages qui ne ressemblent plus à grand chose. Mais voilà, entre les deux couleurs, je ne suis pas arrivée à me décider. J'ai donc craqué pour la deuxième juste à cause de son nom : Navajo White (ffdead). C'est beau Navajo White, à ces mots, on peut entendre la cavalerie arriver et on peut visionner un vieux western juste avec ces deux mots-là, et pourquoi se priver ? Le dernier des Mohicans ou encore mieux entendre le beau Ta gadak, ta gadak voilà les Dalton, mais ça, c'est pas un western et c'est pas tellement native. Alors ça y est, ceci est ma couleur du jour adoptée à l'unanimité : Navajo White. Bingo.

M'empêchera pas de changer demain si je trouve un autre nom de couleur plus disons poétiquement native ou autochtone. L'autre couleur ? c'était Mocassin (ffe4b5). Le lecteur astucieux l'aura remarqué, j'ai décidé dorénavant de ne pas - ou le moins possible - renier mes origines dans les choix que je fais. Et cela devra se voir sur ce site. Yes.

Et la couleur des liens ? C'est Indian Red (cd5c5c). Maintenant, le bidule à sondage... pas trop gros, pas trop moche, et surtout valide, pour changer. Avec tout ça, j'ai mis le feu à ma bannière, le fond était blanc.


269. Désir - le 03 juillet 2003

Le noir et la lumière

C'était le matin dans la chambre et dehors le jour devait être en train d'éclore. Mes yeux se sont ouverts comme si quelqu'un à l'extérieur l'avait suggéré de trop près à mon oreille. Ou imposé tendrement. Quelque chose de la douceur d'une respiration claire et pourtant insistante m'avait tirée du noir sommeil d'un seul coup, mais en même temps très doucement. Je me suis levée en faisant bien attention de ne pas faire bouger le matelas. F. dormait encore. J'ai contourné le grand lit et j'ai marché glissé, pieds nus, jusqu'à la fenêtre. D'une main, j'ai ouvert les lourds rideaux de velours bleu pâle. J'ai vu le ciel. Aucun nuage. Du bleu et du bleu ton sur ton, placardé en rond comme si on avait tourné un large bol à l'envers sur la ville. Un bol de nouilles. Il ne restait rien au fond que la couleur de la porcelaine bien luisante. Je n'ai pas vu un seul oiseau. Mais entendus. Et puis le reste. Une odeur de café et de pain grillé qui brûle. Les vagissements d'un bébé deux étages plus bas. Une douche et la chasse d'eau en même temps plus quelques vociférations, suivies du silence. Les bruits du matin.

Témoin

Je pourrais écrire un gros livre avec la vie qui se vit ici, alentour, rien qu'avec tout ce que je capte en tant que témoin involontaire consentant. Ça ferait une histoire fabuleuse. Une belle et prenante histoire. Il s'en passe des choses ici, vous avez pas idée. Cependant, je verrais et entendrais beaucoup plus de détails si je m'arrêtais vraiment dans mes activités et que je m'immobilisais pour faire des gros plans, des séances d'observation quotidiennes [pas de l'espionnage, quand même] mais il faudrait toujours laisser le hasard décider des prises de [vie]. Ce sont les détails qui font le sel. Pas les anecdotes. Il s'agirait juste de prendre sur le fait, saisir, la beauté de la vie, et mieux que de faire des photos, s'en imprégner directement sans la commenter, puiser dans cette force et cette folie innée d'accomplir les mêmes gestes jour après jour dans un long rituel qui se déroule comme une spirale. Et puis de transcrire ce qui reste quand tout cela s'est déposé. Qu'est-ce qui fait que nous tenons tant à vivre ? Si on ne l'écrit pas, cette vie, il n'en restera bientôt plus rien sur rien. Zéro. Dans cette ville, dans ce quartier, nous ne formons qu'un seul gros nid de fourmis. Quelqu'un pourrait mettre sa grosse patte sur nous demain matin et tous nous écraser. C'est pareil partout dans le monde c'est pareil et on y pense pas, on vit et c'est plus fort que tout. C'est tout mêlé, ça fait tout le monde la même chose ou presque en même temps et ça vit, et ça naît, et ça meurt. Ça crie, ça pleure, ça fait les cons et ça s'entretue. Au travers de tout ça, des dents et des cheveux qui poussent et qui tombent. Et puis F. s'est réveillé. Il m'a dit quelque chose que je n'ai pas entendu et je me suis dirigée vers le lit, ivre de désir dans l'immense beauté de ce jour qui commençait à peine.

La suite demain. En attendat, le lien pour voter est sur la page principale


270. sondage - le 04 juillet 2003

Voici les résultats

Vous l'aurez deviné... ce sondage, quoi que basé sur des intentions fort honnêtes, louables, et vitales pour l'avenir - et je dirais plus, je dirais même, pour la survie - de ce journal sur l'océan houleux du net, ce sondage donc avait un petit côté un peu bidon.

Mais qu'à cela ne tienne, je suis néanmoins déterminée à mener l'opération-sondage à terme et jusqu'au bout en révélant les résultats ici même et maintenant. La preuve, j'ai fait un screen shot cliché instantané vers 20h30 gmt +ou-5 (?) que je recopie ici.

Je ne suis pas du tout surprise du fort faible taux de votants : 13 sur une moyenne de 3500 et quelques lecteurs par jour. Mais tous les visiteurs ne lisent pas la page principale. Et que de plus et qui plus est, les sondages, c'est pas très populaire. Et puis en outre, et par conséquent conséquemment, comme la plupart des lecteurs navigateurs naviguent en masquant leur ip et tout le saint frusquin, ils doivent pas vouloir répondre aux sondages de peur de laisser des traces de leur passage ou encore la terreur de se faire attraper dans de sombres et stuporeux sillages des blitz campagnes de pub et de fidélisation, si ce n'est carrément dans des arnaques de pop up xxx. Grebehlehhmehleh. Comme je vous comprends. N'ayez crainte, je sais ce que c'est, je ne réponds moi-même pratiquement jamais à aucun sondage, arf. C'est pourquoi j'ai mis quelques petites questions anodines et inoffensives sans aucun rapport avec l'objet du délit corps obsédant du désir délire délirant comme dirait l'autre. Pourquoi je vous ai imposé ça ? Je l'ai déjà dit, pour savoir ce que vous pensez de cette couleur. C'est ça. Pour le fun aussi. Juste pour le fun.

sondage du 04/07/03

Bon, un peu de sérieux, Lady A. Le sondage est pas fini. Je vais le laisser encore quelques heures ou quelques jours, je sais pas. Je sais pas combien de temps. J'ai déjà trouvé une autre couleur de rechange en échange à proposer dans un futur sondage bison bidon interactif actif et hyperactif, c'est le Smoke White. Joli. Et c'est pas important le temps, ça n'existe pas. Alors si vous voulez voter pour ou contre la couleur Navajo White ou n'importe quoi (c'est supposé être blanc peau-rouge), je vous en prie, faites.

