Les amateurs de «Il faut...» et de «Je dois...» peuvent trouver de nombreuses bonnes résolutions toutes faites sur le web. Les sites web et les blogs regorgeront de ces divines pensées ces jours-ci. Pourquoi se priver ? C'est même un thème inépuisable sur Citations du monde point com. Ils les vendent imprimées sur des t-shirts. Comme ça, vous pourrez pas les oublier.
Celle-ci, d'Oscar Wilde, est pas mal : Les bonnes résolutions sont des chèques tirés sur une banque où l'on n'a pas de compte courant.
Aujourd'hui, ce matin, je suis en vacances d'écriture. Mais pas en vacances de cuisine. Pour le fun, j'ai picoré un peu chez les blogueux. J'en ai abandonné quelques-uns cette année. Manque de temps, manque d'intérêt ? Normal. Par contre, j'ai découvert des perles fort bien écrites [carnets et journaux personnels] et surtout accessibles [lire les précieux enseignements de KD à ce sujet -- j'ai enfin compris pourquoi je n'avais pas de guillemets français avec la balise <q> -- ;-] aux quatre coins de la planète. Je partagerai mes trouvailles bientôt, promis.
Parce qu'«Il faut» que je mette à jour mon Jardin d'A-List au pays des malices, sinon les fleurs vont faner. Ah, damnée fatalité, quand tu nous tiens...
Fait très doux, dehors.
«Faut pas» que j'oublie de mettre le lapin-à-la-moutarde au four pour le dîner. Encore cuisiner, encore manger. Et parler, parler. Danser. Chanter. C'est si bon. C'est jour de l'an. Ça arrive rien qu'une fois par année, dixit un vieux rigodon québécois qui sent le bas de laine gris «pure laine».
C'est décidé, je reste à la campagne jusqu'au 12 janvier. Je reviendrai à Montréal un dimanche. Un dimanche ? Si. Il le faut. Parce que sais déjà que ce jour-là il va neiger de la bonne grosse neige fondante, bien évidemment. Pour le moment, on marche sur la glace, on skie sur la glace, on patine sur la glace. Et quoi encore ? [on se casse la gueule sur la glace itou]
Encore euphorique à cause d'Épiphanie. Contente d'avoir fini. Contente aussi parce que l'amour est dans le titre de Love and Writing Project et qu'il a passé la dure épreuve. Et que je continue à l'écrire sans l'amour de l'amoureux et malgré le livre à écrire qui tirait la couverture sur son bord du lit.
Écrire et aimer, c'est pareil. Quand j'écris et que ça coule [je parle pas d'écrire ici, mais sur le papier] de moi comme l'eau glacée de la rivière en crue au printemps, je suis amoureuse. De qui ? De tout le monde. De moi, de vous que je ne connais pas mais qui vouz avancez vers moi en souriant tout le temps, de ma mère et de mon père morts depuis longtemps et de mes ex-amants et amoureux, des enfants chéris adorés, des amis sincères ou pas, des grandes soeurs et grands frères si lointains et si proches, de mes chats aux neuf fois neuf vies [mais pas des chiens ;)]. Quand j'écris j'aime toute la terre, dans l'ordre et dans le désordre. Dire que j'ai même pas parlé des fleurs et des arbres et des étoiles, de la soie rougeoyante, de..., de... Ah...
C'est ça aimer, pour moi. Aimer tout. Aimer c'est écrire. Écrire c'est aimer. J'ai pas encore fait mon « plan d'attaque » des maisons d'éditions pour Épiphanie. Rien ne presse. J'ai commencé un autre livre. Titre provisoire : Bordel. Je dis bien provisoire car il s'est imposé comme ça, et puis je sais pas s'il est déjà pris, pas eu le temps ni le désir de vérifier. On verra plus tard. Changer un titre, c'est pas long. J'ai de l'expérience avec les titres et sous-titres de tout acabit. Je pourrais donner des cours de titres... tiens, pourquoi pas ? arf.
