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241. cher journal - le 01 juin 2003


Encore aux prises avec la grippe, encore lovée au creux de mon lit pour reposer ce corps afin d'éloigner le mal, j'ai choisi de ne pas écrire dans le cher journal. Petite pause pour refaire mes forces.

Cependant, j'ai envie d'écrire la page du journal de quelqu'un d'autre. Un livre. Je sais pas lequel. Je vais chercher, je vais trouver, et puis recopier fidèlement une page qui a été écrite un 1er juin de n'importe quelle année. Pour voir s'il y a quelque part une chose qui aurait été écrite avant et qui ferait écho ou résonnance avec ma propre vie en ce 1er juin 2003.

Le choix ne sera pas facile, car il y a beaucoup de journaux dans cette maison. Peut-être trop. Je reviens tout à l'heure...

14:59 PM


Cherché partout, feuilleté, fouillé, rien trouvé qui fasse écho... sauf des 5 juin, des 28, des 29 et des 30 mai, de fort belles pages, pertinentes et tout. Failli tricher, personne s'en serait rendu compte, n'aurait su. Sauf moi. Alors voilà : Journal de Kafka, 1912.

1er juin

Rien écrit.

Moi non plus j'ai rien écrit. Lu. Dormi.


242. cher roman - le 02 juin 2003


Grippe pas grippe, la vie continue. Bourrée de vitamine C et de comprimés d'acétaminophène, je me suis rendue à un rendez-vous concernant ce manuscrit que j'ai déposé chez cinq éditeurs montréalais à la fin du mois d'avril. Je suis arrivée un peu avant l'heure prévue. J'ai aimé attendre dehors, en plein soleil, et le bon vent du printemps m'a encore une fois toute dépeignée, et c'était parfait. Ce n'était pas le corps de la femme qui était convoqué au meeting, mais l'écrivain. Mes cheveux, mon apparence, je m'en foutais éperdument.

Ça doit faire au moins vingt ans que ça ne métait pas arrivé d'être aussi ponctuelle. Pour une fois, c'est à cet endroit-là du monde que je voulais me trouver, et pas ailleurs. Je n'ai jamais compris ce qui s'est produit un jour dans ma vie, mais je n'ai plus été capable d'arriver à l'heure nulle part. Ça s'est fait d'un seul coup, et du jour au lendemain j'étais en retard partout et c'était fort gênant, surtout pour le cinéma ou le théâtre. Mais pour aller consulter un médecin, c'était plutôt pratique puisqu'au départ, il faut attendre des heures. Et comme j'aime pas attendre, j'ai réglé le problème, je fréquente plus beaucoup les médecins. Quoi qu'il en soit, je suis un peu triste pour ceux qui m'ont écrit pour me proposer des remèdes à base de plantes. J'ai bien essayé, mais cette fois-ci, ça n'a pas marché. Je croyais qu'on peut tout guérir avec les plantes. Sauf que les oignons crus, le thym, la sauge et le citron, pour commencer, ça goûte pas bon et donc c'est pas un incitatif, et puis c'est pas fort pour assommer un mal de tête et une grippe de cheval.

Ainsi donc j'arrive de ma rencontre avec l'éditeur I. C'était bien. Passée l'envie d'en parler avec mes amis qui se poussent quand je vais pas bien ou trop bien[lire : pas endurable], passé le sentiment de solitude difficile à surmonter parfois, je me suis dit qu'il valait tout de même mieux que je me mette à l'ouvrage tout de suite plutôt que d'en faire toute une histoire. Sans même m'en rendre compte, j'ai bu un grand verre de vin rouge en trois gorgées. Puis j'ai enlevé mes souliers.


243. rien à déclarer - le 04 juin 2003


dragon sigurdr
[aide-moi, petit dragon]


Et tandis que, face en bas, les autres animaux regardent la terre, il a donné à l'homme un front dressé, lui a ordonné de voir le ciel et de lever son visage dressé vers les astres.
[Ovide, Les Métamorphoses, I, 84]

Rien à déclarer. Sauf du soleil. Trop de travail pour mes deux mains. Les Tarots qui s'obstinent à me donner leurs drôles de cartes. Lundi : L'empereur. Mais passer des journées et des nuits entières sans un seul bisou jamais, c'est pas une vie. Ça finit par donner l'impression d'être un gros crapaud gluant.


244. litanie - le 07 juin 2003


Une maison de poupée, un manuscrit éventré, des bougies allumées, la nuit tombée, la radio, la musique, du rouge et du noir ; dormir, fascination, rêver, luminescence, manger, Paris, du vin, opalescence ; shantung, obscénités, Japon, kimono ; fête portugaise, shabbat, un ciel étoilé, l'église ; yellow flower, du ciel bleu, bubble tea, bubble Orgasm, quelques majuscules ; Lyon, un loup, des chats, un ventre, votre hanche, amar, une femme nue sur un t-shirt.










245. - le 08 juin 2003


Même pas lu les journaux ce week-end. Pas le temps. Qu'est-ce que j'ai fait ? Bien des choses indispensables. Cuisiné, pris soin des plantes. Flâné. Et puis beaucoup écrit depuis mardi dernier. Presque pas fait d'exercices sauf marcher. Travaillé, pas le choix. Vu personne. Lu. Pris des notes. Réfléchi. Attachée à mon clavier, rivée à l'écran lumineux, j'en avais les yeux fous et les oreilles bourdonnantes ; j'ai vu les lignes valser, tournoyer et j'ai coupé, élagué, dégraissé, extrait l'essentiel et jeté le reste à la poubelle. En fin de compte, je n'ai fait que ça écrire, jour et nuit [almost]. Six jours enfermée avec des mots. Et j'ai pas fini. Par choix.


246. - le 09 juin 2003


Le Pirate de la Poste a raison, le coup de foudre ne s'explique pas. L'amour ? Ah, que je sois damnée si j'y comprends quelque chose. Suffit d'examiner cette enveloppe – qui a contenu une vraie lettre – qui a voyagé pour vrai. Conclusion : quelques coups de crayons sur un coeur en disent plus long que trois cents pages de texte.
Envie d'expérimenter l'art postal. Envie de donner l'adresse de mon blog parallèle. Mais ne la communiquez à personne, please. C'est un secret...