Veuillez toutefois prendre note que c'est pas moi qui ai eu l'idée du sondage, mais cette fo-folle de Script. Elle a décidé tout d'un coup de reprendre du service dans le diarisme online. Doit être à cause de la chaleur. Attachez-vous bien, j'ai pas mal envie de la lâcher lousse dans les carnets veb.

p.s. : Oups, en relisant la page, je vois que le graphique est mal fait (les lignes qui représentent les %...) Ce bidule serait plus fou que moi ? J'ai pourtant rien trafiqué. Vrai comme je suis là. Mais au fait, est-ce bien moi qui écrit ?

Quoi qu'il en soit

Le lien pour voter est sur la page principale


271. nocturne - le 05 juillet 2003

Ouch, je viens juste de me brûler à l'avant-bras en m'installant dehors pour écrire à la lumière des deux petites lanternes. Ça éclaire pas fort, juste pour dire que je devine un peu les touches [noires] et la lueur qui éclaire en vacillant le blanc des lettres et caractères. Dommage que je puisse pas taper sans regarder le clavier de temps en temps, c'est difficile surtout quand il faut mettre les accents et le reste de petits gugusses, les codes et tout. C'est possible de coder à l'aveuglette ?

Et si je bouge un peu, si je m'asseois pas toute droite, le clavier disparaît et je vois plus rien que cet écran et le ciel immense en toile de fond. C'est fabuleux. Vivre juste pour ressentir ça, c'est bien. C'est la première fois que j'écris dehors dans le presque noir complet. Ça fait un drôle d'effet. Comme dans une grosse coquille. Avec en même temps encore plus l'impression de communiquer avec la planète [en terme d'espace] toute entière, surtout quand un petit bout de lune brillante apparaît et que je vois la forme des gros nuages bleu foncé et gris noir qui bougent. Écrire sur Internet dehors la nuit, c'est génial. Cette lune qui se dissimule. Ma brûlure fait mal, je rentre pour faire couler de l'eau froide dessus. Une chance que j'ai un petit coin pour vivre un peu dehors au frais, parce que dans la maison, qui est toujours fraîche d'habitude, l'humidité s'est installée aujourd'hui et c'est plutôt collant. On dirait que la lune veut rester cachée, comme moi : j'ai installé des rideaux de bambou sur la rembarde du balcon, comme ça les voisins peuvent pas me voir. De gros nuages passent devant et j'ai pas encore vu plus qu'un petit croissant. Serait-ce la pleine lune ? Mes plantes poussent bien. Sauf les grimpantes. Je crois que je me suis fait avoir avec ces plantes ou bien je ne les ai pas mises dans des pots assez gros, parce que la clématite s'étiole et la glycine est bloquée à trois pieds de hauteur et elle a perdu toutes ses fleurs. Par chance, les herbes sont magnifiques, la coriandre et le basilic ont triplé de volume en une semaine et ça sent, ah, ça sent... bon. Y'a vraiment trop de nuages qui bouillonnent autour de la lune cette nuit. Fait pas assez clair pour écrire. Je rentre.

Et puis il est toujours temps de voter, ça m'amuse plus beaucoup, mais j'ai pas le temps ni l'envie de conclure maintenant. Veux faire dodo.

Quoi qu'il en soit

Le lien pour voter est encore sur la page principale pour quelques jours.


272. monday monday - le 07 juillet 2003

clic

C'est vrai ce que P. m'écrit, vrai que ça manque d'images et de fleurs ici depuis que j'ai refait la page. Je dis ce n'est que temporaire, pas envie d'en mettre ces temps-ci parce que j'en ai pas en ce moment, parce que pas envie d'en faire. Je dis ce n'est que temporaire et puis je sors la web cam. Clic, je croque une rose. Pour vous.

des églantines le 7juillet03

Des églantines sur mon balcon, ce matin. J'ai tout apporté dehors et clic clic, j'ai fait des images. Dommage que ce soit un peu flou. Je manque d'expérience. Et puis je dois bouger. Faudrait que j'utilise un trépied pour la cam au lieu de la tenir dans la main droite pendant que la gauche clique.

Mais c'est pas tout les images, j'ai encore cette décision à prendre pour mes vacances : choisir où aller et acheter les billets d'avion. Je sais bien ce qui bloque le processus. J'aurai une démarche très importante à faire cette semaine pour l'avenir d'Épiphanie et rien qu'à cette idée je me sens prise de panique. Tant que je n'étais pas sûre que le livre serait publié, j'étais tranquille, on aurait dit qu'au fond, je n'y croyais pas trop. Et maintenant que je suis sur le point de signer le contrat d'édition avec la maison X [je ne veux pas donner le nom avant que tout soit fini; superstition ?], la machine va se mettre en branle, il me faudra affronter les commentaires, la critique, assumer ce que j'ai écrit parce que cela va devenir réel et ne plus être caché. Il y a une sorte de honte à écrire en cachette. Je n'aime pas ce sentiment qui arrive ce matin après tous mes efforts d'affirmation. C'est comme ce journal, je me demande quelle place il pourra prendre, après, demain, dans les prochains mois. J'aimais écrire au jour le jour juste pour moi et mes amis. Que ce soit bien ou mal écrit n'avait aucune espèce d'importance, c'était la règle du jeu d'écrire live sans trop me soucier de lécher les textes. Mais une fois le livre publié, les gens vont-ils s'attendre à trouver dans ce journal du contenu toujours «à la hauteur», une continuité, des idées ? J'aime trop me laisser dériver au quotidien pour procéder autrement, peser chaque phrase, mesurer chacun des mots que je dis. Cet espace d'écriture en était un de liberté. Pourra-t-il le demeurer ? Et puis je reviens à cette hésitation pour mes vacances et je me dis que je dois être simplement fatiguée.

Encore, encore...

un coin de ciel le 7juillet 2003

Oui, encore des fleurs. Celles-ci se sont faites plus sombres pour laisser voir un morceau de mon petit coin de ciel bleu. Finalement, le jour a passé et toutes ces émotions ont pu décanter sans que j'y pense au travers d'une série d'activités indispensables si je veux continuer de boire et manger. Et m'amuser. Voilà que la panique et les angoisses ont levé l'ancre et que j'ai hâte de me présenter à ce meeting chez l'éditeur et de lire les petites clauses écrites en mini caractères et discuter de ce qui entoure la publication de mon livre. Plaisir anticipé. Et puis quand je vais signer, je serai heureuse. Le plus beau jour de ma vie ? Presque. Écrire ce livre, c'était important pour moi. Il le fallait, et je l'ai fait. Le publier, ça l'est aussi. Et ça me donne des ailes. Façon de parler.

