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156. X-Spam-Flag - le 01 février 2003


Comme tout le monde, je reçois des tonnes de mails indésirables communément appelés Spam. Je me demande quel mot biscornu ils vont encore inventer pour québéciser sinon franciser la chose. Ma main à couper que ça va rimer avec courriel. Beurk. Reste que le spam c'est très envahissant et j'en viendrai à bout.

Toujours dans l'esprit d'hier, l'esprit X, j'ai bidouillé toute la matinée pour que le filtre envoie directement à la poubelle les mails stupides qui m'offrent de faire de l'argent vite et sans sortir de chez moi ou encore qui veulent m'expliquer comment augmenter la taille de mon pénis ou me vendre des vidéos avec des ados toutes nues qui se font des calins avec des machins fluos. Et ainsi de suite.

Pour avoir la paix, je vais filtrer. Et si mon X-Spam-Flag ne suffit pas, je crois que j'installerai le bidule de Habeas.com. Ou quelque chose comme ça.


157. love and ... - le 02 février 2003


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J'ai fabriqué une petite image avec du rouge, c'est un reproduction du caractère chinois qui exprime ai : love ou amour, affection. Dans les « Passages d'auteurs » sur The Memory Project, j'ai lu Ying Chen et ses mots m'ont touchée :

Je n'ai aucun message à délivrer, aucune chinoiserie à étaler. Je ne m'adresse pas au monde extérieur, je m'achemine vers l'intérieur. Je veux simplement me rapprocher du moi, explorer tant bien que mal sa réalité évanescente et sans cesse renouvelée, descendre encore et encore dans la profondeur du moi, dans la profondeur de la terre où les frontières ne sont pas tracées, où la langue même n'est plus importante puisqu'on s'approche de l'essence de la langue - il m'arrive, quand les mots coulent bien, de ne plus savoir en quelle langue ils me viennent, tellement je suis transportée par le geste mécanique et presque inconscient de taper sur le clavier. Et c'est dans cet état-là que je souhaite pouvoir enfin rencontrer l'Autre. La publication de mon premier livre marque une telle rencontre.

Pourquoi j'ai choisi un caractère chinois ? Ce n'est surtout pas parce que je suis tombée dans l'engouement général pour tout ce qui vient de Chine. Je vois la calligraphie chinoise comme un art, on dirait que les signes volent dans l'espace, ils agissent comme une partition inédite sur moi. Des caractères naissent des images et des sons. Love ressemble à une fleur rouge éclatée. C'est peut-être ce journal qui a envie d'éclater et de s'enraciner pour produire plus qu'un plaisir passager mais laisser une trace valable, viable.

11:28 AM

Rosa eglanteria

... Love and Writing Project a fait la paix avec Le journal de Script. J'ai pris quelques minutes aujourd'hui pour le remettre en ligne, je saisis mieux ce que tout cela implique, et j'avais envie de donner suite à la demande des lecteurs qui n'avaient pas fini de le lire... J'avoue que c'est sous le coup de la peur et de quelques appréhensions biscornues que j'ai enlevé ce journal de l'Internet, ça vient probablement aussi d'une certaine vulnérabilité à cause d'Épiphanie ; étant donné que plusieurs passages importants du roman avaient d'abord été écrits dans le Journal, j'avais besoin de rapatrier tous mes mots, de me mettre à l'abri, en retrait, pour écrire. Le temps est venu de tout laisser aller puisque ce journal n'a plus rien à voir avec le roman sinon d'avoir été témoin de son bourgeonnement. L'écriture d'Épiphanie étant terminée [sauf les corrections qui me font un peu suer], j'ai pris des forces et les peurs ont disparues, je me sens bien détachée de ce qui m'a fait effacer ces pages, et je ne crains plus personne... [euh ?] Aurais-je enfin découvert la souveraine indifférence des fleurs que j'espérais tant goûter du temps de Script ?


158. [ré]concilier - le 03 février 2003


J'ai tiré une autre carte de mon jeu de Tarot, au hasard, juste pour voir. C'était le Pape. Encore ? Je l'avais déjà sorti l'autre jour [mais qui se souvient de la page 132...?] Même moi, je l'avais oubliée. Mais je l'ai retrouvée en tapant Tarot + Pape dans Google. Ça, c'est parce que ma Judith était pas là pour jouer les cartomanciennes.

Le Pape portant le numéro V [cinq], on s'attarde beaucoup à la symbolique de ce nombre que l'on compare à l'homme : les quatre membres, plus la tête qui domine. Ouf. Je trouve ça un peu tiré par les cheveux, mais bon, je suis pas obligée d'y croire. Je ne vois qu'un vieux bonhomme barbu qui a l'air de prêcher à deux personnes devant lui. Mais il semble que chaque membre soit en relation avec l'un des quatre arcanes du tarot : les bâtons => sensualité et connaissance du monde matériel ; les épées => passage à l'action, intensité et violence ; les coupes => sentiments, émotions et ouverture de la conscience ; et les deniers => spiritualité, psychisme et aussi argent. Ces quatre arcanes représentant les tendances contradictoires de l'homme, on dit que le Pape sait les concilier. Tant mieux !

Ma plus belle [ré]conciliation, c'est hier que je l'ai fait.


159. [re]nouer - le 04 février 2003


La renouée des oiseaux

Cette petite fleur blanche, c'est la Renouée des Oiseaux. Une jolie fleur sauvage toute simple et très tenace qui pousse n'importe où, même dans les fentes de trottoirs, ou entre les pierres. Je suis allée la cueillir dans les archives du journal, cet espace que j'ai construit un peu comme un scrapbook en collant des images ici et là et puis en écrivant des notes à côté de mes fleurs et autres objets trouvés au jour le jour. Je n'aurais jamais cru qu'il me serait un jour aussi utile et nécessaire que maintenant.

Le journal [celui-ci et l'autre en papier] fonctionne à la manière d'un sac à main géant. Parfois, je l'ouvre par hasard, ou pour chercher quelque chose de précis, et puis j'y découvre autre chose, un petit truc que j'y avais mis à l'époque et qui n'avait l'air de rien et qui soudain produit un écho significatif avec le présent.

J'ai donc retrouvé tout à l'heure la belle Renouée des Oiseaux et je l'ai importée ici ; elle agira comme un trait d'union avec avant. Toute la page m'a fait cet effet-là. Quand j'ai relu la page 82, je me suis comme réveillée d'un long cauchemar qui m'engourdissait depuis plusieurs mois. J'écrivais beaucoup plus librement l'année dernière. Je ne veux pas dire que maintenant je censure, non, c'est juste que les mots ne sortent pas tout seuls, comme si j'étais continuellement muselée ou masquée et que je filtrais tellement mes pensées et réactions et les mots qu'à un moment donné le contenu se vide, et je me dis qu'un jour si ça devait continuer comme ça, il n'y aura plus rien.

Quelque chose de pénible s'est produit et cela a duré trop longtemps, ça m'a blessée, atteinte, en compromettant ma spontanéité et la fantaisie que je ne retrouve pas. J'ai peur et je me cache pour ne pas le savoir. Quand c'est arrivé et chaque fois après, quand ça se re-produisait, je ne voulais pas et ne pouvais pas écrire cela ici, publiquement, et je le gardais pour moi en me disant que le temps allait arranger les choses, que ça allait finir par me lâcher et puis que j'allais oublier. Eh bien ça m'a lâchée. Fiou. Je me sens tellement soulagée que je n'ose y croire. Sauf que j'ai encore peur et je n'oublie pas et c'est encore l'enfer. Mais je suis persévérante et tenace comme la Renouée et je sais que je peux arriver à me libérer sans trahir ni dénoncer, sans accuser personne. Je dramatise ? Pas du tout. Si je n'étais pas [encore une fois par hasard] tombée sur les mots de la page 82 en cherchant l'image de la petite Renouée, je n'aurais rien écrit ce soir.