247. my dear kimono - le 10 juin 2003


kimono
Jeu avec un kimono Juban

À défaut de dénicher le kimono bleu pâle pâle de mes rêves dans le quartier chinois de Montréal, ou dans celui d'une grande métropole du monde, j'ai décidé de faire une recherche sur Google. Pas de chance, je suis tombée sur Love and Writind Project (A) et sur l'Immédiate (O) [en tapant kimono bleu pale]. Mais de fil en aiguilles, je suis arrivée par hasard sur un kimono tout gris et je me suis dit comme d'habitude qu'à cela ne tienne et alors j'ai joué avec les couleurs [avec photoshop] et je l'ai doucement repeint en rose. Je sais, rose, c'est pas bleu, mais c'est pas grave. Ce kimono tient son charme particulier à sa beauté et aussi à son histoire et surtout à une toute petite grenouille qui ne se voit pas sur cette image mais qui est bel et bien là, tout en bas. Et puis, décidément, cette histoire est beaucoup plus belle que tout ce que je pourrai jamais écrire, alors je cite :

One day, Onono Tofu (894-966), a famous Japanese calligrapher, was pondering around the stream and found a little frog trying very hard to jump on the tip of a willow tree. Tofu was impressed and decided to watch the frog for a while, but it could not reach the branch.

The next day and the following day Tofu came back to the same site to see the frog's progress, but it never managed to get on the branch.

The frog never gave up and neither did Tofu.

Finally one day, the frog successfully landed on the willow branch, and Tofu wrote a famous note « anything can be accomplished by little everyday efforts ».

Ainsi soit-il, my dear kimono. Même si je ne t'ai pas encore trouvé, je me dis que mon délire n'aura pas servi à rien. Je continue de rêver et de croire qu'un jour, je [ou quelqu'un] va[is] te trouver dans une boutique quelque part et je recevrai un email. C'est obligé. Et le garcon aux cheveux noir d'O., aussi, on finira bien par le trouver. Suffit de pas arrêter d'y rêver. Jamais. Avec un soupçon de « little everyday efforts ». C'est obligé.


248. murmure - le 11 juin 2003


Judith est arrivée de sa campagne les bras remplis de fleurs rouges et jaunes, de pots de confiture, plus des herbes et des branches pour le chat. Une incroyable odeur de menthe, de chèvrefeuille, de chocolat, de fromages tendres et d'abricots s'est accrochée aux rideaux.

Les heures de ce jour ont roulé toutes seules et pour finir elles se sont enfilées sur le fil de soie rouge comme des perles. Jack est revenu et il a fait du thé. Il avait du tabac parfumé pour fumer la shisha.

J'entends le silence, j'entends votre voix grave douce et rauque comme un air de samba brésilienne chuchotée. Vous seriez mort que je ne le saurais même pas.

La nuit tombe trop vite, elle tangue et se meurt avec vos mots, dans un murmure off qui m'écorche l'oreille. Des mots caresse, des mots secours retrouvés dans la besace qui vous chauffait le ventre.

S'en est suivi le retour au bercail de mon Apache qui chevauche les bras en croix sans sa croix, sur le cheval de ma préférée mère, six pieds sous terre.

Chère vous. Les cuisses ouvertes sur le cheval préféré de ma mère, la belle Nelly de ma préférée mère. Avec des petits fruits rouges, et un nombril qui manque de tout.


249. patience - le 12 juin 2003


kimono safran
plis et replis

Mis de côté l'écriture de Bordel [rue Hutchison], temporairement. Plus le temps d'y toucher depuis dix-douze jours. Une éternité. Trop à faire avec le quotidien, et avec toutes ces choses à penser et à planifier pour qu'Épiphanie devienne un livre, ça va prendre des mois de bisounages de toutes sortes, peut-être même plus d'un an avant qu'il ne se retrouve sur les tablettes des librairies. Une éternité. Mais rendu là, ça va pas être fini, ça va juste commencer. En tout cas, j'apprends, j'apprends qu'un écrivain, en plus d'écrire et de faire tout ce que tout le monde fait dans la vie doit posséder, sinon cultiver, les trois qualités des sages-femmes : patience, patience, patience.

En attendant de reprendre le fil de Bordel, j'ai décidé [avant-hier] d'écrire une nouvelle pour la revue Arcade, le thème de l'automne m'intéresse [le choc de l'art] – zut, j'avais pas vu que le deadline tombe le 15 juin –. D'une certaine façon, c'est tant mieux, je travaillerai mieux sous pression. À l'heure où je mettrai cette page de journal en ligne, j'aurai presque fini les dernières corrections. Je laisserai dormir un peu, et puis demain soir, je posterai le texte. Et puis j'ai pris quelques clichés de mon kimono safran. Un regard baroque du moi de la diariste, en quelque sorte. Faut bien célébrer l'année de la chèvre !


250. groseilles - le 13 juin 2003


Le temps n'existe pas. Le temps est magnifique, un vent doux qui ne devrait transporter que douceur et chaleur. Au loin j'entends les Formule I. Il y a des courses ce matin ? Je relis le Journal, je relis les pages avec Jack et les petits fruits rouges, la divine jouissance au creux de mes nuits, le chaud été 2001 avec les groseilles. « J'écris encore l'amour du corps. Je m'écris moi. Avec des petits fruits rouges qui glissent, perdus dans le nombril. Divin le nombril. Il est là et il veut sa part des choses. Il a peine à savoir s'il y est bien calé, il y colle une oreille. Mais là-bas, c'est l'univers, tempête du désert et jungle vierge. Le voilà parti, moi toujours haletante, suppliant pour un dernier fruit rouge. Il met son couvre chef pour ne pas perdre la raison et en chemin il va et il vient dans le fruit de son amour, pour ne pas perdre l'équilibre de ce qu'il veut me faire subir. Nous voilà complices et supplices d'acier trempé. À chaud ? Il me demande si j'ai chaud. Je dis oui. As-tu chaud ? Je dis non, je ne sais pas, je le griffe à ne pas vouloir déranger mon esprit qui n'existe plus. Nous voilà dans de beaux draps. »


251. du pain et du café - le 14 juin 2003


Le café goûte particulièrement bon ce matin. J'ai passé une nuit trop courte, mais reposante. Le café est bon. Il réchauffe. J'ai faim. Envie de fraîcheur. De poésie, relire Paul Chamberland, ou Miron. Envie de passer le week end dans les bras d'un être aimant et tendre.