Sommeil de la nuit troublant, mais réparateur. Les rêves s'imbriquent les uns dans les autres, formant une chaine baroque. Je vis dans un film joué pas des acteurs qui sont des gens que je connais et d'autres que ne n'ai jamais vus, au visage flou. Ils parlent, gesticulent autour de moi. Je suis au milieu du film et je filme en même temps les images. Les gens fouinent partout, comme des invités indiscrets. Et ils finissent par s'en aller, tous, et je reste seule avec un homme, une sorte de mari, parce que je suis à l'aise avec lui. Je ne me pose pas de questions sur pourquoi il reste là.
Je me réveille, change de position. Je me rendors tout de suite et le rêve continue. Avec l'homme, nous vivons sur de l'herbe verte dans une maison aux murs faits de papiers de soie suspendus aux branches des arbres, et de feuilles de palmiers. Il y a des animaux. Nous sommes pieds nus. La cheminée est une fenêtre allumée avec des rideaux à l'extérieur. C'est la nuit et nous avons sommeil, nous voulons faire l'amour et nous sommes un peu nerveux, pressés de commencer. Quand je le frôle, c'est comme des petits chocs électriques sur la peau. Il attend. J'étends sur le sol une grande couverture et des coussins pour faire un lit parce que dans cette étrange maison, il n'y a aucun meuble. L'homme s'approche et il commence à me caresser. Je me sens très excitée. Un autre homme apparaît dehors, il avance son visage dans la fenêtre pour nous regarder. L'amant s'éloigne brusquement de moi. Je m'éloigne aussi et replace les couvertures sur le sol. L'autre, dehors, le visage derrière le feu, il dit : vous faisiez l'amour ? Je peux me joindre à vous ? Je dis que non, pas question. Je sais que j'en ai envie et pourtant je refuse. Bizarrement, l'homme qui est avec moi, cet espèce de mari, je ne sais pas qui il est. Et il dit non lui aussi, il murmure juste pour moi quelque chose comme vivement qu'il s'en aille et que je me couche sur toi. Je connais l'homme à la fenêtre, c'est un ami. Dans le rêve, je désire très fort qu'il entre et me fasse l'amour avec l'autre pendant que moi je ne bougerais pas du tout, simplement offerte. Je reste muette et je dis le contraire de mon désir. Je me réveille.
L'image de cette scène qui ne s'est pas vécue dans le rêve est formée dans ma tête, insistante. La scène non vécue se serait donc en quelque sorte matérialisée comme sur la toile d'un peintre ou une photo très précise ? Je m'asseois dans mon lit pour boire un peu d'eau. Je me recouche et le rêve reprends. Pourquoi je rêve à des trucs pareils ? Et pourquoi est-ce si difficile à écrire en plus ? Je peux même pas raconter la suite. Ainsi, un simple rêve serait capable de me faire honte ? Existe-t-il des rêves qui soient normaux et d'autres pas ?
Chacune de mes nuits abrite son lot de rêves inconscients. Et le jour, mes rêves lucides [?] sont là pour permettre de créer de nouvelles images avec les mots et d'inventer des histoires où les méchants s'entretuent et où parfois les jeunes hommes aux yeux couleur de mer sortent des anneaux d'or de leur poche, comme des magiciens, pour les accrocher aux oreilles des renards en disant que ce sont les étoiles du monde.
Les nuits sont comme les jours, mais avec un peu plus de profondeur, cet abandon total du corps qui déverrouille les portes d'un vaste réservoir de figures et d'histoires mythiques auquel tous les êtres vivants ont accès. L'embarras devant certains rêves étranges n'est que passager. Ce qui appartient au domaine du rêve nocturne gagnerait peut-être à y rester encore un peu. Je ne refuse pas d'y penser quand ces images insistent pour me revisiter furtivement.
Là où j'étais ces derniers jours, il était impossible de me connecter à l'Internet. Ce fut dur, pour ne pas dire atroce [rien qu'au début]. Et puis ça été une excellente cure. Faire une page live chaque jour, c'est beaucoup. J'y pensais souvent et je me disais : qu'est-ce que j'aurais envie d'écrire aujourd'hui...? Et puis j'oubliais.