J'ai beau dire que je sais ce qui m'empêche d'écrire librement, je ne sais pas encore exactement comment je vais y arriver. Le point de départ c'est peut-être de tout laisser sortir sans relire, d'un premier jet, comme je faisais en avril dernier et l'année avant, et comme j'ai toujours fait, finalement. Comme maintenant. Encore une fois, c'est la maudite peur qui me paralyse. Ce soir, la peur [et surtout le ça qui l'a fait naître], je lui fais un bras d'honneur, un beau gros fuck you. Vulgaire ? Violent ? Et pourquoi pas ? Ça l'a bien mérité en tout cas. J'aurais dû réagir bien avant. Et je n'ai que faire du jugement de monsieur madame Tartempion et du politically/moralement correct. Royalement, je m'en fiche. On ne me fera pas courber l'échine. Cette peur-là qui m'empêchait d'être moi-même et d'écrire en paix, de vivre libre [c'est pareil], je vais en venir à bout en mordant à mon tour la sale bête qui m'a mordue. Un bras d'honneur Sir ? Yes Sir !


160. je ne relis pas hier - le 05 février 2003


Non, je ne relis pas la page d'hier soir. Et je ne couperai pas non plus. J'y ai beaucoup pensé avant de m'endormir, j'ai eu un peu honte et encore peur d'étaler ainsi des sentiments qui en soi ne sont pas très brillants. J'ai songé à effacer le dernier paragraphe, à gommer, estomper encore une fois pour ne pas provoquer l'ire de ça. Et puis non. Je laisse les choses telles que je les ai écrites, et tant pis si cela ressemble à de la contradiction.

Je continuerai à me poser des questions sur ce qui se dit et ne se dit pas publiquement. Je ferai mon choix au jour le jour, et même si c'est très dur d'écrire librement, je veux y arriver. Ça se fait puisque je l'ai déjà fait mais dans ce temps-là j'étais plus forte. Je dis ça et pourtant il m'arrivait souvent d'avoir peur, et la différence avec maintenant c'est que, simplement, j'écrivais que j'avais peur et ça passait. Je veux me libérer des contraintes imposées par ça pour continuer d'avancer. Ça aura servi à quoi d'avoir vécu si on reste toujours caché dans un trou ?

08:15 AM


D'où me vient cette confiance soudaine ? Je souhaite que ça dure. Le rêve : ouvrir toutes les portes en tournant doucement la poignée, entrer sur la pointe des pieds, jeter un coup d'oeil dans la pièce en me tenant bien droite et fière. Et puis décider si je reste ou pas. Je me demande si je le veux vraiment.

Je ne voulais rien dire à ma mère. Vers l'âge de treize ans, j'ai réussi à passer trois mois sans lui adresser la parole. Avec R. et mes deux soeurs, cet été-là, nous nous donnions rendez-vous au crépuscule devant la grille noire du cimetière.
Au-dessus de nos têtes le ciel brillait avec ses premières étoiles et son croissant de lune en forme de sourire. Ou de clin d'oeil. Dans ma poche, j'avais un tout petit lézard jaune d'Indonésie. Et Les fleurs du mal. Ou un éléphant d'Afrique. Et cette lettre pour vous, cher professeur d'anglais que j'avais rebaptisé Mickey.
Et puis droit devant moi, un grand champ d'herbe verte. En bas, la rivière.


161. douleur et téléportation - le 06 février 2003


Réveillée au petit matin par la sinusite. La douleur est trop forte et je n'ai plus rien pour me soigner sauf peut-être un peu d'eucalyptus. J'ai pris un bain bouillant, fait quelques exercices que l'ostéo m'avait prescrit. Ça passe pas. J'irai pas au bureau. Je retourne me coucher.

08:06 AM


Au lieu de partir, la douleur a augmenté, elle a envahi le front, les joues, les yeux, le nez et un peu la nuque, avec de la fièvre. Sans doute, une sinusite aiguë. Pour ça, il me faut des antibiotiques. Pas envie d'aller voir le doc. Pas réussi à dormir parce que ce mal me rend presque borderline à force. Envie d'ouvrir la fenêtre et de crier. Envie de vous voir, venez vite. Je vous en prie. Parlez-moi, caressez-moi de votre silence aimant.

12:32 PM


J'ai dormi tout l'après-midi. Les rêves : un cinéma en plein air, on présente des ombres chinoises et les spectateurs doivent deviner ce qui se cache derrière l'écran géant qui n'est rien d'autre qu'un drap de lin flottant dans le vent ; je marche dans une pièce dont le plancher est recouvert d'une sorte de mousse rose sur laquelle il y a du texte qui s'écrit tout seul, on dirait une imprimante géante et j'essaie de lire, je dis je connais l'auteur mais qui c'est qui écrit par terre, et à chaque mot déchiffré je rebondis, comme en état d'apesanteur ; je parle russe avec un perroquet qui a un dictionnaire sur la tête, il est très patient. Ma tête est remplie de douleurs. Je refuse de prendre des médicaments. Et le bruit sec des touches me fait mal. Nouvel « Édito » sur Les Carnets rouges. Lire.

06:11 PM


Ça va mieux. J'ai presque reçu une bise par téléportation quantique ce soir. La douleur est encore là, un peu moins forte. Je partage votre enthousiasme quand vous déclarez : enfin la caution scientifique et rationnelle [si tant est que la physique quantique le soit] des phénomènes que nous expérimentons au quotidien depuis des millénaires. Enfin le pourquoi de nos états d'âme, de nos dérives et de nos joies. Enfin l'écroulement annoncé des frontières cartésiennes bâties sur la morale et la peur. Enfin la reconnaissance du savoir des aborigènes ou des guérisseurs, par exemple. Personne va me croire si je dis que le jour avant mon Pape, vous tiriez votre Papesse. Quantique, isn't it ? Si.

Dans le Nouvelle du jeudi 6 février, Radio-Canada annonce :

>Une équipe helvéto-danoise est parvenue, pour la première fois, à transférer la structure d'un photon sur un autre photon distant de deux kilomètres au moyen d'une téléportation à travers un câble en fibres optiques. Jusqu'à maintenant, les essais de téléportation quantique d'un photon ne dépassaient pas de petites distances d'environ un mètre.

Et dans le Tribune de Genève en ligne, ceci :

En 1958, quand La mouche noire, le film de Kurt Neumann, sort sur les écrans, il consacre un mythe : celui de la téléportation. Aujourd'hui, l'homme en rêve toujours pour déplacer ses meubles, son chat, sa voisine et lui-même. L'expérience récente de physiciens de l'Université de Genève vient réveiller ce fantasme. L'équipe du professeur Gisin a en effet réussi la téléportation quantique [...]

Pour dire amour en Malécite, on dit : psetseninuta [prononcer : tchitchininuta]. En chinois c'est ai. En anglais love. Maintenant, au lit ! Quantique, n'est-il pas ?


162. du sureau ? - le 07 février 2003


sureau
Sureau [Sambucus nigra]

Rien fait de toute cette journée sauf travailler. Ce soir, visite de Judith. Elle prépare le dîner pendant que j'écris un peu, que j'essaie de soigner la sinusite qui me dérange, mais moins qu'hier. J. nettoie la baignoire et fait couler le bain chaud aux huiles essentielles de romarin. Ses sacs sont pleins de fromages et de chocolat, de gâteaux et de ses tarots magiques, et puis du bon vin des vieux pays. Plus tard, elle fera mes infusions de sureau, et elle remettra un peu d'ordre dans la maison, elle parlera au chat. L'affection et l'amitié, c'est tout ce dont j'ai besoin pour guérir. Le sureau ça aide aussi. La maison qui sent bon, et puis ces mots de vous que je ne comprends pas trop, j'aime bien l'association du poétique et du quantique. Demain je vous relirai, et je vous écrirai encore. Toujours.

Le choix : placer la littérature au-dessus de tout. Surtout au-dessus de moi. Et puis vivre un peu.