Un bout de baguette grillée bien beurré et trempé dans le café au lait bouillant, c'est divin. Et Chamberland que je cite. Cadeau.

Ce jour sera très bon
Dieu l'a mis sur la planche

L'enfant malade à la fenêtre éclatante
rayonne doucement
lisse les ailes du voyage
joue avec les rideaux de l'espace
    qui s'abandonne au treillis des cils
    au lierre des doigts

Le lait du plaisir sous la chair touchée
le jeu de la sève sous l'écorce hilare
la puissance du geste clair
qui prend aux bras aux tiges aux rayons
la tête blonde en plein soleil séduit le monde
qui s'ouvre en auberge lyrique

Ce jour sera du pain
sous la dent de l'enfant soleil
le ciel palpitera
dans ses muscles lutins

Je reçois ta main dans la mienne
la sève de mon corps au tien chante
je suis la page où s'écrit ton sourire
tu es le corps de ma délivrance
et je m'avance dans tes blés
rouge de miel et de plaisir

« Ce jour sera du pain », Genèses, Paul Chamberland, Les Éditions de l'Aurore, Montréal, 1974.


252. jour blanc et rose - le 15 juin 2003























253. jour blanc{bis} - le 16 juin 2003


Samedi et dimanche j'ai décidé d'éteindre toutes les lumières et d'aller au lit vers huit heures et demi, neuf heures. Beaucoup dormi. Peu rêvé. Sauf un long rêve étrange, pas facile à raconter, car trop flou. Brumeux.

Vendredi soir, la maison était pleine de monde. Le lendemain elle était vide avec des odeurs de bord de mer, relents des homards des îles de la Madeleine qui goûtaient sucré.

Passé un week end lumineux et tendre comme je l'espérais. La page blanche d'hier fut étrangement apaisante. J'avais besoin de ce silence pour reprendre le fil du journal, de même que celui du roman. Discipline.

Plusieurs courtes séances de travail sur la petite table ronde de la cuisine m'ont permis d'avancer rue Hutchison de quelques pages [2]. C'est pas beaucoup, mais cette fois je corrige au fur et à mesure, j'essaie. Pas envie de noircir encore 900 pages pour ensuite passer des mois à couper et coller comme une couturière. J'imagine Proust observant Françoise faire de la couture et s'en inspirant pour construire ses livres. Il lui faisait coller ses paperoles. Fascinant. J'aime accomplir le travail humble et caché de l'écrit, en retrait du monde. Je sais que tant que je vivrai je n'arrêterai jamais.

J'ai repris la lecture du Temps retrouvé. Ce passage :

À force de coller les uns aux autres ces papiers que Françoise appelait mes paperoles, ils se déchiraient ça et là. Au besoin, Françoise ne pourrait-elle pas m'aider à les consolider de la même façon qu'elle mettait des pièces aux parties usées de ses robes ou qu'à la fenêtre de la cuisine, en attendant le vitrier comme moi l'imprimeur, elle collait un morceau de journal à la place d'un carreau cassé ?

S'il n'y avait pas déjà tant de thèses sur l'oeuvre de Proust, j'aimerais bien en faire une sur laquelle je travaillerais au moins pendant dix ans et quelques dans un vieux grenier plein de toiles d'araignées et je serais très vieille. Et j'imagine que si un accident vasculaire cérébral venait me prendre la vie en plein sommeil, ma volumineuse thèse demeurerait inachevée. Publication posthume.


254. Pierre Bourgault : Méfiez-vous... - le 17 juin 2003


hommage à Pierre Bourgault
hommage à Pierre Bourgault
hommage à Pierre Bourgault
hommage à Pierre Bourgault
hommage à Pierre Bourgault
hommage à Pierre Bourgault
hommage à Pierre Bourgault
hommage à Pierre Bourgault
hommage à Pierre Bourgault
hommage à Pierre Bourgault
hommage à Pierre Bourgault
hommage à Pierre Bourgault
hommage à Pierre Bourgault
hommage à Pierre Bourgault
hommage à Pierre Bourgault
hommage à Pierre Bourgault
hommage à Pierre Bourgault
hommage à Pierre Bourgault
hommage à Pierre Bourgault
hommage à Pierre Bourgault
hommage à Pierre Bourgault
hommage à Pierre Bourgault
hommage à Pierre Bourgault
hommage à Pierre Bourgault
hommage à Pierre Bourgault
hommage à Pierre Bourgault
hommage à Pierre Bourgault
hommage à Pierre Bourgault
hommage à Pierre Bourgault
hommage à Pierre Bourgault

Aujourd'hui, un texte que je recopierai intégralement à partir d'un papier retrouvé dans l'un de mes vieux dictionnaires aux pages minces et jaunies comme une bible. La page d'un journal mort lui aussi de sa belle mort [depuis très longtemps]. Comme quoi les velléités de Liberté et d'Indépendance ne font jamais long feu. Mais aujourd'hui, aujourd'hui que l'homme est mort [hier] et que je porte le deuil, comme tous ceux qui l'aimaient, je choisis de recopier ces mots-ci de Pierre Bourgault pour entendre encore un peu sa voix m'arracher l'oreille, pour me donner du courage et croire qu'on avance encore et toujours, malgré tout. Et peut-être parce que je trouve inutile et parfaitement abject et déplacé de commenter le commentaire du commentaire du commentaire quand on parle et parlera de cet être aux ailes de géant qui pour moi fut un guide, un phare dans la nuit de la vaste connerie sociale et politique organisée.

Les jeunes de 15 à 20 ans sont sans doute ce que nous avons de plus précieux au Québec aujourd'hui. Certains adultes le reconnaissent mais beaucoup d'autres, bien plus nombreux, n'ont pour eux que mépris.

Un incident récent nous montre bien à quel point certains adultes sont malades. Nous avons tous pu lire dans les journaux l'incident récent de Ville Mont-Royal où des policiers ont arrêté trois adolescents pour leur faire une coupe de cheveux à la Wagner avec l'approbation délirante de leurs parents. Il ne s'est levé personne pour les défendre. Pourtant les policiers étaient dans l'illégalité. Ils pouvaient être accusés d'assaut sur la personne. On a laissé faire parce qu'«enfin l'autorité s'affirmait». La délinquance adulte, c'est ça.