Écrire quotidiennement online dans ce journal, c'est quelque chose comme une drogue. Pas une vraie addiction, mais une forte habitude excitante autant qu'elle est exigeante.
Je viens d'arriver. Quelques heures à peine, et sans ma neige fondante. Snif. Pas grave. Elle tombera sans doute demain ou après demain, chaude et lourde. J'avais préparé de la soupe à l'oignon et des pierogies pour ce soir. J'ai pas très faim. J'avais aussi envie de voir Dylan, mais il est à l'autre bout du monde. Le temps est si doux. Et la lune est aux trois quart brillante. J'imagine que sa rondeur prochaine apportera cette grosse neige dont je rêve depuis l'autre jour. Là d'où je viens, la neige tombait en voltigeant et le vent la soufflait, il y en avait partout partout : un grand tapis si épais que sans raquettes, j'enfonçais jusqu'aux genoux et plus. Je me suis un peu éreintée à gratter un grand cercle sur le lac pour patiner, mais ça valait la peine, car cette glace-là, c'est la plus belle, elle brille au soleil.
J'ai passé plusieurs jours sans voir personne dehors, absolument personne d'autre que des traces de lièvres sur la neige le matin, et les pépiements des oiseaux. Je remplissais les mangeoires et ils venaient picorer les grains. Dans les sentiers, j'ai entendu des perdrix, et des pies. Et d'autres petits animaux que je ne sais pas identifier.
J'aime la campagne. Le grand air et le silence et les longues marches et randonnées dans les sapins et les érables me font du bien et j'en ai besoin. Mais dès que j'arrive ici, que je reprends contact avec cette sauvageonne inspirée et inspirante qu'est Montréal, son ronronnement, et ses odeurs, et la luminosité de son ciel, je suis aux oiseaux.
Mais est-ce bien moi qui habite cette ville ? Ne serait-ce pas plutôt Montréal qui habite en moi ? De plus en plus, mon histoire se sonfond avec la sienne et inversement. Peut-être que toutes les deux, nous sommes juste très liées ?
L'autre soir, la nuit était tombée depuis longtemps et il ne faisait même pas noir. Je pouvais voir très loin devant moi sur le lac gelé et derrière les troncs des sapins dénudés jusqu'à hauteur d'hommes [les plus grands...] Et deux fois de suite à minuit, celui d'ici et celui de la France, j'ai regardé l'étoile polaire, ma belle étoile du Nord, et j'ai fait un Voeu.
J'ai prononcé les mots en toute liberté et avec amour ce voeu qui appartiendra à tout jamais dans le monde des secrets. Entre elle et moi et la poussière d'étoiles qui descendait se baigner dans la neige bleutée. C'est là que que j'ai prononcé le voeu.
J'étais seule là-bas et j'avais parfois un peu peur des loups la nuit, mais je fermais quand même toutes les lumières et je m'éclairais juste avec la flamme de la cheminée pour regarder dehors et là, de ma petite fenêtre, je voyais toute la vie de la nuit, ce qu'il y a quand on dort d'habitude. C'est beau le monde endormi. Un peu comme quand je travaille devant cet écran avec l'impression fugitive de tout voir et de capturer les trésors du monde sans être vue. C'est ainsi que je regardais la belle angel dust inonder les arbres verts à moitié nus. C'était le 4 janvier.
![Gerome : Femme nue [fragment]](http://www.anniestrohem.com/loveandwriting/archives/images/gerome_femme_nue.jpg)
Page test. Pour voir si je peux écrire une page de journal juste avec des verbes. Les verbes ne sont-ils pas, par définition, les mots qui expriment l'action, l'état, le devenir ? Ce sont de petits serpents qui changent de forme. Pas facile à suivre, la forme.
Mais le pire, c'est que les verbes portent le temps. Et le plus beau dans tout ça, c'est que le temps n'existe pas. Dans ce cas, est-ce à dire je devrais écrire mon journal [pas toujours, juste pour le test] avec des verbes à l'infinitif ? J'ai besoin d'y réfléchir encore un peu.