163. routine du matin - le 08 février 2003


Depuis mon retour à Montréal, j'ai changé mes habitudes de vie du week-end. Levée vers huit heures, huit heures et demi, je me regarde un peu dans la glace et je brosse mes cheveux, asperge mon visage avec de l'eau glacée. Pas la moindre envie de me laver et m'habiller, je reporte le moment de prendre un bain et j'enfile un kimono bleu-violet. Une fois dans la cuisine, je nourris le chat. Ensuite préparer le café dans la cafetière italienne, faire chauffer un bol de lait au micro-ondes. Puis, directement sur le feu parce que le grille-pain a rendu l'âme en novembre, je fais griller un bout de baguette que je mange soit avec du fromage, soit avec un oeuf dur. Ou de la confiture d'oranges amères. Ensuite, j'apporte le café fumant dans le bureau et je m'installe devant l'ordinateur pour écrire jusqu'à ressentir un malaise, la faim, ou une sensation d'épuisement, ou encore que la douleur me pince en montant le long du dos : je ferme Bordel sans relire et j'ouvre le courrier, je bouge, j'allume la radio et après je réponds à quelques mails. Toujours pas envie de me laver. Je pense à ce que je noterai dans ce journal, je regarde par la fenêtre, je fais le tour de la maison toujours trop grande et je me dis que je vendrai tout ça un jour bientôt pour aller vivre dans un loft dans le vieux Montréal ou à Paris, oui bientôt, et je reviens à l'ordinateur construire la page du jour que je ne terminerai que lorsque j'aurai vaincu ma répugnance à me laver et à m'habiller. Alors, c'est avec bonheur que je me glisse dans l'eau parfumée. Impeccablement lavée et maquillée, entièrement vêtue de noir, je sortirai : à la librairie, au café, rêvasser, jaser, lire les journaux en papier. Et le reste de la journée comme un château de sable.


164. dedans-dehors - le 09 février 2003


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Anonyme : Téléportation poétique

La matinée est longue et lourde. Je sens le froid qu'il fait dehors et qui se faufile sous les portes et dans les croisées des fenêtres. Toujours ce sentiment que vous êtes là, près de moi. Je me retourne et il n'y a personne. Pour le moment, vous êtes dedans, pas dehors. Je veux dire que vous n'avez d'existence tangible qu'à l'intérieur de mon esprit et dans mon imaginaire, dans mon âme aimante. Qui êtes-vous ? Où êtes-vous ? Je sais. Il y a ces lettres. Il y a votre vrai coeur qui bat dans votre vraie poitrine. Ce matin, c'est tout ce que je sais et cela me suffit.

Il fait chaud dedans et froid dehors, et je travaille ici, dans la maison à faire des choses que l'on fait dans les maisons : vider les armoires, nettoyer, plier et préparer des choses à donner, laver des vêtements, repasser, cuisiner. J'ai balayé la grand escalier et vous allez dire : ah, c'est haut chez-vous. Vous allez sourire en montant. Je serai heureuse. Je voudrai vous voir, vous toucher, vous entendre, parce que j'ai encore et toujours ressenti toute la journée et toute la nuit cette présence.

J'étais heureuse et je voulais vous le dire, heureuse, oui, même si cela me pesait d'être si loin et surtout, surtout de ne pas pouvoir être proche de vous pour vous aimer comme je sens que vous en avez besoin. C'est cela surtout qui était pénible. Ne pas pouvoir vous faire du pain doré avec du sirop d'érable quand vous rentrez harassé par votre journée, ne pas pouvoir vous regarder dans les yeux pour vous écouter me parler de vous et aimer vivre avec vous par dessus toute chose. C'est ce contact, ce désir de contact qui pousse vers l'Autre. Vous me direz souvent : je vous en prie, ne changez pas... et je vous supplierai aussi de ne pas changer surtout pas. Nous serons ce que nous sommes, forever en pire ou en mieux mais nous serons intacts, intouchables. Je me surprends parfois à rêver de vous et à cette magie qui nous rapproche et aux rêves que nous partageons quand nous regardons les étoiles et que nous faisons des crêpes et des confitures et quand nous marchons sur la plage, au bord du fleuve ou du lac. Tendrement. Je veux être patiente et douce et surtout plus joyeuse, vous verrez, j'éclaterai de rire de joie et je serai patiente pour vous, pour nous. N'est-ce pas le devoir d'amour que de tout faire pour aimer et protéger le coeur et le corps de l'autre ? Ainsi je vous aimais, forever, et je vous écrivais ces mots pour être là avec vous à votre réveil, pour vous embrasser et que votre journée commence comme le premier matin du monde...


165. psetseninuta - le 10 février 2003


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Anonyme : Téléportation poétique


L'amour, qui lui-même fulgure sur le fond de sa perte, est ce qui remet en mouvement l'énergie créatrice, en intensifiant le perçu. Il est ce qui donne son prix à notre passage ici-bas, en posant sur le monde la couleur qui lui permet d'apparaître, en sa plus grande brillance.
[Martine BRODA : l'amour du nom]



Si ce journal porte dans son titre le mot Love, c'est que j'ai formulé à son origine l'hypothèse que l'amour et l'écriture seraient intimement liés. Mais ce n'est peut-être encore qu'une autre de mes hypothèses farfelues. Une lubie ? L'amour serait impossible, l'amour serait inaccessible. Ultime projection du désir.

L'amour est un thème inépuisable, sans limite humaine ou temporelle ; il renaît à jamais... Serait-ce parce qu'il est à l'origine de l'être ? Je ne cherche pas l'amour avec l'homme à tout prix. Ni avec la femme d'ailleurs, mais l'amour est là, partout. Je me sens aimée et surtout j'aime. J'ai souvent envie de partir, de fuir loin de tout cela [et je le fais...], bien loin de tout le brouhaha, pour retrouver ce qui fait l'essence de soi et là, rien que là, commencer à écrire sur la folie d'aimer, l'amour que je vis en rêve ou dans le réel. Ou les deux à la fois.

Ce thème de l'amour dans l'écriture ressemble à l'amour lui-même. Chaque nouvel amour sera toujours le premier. Et le premier acte d'amour nous ne pouvons jamais le retrouver parce que nous y étions à la fois présent et absent. Pascal QUIGNARD : La vie de chacun d'entre nous n'est pas une tentative d'aimer. Elle en est l'unique essai. [in Vie secrète] Je crois que tout amour est le premier. Le seul.

Et je crois aussi que la littérature amoureuse est le secteur le plus vaste de l'histoire de la littérature, le plus difficile, le plus malmené. Et le plus déformé. Mais je peux me tromper.


166. danser sur une corde - le 11 février 2003


Il se passe de bien drôles de choses en ce moment dans le monde, tellement trop prévisibles et fort inquiétantes. Je pourrais être hyper angoissée ou révoltée, mais je suis étrangement calme. Froide au dehors et toujours bouillante au dedans. Je déjeune avec J. : soupe tonkinoise, chopsticks, thé brancha brûlant, et tarots de Marseille.

Première fois que je tire la Tempérance [XIII]. Je l'ai peut-être déjà sortie du jeu celle-là, mais je n'ai aucune mémoire pour ces choses-là. La voyance me laissera toujours sceptique et je ne fais jamais que jouer avec les cartes, je sais que je joue, c'est parce que j'aime fréquenter le monde des images imaginaires qui s'ouvre devant moi quand une carte surgit.

Sur la carte, une femme vêtue d'une longue robe sobre fermée au ras du cou, elle verse du vin d'une urne dans une autre. Elle n'est pas tellement souriante. Elle a des ailes, comme si elle était un ange du ciel. Et elle est seule sur la carte, seule sur la terre couleur champ de blés murs. Je la regarde et je me dis : pauvre femme. Si j'étais elle, j'aimerais mieux boire ce vin que de le verser sans fin jusqu'à la fin des temps dans le pichet.

Cette carte ne me dit rien de bon. Judith rassure : tu es prudente, ton raisonnement est juste. Tu manques encore un peu de souffle [ben oui, la sinusite... est toujours-là, mon travail m'épuise et je traîne les corrections d'Épiphanie, mais je ne me plains pas]. Tu devras faire des choix. Tu peux pas indéfiniment tout mener de front. Et avec ton Pape de l'autre jour, tu vis une grande émotion en amour. OK. Si Judith le dit. Mais c'est fou pareil.