Ce petit fait est banal. Il illustre bien cependant une situation fort déplorable. On accuse les jeunes d'être mal élevés sans jamais s'accuser soi-même de les avoir mis au monde et «élevés» de la sorte.

En fait, il faut bien le dire, les adultes sont affolés. Ils ont une peur bleue. Ils se sentent coupables parce qu'ils n'ont rien fait de leur vie, parce qu'ils n'ont rien créé, parce qu'ils ont renié tout ce à quoi ils croyaient. Ils sont sur le banc des accusés. C'est une position qu'ils trouvent très inconfortable. Leurs accusateurs sont leurs propres enfants. Et ils craignent ces «tortionnaires» qui les accusent littéralement d'avoir raté leur vie. C'est alors qu'ils parlent d'autorité, de discipline, de répression. Ils se trouvent devant des enfants bien meilleurs qu'eux mêmes et ils en ont honte. Alors ils frappent aveuglément, par impuissance. Ils frappent stupidement. Ils ont besoin d'un bouc émissaire. Ils ne peuvent pas décemment s'attaquer au système d'éducation puisqu'ils l'ont créé, entretenu, divinisé. Ils ne peuvent pas s'attaquer à tous les politiciens véreux qui se sont toujours servis de leur ignorance puisqu'ils n'ont jamais eu le courage de les renverser. Ils ne peuvent pas s'en prendre à leurs institutions vétustes puisqu'elles sont la bouée qui les empêche de se noyer. Ils ne peuvent pas s'en prendre à leur voisin puisque celui-ci partage les mêmes petits intérêts, les mêmes petites combines. Ils ne peuvent pas s'en prendre à eux-mêmes puisqu'ils ont toujours été trop lâches pour se regarder en pleine face.

Alors le bouc émissaire est tout trouvé : les jeunes.

On leur donnera le droit de vote à dix-huit ans mais c'est pour bien leur faire comprendre qu'«ils ne sont pas mûrs pour voter». Qu'ils aient voté eux, toute leur vie, sans jamais savoir pourquoi ne semble pas les déranger outre mesure.

On leur commandera d'avoir le sens des responsabilités mais c'est pour bien leur faire comprendre qu'ils n'ont pas le droit d'en exercer aucune.

On leur parlera de la liberté avec un grand L mais c'est pour bien leur faire comprendre que leurs petites libertés ne seront pas tolérées.

On leur parlera de l'amour avec un grand A mais c'est pour mieux leur faire comprendre qu'il ne sert à rien d'aimer et qu'il vaut mieux se cacher hypocritement de toutes ses amours manquées.

On leur parlera de la vie alors qu'on la méprise souverainement. On leur parlera de la fierté alors qu'on est qu'un esclave. On leur parlera de respect alors qu'on ne se respecte pas soi-même. On leur parlera de justice alors qu'on exploite honteusement tous ses semblables.

Il faudra bien que les adultes comprennent un jour que les jeunes d'aujourd'hui ont plus de respect qu'ils n'en ont jamais eu. Seulement ils ne respectent que ce qui mérite de l'être. S'ils respectent un vieillard, ce n'est pas parce qu'il est un vieillard, mais parce qu'il est un homme valable. S'ils respectent un prêtre, ce n'est pas parce qu'il est prêtre mais parce qu'il est un homme valable. S'ils respectent leur père, ce n'est pas parce qu'il est leur père mais parce qu'il est un homme valable.

Messieurs les adultes, vous avez confondu servilité et respect. Pas surprenant que vous ne compreniez rien à ce qui se passe chez vos enfants.

Évidemment vous vous imaginez que tout cela leur passera avec l'âge, qu'ils deviendront ce que vous êtes, qu'ils renieront tous leurs combats et tous leurs espoirs comme vous l'avez fait. N'y comptez pas trop. Bien sûr, certains le feront. Vous les forcerez à le faire. Mais les autres ?

Ceux qui continueront à croire que leurs rêves méritent d'être réalisés. Ceux qui continueront à se battre contre vos petits intérêts mesquins. Ceux qui continueront à croire qu'ils sont meilleurs que vous, et plus courageux. Ceux qui resteront eux-mêmes et qui refuseront de s'avilir. Ceux qui se respecteront. Ceux qui continueront à vous envoyer promener parce que vous êtes stupides. Ceux qui n'auront que leur mérite, et leur fierté et leur foi en un monde meilleur. Ceux qui resteront libres. Ceux qui resteront JEUNES. Ceux qui n'auront pas peur de vos épouvantails. Ceux qui résisteront.

Les forts, les purs, les fous, les barbus, les originaux, les compétents, les fidèles. LES VIVANTS !

Méfiez-vous de ceux-là. Ce sont eux qui mèneront le monde. Et si vous continuez à les mépriser comme vous vous méprisez vous-mêmes, si vous continuez à les rendre responsables de tout ce dont vous êtes coupables, alors attention ! Ils vous asserviront encore un peu plus que vous ne l'êtes aujourd'hui ! Et vous l'aurez bien mérité.

[«Méfiez-vous de vivants !», un texte de Pierre BOURGAULT, publié dans L'Indépendance, le 15 avril 1966]

Ce fut long à tout recopier, beaucoup de temps pour réfléchir, appliquer ma pensée au texte, lettre par lettre, mot par mot, avec la ponctuation et tout. Recopier des oeuvres importantes n'est pas une vaine occupation. Essayez pour voir, avant de dénigrer ceux qui le font. Aujourd'hui, c'était une manière d'éloge funèbre à un homme fier qui même mort restera toujours LIBRE et bien VIVANT. In memoriam.


255. après ça - le 18 juin 2003


tithonia rotundiflora

Ces jours-ci je porte un curieux, critique, lourd, et incisif regard sur moi-même et le monde autour. Peut-être parce que je suis dans un tournant important de ma vie, et parce que je me retrouve à la croisée des chemins un peu comme ce cheval dans Jacques le fataliste. Mais je ne vais pas déballer ma vie personnelle, professionnelle, et intime ici, cela n'est pas l'endroit. Et puis mon être intérieur n'intéresse personne d'autre que moi.