Pour le moment, j'ai autre chose à faire, des trucs sur le feu [lire : une baignoire pleine d'eau bouillante et un bon livre], alors il vaudrait mieux remettre à demain la page test. À l'infinitif.
![Gerome : Femme nue [fragment]](http://www.anniestrohem.com/loveandwriting/archives/images/gerome_femme_nue.jpg)
Ouvrir. Sourire. Embrasser. Baigner. Masser. Parfumer. Habiller. Maquiller. Brosser. Déjeuner. Discuter. Rassurer. Expliquer. Écouter. Observer. Noter. Lire. Charmer. Sucrer. Donner. Aimer. Apaiser. Savourer. Savourer. Goûter. Apprécier. Attendre. Cesser. Quitter. Rentrer. Déshabiller. Détendre. Écrire.
C'est fou écrire une page juste avec des verbes. Je n'aurais pas du tout utilisé ces verbes-là si j'avais écrit comme d'habitude, sans contraintes. Et je n'aurais sans doute même pas écrit les actions auxquelles ces verbes réfèrent. Vraiment, ma chère Lady A., vous devenez très très ennuyeuse...
Vivement demain que je reprenne ma plume, ou celle de Script, qui sait ? D'ici là, j'ai une faim de louve. Envie de manger dans un restaurant Penjabi, avec Baldev, s'il se décide à téléphoner avant huit heures.
Un jour j'ai fait le rêve que je me rendais en Afrique et que je ramenais des animaux jusqu'ici en faisant la route à pied. La plus belle de toutes mes bêtes était une girafe. Sur la route, je lui flattais le cou. Ce rêve, je sais que je l'ai fait parce que je voudrais tellement en avoir une, une belle girafe avec un très long cou. Et d'autres animaux aussi, beaucoup, et différents. Mais ce n'est pas possible. Pas parce que c'était un rêve. Non. C'est pas possible d'avoir une girafe et toutes le bêtes que je voudrais ici. On m'enverrait vite les pompiers, la spca, si ce n'est la camisole de force.
On ne peut pas avoir des animaux à Montréal, surtout pas des girafes, encore moins une lionne ou une vache. Même pas une poule en fait. Tout ce qu'on peut avoir c'est des chats et des chiens et rien à faire, j'aime pas le chiens. Une fois, j'ai vu un reportage sur les rhinocéros, comment ils faisaient l'amour. C'était si beau. Le mâle prenait son temps pour approcher la femelle doucement, avec tendresse, ça durait longtemps [des semaines] et puis il la pénétrait si lentement, c'était voluptueux, et ça durait longtemps, longtemps [des heures]. Ce que je voyais se communiquer d'un animal à l'autre, c'était un plaisir intense. Une sorte d'amour [?], parce qu'ils prenaient le temps de se regarder. Et le plus beau, le plus beau c'est qu'après, chacun repartait de son côté. Mais non, j'ai juste oublié ce que le reportage disait sur l'après. La noce des rhinocéros ?
J'apprends qu'ils sont en train de distribuer les rôles du Petit Prince dans une comédie musicale. On ne parle plus que de ça, comme si c'était l'événement du siècle. Encore et toujours la pub. Rien qu'à penser à ce truc me fait frémir. C'est quoi l'idée ? J'ai pas encore compris et il n'y a sans doute rien à comprendre. Michel Rivard je l'aime bien, mais il n'a pas la tête d'un aviateur du tout. Et puis je me demande qui va faire le renard.
J'aimerais jouer le rôle du renard. Mais je le sens, ils vont bousiller mon renard, c'est pas possible ça. Et puis de quoi je me mêle encore ?
Quelle horreur. Il fait un gros soleil et je suis coincée dedans le bureau. Heureusement que...
J'avais oublié que pour faire un vrai blog il faut concocter une petite soupe de Liens. J'ai pas le temps, On m'attend pour dîner [dehors].