Du temps pour méditer. Assise sur un banc du parc au centre de l'île ma ville, entourée de neige blanche, je tourne mon visage vers le soleil et c'est si bon. Méditation :

Sur une corde prête à rompre
Je danse, danseur frêle
Je suis l'ombre d'une ombre
lunaire
entre deux lignes sombres.
[Marina Tsvétaìéva]


167. danser sur [bis] - le 12 février 2003


Extrait d'une lettre de Marina T. à Serge Efron :

    « Si vous êtes encore en vie et s'il est inscrit dans mon destin de vous revoir encore, alors écoutez ceci : hier, en arrivant à Kharkov, j'ai lu : "9 000 morts". Je suis dans le couloir. Comprenez-moi. je roule et je vous écris. Nous arrivons à Orel. J'ai peur de vous écrire parce que je vais éclater en sanglots.
    « Quand je vous écris, vous existez puisque je vous écris ! Ensuite -- ah, c'est le 56e régiment de réserve, le Kremlin (vous rappelez-vous les énormes clés qui vous servaient à verrouiller les grilles pour la nuit ?).
    « Mais le principal, c'est vous, vous seul, vous avec votre instinct de vous détruire. Est-ce que vous êtes capable de rester chez vous ? Même si tout le monde était resté, vous seriez parti, tout seul. Parce que vous êtes sans reproche. Parce que vous ne pouvez pas supporter que l'on tue les gens. Parce que vous êtes le Lion et que vous donnez la part du lion - la vie - à tous les autres : aux lièvres et aux renards. Parce que vous êtes sans arière-pensée et que vous méprisez que l'on se protège, parce que le Moi pour vous n'a pas d'importance, parce que tout cela, je l'ai su dès le premier moment. »

08:42 AM


Et la lettre se terminait comme suit :

« Si Dieu accomplit ce miracle de vous garder en vie, je vous suivrai partout comme un chien. »

Trois jous plus tard, Marina avait retrouvé son Serioja à Moscou, à moitié mort de faim et de fatigue. Elle l'avait vraiment cru mort cette fois. Alors elle lui donna le pain qu'elle avait apporté pour lui. Il dévora. Ils parlèrent des heures et des heures. Puis elle lui fit lire la lettre et son journal. Il rit. Avant de repartir, il roula des cigarettes pour elle et dit :

« Eh bien : vous êtes prise à votre piège plus tôt que vous ne pensiez, Marinotchka : je suis vivant, vous devez me suivre. Pas comme un chien. Comme la femme du lion. »


168. fa mal, fa frette - le 13 février 2003


teepee en hiver

Comme si j'en avais pas assez de la sinusite, j'ai maintenant des élancements douloureux [comme des coups de couteau] dans l'oreille droite. Depuis ce midi. J'ai fait comme si de rien n'était : travaillé, travaillé. Mais la douleur continue, ça s'insinue au fond du crâne, ça s'incruste un peu comme une otite. Mais je suis pas médecin. Et toujours pas envie d'en voir un. Je sens que ça me ferait éclater en sanglots.

Cette oreille que me duele c'est soit que j'en peux plus d'entendre des choses horribles sur la guerre et toutes ces crapuleries qui l'engendrent, soit j'ai eu trop froid ces trois derniers jours. Surtout aujourd'hui. En québécois comme en catalan, fa frette ça veut dire exactement la même chose : on gèle [-26 et encore moins avec le vent et humidex et tout, brrr].

Je pourrais peut-être me soigner en buvant l'eau du robinet : ils ont trouvé des traces de médicaments dedans ! À moins que...




169. cassandra et l'amor - le 14 février 2003



Parce qu'il aimait Cassandra, Apollon, le dieu de la lumière et de la vérité, lui accorda le don de prophétie.

Casandra accepta le don, mais elle refusa l'amour d'Apollon. Oups !

Mécontent, Apolon voulut reprendre son don, mais ça n'a pas fonctionné. Dépité, le dieu décréta que personne ne croirait aux prédictions de cette femme et basta, il se mit à raconter des choses méchantes à son sujet [coudonc, c'était un homme ou un dieu ce bonhomme-là ?]

Cassandra prédit plusieurs des événements de la guerre de Troye et elle entrevit même sa propre mort. Elle était capable de reconnaître les malheurs à venir sans rien pouvoir faire pour les éviter : personne la croyait. Triste destinée. Lire la mythologie pour connaître la suite de l'histoire.

Newton et sa pomme d'amour

Le cassandre est un arbuste à petites fleurs blanches qui ressemblent à du muguet, il pousse en pleine nature sauvage au Québec et au sud des pays nordiques. C'est une excellente nourriture pour les chevreuils et les orignaux qui en raffolent. Vraiment. Pour eux, c'est un pur délice cadeau des dieux.

Les feuilles du Cassandra calyculata [fraîches ou séchées] se prennent en infusion contre la fièvre. Ah ! l'amor.




170. paix, peace, paz... salam, shalom - le 15 février 2003


Aujourd'hui : jour blanc pour la paix. Se lever debout et marcher pour dire qu'on veut pas la guerre contre l'Iraq. Personne en veut de cette guerre sauf « les bandits internationaux protégés par les gouvernements » [Michel Chartrand dixit].

Sur le site de United for Peace and Justice, une liste de toutes les villes du monde où des manif sont organisées. Partout, même au Punjab. Ici c'est à 13 heures et j'y serai.

11:37 AM

Je suis rentrée vers 16 heures. Inutile de dire qu'il faisait un froid mordant, que j'ai bien vite eu les doigts et le nez et les orteils gelés même si ça fait un peu cliché.

Malgré tout, j'ai marché, on a marché durant deux heures. Quand je suis arrivée au square Dominion, toute seule, je suis entrée dans la foule derrière une grande bannière blanche avec des mots bleus écrits dessus, et je me suis retrouvée dans cette masse humaine comme dans un immense corps composé de plus cent cinquante mille personnes [disent les médias] qui n'avaient qu'un seul désir : la paix. On a commencé à avancer en scandant : Non à la guerre ! Oui à la paix ! Pas de sang pour du pétrole ! Plusieurs portaient des pancartes, agitaient des drapeaux, distribuaient des tracts. D'autres portaient des déguisements, ou jouaient du tambour [...]

Pour activer la circulation sanguine, on a sauté, marché sur des airs de samba brésilienne [à -24, -30c , faut le faire], chanté, et vers la fin on a même fait la vague comme au stade. Le ciel était bleu. Montréal encore plus belle que d'habitude. Les gens étaient beaux, souriants, déterminés et pleins d'espoir.

Et maintenant, je porte du blanc, j'accroche une bannière blanche devant la maison. Pour la paix.





171. [mon adieu à Jack] - le 16 février 2003


Très souvent je pense à lui. Dans Le journal de Script, je l'appelais Jack. Il habite encore mes rêves la nuit comme le jour. Tout à l'heure j'ai relu la page 42 de mon journal, une page de l'hiver 2002.

Ça fera un an demain que je lui ai parlé pour la dernière fois au téléphone et que suis sans nouvelles de lui. Et ça a fait un an [la semaine dernière] que nous nous sommes quittés sur une grosse chicane.

À mon cher Jack que j'ai tant aimé, je dis adieu. Je ne l'ai pas aimé assez sans doute, pas comme il voulait, mais je l'aimais, oui. Je l'aimais et il me manque.

C'est maintenant une triste et belle histoire qui appartient au passé et à l'écriture. L'histoire vit dans ce journal. Jack garde le plus complet silence par dervers moi et moi aussi, je ne veux pas lui téléphoner ni lui écrire - il doit me détester. Il mérite d'avoir une amoureuse avec qui il sera heureux et je ne veux pas le déranger avec mes états d'âme et tout ça.

Je ne lui écris plus et ne lui téléphone plus parce que la dernière fois que je l'ai fait, le 17 février 2002, il m'a reçue assez froidement, je le sentais plutôt « hostile » et braqué sur un point final. La vérité c'est que tout au long de notre relation je songeais souvent à fuir pour me réfugier dans ma chère solitude à la moindre difficulté et lui il était toujours patient et il restait là pour moi et il disait si ça va pas on va parler. Juste à la fin, les derniers jours là-bas, dans sa maison, et dans la voiture et pendant que j'attendais mon train il avait été méchant et même brutal, je ne veux pas y repenser parce que c'est humiliant de se faire traiter comme une folle ou une moins que rien. Je sais bien que je ne suis pas folle et que je méritais d'être respectée malgré tout, malgré le fait que je sois comme je suis. Un écrivain, dans sa vie au quotidien, ce n'est pas quelqu'un de particulièrement romantique. Enfin, je veux dire que cela n'a rien à voir avec l'image glamour que l'on peut s'en faire en lisant.