Quoi qu'il en soit

Finie la valse des indécisions, hésitations et cogitations, terminées les questions qui ne servent à rien. Je prends l'avion le 8, retour le 22 août. Et j'en ai fini avec ce sondage. Et avec cette satanée couleur de fond. Je l'ai virée. Le sondage avec. Fin de l'épisode rénovations. Retour au blanc, donc.


273. ah, la vie - le 10 juillet 2003

la plage

J'ai dormi sur le sable. J'ai dormi sur la plage. Brève escapade à la mer. Presque trois jours complets de repos bien mérité, les pieds dans l'eau. Il y avait trois canards et une grosse lapine qui vivaient librement dans le Bed and Breakfast où je logeais dans ce petit village du Maine où j'aime à m'enfuir quand je suis stressée, quand la mer me manque trop. Cinq heures de route en pleine nuit au volant de ma vieille Ford et je plonge dans l'eau salée glacée. Rien ne me fait plus de bien que ces bains de nuit d'où je ressors grelottante et exténuée. Et avec le portable, je peux travailler aussi, de temps en temps. J'ai même pu me brancher à l'Internet, juste pour quelques mails importants. C'est fou.

la couleur

Heureusement que Judith est là pour prendre soin du jardin et des fleurs de la terrasse qu'il faut arroser tous les jours et parfois deux fois par jour quand il fait très chaud. J'ai trouvé une solution pour la couleur Navajo White : au lieu de la virer complètement, je viens de la mettre comme couleur de fond pour les blocs de texte où je loge mes citations. Et en pointillé tout autour, j'ai mis le Indian Red. J'aime ça. C'est pas de la plus grande douceur, mais ça me plaît. Et au bout du compte, 25 personnes ont participé au sondage. Je remercie tout le monde. C'est vraiment gentil d'avoir joué le jeu avec moi.


274. traverser - le 11 juillet 2003

le fleuve doré

Partir encore sur la route. Me lever tôt demain matin et partir à l'aube pour quatre jours ou davantage. Direction le Bas-du-fleuve. Suivre le Saint-Laurent sur plusieurs centaines de kilomètres et puis redescendre vers l'est. Dimanche midi : rencontre de famille. Belles journées tendres au vieil hôtel sous les grands pins, près du lac. Les sacs sont prêts. Les crayons et les carnets, le portable aussi. Un thermos de café et quelques sandwichs, des fruits. Huit heures de route, cette fois. Et la route vers là-bas est longue et trouée. Comme embroussaillée. Et pour ne pas perdre le nord, il y a toujours le fleuve. Il faut suivre le fleuve. La route qui longe tout du long et s'insinue ensuite dans les terres.


275. kiss me - le 12 juillet 2003

fleuve salicaire

Dans une vitre de la grande cuisine au plafond bas elle a écrit : « L'humanité est un sac de graines, seules celles qui s'en échappent fleurissent. » Elle est sortie pour la soirée. Kiss me, kiss me baby. J'écoute Laurence Revey, et Laïs. Je dormirai dans le bureau. Elle m'a fait choisir entre cette pièce, ou sa chambre. Par la fenêtre je regarde le fleuve en rêvant d'habiter là pour toujours comme dans un refuge qui me protégerait contre les coups durs de la vie. Je lave la vaisselle, je lave, et je range. Je me demande si j'ai envie de sortir. Je reste là et j'allume l'ordinateur. La chatte a eu trois petits minous et elle n'avait que sept mois. Si petite et déjà mère. Je suis fatiguée. J'ai téléphoné à mon frère. C'est sa femme qui a répondu, étrangement, et comme si elle était lui. Ils sont ensemble depuis si longtemps, je les imagine interchangeables, ou encore ils font comme si. Je n'ai aucun regret de ne pas avoir vécu au quotidien avec un homme [ou une femme]. Très longtemps, je veux dire. Faux. Parfois je me demande ce que cela aurait pu être si... Mais je veux demain. Demain sera une journée fort éprouvante. Pour demain, j'ai un peu peur. Je les reverrai demain, tous. J'en ai envie et en même temps, ça me fait bizarre en dedans. Avec elle nous avons marché jusqu'au fleuve, cueilli de gros bouquets de fleurs sauvages sur le bord des fossés. La salicaire est dans l'eau des grands pots de cristal avec les marguerites et des feuillages de quenouille. Je lis ce qu'elle a écrit sur les murs de la maison, et dans les vitres, et sur des bouts de papier. Dans sa maison il y a des livres partout. Elle dit je ne pourrais pas vivre sans. J'entends les cloches de l'église qui sonnent toutes les heures. Presque. Je sortirai. Je vais la rejoindre, rencontrer ses amis, et manger un plat de la région, quelque chose comme du poisson. Boire du vin léger et froid qui fait rire.


276. à plat - le 15 juillet 2003

morte et vive


Comme le Phénix je suis
Qui de sa mort reprend vie,
Qui de sa cendre naîtra.
Tue, tue, tue-moi,
    Pour cela ne mourrai.

La mèche d'Aveste suis
Qui allumée ne perd rien,
De qui le feu ne meurt point.
Brûle, brûle, brûle-moi,
    Pour cela ne mourrai.

Cette vaillante drogue je suis
Qui se réchauffe dans l'eau,
Qui s'y rallume et nourrit.
Noye, noye, noye-moi,
    Pour cela ne mourrai.

Le diamant dur je suis
Qui ne se rompt du marteau
Ni du ciseau retenté.
Frappe, frappe, frappe-moi,
    Pour cela ne mourrai.

Comme la mort même suis
Qui qui la fuit de près suit :
Qui me refuit je poursuis.
Fuis, refuis, refuis, refuis,
    Mort et vif te suivrai.

[Jean-Antoine de Baïf, Chansonnette]

Rentrée trop tard hier soir. Roulé longtemps, sur des centaines et des centaines de kilomètres. Beaucoup trop de route et d'espaces franchis, de traverses extérieures et intérieures. Je me suis rendue jusqu'à Cabano et Squatec, puis de là j'ai voulu revoir Saint-Jean-de-Dieu, Sainte-Rita, Trois-Pistoles, Cacouna, et enfin Kamouraska. Rencontré du beau monde. Du monde avec des yeux qui brillent. Et le fleuve, le soleil. Partout. Et le ciel bleu qui crève les yeux, avec de temps en temps de gros nuages qui éclatent pour que la pluie tombe. Escale magique à Trois-Pistoles, les Basques, et le chemin du Hâvre, encore avec cette déraisonnable envie d'y vivre, toujours. J'ai même cherché s'il y avait des maisons à vendre ou à louer. Et tout ce que j'ai ressenti, reçu, trouvé et retrouvé là-bas, on dirait que ça m'a tuée au lieu de me redonner des forces.

j'ai pas pleuré...