J'en étais donc à la croisée des chemins et à ce souvenir circulaire du cheval de Jacques [le fataliste] et à ce qui m'amène à dire que ce n'est pas le destin qui guide mais quelque chose d'autre. Je ne crois pas au destin mais à une sorte d'instinct très sûr et très fort qui protège, toujours[à moins d'être joliment mal pris], et qui permet de rester ouvert à toutes sortes d'expériences qui pourraient être fatales ou merveilleuses – d'où l'inutilité et l'absurdité de passer de jours et des semaines voire des mois à tout analyser et soupeser avant de choisir sa voie. Si on perd son temps à faire ce genre de ruminations bovines, le train sera déjà passé, et la route aura filé sous les rails. À jamais.

Tout ça pour dire que changer subitement de chemin, je l'ai fait quelques fois, d'instinct, et c'était peut-être un peu brutal mais ça permettait d'ouvrir d'autres voies – parce que je savais à quel moment exactement quitter le sentier maudit qui m'aurait entraînée vers l'issue morbide, la falaise, ou encore la chute, la misère, la rue, ou la boîte de corn flakes et le pâté chinois avec une grosse bière à vie; et non vers le sentier encore fermé par des ronces et de la broche piquante que j'avais une envie irrésistible d'ouvrir avec ma petite machette et ma besace, mon cheval, et quelques chansons pour la route.

Mais to make a long story short, j'ai plusieurs fois rêvé, parfois essayé, d'écrire de longs et interminables contes, mais tout de même plus «réels» que ceux qui ont sauvé mon enfance d'une mort certaine. Je savais que c'était ça, cette révolution jusque dans l'écrit, cette pensée philosophique qui couchait avec la forme du conte. Écrire des contes philosophiques comme Jacques le fataliste, Candide ou Tristram Shandy, on fait pas ça comme on fait son lit. Quoi qu'il en soit, mes proches ne s'en rendent pas toujours compte mais ce ne sont pas leurs réponses directes à mes interrogations qui font leur chemin quand je réfléchis. Depuis hier mon beau chat est malade. Il vomit. Il tousse. Il ne mange plus, et le pire c'est qu'il tombe partout. Il n'arrive même plus à sauter dans la baignoire pour lécher la goutte d'eau froide que je laisse pour lui. On me donne conseils par dessus conseils. C'est pas de ça que j'ai besoin. Ce chat il est vieux. Personne pense à me dire de le faire piquer. Euthanasier. Mais non. Mais oui. J'ai de la peine en chien. Mais j'y penserai après. Après ça. Ce que je me prépare à faire avec ce chat, c'est à peu près pareil que le jour où j'ai décidé de mettre fin à ma dernière relation amoureuse. Quand j'ai vu que ça devenait mauvais, nocif, j'ai dit c'est fini. That's it. J'braillerai demain. Et puis le lendemain, j'ai même pas pleuré. J'étais soulagée.

Et quand j'en arrive là, je prends ma besace, la machette, et je remonte à cheval pour ouvrir de nouveaux sentiers. Même si ça prend dix ans, voir le soleil luire un bon matin, je crois à ça. Les clairières et les jours de lumière ne manqueront pas de se lever sur le monde. Je crois à ça aussi. Autrement, c'est foutu. Rien à faire. Je ne pige jamais que les métonymies. Ou mieux, les métamorphoses. Les mots ? Bof.


256. mes amours souterraines - le 19 juin 2003


L'été m'inspire. J'ai entrepris la mise à jour de mes liens vers les autres blogs, les journaux des diaristes et des blogueurs/gueuses de tout acabit, que j'aime lire sur le web – autrement dit le relookage de mon réseau souterrain formerly known as le Jardin d'A-List. Je fais pas ça pour faire suer les ceuses qu'aiment pas les fleurs. Mais non. Partez pas de rumeurs.

Bidouillé un peu la feuille de styles, ajouté des fleurs et des images, et enlevé les adresses qui menaient plus à rien. Et puis demain [soir] je placerai les nouveaux liens – z'en ai beaucoup. Pas fini de faire la liste... butiné et butiné. Reçu trois virus. Me suis bien amusée.

Voici donc mon nouveau Jardin d'A-List, mouture été 2003. Né quelques jours avant terme, mais bien vigoureux. Aujourd'hui les images, demain les liens. Maman se porte bien.


257. mes amours souterraines, suite et fin demain - le 20 juin 2003


Il faut que je vous dise que le Jardin d'A-List est presque à jour avec ses images posées hier soir et les nouveaux liens. Je n'ai pas encore terminé. C'est beaucoup de travail alors j'en ai gardé un peu pour demain ; le temps va si vite et j'ai voulu profiter de ma fin d'après-midi pour faire autre chose, et jouir de la belle température dans les rues, goûter la douceur de la peau de mon tendre amant, et pour dîner de merguez et de couscous sur la terrasse. Je n'ai bien sûr pas trouvé de temps pour mes plantations de fleurs, de légumes et d'herbes... Demain. Demain au saut du lit ça va être la tournée du marché pour choisir les plus belles plantes et la terre et les engrais. Et ensuite, toujours demain, je passerai ma journée dehors les deux mains dans la terre.

Écrire c'est s'exposer. Écrire ça fragilise. Je ne sais pas tout là-dessus. C'est pour ça que j'ai besoin de m'entourer d'amour, et de personnes qui m'aiment. Qui ne me maltraitent pas. De grandes douceurs et de caresses. Quand j'ai choisi d'écrire, j'ai choisi d'aller jusqu'au bout. Le plus loin possible à l'intérieur et aussi à l'extérieur. Chaque jour, et certains plus que d'autres, il faut que j'accepte d'être fragilisée par ce mouvement dedans ; et dehors aussi. Et c'est le plus beau côté du rêve. Le va et vient, les allers et retours entre réalité et fiction. Entre jeu et travail. Entre les draps du lit et la terre du jardin.