Cette rupture est encore douloureuse, mais je ne lui en veux pas et je continue de penser que Jack est un type bien, le contraire d'un sale type. C'est normal qu'il ait réagi de façon extrême, parce que j'avais été dure avec lui dans mes propos et par mon attitude. Trop entière, trop exigente. Trop moi.

Je ne sais pas vivre comme tout le monde. Et puis je suis ailleurs maintenant, tellement loin de tout cela avec les choix que j'ai fait et la sorte de vie que je vis. Jack était jaloux d'une façon fort étrange que je ne comprenais pas : il aurait voulu être le seul à pouvoir me dire qu'il aimait et appréciait ce que j'écris. Et pourtant il voulait tout faire pour m'aider et que je puisse écrire tout le temps et c'était notre rêve, que je vienne vivre avec lui dans son pays parce qu'il disait que quand on s'aime il faut vivre ensemble et je croyais à ça moi aussi, j'y ai cru très fort. Il voulait m'offrir la mer, la montagne et vivre toute notre vie ensemble et je suis venue là et j'ai dit non. C'est terrible quand on y pense.

Mais ce n'est pas nos projets que je fuyais, ni lui, c'est la vie au quotidien, les soirées devant la télé, un manque d'air et d'espace privé, intime pour avoir ma place à moi, quand je suis allée le rejoindre là-bas. Je pense que c'est pour ça que ça a tourné à la catastrophe : je ne me sentais pas à l'aise, pas libre, et dépendante comme en prison, et je ne pensais qu'à fuir. J'avais besoin d'être dans cette maison ici pour écrire Épiphanie, et j'ai compris que cette histoire-là ne se ferait pas ailleurs. Avant de partir de Montréal, je ne le savais pas et si je l'avais seulement pressenti, je serais restée ici. Et puis je l'ai dit et ensuite il y a eu les cris et la peur. Bref, je suis devenue hystérique et lui aussi et finalement ça criait et je supporte pas les cris et le contrôle qu'il exerçait sur moi et j'ai fui. Dans toute ma vie je n'ai jamais supporté que l'on crie après moi. Ma mère criait tellement, elle avait toujours quelqu'un ou quelque chose sur quoi crier. Pauvres mères à qui on met tout sur le dos. Et pourtant j'aimerais plus que tout au monde pouvoir un jour crier sur quelqu'un qui m'aime et qu'il ne me rejette pas.

Je ne sais pas pourquoi je raconte tout ça aujourd'hui. Cette rupture, ce n'était pas la faute à Jack, juste ma faute à moi et c'est trop triste. D'avoir écrit cet adieu aujourd'hui, cet adieu à quelqu'un qui ne me lira pas, je me sens si lourde. Et on dira que les mots sont inutiles.


172. in novam infantiam - le 17 février 2003


petit dragon


Petit reptile, serpent avec des ailes, dinosaure du mézozoìque que personne n'a jamais vu. Tu survis et dépasses les limites du monde humain, atteignant les couches profondes de son histoire évolutive où sont conservées toutes les images. De toi je reçois force et discipline pour vaincre le désordre. Ils disent qu'il faut t'affronter comme une figuration de la mère archaìque et j'ai plutôt envie de me laisser charmer par toi, petit dragon, pour me défaire des chaìnes humaines trop lourdes à mon âme. Tu te bats pour moi et tu me délies, me délivres, en me faisant renaïtre in novam infantiam. Je t'offre mes mains ouvertes et tu les remplis avec l'or des alchimistes. Je te laisse toute la nuit jouer avec mes perles et au matin je bois le soma avec toi dans une coupe dorée. Reste un peu là.


      L'homme qui mène promener son renard au bois de Boulogne est à coup sûr un brave homme. Il croit faire plaisir au petit renard, qui fut peut-être son compagnon de tranchées, et qu'il apprivoisa au son affreux des bombardements. L'homme au renard, que son captif suit caninement au bout d'une chaîne, ignore que le renard n'est, en plein air, dans un décor qui peut lui rappeler sa forêt natale, qu'un esprit égaré et plein de désespoir, une bête aveuglée par la lumière oubliée, enivrée d'odeurs, prête à s'élancer, à attaquer ou à fuir, – mais qui a le cou pris dans un collier... Sauf ces détails, le bon petit renard apprivoisé aime son maître, et le suit en traînant son rein bas et sa belle queue couleur de pain un peu brûlé. Il rit volontiers, – un renard rit toujours. Il a de beaux yeux veloutés, – comme tous les renards, – et je ne vois rien de plus à dire de lui. [Colette]




173. ouf ! - le 18 février 2003


petit dragon


Passé la nuit entière à rêver un énorme polar, un feuilleton philosophico-érotico-policier ponctué de brefs instants d'éveil où je me retrouvais essoufflée, fébrile et morte de peur, parfois de rire. Je replongeais dans le sommeil pour retrouver le fil, avide de connaître la suite. Bref, toute la trame d'un roman qui tiendrait la route si j'avais envie de l'écrire.

Soutiré deux cartes en buvant le café au lait bouillant à grandes gorgées : encore le Pape ! Et pour vous ? Pour vous, c'est l'Empereur. Avec ça, ça devrait aller.

J'ai découvert hier soir une image puissante pour illustrer la couverture d'Épiphanie. Une belle.

Je relis Gertrude Stein en commençant par son Autobiographie de tout le monde. Ça va. « Somme toute, c'est assez drôle d'être un génie » écrivit-elle dans ces années-là [1937]. Arf.


174. nostalgie - le 19 février 2003


hippeastrum

J'avais mis des bulbes d'amaryllis dans des pots cet automne et je les ai gardés au frais et ils ont tous fleuri. Ici aussi les amaryllis ont tous fleuri et les fleurs sont rouges. Faire pousser des fleurs j'ai besoin de ça. Le travail aussi j'en ai besoin, d'une certaine façon. Le travail d'écriture aussi, toujours j'en ai besoin. Je parlais de l'autre travail, alimentaire, il est important à sa façon, il donne confiance amène les idées ailleurs, des ailes pour sortir de soi quand ça devient trop lourd et puis ça sert à payer les billets d'avion pour traverser l'océan, aller à Bruges, à Paris, Moscou ou Islamabad et revenir à Montréal quand je veux.

Il y a très peu de neige cette année et je ne suis pas nostalgique de la neige. C'est peut-être à cause des trop grands froids qu'on a eus et de cette langueur qui n'était pas possible. Je suis entrée dans une certaine nostalgie en pensant trop fort à Jack et ça va passer. Je vois trop de choses et de gens qui me font penser à lui et ce sont des coìncidences, toujours des coìncidences. Elles finiront bien par prendre une autre direction et me laisser un peu tranquille. Alice B. Toklas est un peu cinglée aussi mais géniale.

Je me demande si c'est moi qui organise mes journées autour de l'écriture ou si c'est l'écriture qui s'organise autour de mes journées. L'amour ne devrait pas être comme ça, je sais, l'amour il fait ce qu'il peut pour être comme il peut et l'essentiel c'est de continuer à marcher sur les chemins du coeur, s'entourer de douceur. Se trouver un refuge pour le coeur, c'est bon. Ça fait du bien de se glisser dans le refuge du coeur pour respirer doucement et caresser les longs rubans. C'est comme mettre les mains dans la terre pour planter des bulbes.


175. [...] brèche vers le soleil - le 21 février 2003


Exercices du matin [lire à voix haute en chantant] : angélique basilic benjoin mûre iris myrrhe violette pissenlit chèvrefeuille iris jasmin rose violette amande belladonna trèfle rose camomille chicorée fenouil lavande guy pin rose baies sauvages guy chêne blé tournesol benjoin chèvrefeuille myrrhe fleur passion rose sauge chêne pomme maîs noisette citrouille sauge laurier camomille genévrier guy et pin.