Depuis que j'ai passé le pont Jacques-Cartier, je me sens totalement à plat. Abattue. C'est physique. Et mes frères et mes soeurs dans tout ça ? J'ai pas pleuré. C'était plutôt chaleureux, très enveloppant. Et quand je dis que c'est du « beau monde » ce n'est qu'un pâle reflet de la réalité. Ils sont uniques, terribles. Incroyables. Ils me font tout le temps rire aux larmes ou pleurer. Fuir. Capoter. Sublimes et un peu fous, mais si authentiques et droits. Intègres et brillants à l'os. Il y aurait tant à écrire sur cette immense famille. Je crois bien que le poids de tout cela m'écrase. Juste un peu.

art micmac

277. nos amours - le 16 juillet 2003

juillet bleu



Je suis sortie marcher dehors et j'ai longé la voie ferrée bordée de longues herbes et de vignes sauvages et de salicaires en songeant à l'insolente fragilité de l'être, à la vie qui fuit et s'enfuit dès qu'on s'imagine pouvoir l'effleurer du bout des doigts. Je finis par comprendre que nos amours vivent et meurent et que je n'y peux rien, personne n'y peut rien non plus. Je recommence à aimer ailleurs et autrement et le coeur me manque à force que c'est bon. C'est trop beau et si imprévisible. Je tombe à genoux. J'ai vu la folie et la guerre, le feu et les plaies, les membres amputés, les chairs brûlées, paralysées si jeunes dans leur élan vital, et la démence des gens qui souffrent trop, et en toile de fond. En toile de fond, tout le reste que je ne sais plus nommer. Tout ce qui n'est pas souffrance me laisse froide. Avec l'idée d'en faire un livre rempli d'images dessinées à l'encre noire. Sur fond bleu doré, illustré avec des salicaires mauves. Si douces. Et longues. Comme ce désir infini de lui que j'aime tant naviguer dedans.



art micmac

278. une esthétique de la maladresse - le 17 juillet 2003


Rosa eglanteria
Rosa eglanteria
R. Thomas and M. Orr
Berkeley Digital
Library Project

Ce journal publié sur l'Internet n'est pas un herbier de fleurs séchées, il n'est pas un cimetière où j'enterre mes morts. Je ne sais pas le définir ni en tracer les contours. Jamais eu envie de formuler une définition. Cette opération se fait toute seule, comme en creux. Et j'aime caresser l'idée, l'ambition, que les pages du journal demeureront indéfiniment vivantes.

Devant cette vie propre que le journal revendique, je ne suis pas toujours respectueuse, mais avide, comme pressée de le retrouver jour après jour. Ou de l'envoyer promener, quand j'en ai marre et que ça va mal, quand j'ai l'impression que cette aventure ne mène nulle part. J'ai toujours jugé bon de traverser ces crises en les écrivant pour mieux les vivre et ne pas les escamoter ni les renier parce que je sentais bien qu'elles faisaient partie du lot «journal online».

J'ai toujours su bien avant de le lire que ça pouvait lasser certains lecteurs qui n'aiment pas trop entendre parler de l'acte d'écriture [d'un journal] et qui s'intéressent d'abord et avant tout à la vie de l'auteur et à celle de ses proches, à ses états d'âme et à ses expériences et tout ça. On m'a critiquée parfois de manière fort virulente. Méchante et gratuite aussi. Ça sentait trop fort l'envie pour que je réagisse publiquement. J'ai lu. J'ai pris note. Mais je ne vois pas pourquoi j'aurais changé ma façon d'être et le sujet même de mon écriture dans ce journal pour faire plaisir à des gens qui ne m'apprécient pas. L'internet regorge de blogs : faites vos jeux et oubliez-moi, me disais-je.

J'écris avec ce que je suis et je ne cherche pas à séduire quiconque, ni à devenir populaire, aimée, ou célèbre, ni à caqueter pour une petite [basse-]cour. Je suis maladroite ? Tant mieux. Je cultiverai donc l'esthétique de la maladresse. Je vous énerve ? Tant mieux. C'est peut-être le signe que vous n'êtes pas tout à fait morte.

D'où qu'elle vienne, la voix qui parle dans ce journal est un cri d'amour : un cri qui cherche le contact, qui veut toucher l'autre moitié de moi-même, cet étranger de qui j'ai peur et de qui je suis séparée. Que je suis et que je fuis et refuis.

Écrire ce journal c'est avant tout écrire. Et rien d'autre. Qui donc a dit : si l'écriture ne vous aide pas à vivre, faites autre chose ? Et, par extension, pourrait-on dire : si le journal ne vous aide pas à vivre, faites autre chose ?

Quoi qu'il en soit, et comme je l'ai déjà annoncé, le cahier Love and Writing Project va se refermer à la page 300. Et sur un vrai beau rideau de velours rouge. Bientôt. Plus que 22 pages. Après, la parenthèse du projet L'écriture ou l'amour se refermera, et j'ouvrirai un autre cahier.

C'est quand même étrange que j'aie mis autant de temps à trouver un équivalent français pour le titre de ce journal. La peur ?


279. zone d'ombre - le 18 juillet 2003

Aujourd'hui tu marches dans Paris les femmes sont ensanglantées
C'était et je voudrais ne pas m'en souvenir c'était au déclin de la beauté

Entourée de flammes ferventes Notre-Dame m'a regardé à Chartres
Le sang de votre Sacré-Coeur m'a inondé à Montmartre
Je suis malade d'ouïr les paroles bienheureuses
L'amour dont je souffre est une maladie honteuse
Et l'image qui te possède te fait survivre dans l'insomnie et dans l'angoisse
C'est toujours près de toi cette image qui passe

[Zone, Guillaume Apollinaire]

Aujourd'hui j'ai passé des heures et des heures complètement immobile, figée sur place sur un fauteuil ou dans mon lit, et incapable de bouger. Presque rien fait du tout. Comme abattue et sans forces. Il y a une lourdeur dans cet air que je respire. Une trop grande tristesse. Je ne sais pas. Je n'arrivais pas à commencer la journée.

Et puis j'ai fait un effort et j'ai quand même pris un long bain chaud et je me suis lavé les cheveux. J'ai pris le temps de les sécher en les brossant et en les étirant avec la brosse ronde en poils de sanglier pour qu'ils soient droits et lisses, le plus possible. Et après je suis allée au Figaro manger une bouchée sans la faim et j'ai écrit dans le cahier rouge pour essayer de décoincer cette écriture qui est toute bloquée et j'ai fait autre chose aussi pour me remettre vraiment dans l'écriture mais je ne peux pas raconter tout cela ici. Et après ça j'ai fait un effort et je suis entrée dans une boutique pour acheter quelques vêtements, et me débarrasser enfin de ces vieux trucs déformés que je porte depuis des siècles.