258. mes amours solaires - le 21 juin 2003


Françoise B. a gardé son amant à coucher hier soir. Elle s'est dit une fois n'est pas coutume et alors elle l'a invité dans son grand lit tourmente, dans son île désertée par les désirs et les soupirs virils depuis des siècles. Avec l'amant, F. B. dort peu, elle devient déesse ou Shâhrazad et alors elle rêve encore plus que de coutume ; et elle aime raconter à mesure les images et visions oniriques fugitives qu'elle enfile au long de la nuit comme perles de brume rosées. Entre mille et une étreintes. Et l'amant écoute rêveur enchaîné à la nuit noire corbeau, l'amant ne dort jamais on dirait, pour mieux goûter, humer. Il lèche, caresse et nourrit, il s'enroule l'entoure, il entre au dedans d'elle où il se laisse divinement prendre jusqu'à l'extase, crucifiés à deux de fous rires incongrus kaléidoscopes frissonnants quand soudain il souffre et trop sérieux il dit avec toi je veux vivre mourir toujours forever. Et puis au matin il y a le jardin à bêcher arroser comme le ventre le dos. Et boire le café debout le bol blanc laper le lait les mots les journaux, le grand calme, la cuisine jaune et bleue. Dehors les marchands étalés en plein trottoirs sur la rue Bernard, les foules bigarrées au marché Jean-Talon avec les fleurs de toutes les pornographiques couleurs sexes géants solaires et cerises lunes luisantes rouges, les figues et les mangues plates douceâtres trop sucrées, et les quartiers de tomates italiennes salées dans de grandes assiettes posées à même l'amoncellement des fruits. Au retour, les plantations dans des pots de grès rouge toutes tailles et formes confondues pour rire déjouer les règles statiques esthétiques anarchiques j'éponge, je grabuge. La terrasse s'anime se colore et l'opéra du samedi sort par toutes les fenêtres grandes ouvertes. Vers 16 heures 30, elle déjeune avec l'amant et un petit pastis au soleil, du pain et du jambon de Parme. De l'eau glacée. Le chignon qui se défait tout le temps et les taches de rousseur sur la peau rose brillante rouge de trop de soleil. Plus tard ils se lécheront le coeur vers une autre escale tendresse dans le grand lit de mousse, blanches vagues pour flotter chavirer comme des moutons sur la mer. Peut-être jusqu'au prochain matin. Je crois que Françoise B. a bien aimé garder son amant à dormir manger lécher bécher, mais elle se demande si ça lui laissera le temps d'écrire une petite page dans son journal online. Et puis elle se demande aussi comment elle fera pour raconter tout cela, avec l'amant qui ne sait pas encore qu'il a couché avec elle devant mille et un lecteurs médusés [ok, médusés, c'est peut-être un peu exagéré. Disons plutôt : envieux, rêveurs, attendris, attirés... ou je laisse un blanc et vous écrivez le mot que vous voulez, ici : ...................]


259. fragile ? - le 22 juin 2003


Ce deuxième cahier de mon journal en ligne a eu un an le 20 juin. Un an sans chandelles et sans faire de bruit. Sans fête et sans tra la la. Il a fait chaud. J'ai travaillé dehors pour finir de planter mes fleurs. Eu envie d'en faire la liste en latin. Demain, peut-être. Le journal ? Pas si fragile que ça. Et puis en décembre ça fera trois ans. Il y a eu des arrêts et des reprises. Davantage de doutes que de certitudes. Dans mes rêves la nuit dernière, j'ai fait une fort belle rencontre. Un homme tendre et rassurant qui disait préférer Annie à Françoise. Il était debout. En ce moment il doit dormir et je suis là à lui écrire. La nuit, il est debout devant moi. Il a un peu chaud. Il ouvre la fenêtre. Dehors il y a ce chat et la lune et après il dormira bien. Hier dans le rêve il était plus grand que moi et un peu bronzé, propre avec une bonne odeur douce. Rasé et sa joue ne piquait pas, je sais parce que j'y avais posé mon front, juste effeuré. Et aussi il n'avait pas beaucoup de cheveux mais pâles comme le foin séché, la paille rousse bien dorée au soleil d'été. Plus vieux aussi. Comme mûr. L'image importait moins que la sensation de sa présence enveloppante comme celle d'un grand bateau. Mais l'image était là, imprévisible et forte. Il est tard, je vais dormir. Il doit exister un canal secret de communication entre les ordinateurs et les rêves et les gens, les étoiles jaunes et rouges.


260. juin zéro - le 23 juin 2003


J'ai été encore une fois incapable de me décider à me rendre au bureau ce matin. Pourtant, j'étais réveillée de bonne heure. Plus de café. J'ai cherché du thé. Plus de thé non plus, donc obligée de boire une tisane infecte jaunasse à laquelle j'ai ajouté le fond d'une boîte de thé chinois en feuilles et un peu de lait. J'ai avalé la mixture dehors en regardant mes plantes pousser et se faire besogner l'intérieur par des insectes voraces. Puis j'ai essayé de me décider à partir travailler. Zéro. Quelque chose était noué dans ma gorge. Triste et fatiguée. Le point mort. J'ai téléphoné au bureau pour demander qu'on ne m'attende pas avant mercredi. Puis je me suis recouchée pas allégée du tout, juste un peu plus lourde. Ce n'est pas la chaleur. Ni le fait que je n'ai pas eu de rêves avec ce bel inconnu pour me rassurer dans mon sommeil cette nuit. Je me demande pourquoi je raconte tout cela ici. Ça sert à rien de se confier et de se plaindre, ce journal n'entendra pas puisqu'il n'est pas un confident. Il faudra que je fasse quelque chose de mieux que tout cela avec ce journal. Mais pour commencer, traverser cette lourdeur qui étouffe. Je lis trop. Dans mon lit, avant de dormir, je n'arrêtais pas de penser à des histoires de sexe que j'ai lues sur Internet hier soir. Mais pourquoi je lis des trucs pareils ? Ça ne voulait plus me sortir de l'esprit, toutes les images écrites par une femme qui racontait ses expériences sordides avec un chien. Ce sont les détails qui me donnaient le dégoût et la nausée, la description et les objets et toute cette scène où l'animal avait plus de dignité que l'humain. J'en ai marre de tout ce cirque sur internet. Question d'hygiène. Again. Reste à soigner cette nausée.