Encore un peu ? basilic cannelle clou de girofle copal coriandre fleur d'oranger genévrier gingembre hibiscus iris jasmin lavande menthe romarin rose vanille et ylang-ylang.

Pourquoi ça ? Pour rien. Pour le plaisir. Et pour que vous me preniez dans vos bras, sans penser à moi.

08:39 AM


Mais non. Ce n'était pas pour rien. Ce n'était pas pour le plaisir que j'écrivais des listes de fleurs et de plantes au saut du lit ce matin. Quel plaisir y aurait-il à faire ça ? J'avais besoin de faire une cassure, une belle coupure dans le fil sirupeux du journal. Ouvrir une brèche vers le dehors. Certains matins ça m'énerve ces jours qui passent et le bla bla quotidien docile et parfois j'en peux plus et il faut que je casse tout. Et puis que je recommence.

C'est terriblement dur de continuer à écrire le journal comme si chaque page était une jour ordinaire, ou comme si c'était la première et la dernière seule vraie journée importante de votre vie enchainée à la précédente par de petites chaînes invisibles ou encore détachée de tout le reste les jours où on se sent séparé du reste du monde. Et ce problème-là peu de gens s'attachent à l'étudier ils sont trop occupés à chercher comment faire pour en commencer un, ou pour le faire durer ou encore pour se faire de la pub et bitcher tous les autres. C'est dur, terriblement dur d'écrire – au sens d'écrire comme dans écriture – un journal sur l'Internet jour après jour et pendant des années et des années. Trop à vivre à lire à voir à faire à apprendre à réféchir à rêver à aimer. Trop c'est trop. Jamais le désespoir du vide, jamais l'angoisse de la page blanche. Toujours ce trop plein intérieur-extérieur qui ne laisse aucun répit et puis les mots que je n'ai jamais le temps de mettre sur papier ou sur écran. J'y pense souvent. C'est dur pour n'importe qui d'ailleurs de continuer à faire n'importe quoi parce que tout le monde est dérangé par le premier venu.

Et le premier venu il est toujours meilleur que tous les autres et puis après on se fatigue et il se fatigue et après c'est fini. Si vous faites quelque chose, vous êtes tout naturellement porté à recommencer. J'aime pas la routine. Et pourtant le besoin est là de recommencer à écrire tous les jours que le soleil fait apparaître.

Donc, vous faites quelque chose, et vous aimez ça et tout naturellement vous avez envie de recommencer. Comme cette envie de partir au Mexique. L'hiver est long et trop froid. Je me soupçonnais de vouloir recommencer quelque chose et je me méfiais et caetera.

Mais si vous recommencez, vous savez que vous êtes en train de recommencer et cela manque d'intérêt. C'est pareil pour tout le monde et pour tout ce qu'on fait : les crimes, les tableaux, danser, les livres, manger, dormir, faire l'amour, prendre des photos, faire la guerre, ou faire des marches pour la paix par exemple. On le fait une fois et après on recommence, on peut plus s'arrêter jamais.

Le malheur c'est que le fait de recommencer gâche ce qui commence à se faire. Alors j'ai décidé de réserver le billet d'avion et de partir pour le Mexique. Au moins ça, c'est la première fois : aller dans le Sud en plein hiver, comme une cigogne. Mais partir seule, c'est quand même recommencer. Enfin bref on recommence toujours et on voit bien ce qu'on est en train de recommencer.

Comme le journal. Ou le livre. J'écris et pourtant je ne vois jamais ce que je suis en train d'écrire. Pas comme si je tricotais un chandail et que je le portais. Le livre, le journal, je ne le vois pas, jamais, et pourtant je sais que c'est un excellent journal, probablement un des meilleurs parmi tous ceux qui s'écrivent aujourd'hui. Mais il n'est pas devant moi et donc je ne le vois pas. Ce n'est pas une robe de soie rouge. Ni un tableau. D'où l'envie parfois d'y mettre le feu virtuellement parlant : dire I quit, ou tout effacer.

Je ne brûlerais pas un livre ni un tableau ni une robe de soie rouge. Ni mon corps que j'aime trop. Et ce journal ? pas question ! Vivement le Mexique.


176. il me reste si peu de temps - le 22 février 2003


fleur_jaune_domi.jpg
© chocolatbleu

Mon sombre amour d'orange amère
Ma chanson d'écluse et de vent
Mon quartier d'ombre où vient rêvant
Mourir la mer

Mon beau mois d'août dont le ciel pleut
Des étoiles sur les monts calmes
Ma songerie aux murs de palme
Où l'air est bleu

Mes bras d'or mes faibles merveilles
Renaissent ma soif et ma faim
Collier collier des soirs sans fin
Où le coeur veille



Est-ce que qu'on sait ce qui se passe
C'est peut-être bien ce tantôt
Que l'on jettera le manteau
Dessus ma face

Coupez ma gorge et les pivoines
Vite apportez mon vin mon sang
Pour lui plaire comme en passant
Font les avoines

Il me reste si peu de temps
Pour aller au bout de moi-même
Et pour crier Dieu que je t'aime
Je t'aime tant, je t'aime tant

[Aragon Louis & Ferré Léo]



En écho à cette page d'hier, elle m'écrit : « C'est vrai votre journal est un des meilleurs et sûrement le meilleur pour moi, je ne les lis pas tous, il y en a trop, peut-être se cachent des perles, tant pis, mais le vôtre est un des plus exigeants et émouvant, touchant, attachant... »

Mais je n'allais pas à la pêche aux fleurs quand j'ai écrit ça. C'était même exactement le contraire. Je continue de trouver cela dément et prétentieux que d'écrire moi-même que j'ai un excellent journal, alors c'est très difficile de ne pas effacer tout ça, ces mots d'hier, et je me retiens de pas tout effacer – mais j'ai fait exprès de l'écrire comme ça, exprès pour me dominer et me tenir debout devant moi-même, droite et fière, et pour laisser là cette déclaration, c'est terriblement difficile, et je le fais comme un exercice d'affirmation et je n'arrête pas de penser que ce n'est pas bien et qu'est-ce que les gens vont dire que je suis prétentieuse orgueilleuse et tant pis, ça me fait bizarre d'affirmer cette chose et ça me trouble et je vais laisser là les mots qui me changent simplement parce qu'ils sont là et que c'est la première fois. Ainsi j'aurai peut-être envie de recommencer.

Je cherche à me convaincre de laisser tomber l'importance des jugements des gens que ce soit dans un sens ou dans l'autre. Parce que quand une personne m'écrit pour dire du bien du journal, j'aime ça et je la crois et ça me donne des ailes, mais si une autre personne écrit pour dire que telle page est moche, je le crois aussi et ça me démolit et je voudrais me cacher dans un trou et ne plus écrire jamais. Je veux me guérir de ça et c'est pour cette raison que dorénavant je vais déclarer que j'écris un excellent journal, un des meilleurs du web. Après tout, il y a des écrivains totalement nuls et moches et qui écrivent un journal tout aussi moche et qui se croient excellents et meilleurs que les autres, alors ? Et puis j'ai aussi un grand ami qui écrit comme un dieu tellement il touche au coeur avec ses mots et cet homme continue de croire qu'il écrit comme une merde et j'aimerais tellement qu'il change cette opinion qu'il a sur lui-même parce que j'ai mal pour lui quand il dit ça parce que je sais bien que ça l'empêche d'écrire comme il voudrait. Alors je me suis dit que si moi je change, si je donne cette image et que j'y croie, si j'apprends à croire en moi vraiment, en retour, peut-être que ceux qui aiment me lire apprendront aussi à avoir confiance en eux et dans ce qu'ils écrivent.

Et puis j'ai collé des fleurs pour vous, faut quand même tenir ses promesses : un excellent journal, écrit sur fond blanc, et puis des fleurs bien sûr. Des jaunes d'orange amère, juste pour vous.