J'ai compté les jours et les pages. Si j'écris tous les jours, vu qu'il reste 21 pages, j'arriverai à la page 300 le 8 août : c'est dans 21 jours exactement. Je finirai ce cahier, et puis tout de suite après je prendrai l'avion. Parfait.


280. le journal de tout le monde - le 19 juillet 2003

cogito sum quoi ?

Cogiter encore et encore sur la question du journal intime public est mon petit péché mignon que je remets sur le métier une fois de plus, mon père.

Et la plus belle révélation que j'ai eue de tout ce magnifique mois de juillet 2003 c'est que le meilleur journal qui s'écrit sur l'Internet devrait être en quelque sorte le journal intime de tout le monde, afin que chacun qui le visite et qui le lit puisse s'y reconnaître, et y retrouver un petit morceau de son humanité, ce qui pourrait être sa propre vie et qu'il n'a pas le temps d'écrire.

Non ? Et pourquoi pas ? Pourquoi quelqu'un n'écrirait-il pas une bonne fois pour toutes le journal de tout le monde ? Ça serait parfait, merveilleux. La plus émouvante des lectures. Ce journal-là, celui de tout le monde, je le cherche partout depuis toujours dans les livres et depuis qu'il y a Internet je le cherche sur Google et sur la CEV et même sur la RDJ, si si, et je cherche partout dans les annuaires de blogs et je ne l'ai jamais trouvé. Fraudra-t-il donc que je l'écrive ? Gros contrat. Gros défi que j'ai néanmoins envie de relever. Bravement.

pas encore un sondage ?

J'y ai beaucoup réfléchi depuis les quelques semaines que cela me trotte dans la tête et je n'osais pas envisager cela autrement que comme un projet d'écriture trop [flyé] inspiré qui ne verrait pas le jour si je procédais avec [trop] de précipitation. J'ai donc pris mon temps afin d'analyser et d'introspecter (et laissez-moi vous dire en passant que je suis devenue carrément allergique à tout ce qui de près ou de loin se réclame de l'introspection, bon) méticuleusement et parcimonieusement les pour et les contre et les abstentions et les pouvez-vous répéter la question de mon long sondage intérieur en long et en large une fois de plus mon père, ce qui fait que, après toute une interminable période de jours et de nuits passés à réfléchir et à soupeser toutes sortes d'arguments, ma décision fut prise ce matin. Le choix qui n'en est pas un s'est imposé de lui-même.

Dans vingt pages exactement j'écrirai la dernière page du «bien nommé» (merci à Théo qui s'en fiche de toutes façons) Love and Writing Project et donc la première page du Journal de tout le monde, une belle suite au Journal de Script, avec Script et Jack et Lady A. et mes deux belles chenilles de grosse fatigue qui me manquent et qui me permettaient d'écrire des entretiens hautement métaphysico-philosophiques sur la question de l'onanisme aseptisé dans le diarisme virtuel, et toute la bande qui vivait dans ce journal, plus ceux qui se sont rajoutés depuis. Ça fait du monde dans la back yard, Sir ? Yes Sir.

Quoi qu'il en soit, je suis très contente de m'être libérée de ce poids en l'écrivant ici et je sens que je vais super bien dormir ce soir.

Reste que Love & Writing ne termine que dans vingt jours. Autant dire une éternité.

Et puis non, cette idée est farfelue, saugrenue et irréalisable. Si j'écris le journal de tout le monde, je vais écrire le mien où ? alors c'est impossible. Va falloir trouver autre chose ma puce.


281. Un beau dimanche avec D. - le 20 juillet 2003


abeille
© chocolat-bleu

Quel beau dimanche. Je me suis levée tôt et j'ai passé toute la journée dehors avec D. D'abord un concert dans un parc du nord de la ville, et puis une longue promenade et un pique-nique au Jardin Botanique.

D. est un ami et lecteur de ce journal qui est venu de France pour me rendre visite et faire un peu connaissance avec moi, et avec Montréal, et aussi pour discuter littérature et accessibilité. Il écrit, et il fait une foule d'autres choses fort intéressantes, mais ça, ce n'est pas à moi de vous le dire. J'ai beau lui expliquer que je ne suis pas une experte en matière d'accessibibilililité, il aime tellement l'idée que je sois autodidacte avec les bidules machins html et css et php qu'il jubile quand on en parle, il est mort de rire et il jouit comme un fou juste à imaginer la tête des gens qui ont passé des années à étudier tout ça et qui n'arrivent pas à construire un site web valide et tout simplement beau et plaisant à visiter et surtout à lire. D. prétend, et je suis d'accord avec lui, que lorsque la toute première motivation pour écrire sur le web est «l'écriture», on s'en fout un peu de tout cela. Mais on fait quand même des efforts.

Et puis D. va vivre chez-moi pour les deux prochaines semaines. Et je crois que vous m'entendrez encore un peu beaucoup parler de lui, et de moi avec lui. Avant son arrivée, et jusqu'à aujourd'hui, on s'était juré de rien dire à personne, et j'ai bien tenu ma langue, parce que nous ne voulions pas du tout que ça se sache, surtout parce que nous pensions que le fait d'en parler gâcherait tout. Bref, cela explique pourquoi je ne me sentais pas trop à l'aise d'écrire ici et un peu «bloquée», comme je dis parfois. Maintenant, ça va.

En ce moment, D. est fort absorbé par la lecture de mon manuscrit, il lit Épiphanie, il lit en buvant du Muscadet et en tournant les pages lentement. Je vois bien qu'il aime mon livre. Et qu'il a l'air heureux, les deux pieds sur le coffre ancien qui sert de table basse, au beau milieu du salon. Quel beau tableau. Ça fait quand même un drôle d'effet d'être celle par qui le plaisir arrive. Sur le plan littéraire, je veux dire. Et j'aime ça.

J'aime beaucoup D. Et il est très vite devenu mon amant, je ne m'en cache pas. Difficile de faire autrement, après des mois et des mois de correspondance intime. Quand il est arrivé avant-hier soir tard, j'ai tout simplement mis de la musique et on a dansé. Et puis on a parlé et on est allé faire un long dodo dans la chambre. J'aime bien le décalage horaire : c'est une bonne excuse pour passer beaucoup de temps au lit.

Il est très bon ce vin. C'est fou, comme un goût de sel et de miel. Et en même temps de fruits acidulés qui auraient macéré longtemps dans l'alcool sucré. Ça me donne faim.