12:22 PM

On me dit que cette jungle c'est pareil que dans la vraie vie. J'ai parlé et pleuré un peu avec un ami et c'est moins lourd. La chaleur fait du bien. Et puis les plantes poussent vite et ça sent bon, surtout les roses sauvages et le basilic et les tomates. Envie de cultiver des fleurs et des légumes qui n'existent pas. K. me parlait de ce magazine qui traite de sexualité féminine. Il a dit Histoire, je crois. C'est toujours intéressant de lire ou discuter de sexualité, mais pas de manière trop clinique ou intellectuelle. Ou alors en parler pour... le faire. Ou encore le faire plutôt que d'en parler. C'est bon ça. Mais c'est encore mieux de laisser la vie sexuelle se vivre en paix. Hors censure. Hors répression. Librement. Le plaisir, c'est ce qu'on a de plus intime et de vrai à donner. C'est la zone libre. Peut-être la seule qu'on a ou qu'on s'imagine avoir. Un monde à inventer.

03:55 PM

Encore cette impression de marcher sur un fil. Et avec la grande chaleur qu'il fait, c'est plutôt drôle : marcher toute dégoulinante de sueurs sur un fil, je pourrais glisser et tomber. Voilà que je ris. Et en plus j'ai mal aux oreilles. Mais la nausée est partie avec les images dégoûtantes de chien et j'y pense plus. Fiou. J'ai dormi une partie de l'après-midi. Quelques mots d'une amie sont tombés pile, on a parlé et puis elle a dit : la sexualité est très importante pour moi, un jour je t'en parlerai, je ne sais pas comment. Un jour cela viendra parce que c'est très important, c'est un moteur chez moi et sans désir, je ne me lève plus. J'ai dit c'est exactement pareil pour moi. Alors elle a dit : je ne me lève pas que pour cela quand même. Je crois que moi, si, d'une certaine façon. Ainsi donc, c'est l'absence de désir qui a fait que j'avais pas envie de me lever ?


261. dans mon jardin - le 24 juin 2003


Matinée douce à écouter la radio, les vieux chansonniers québécois, le beau « Viens dans mon jardin » de Claude Gauthier me touche chaque fois au coeur comme si c'était la première. Matinée chaude. Mal aux oreilles, surtout la gauche, et la tête lourde. Au moins j'ai pu dormir jusqu'à dix heures du matin. Et j'avais du café. J'ai fait de la confiture de griottes. Que serait la vie sans les petits fruits rouges ?

Drapeau de Louis VII

Et puis en bonne québécoise qui ne renierait jamais une partie de son sang [la pas sauvage], j'ai accroché mon fleurdelisé à la grille du balcon avant. Rêvé de liberté. Rêvé que quelqu'un quelque part se décide à faire de ce Québec un vrai pays francophone. Un jour. Le seul en Amérique du Nord, et du Sud. Pris des comprimés, et un long bain tiède. Une fois que je serai élégamment habillée et parfumée, j'irai faire un tour dans le Mile End pour me perdre un peu dans la foule et danser sur de la musique latino, africaine et caetera jusqu'au petit matin.

Je souhaite un bonne Saint-Jean à tous les vénérés lecteurs de ce journal intime qui ne l'est pas [intime] mais qui n'est surtout pas fictif. J'observe une différence importante entre le fictif et la fiction. Quand je lis et quand j'écris aussi. Si un journal est fictif, c'est qu'il décrit une réalité inventée ou imaginaire, alors que la fiction qui apparaît dans un journal est une création de l'imaginaire qui ne décrit pas la réalité. Un exemple avec mon mal d'oreilles : il n'est ni fictif ni fiction, le «ça fait mal», c'est la réalité brute... à moins de l'inventer, ce qui serait fictif. Mais j'oserais jamais. On pourrait cependant mettre sur ce journal un petit avertissement comme pour les arachides sur les paquets de biscuits : attention, peut contenir de la fiction. Bisous doux.


262. vertigo - le 25 juin 2003


J'ai pris un long bain tiède parfumé au genévrier. Je me suis allongée sur mon lit dans la grande chaleur. La fenêtre ouverte, les voilages blancs volaient dans tous les sens, le vent du soir commençait à diffuser une douce fraicheur. J'ai failli m'endormir, j'ai peut-être dormi un peu. Je n'avais rien mangé depuis midi. Rien bu aussi. Je me suis levée, j'ai enfilé une jupe noire et un cache-coeur rouge. J'ai mis du rouge à lèvres rouge Rubis et de la poudre nacrée sur le visage et le cou, du khôl. Avec mes cheveux trop longs que je n'arrivais pas à discipliner, je n'aimais pas trop mon reflet au miroir, quelque chose d'agressif et je me sentais plutôt tranquille et tendre. J'ai enlevé le cache-coeur rouge et mis un t-shirt beige, je me suis fait un chignon bas sur la nuque. J'ai pris mon sac et je suis sortie. Arrivée sur Saint-Viateur, à l'est de Parc, il y avait des musiciens et beaucoup de monde, la foule dense qui s'agrippait à chacun des bals pour danser. J'ai un peu dansé la salsa avec un homme noir trop grand, pas lontemps. Je me sentais lourde et fatiguée, un peu malade. Ça tournait trop vite. Il y avait un petit kiosque à l'écart, ils servaient des daïquiris. J'en ai commandé un, un daïquiri aux fraises. Il fallait attendre longtemps, j'avais envie de partir. Mais je restais là. Mon voisin était là avec sa femme, ils buvaient des daïquiris à la lime. Ils avaient l'air joyeux. J'ai bu mon daïquiri aux fraises avec eux. J'en ai commandé un deuxième. J'ai marché en me frayant un chemin dans la foule et en buvant à grandes gorgées le deuxième daïquiri aux fraises, j'ai traversé tranquillement les grappes d'hommes et de femmes pressés de s'amuser et qui parlaient, riaient, et je n'entendais pas ce qu'ils disaient. Je suis sortie de la fête. Je me suis dirigée vers le Café. Arrivée au Figaro, je me suis assise à une table au fond de la salle. J'avais un peu le vertige. J'ai mangé. Il y avait un homme qui prenait des photos. Les serveuses n'aimaient pas ça, elles faisaient des gestes pour dire non avec la main et elles tournaient la tête.