177. le journal du dimanche - le 23 février 2003


primevères [23-02-03]
Des primevères en plein hiver

C'est long à lire cette Autobiographie de tout le monde. Je lis dans mon bain, je lis au café et dans mon lit et parfois des petits bouts aux feux rouges dans ma voiture mais ça, ça fait hurler les monsieurs pressés, mais je m'en fiche, j'aime lire partout partout et je lis et ainsi ce matin j'arrive aux dernières pages là où il y a ce passage où Stein écrit :


    Et maintenant il me semble que je l'ai fait, la première autobiographie n'était pas cela, elle était une description et la création de quelque chose qui s'était passé qui d'une certaine manière était en train de se passer non pas de nouveau mais comme si cela s'était déjà passé, et c'est cela l'histoire c'est cela les journaux c'est cela les illustrations mais ce n'est pas une narration simple de ce qui se passe, non comme si cela s'était passé non comme si cela était en train de se passer mais comme si cela existait tout simplement. Et maintenant je l'ai fait dans ce livre je l'ai fait.


Alors ce matin j'ai fait des photos des primevères rouges au coeur jaune avec la petite Quick cam. Les photos sont pas mal. La plante est là sur mon bureau juste à côté du clavier, et à droite du téléphone. La plante ne fait rien et elle est là pour moi et maintenant pour vous. Hier j'ai vu chez le fleuriste des mimosas et c'était écrit sur l'emballage transparent : long lasting flowers froms French Riviera, j'avais les bras trop chargés de paquets et je ne les ai pas pris, mais je vais y retourner aujourd'hui et après je les regarderai avec la caméra et si je peux, je ferai des photos. Je ne peux pas faire pousser des mimosas ici, et des branches de mimosas coupées ce n'est pas aussi beau que les arbres jaunes en fleur à cette saison de l'année, là-bas. Ils étaient tellement beaux l'année dernière, j'avais le coeur qui débordait chaque fois que j'en voyais un et il y en avait des centaines quand j'étais passée en train au matin, le train Paris-Ventimiglia dans lequel j'avais dormi dans une petite couchette au deuxième étage.

Je me souviens une lectrice m'en avait envoyés en photo mais j'ai perdu la photo sur le serveur de Free une fois quand j'ai tout effacé le Journal de Script l'été dernier. L'original de cette photo que j'avais trouvée en consultant mes mails à distance est resté sur un serveur de mail quelque part en France parce que j'ai oublié de faire suivre le courrier ouvert à Paris jusqu'ici.

Et dans le train, le matin on avait replié les lits et on s'était assis devant la fenêtre et je regardais passer les arbres et la mer et c'était magnifique les chiens couraient sur la route et les gens ouvraient leurs fenêtres parce que c'était le matin et ils sortaient les chats et les chiens et ils étendaient les draps dehors pour sécher et puis il y avait des palmiers très hauts. Sur un des draps, j'avais vu de loin une tache rouge une tache de sang en forme d'étoile de mer et alors je m'étais enroulée dans la serviette éponge bleue avec des étoiles jaunes. Et j'avais pris des notes pour l'autobiographie d'Erika von Strohem.

Je me demande ce que je vais lire après l'autobiographie de tout le monde. Envie des Chroniques d'Alvin le Faiseur ou Maeterlinck ou les Lettres persanes. J'irai donc à la librairie aujourd'hui faire le plein de bouquins car maintenant que c'est écrit dans le journal du dimanche il faut le faire.

09:42 AM

mimosas
@2002 Anonyme

Comme c'est le journal du dimanche et que ce dimanche a décidé d'être doux et magique, j'ai reçu pour la deuxième fois une photo des mimosas de la French Riviera et ils viennent de la même femme qui a lu le journal l'année dernière et qui le lit encore et qui m'envoie de temps en temps des belles images pour mes pages et qui me demande de rester anonyme alors je lui ai donné le pseudo d'Anonyme parce que j'aime ce mot-là il est féminin et si poétique et elle s'est reconnue quand elle a lu mon histoire de la photo perdue du mimosa et moi j'avais oublié qui me l'avait envoyée mais je me souvenais que c'était une femme et je trouve cela parfaitement magique et extraordinaire que de telles choses puissent arriver de recevoir ces fleurs du printemps une deuxième fois avec le ciel bleu au soleil pendant qu'ici la neige est partout et elle tombe lourde et molle, chaude et pressée.

Je recommence à faire des phrases beaucoup trop longues, sans doute que je suis un peu contaminée par mes dernières lectures. On dit que la neige se changera en pluie ou en verglas, on verra mais on en profite quand elle est là, ça change des grands froids et des rues toutes nues blanches de calcium et des petits cailloux pointus qui entrent dans les maisons collés après les semelles et pour finir on en retrouve partout et c'est l'invasion des petits cailloux noirs de l'hiver montréalais qui piquent les pieds nus sur les parquets de bois vernis.


178. des photos de fleurs ? - le 24 février 2003


Je cherchais une image de fleur et j'ai trouvé cette petite photo-là prise avec la Quickcam un soir que je me prenais pour une photographe et que j'avais oublié de me brosser les cheveux et il avait plu de la neige mouillée et ils étaient pleins de petits frisous qu'ils n'ont pas normalement, non, normalement j'aime bien qu'ils soient droits et lisses, disciplinés et voilà c'est tant pis je vais la laisser là et cela passera à l'histoire [sic] comme ça et vous aurez de moi cette image d'une femme toute décoiffée comme une sauvageonne qui a l'air de prier devant des bougies en plus mais ne vous y trompez surtout pas, elle est toujours comme ça quand elle écrit, concentrée comme absente avec une main soutenant le menton et elle regarde droit devant par la fenêtre et ailleurs très loin toujours pour voir voler les oiseaux et les feuilles dans un rayon de soleil ou de lune et ensuite les mots déboulent et elle laisse courir ses doigts sur le clavier.

Portrait de l'auteur

Je ne suis pas photographe et je ne devrais pas me mêler de faire des photos mais je sais c'est pas grave, il y a bien des photographes qui écrivent et des peintres qui font des poèmes ou de la photo et des écrivains qui sont journalistes ou plongeurs ou encore éditeurs et professeurs à l'Université. Cette journée a été merveilleuse et bouleversante.

C'est seulement en mars que j'irai au Mexique, et juste pour une toute petite semaine sans sacrifier mon projet d'aller en Europe cet été [Paris, Moscou, Bruges et tout, j'oublie pas].

Avec tout ça j'ai pas eu le temps de coller votre photo de fleur... Oups, j'avais promis.


179. Ton bébé, il en est où ? - le 25 février 2003


primevères [23-02-03]
Des primevères en plein hiver

    La foudre ne tombe jamais deux fois au même endroit mais c'est seulement parce qu'elle est rare, les noisettes tombent toujours au même endroit ce qui fait que l'on dit noisette noisette trouve ta soeurette. Quand vous laissez tomber une noisette il y en a une autre juste là où vous n'aviez pas vu qu'il y en avait deux.
    Eh bien il n'y a peut-être aucun rapport mais ils viennent de me demander d'écrire un article pour expliquer comment quelqu'un qui écrit d'une façon aussi incompréhensible que moi peut être aussi populaire autrement dit aussi bien comprise. Cela a-t-il quelque chose à voir avec la foudre qui ne tombe pas deux fois au même endroit parce qu'elle est rare ou avec les noisettes qui tombent au même endroit parce qu'il y en a tellement. Je me le demande.

On m'a demandé des nouvelles de mon bébé. Développement normal. J'arrive à la seconde moitié du manuscrit. Comme j'ai toujours le problème d'imprimante, je ne peux plus imprimer page par page ce que j'aimais bien [snif] parce qu'ainsi je pouvais voir monter la pile de feuilles à gauche à mesure que j'enlevais des feuilles sur la pile de droite. Donc, reste plus que 2 cm de pages à corriger. J'ai pas encore de contractions.

Je sais, j'avance pas vite parce que je travaille beaucoup et que je trompe allègrement Épiphanie avec Bordel – je n'aime plus du tout ce titre provisoire – dès que j'en ai la chance. Je dois être d'une nature profondément libertine tout en m'imaginant que je suis une femme fidèle.