282. avec D., jour 3 - le 21 juillet 2003


love, aimer, ai, psetseninuta

D. s'est levé très tôt et il est sorti acheter des croissants au beurre. Il a fait le café et il a chargé un grand plateau de saumon fumé et de confitures et de toutes sortes de gâteries et de fleurs aussi et il a apporté tout ça dans le grand lit. C'est exactement de cela dont j'avais besoin ce matin.

J'ai commencé la ménage de la bibliothèque. Il y a là dedans quelques livres qui n'ont aucun intérêt et qui serviront tout à l'heure à allumer le brasero pour faire cuire la viande rouge.

Comme je ne peux jamais ranger mes livres sans en butiner quelques uns au passage, voici celui que D. m'a gentiment pris des mains pour le déclamer pendant que j'écris. Extrait de L'Omblic des Limbes, d'Antonin Artaud :

Avec moi dieu-le-chien, et sa langue
qui comme un trait perce la croûte
de la double calotte en voûte
de la terre qui le démange.

Et voici le triangle d'eau
qui marche d'un pas de punaise,
mais qui sous la punaise en braise
se retourne en coup de couteau.

Sous les seins de la terre hideuse
dieu-la-chienne s'est retiré,
des seins de terre et d'eau gelée
qui pourrissent sa langue creuse.

Et voici la vierge-au-marteau,
pour broyer les caves de terre
dont le crâne du chien stellaire
sent monter l'horrible niveau.


tanobe
© Miyuki Tanobe

les gens de mon pays. ce sont gens de paroles. et gens de causerie. qui parlent pour s'entendre. et parlent pour parler. il faut les écouter. c'est parfois vérité. et c'est parfois mensonge. mais la plupart du temps. c'est le bonheur qui dit. comme il faudrait de temps. pour saisir le bonheur. à travers la misère. emmaillée au plaisir. tant d'en rêver tout haut. que d'en parler à l'aise

parlant de mon pays. je vous entends parler. et j'en ai danse aux pieds. et musique aux oreilles. et du loin au plus loin. de ce neigeux désert. où vous vous entêtez. à jeter des villages. je vous répéterai. vos parlers et vos dires. vos propos et parlures. jusqu'à perdre mon nom. ô voix tant écoutées. pour qu'il ne reste plus. de moi-même qu'un peu. de votre écho sonore

je vous entends jaser. sur les perrons des portes. et de chaque côté. des cléons des clôtures. je vous entends chanter. dans ma demi-saison. votre trop court été. et mon hiver si longue. je vous entends rêver. dans les soirs de doux temps. il est question de vents. de vente et de gréments. de labours à finir. d'espoirs et de récolte. d'amour et du voisin. qui veut marier sa fille

voix noires et voix durcies. d'écorce et de cordage. voix des pays plain-chant. et voix des amoureux. douces voix attendries. des amours de village. voix des beaux airs anciens. dont on s'ennuie en ville. piailleries d'écoles. et palabres et sparages. magasin général. et restaurant du coin. les ponts les quais les gares. tous vos cris maritimes. atteignent ma fenêtre. et m'arrachent l'oreille

est-ce vous que j'appelle. ou vous qui m'appelez. langage de mon père. et patois dix-septième. vous me faites voyage. mal et mélancolie. vous me faites plaisir. et sagesse et folie. il n'est coin de la terre. où je ne vous entende. il n'est coin de ma vie. à l'abri de vos bruits. il n'est chanson de moi. qui ne soit toute faite. avec vos mots vos pas. avec votre musique

je vous entends rêver. douce comme rivière. je vous entends claquer. comme voile du large. je vous entends gronder. comme chute en montagne. je vous entends rouler. comme baril de poudre. je vous entends monter. comme grain de quatre heures. je vous entends cogner. comme mer en falaise. je vous entends passer. comme glace en débâcle. je vous entends demain. parler de liberté

Ces paroles sont celles d'une chanson de Gilles Vigneault, « Les gens de mon pays ». Je l'ai recopiée de l'album Mets donc tes plus belles chansons ensemble. Pour mémoire de ces derniers jours. Pour chanter dehors sous la pluie et le grand parapluie bleu et blanc avec Vigneault et D., pendant qu'il me chuchote à l'oreille de temps en temps : psetseninuta, psetseninuta*, tout en feuilletant ce livre de la Courte échelle, illustré par Tanobe.

_____________________________
* je t'aime, dans la langue des Malécites.


284. bed in - le 22 juillet 2003


Petite soirée en solitaire. Lui, il est sorti en ville et je crois qu'il va rentrer tard. Je suis contente qu'il soit indépendant et capable de faire des choses tout seul dans une ville étrangère, visiter les musées et rencontrer des gens et tout.

Je me sens encore fatiguée ce soir, avec une grosse journée de travail dans le corps. Et l'estomac un peu dérangé depuis quelques jours que je fais la fête. Décidé de rester sagement à la maison à me reposer et faire des trucs qu'on ne peut faire que quand on est tout seul.

J'ai installé le portable dans mon lit, sur un petit coussin spécial (une planche mince et rigide avec par en-dessous un sac de fêves en biseau) posé sur les jambes, et que j'utilisais auparavant pour écrire et ça supporte très bien l'ordi que j'ai connecté sur le modem téléphonique.

Par contre, les pages mettent un temps fou à s'afficher, et envoyer un mail prend plus de temps aussi, et ça me rappelle le bon vieux temps. Je devrais faire cela plus souvent, mais je ne sais pas pourquoi je travaille presque toujours assise à mon bureau, c'est comme un rituel. Et quand je déplace l'ordi, j'ai souvent ce désir d'écrire dans le journal l'endroit où je suis, comme si cela avait la moindre utilité.

Sauf que lorsque j'écris dans mon lit, j'ai cette bizarre impression de chuchoter, je parle moins fort on dirait.

J'ai pas grand chose à écrire ce soir. Le bonheur ne m'a jamais rendue très volubile. Aujourd'hui, j'ai appris la mort d'une homme que j'aimais beaucoup. Je pense donc à lui presque sans arrêt. Sans tristesse, je revis des bons moments de notre amitié. J'ai allumé plein de bougies et je pense à lui. Ça sent bon ici.


285. les cahiers secrets - le 23 juillet 2003


secret.jpg
© chocolat-bleu


Je lui ai très vite parlé de X. Et puis D. a lu mon journal papier, les cahiers de 2002 et 2003. C'est hier matin exactement que je lui ai donné le premier cahier. Et puis entre hier et aujourd'hui, il a tout lu. Il a lu mes secrets pendant que je travaillais de longues journées fatigantes. Il sortait en ville, s'installait tranquillement dans les parcs, ou dans les bars ou les cafés à cause de la pluie, et il buvait du vin ou du thé, et il lisait le journal papier d'Annie Strohem.