263. Déshabillons-nous... - le 26 juin 2003

Reconstruire à neuf

Ces derniers jours, j'ai expérimenté différents styles d'en-tête. Ces derniers mois, j'ai joué je ne sais plus combien de fois avec la largeur du texte de cette page ; et voilà que j'ai changé le titre du journal dimanche dernier, et en plus je commence à jouer avec le menu. Rien ne va plus. Faites vos jeux ?

Mais non, je ne m'amuse pas à faire n'importe quoi en laissant le hasard décider. Et ce n'est pas une question de détails à fignoler et à mettre au point non plus. J'ai besoin de revoir à fond la présentation et la structure de ce journal. Ce qui m'amène à vous dire que la chaleur aidant, et profitant de l'absence pour vacances de nombreux lecteurs, j'ai opté pour la mise à nu d'Annie Strohem et de son Love and Writing Project [merci à Karl pour le bon exemple]. On verra bien ce qui sortira de tout cela dans les prochains jours. Allons vite, déshabillons-nous, il n'y a personne ici !

Blague à part

Voici donc une page de transition toute nue, sans aucun graphisme [faut ce qu'il faut pour se refaire une virginité], et à partir de laquelle je tenterai de reconstruire le journal morceau par morceau. Je pars quand même pas tellement toute nue puisque j'ai ici une première ébauche pour la disposition-présentation du texte qui me tentait depuis longtemps [inspirée et largement alimentée par les css de Zen Garden]. Et puis j'ai mis les archives et tout le reste sur une page à part. Ce qui me stimule et me motive à faire tout ça ? En partie la grande chaleur qui s'abat sur Montréal. J'adore les grosses chaleurs de l'été, c'est tellement court. Et puis le festival du Jazz commence tout à l'heure, occasion rêvée de passer une partie de mes nuits à errer seule ou avec d'autres dans l'immense foule anonyme ondulante sous les rythmes & blues. Ça aussi, ça recharge les batteries.


264. envol - le 28 juin 2003

Cui-cuis du samedi

Manque de souffle pour écrire dans ce journal. Et pour écrire tout court. Je prends une pause roman, une pause mail. Une pause journal qui durera pas. Je prends du soleil, cultive mes fleurs. Envie de m'amuser et de manger des mets indiens qui donnent trop chaud. Ça, c'est parce que dans un grand pot, je fais pousser de la coriandre et que je grignote toujours quelques feuilles quand je l'arrose. J'ai presque réservé mes billets d'avion pour fin juillet vers la France, Paris, puis le sud ouest, la Normandie, et un coin de Bretagne si possible. Je louerai une petite voiture pour faire de la route cette fois, beaucoup de route dans les campagnes partout. J'aurais pas dû attendre si longtemps, c'est cher, mais tant pis, je n'arrivais pas à me décider et puis à un certains moment j'en avais même plus envie. Et ce matin, oui. L'envie de partir a repris ses droits. C'est comme si j'étais déjà en vol dans le grand oiseau. Pour jouer, j'ai mis des chants d'oiseaux sur le Jardin d'A-List.

L'audimat en folie

Toujours au sujet du Jardin d'A-List [pas fini de mettre tous les liens que je veux... ni de décorer la page], une petite erreur s'est glissée en transportant les images : la photo du livre de Catherine Millet s'est comme tricotée dans le lien vers le Journal d'Emma, L'[In]dicible. Elle m'a écrit et j'ai ri quand j'ai lu « c'est pour augmenter l'audimat ou quoi? » Et mes chants d'oiseaux alors ?


265. pourquoi se fatiguer quand on peut se reposer ? - le 29 juin 2003

new look or not new look

Passé beaucoup de temps dehors. La paresse me gagne comme une maladie systémique. Cette page sans image sur laquelle j'écris aujourd'hui me plaît. Et si c'était ça le nouveau look du journal ?

Movable Type

Ce qui est embêtant avec ce bidule (MT) c'est le classement des archives. Dès que je change l'index des archives, ça modifie la présentation de toutes les pages archivées depuis le début. Tant pis. Mais j'aurais bien aimé garder les vieilles archives pour voir le journal tel qu'il était lorsqu'il a été fait, pour voir tous les changements. Trop tard, maintenant. C'est pour ça que la méthode artisanale d'avant, du temps du journal de Script en php3 me manque.

Sauf que

Je ne reviendrai pas en arrière. Movable Type c'est efficace et jamais en panne, ça me permet de publier de partout et sans pub ni rien. J'apprécie. Et puisque je ne suis pas experte en graphisme, je vais m'en passer. Cette page restera blanche et simple. Jécris des mots sur une page blanche. Et quand je ferai des images ou si on m'en donne, je les mettrai avec mes textes. Sinon ce journal ne sera fait que de mots. Normal, c'est un journal.


266. blessures - le 30 juin 2003

Le jour rose et blanc

Ce jour est rose et blanc. Blanc et rose. Les filles s'en fichent parfois de ne pas avoir d'amoureux. Les filles sont libres et légères. Certains jours roses et blancs j'entends les cris des femmes battues. Blessées à mort. Partout dans les rues et les ruelles. Et des enfants. J'écris pour elles. Aujourd'hui. Et demain. Demain. Toujours. Je suis faite de soleil et d'eau. De mer et d'océan. D'espace et de liberté. De vie, bien vivante. Dans la cuisine. Au lit. J'entends crier pleurer. Je suis ces femmes. La rage impuissante me frôle, mais je ne l'entends plus. Silence. En partant l'homme emporte sa rage avec lui. En criant, il la garde pour toujours au fond de lui la rage. Il ne pourra plus jamais entendre le silence. Je prendrai le train l'avion et je partirai loin là-bas dans le jour rose et blanc. Il y aura des cigales. Et du chocolat. Ils ont crié et tempêté mais je ne les entends plus. Ils sont partis crier ailleurs, mordre et blesser ailleurs. Je prépare mon voyage, des vacances.

Silence

J'aime le silence de la maison. C'est fini la peur. Les filles n'ont pas peur. Tant d'autres choses à dire. Je sais ce qu'ils pensent de moi. Oui, ce qu'ils racontent sur les filles. Cela ne me touche pas. Les jours roses. Et les jours blancs et roses. Les filles n'ont rien à perdre. Vivre jusqu'à la lie. Aimer.