180. a rush of... - le 26 février 2003


les fourmis miel

Ils me demandent si je veux publier Épiphanie très vite, et cet article et des tas de choses le plus vite possible et je réponds que ce n'est pas le temps que je ne suis pas prête et que j'en ai pas envie pas maintenant et ils me répondent que je devrais me presser un peu et travailler plus vite et signer des papiers et je ne veux rien entendre. Qu'on me laisse en paix, c'est tout ce que je demande. Pour vivre comme tout le monde dans ce pays ou pour écrire des livres il vaut mieux savoir qui on est avant et à partir du moment où vous ou n'importe qui d'autre savez qui vous êtes c'est que vous ne l'êtes plus et que vous avez déjà commencé à n'être plus personne et ça ce n'est pas donné à tout le monde et comme toute la vie peut se résumer à faire des choses à partir des découvertes qu'on fait sur qui on est vraiment il devient imposible pour tout le monde de ne pas savoir qui vous êtes et pourtant d'accepter d'être cette chose-là que vous êtes. Et tout cela est tout simplement effrayant si vous acceptez de ne pas savoir qui vous vous êtes et d'écrire quand même des livres avec votre nom écrit dessus.

Enfin, il serait peut-être bon qu'on me laisse un peu en paix pour que je puisse réfléchir tranquille à cette question des livres et puis si je décidais de tout effacer et de tout brûler ce que j'ai écrit jusqu'à aujourd'hui cela ne regarderait que moi mais je sais que je ne le ferais pas jamais enfin je ne crois pas. J'ai juste besoin d'un peu de temps. Qu'on me laisse faire les choses à mon rythme et à ma façon et qu'on me laisse encore un peu jouir de cette douce illusion de n'être personne et de faire semblant de ne pas savoir qui je suis.

Contente d'avoir vu le show de Coldplay hier soir parce que je ne voulais plus l'accompagner au dernier moment et Dan a très bien fait d'insister et j'y suis allée avec lui malgré mon envie de rester couchée. Et les moments que j'ai passés là avec cette musique et lui et tout sont peut-être les plus beaux qui soient depuis des lustres. Look at the stars, chantaient-ils...


181. a rush of... [bis] - le 27 février 2003


libellule_debout.jpg
© 2002 chocolatbleu

Se souvenir que lors de l'accouplement les libellules demeurent très belles jamais décoiffées et très dignes et droites dressées sur leurs pattes longues et fines et elles n'ont pas le choix on les a dessinées comme ça avec des ailes en dentelle qui ne se brisent pas quand elles aiment et lorsque par bonheur un soir très tard elles entrent dans votre maison et que vous avez la chance d'assister à leurs activités sexuelles si intimes sur le rideau blanc de votre chambre enfin quand elles entrent dans votre maison un soir d'été on peut observer directement que dans l'espace elles dessinent en s'unissant par ce que l'on imagine être la queue une forme qui a tout à fait l'apparence d'un coeur et cela fait d'elles sans aucun doute des libellules à fleur de peau qui font l'amour et cette forme de coeur elle n'existe peut-être que dans votre imagination et pourtant elle est là, bien visible, bien dessinée devant vos yeux qui n'en reviennent pas parce qu'on se dit que ce n'est pas possible des insectes qui font des choses comme ça et que nous on peut même pas même y penser. Ce que je veux dire c'est qu'on essaie même pas d'essayer si c'est possible de se laisser aller à inventer des formes de coeur parce qu'on est trop occupés à essayer de copier les images qu'on a vues. C'est comme l'amour sentiment il est là bien visible et en forme de coeur et tout et pourtant vous vous éloignez bien vite en disant non non je ne peux pas aimer pas maintenant et pas comme ça il manque un peu de ceci et de cela et malgré tout s'il est si évident qu'il crève les yeux l'amour tellement qu'il fait peur avec sa forme de coeur on prend encore plus vite ses jambes à son cou et on prend la fuite avec des prétextes si farfelus parfois qu'ils nous échappent et après quand on regarde en arrière on est porté à éclater de rire parce qu'on avait tout bien cousu avec du fil blanc si bien cousu que personne surtout pas vous n'y aviez rien vu... Quoi qu'il en soit la vie c'est quelque chose qui a l'air d'être en forme de coeur mais le coeur est un concept beaucoup trop abstrait aujourd'hui ce qui fait que même la forme géométrique ne signifie pas grand chose à cause de la publicité qui en a fait une marchandise sauf pour les libellules à fleur de peau et c'est comme ça que j'arrive à trouver cette vie très belle sur le rideau blanc de la chambre. Le seul problème c'est que cette photo je pense que c'est un éphémère mais je n'en suis pas certaine parce que j'ai totalement oublié cette histoire de l'insecte sur la photo et j'ai pas envie d'y penser. Pas maintenant.


182. désir-cheval - le 28 février 2003




      Le désir choisit des objets par l'intermédiaire d'un modèle ; il est désir selon l'autre, identique pourtant à la soif furieuse de tout ramener à soi. Le désir est déchiré dès son principe entre le soi et un autre qui paraît toujours plus souverain, plus autonome que le soi. C'est là le paradoxe de l'orgueil, identique à ce désir, et son échec inévitable. Le modèle désire le désirable en le désirant lui-même. Le désir est toujours mimétisme d'un autre désir, désir du même objet, donc, et source inépuisable de conflits et de rivalités. Plus le modèle se transforme en obstacle, plus le désir tend à transformer les obstacles en modèles. [René GIRARD : Critiques dans un souterrain]

14:22 PM


Quelques jours de congé c'est bon. Des problèmes avec Les carnets rouges : si je ne trouve pas de solution à ce problème d'hébergement payant que je ne peux plus payer tout cela va disparaître à minuit ce soir à moins qu'ils ne donnent des sursis chez Avantage.com comme dans les prisons. C'est dur à balancer comme ça mais c'est la triste réalité show : le site disparaîtra si je ne trouve pas un hébergeur gratuit [ça fait plus d'une semaine que je fouille le web sans succès] ou un riche mécène qui a envie de payer la facture de 120 US dolls par année. Au moins Emma est à l'abri, on a réussi à lui trouver de la place sur free.fr, alors son adresse sera : http://emmareva.free.fr fiouuu on a sauvé Emma, mais pour les autres je ne sais pas quoi faire, pour les auteurs comme Alice et Concerto et Rouge et les autres je n'ai pas de solution et puis les auteurs des Journaux mes complices, ça me fait mal que ça finisse et j'ai même pas eu la force de leur écrire pour leur en parler je le fais ici en ligne et c'est parfaitement minable de faire les choses comme ça. Je sais, je suis lâche pour ce genre de choses qui touchent à l'Argent : si j'en ai plein je donne tout et si j'en ai plus, je dis rien à personne. Je trouverai bien une solution, qu'on me donne au moins encore quelques jours et je trouverai. Mais je ne peux pas mettre les Carnets sur Free aussi parce que avec le nom de domaine ce n'est pas possible et je peux le garder il est payé pour deux ans au moins ça je peux le garder. Ce que je veux dire c'est que c'est un jour triste pour les Carnets rouges mais que j'espère encore trouver une solution et je ne peux pas en parler pour pas faire de pression sur la personne qui va peut-être m'aider mais de son côté à elle j'ai encore de l'espoir alors tout n'est pas perdu. Sinon quoi ? Sinon je vais quand même pas me mettre à vendre du chocolat comme les enfants d'école pour me financer. Ni me prostituer virtuellement ou autrement. Je pourrais toujours écrire des textes érotiques dits porno soft ou hard [arf, ces mots sont fous] comme ils disent mais bon, c'est pas tellement ma tasse de thé littéraire. L'érotisme, je le rêve et je le vis, donc, je ne l'écris pas je ne peux pas, je sais pas c'est trop compliqué je le sens trop et j'ai pas de mots pour ça tant mieux pour ceux qui ont ce talent grand bien leur fasse comme on dit. Quoi qu'il en soit on a beau être en Amérique, il y aura toujours des créateurs qui refuseront de se laisser acheter par l'argent ou par la pornographie [y esso es lo mismo] et d'autres pas et c'est partout pareil dans le monde mais pire de ce côté-ci de l'Atlantique. Non ? OK, j'ai rien dit.