Je n'avais jamais montré les cahiers secrets à personne avant. Pas pour les donner à lire. Et puis ce soir il est arrivé après avoir tout lu, presque deux ans en deux jours. En me voyant, il s'attendait à retrouver une petite fille fragile, blessée. Il était encore tout ému par sa lecture. Mais quelque chose à l'intérieur de moi a chassé cet autre aspect de ma personne. J'ai ri et bien vite j'ai réussi à l'exciter en lui disant des choses folles jusqu'à ce qu'il me fasse l'amour.

Je voulais triompher de la fragilité et de la petite fille. J'ai refusé de me laisser aller aux sentiments, de reculer au lieu d'avancer. C'était un peu comme un duel. La femme en moi est forte. Et D. a dit qu'il a le vertige quand il me regarde au fond des yeux et qu'il se sent bien et détendu avec moi. Il a encore dit je veux vivre avec toi toujours et ce sont des mots que je ne veux plus entendre (je ne sais pas pourquoi) et j'ai encore ri et il m'a encore fait l'amour.

Je lui ai dit que je ne voulais pas vivre avec lui ni comme amant ni comme mari. Je ris de sa fougue. Mais lorsqu'il sort de la maison, lorsqu'il part, il ne se passe pas trois minutes qu'il me manque tout de suite et je souhaite son retour pour l'aimer de toutes mes forces.


286. de marbre - le 24 juillet 2003


secret.jpg
© chocolat-bleu

Je n'aime aucune autre des images autant que celle de la pierre plate et ronde avec les mots secrets gravés dessus. Il y en a plus d'une comme celle-là sur le Mont Royal, faites de marbre, et cachées dans l'herbe comme les pages déchirées d'un cahier secret. Et sur chacune de ces pierres, les mots sont différents. Chaque fois que j'en vois une je monte dessus et je tourne lentement, tête penchée vers le sol pour lire les mots et les répéter à haute voix plusieurs fois, pour les apprendre par coeur, je prononce ces incantations qui tracent à leur tour des sillons indélébiles dans ma mémoire, pour tourner en rond eux aussi comme sur un disque quand j'y repenserai demain pour les écrire, sinon je les aurai déjà oubliés, et après je pleure un peu, c'est trop de bonheur de lire les mots sans jamais m'arrêter, lire et tourner jusqu'à ce que survienne l'étourdissement complet le vertige soyeux et à la fin je n'en peux plus, je m'immobilise comme une toupie au bout de sa course folle, la tête renversée en arrière et les bras ouverts le long du corps comme des ailes pour m'envoler et c'est tout Montréal au loin qui se met alors à tournoyer et se dérouler autour de moi pendant que D. photographie les roses sauvages et les tamias rayés, les champignons piqués sur les gros troncs d'arbres, les feuilles et les petits fruits pas encore mûrs, tout durs et verts et acides, les buissons et les belles filles. Et je ferme les yeux, je ris.


287. un petit bisou, et je pars - le 25 juillet 2003


Vac'03, 1.0

La grande horloge du temps avance trop vite. Ou encore elle prend du retard. J'ai perdu le temps qui s'est pendu à un arbre comme une cloche. Je sonne les heures tendres et chaudes d'un trop bel été.
Changement au programme. Demain samedi je pars en vacances pour quatre belles semaines. J'ignore encore si – et comment – je pourrai faire les mises à jour de Love and Writing, surtout entre le samedi 26 juillet et le samedi 9 août. Je vais essayer. Ne serait-ce que pour me rendre à la page 300, et puis refermer ce gros cahier.
Ma valise est bouclée, remplie de choses utiles et néanmoins futiles, souliers sandales parfums jupes t-shirt et jeans, et même quelques robes, et dans un sac à part il y a le passeport et des billets d'avion, des livres et mes carnets, les stylos, et la plume et sa bouteille avec l'encre de chine, les fusains et les crayons à mine, de la musique et mon carnet d'adresses et même le portable, au cas où. Et puis du rouge à lèvres et des sandales. Je pars avec D. J'espère que j'ai rien oublié.


288. ouindigo - le 26 juillet 2003


Sagittaria aubulata
Sagittaria aubulata

Vac'03, 1.1

Escale près de Québec sur une île verdoyante. Ile de Bacchus ou d'Orléans Ouindigo la belle algonquine coin de pays ensorcelé île de sorciers ou de feux follets, de mots fous qui grattent l'âme et l'imaginaire sur les affiches et petites enseignes peinturlurées, la forge à pique-assaut économusée cuir pelletier blancs moutons trésors du moulin marée montante et bhabillage, la terre et la mer bardane et pique-assiette couette et panier les secrets de la grange à l'ombre du vent et c'est ainsi que. Les trois soeurs. Et le vent D. la pluie fleur désir me berceront jusqu'au petit matin.

Anna Livia Plurabelle, la sagittaire. Anna la belle ne pleure pas le vent maudit. Anna soliloque et cueille les fleurs de joncs fleuris, Butomus umbellatus, fille de sauvagesse sorcière tresse à son tour les cordes végétales en minuscules chevillères. À porter jusqu'à ce qu'elles se rongent détachent d'elles-mêmes. Anna se lave les veines des mots tourments. S'allonge sur le dos de l'île.

_______________
Photo by Ann Murray, University of Florida, Center for Aquatic and Invasive Plants. Used with permission.


289. traverse - le 27 juillet 2003


Sagittaria aubulata
Sagittaria aubulata

Vac'03, 1.2

Incident sur le traversier entre Rivière-du-Loup et Saint-Siméon. Rien de grave. J'étais en grande conversation avec D. à l'avant du bateau, et je scrutais le fleuve dans l'espoir fou d'apercevoir une belle grosse baleine, quand je me suis aperçue que mon journal n'était plus dans mes mains - alors qu'il s'y trouvait au début du voyage. Envolé. J'ai regardé sur la banquette, par terre, dans mon sac, partout : rien.

Les toilettes ! Je l'avais apporté avec moi une demi-heure plus tôt en y allant et j'avais dû le laisser là. C'était foutu. Perdu. Quelqu'un avait dû le prendre, le lire. Le jeter. Que sais-je.

J'ai fait le trajet en sens inverse, traversé les ponts, descendu les escaliers et je l'ai retrouvé. Il était là, sur le comptoir près des lavabos. Je me demande encore s'il y a des gens qui ont eu la curiosité de l'ouvrir.

Histoire banale. Mais qui m'a fait battre le coeur.

Tout le long du fleuve, jusqu'à ce que l'eau soit salée, il pousse des joncs fleuris : Butomus umbellatus. Les graines sont transportées par l'eau et c'est comme ça que la plante, qui n'est pas originaire d'ici mais d'Asie, ou d'Europe, se multiplie.

_______________
Photo by Ann Murray, University of Florida, Center for Aquatic and Invasive Plants. Used with permission.


290. l'estuaire - le 28 juillet 2003


Coccoloba uvifera
Coccoloba uvifera(raisinier bord de mer)

Vac'03, 1.3

Tadoussac. Trop beau. Trop de choses à faire et à voir dans ce [grand] coin de pays. La mer, les bateaux. Des musées. Surtout les baleines et les histoires amérindiennes de traite des fourrures. Les dunes et le sable, et cette immense baie toute bleue même sous la pluie qui la blanchit un peu mauve, qui estompe les aspérités du paysage. J'essaie de décrire Tadoussac, rien à faire, il n'y a pas de mots aussi forts.

J'ai la tête pleine de légendes. Et d'oiseaux. Je rêve toute éveillée. J'ai marché, dès mon réveil à l'aube - jusqu'à ressentir la faim, dans les sentiers qui courent au bord de l'eau et dans les montagnes, sur le chemin de la plage entre le village et les dunes, entre roc et sable, et partout la vue sur l'estuaire du Saint-Laurent. C'est ça le plus impressionnant, je crois : l'estuaire. J'ai vu des miliers d'oiseaux que je ne connaissais avant que de nom. Et j'ai voulu allumer une bougie dans la petite Chapelle des indiens qui date de 1747. Il y a peu d'édifice qui survivent aussi longtemps dans ce pays. Surtout en bois. Parce que la plupart du temps, ça brûle. Et l'histoire se transforme en fumée. C'est peut-être un peu pour ça qu'on est un peuple sans mémoire.

Et comme toujours, je collectionne les mots pittoresques pour les noter précieusement dans mon carnet retrouvé : le Saguenay, l'Anse à l'Eau, la Pointe de l'Islet, le Fjord, le sentier de la Coupe. On dit que les petits rorquals ou même les bélugas viennent batifoler à l'entrée du Saguenay. J'en ai pas vus [qui batifolaient...]. La baie du Moulin Baude, les marées, le Cap de la Boule, la baie Sainte-Marguerite, l'Anse de la Barge, l'Anse Creuse et la Maison des Dunes, la Pointe rouge. J'ai déniché un petit coin secret où j'ai pu voir des baleines. Je crois que j'ai eu de la chance. Beaucoup. C'est beau ici. Jy resterai quelques jours. Au village ils ont dit qu'il y a un long long sentier dans les montagnes ; et qu'il faut trois jours pour le parcourir. On a dit ok, on y va.

_______________
Photo by Ann Murray, University of Florida, Center for Aquatic and Invasive Plants. Used with permission.


291. le sentier - le 29 juillet 2003


Abrus precatorius
Abrus precatorius (réglisse sauvage)

Vac'03, 1.4

Comme un long serpent le sentier s'enroule autour de mes chevilles. Je marche soliloque un tendre silence. Pour méditer sans fin. Lèvres closes, attention flottante, je laisse les pensées se dérouler, suivre le fil des pas, pour les écrire demain ou un autre jour, peut-être.

Je n'écris plus dans l'instant. Je n'écris plus la minute qui passe, fugitive. Je laisse le jour tomber dans le sentier de la forêt sauvage ; se graver quelque part, je ne sais où. C'est loin, dedans. Si loin. Je cueille les fruits et les branches. Je goûte. J'offre. Et un autre matin, le sentier et les bois, les odeurs et les couleurs, les sons et le songe, me reviendront intacts, et transformés, exacts. Le passé rentrera dans le présent. Il n'y aura plus de temps.




_______________
Photo by Vic Ramey, University of Florida, Center for Aquatic and Invasive Plants. Used with permission.


292. le vert et le bleu - le 30 juillet 2003


Abrus precatorius
Abrus precatorius (réglisse sauvage)

Vac'03, 1.5

Plus que huit pages et je mettrai le point final à ce journal. Le titre a changé ? Je ne me souviens pas quand, quelques semaines ou mois, peut-être. En français, j'ai mis un OU entre Love et Writing, et non pas un ET/AND.

Le OU de L'Écriture ou l'Amour marque une équivalence entre les deux termes. Pas une alternative. Au départ, tout me paraissait clair. Mais cela a généré quelques confusions troublantes. Inévitables. Et néanmoins fort intéressantes. Avec l'écriture, rien n'est aussi clair que ça en a l'air. Bienheureuse confusion, je t'aime. J'aime ce qui laisse à réfléchir sur le sens, ce qui n'est pas du tout cuit.

À Tadoussac, chacun des sentiers me ramène à la mer. La mer c'est le désir, le pays d'amour que je cherche partout. Devant l'estuaire, la grande baie si claire, mon esprit voyage vers d'autres horizons. L'écriture ou l'amour, c'est le vert et le bleu de la mer. Indissociables.

Entre l'écriture et l'amour, je ne choisis pas. Sinon je choisis les deux. J'ai besoin de l'un comme de l'autre, tissés l'un sur l'autre, pour vivre avant la fin du jour. Précision : «L'écriture n'est nullement un instrument de communication... [elle] paraît toujours symbolique, introversée, tournée ostensiblement du côté d'un versant secret du langage. » Cette phrase est de Roland Barthes, citée par Philippe Lavergne, en exergue à son « Avant-propos » de Finegans Wake.

La mer me donne le goût d'iode, le goût des algues. Le vert et le bleu tanguent sur les vagues, m'ouvrent le coeur à deux battants. Quel jour on est ?


_______________
Photo by Vic Ramey, University of Florida, Center for Aquatic and Invasive Plants. Used with permission.


293. adieu petite thébaïde - le 31 juillet 2003


Cassytha filiformis
Cassytha filiformis [love vine]

Vac'03, 1.6

Il est tard. Je gribouille quelques mots dans mon carnet à demi assise dans le grand lit, pendant que D. coule doucement à pic dans le sommeil, les bras noués autour de ma taille, la tête dans le creux de ma hanche droite, lové comme un chat. J'ai conscience que ceci est un moment privilégié. Trop fatiguée pour écrire quoi que ce soit ce soir. La musique, les chants sur la plage. Les longues marches. Le vent dans les oreilles. Et le vieil indien au regard usé et perçant qui racontait dans sa langue. Les gens d'ici. Une autre fois.

Je reprends donc la route demain. Faut se résigner à quitter notre mini thébaïde dans le vieil hôtel au toit rouge - l'endroit idéal pour y déposer tranquillement le corps et le coeur. Et vivre.

C'était une impulsion, c'était un coup de foudre. C'était Tadoussac. Un pays vert et bleu.


_______________
Photo by Ann Murray, University of Florida, Center for Aquatic and Invasive Plants. Used with permission.