En rentrant, si j'ai le temps et s'il est pas trop tard, je ferai de cette mémorable page du 17 janvier 2003 un vrai blog digne de ce nom. Faudrait aussi que je pense à rafraîchir et revamper mon Jardin d'A-List [charité bien ordonnée...]
Je n'arrive pas à descendre de ce cheval, je chevauche en rêve comme le dernier Apache les bras en croix pour vivre à plein ce nouveau matin baigné de lumière qui traverse le vitrail du bureau et donne à mon image des reflets ocres et dorés. Il fait soleil et hyper froid. Le ciel est bleu acier.
Comme les autres jours le journal chronomètre tic tac tic tac tic tac les palpitations rythmées du calendrier et ceux du coeur. Les pages du manuscrit ne sont plus éparpillées sur le tapis jaune de la salle de bain, elles dorment sagement empilées dans le porte-folio noir fermé par trois rubans de gros grain noir. Les dernières corrections ont été faites sur le papier pendant mon séjour au chalet. J'ai tout relu attentivement et mot à mot les 375 pages en suivant avec une règle en-dessous de chacune des lignes. Il me reste à transcrire ces ultimes changements dans Word et ça sera tout. Je sais. Je mets du temps, je peaufine, je fignole, je perfectionnise. Parce que je suis comme ça, il faut que ça soit impeccable.
Si X. m'aimait et ensuite, après la rupture, il perd toute estime pour moi, est-ce à dire que je suis inestimable ?
Je crois que mon roman sera publié. J'y crois, même si je résiste encore à l'idée de le donner à l'éditeur. Ils attendront que je sois prête. Je ne suis pas pressée. Ce n'est pas une histoire de fric ni même de reconnaissance. Je m'en fiche de ne pas être célèbre, reconnue et tout. Je comprends qu'on écrit pour être lus, mais avant de donner à lire, je veux boucler la boucle pour moi et m'être détachée de mon objet. J'ai pas fini. Quand j'aime, je ne me détache pas facilement. Je veux aller jusqu'au bout de ce plaisir que je prends à faire Épiphanie, à toutes les étapes, même la dernière pour moi, la plus technique qui consiste à réviser à la loupe.
La fuite insensée des heures et des jours me chuchote que les fleurs du magnolia rose de la rue Hutchison seront bientôt là. Déjà, les bourgeons sont gonflés et verts, même en hiver. J'espère le rose sur la neige blanche.
Je rêve parfois que je fuis et je ne le fais pas. Je sors le soir à moins 25 avec des bas de soie noirs et mes chausures italiennes de danseuse espagnole qui font des pieds de fée : érotiques, disait-on. Je fuis la nuit nue sur ma monture. Je sors de la peau du personnage d'Erika von Strohem et des autres, mais surtout d'elle, je commence à tourner le dos une fois pour toutes à Théo et à Nietzsche. Parce qu'ils n'aiment plus Annie Strohem : ils ont perdu toute estime et désir pour elle. Et puis, ne sont-ils pas du papier alors qu'elle, elle est encore là pour vous ? Mais elle se détachera, oui, elle sortira cette montagne de papier de son coeur, dussé-je vendre ma dernière chemise...
Quel dimanche. Vie étrange, vie courtisane qui me tue. Boire sa folie éclatante au bord de l'oeuf. Faire une omelette. J'aime les dimanches qui sont comme ça, qui me noient dans les livres et les airs d'opéra. Soir et matin je pleure en pensant à vous. Ça va aller. Reçu en cadeau deux billets pour Rigoletto en février, à l'Opéra de Montréal. Je dis Montréal, ça aurait pu être New-York ou Toronto, et j'y serais allée quand même, mais pas en voiture. Et Paris ? Bien sûr Paris, j'y serais allée aussi. Pour les autres villes, je prendrais le train, pour le plaisir de me déplacer à l'intérieur d'un serpent métallique avec des banquettes coussinées. Dans les trains, j'aime manger debout même si je n'ai pas très faim, et je bois un peu de vin rouge, ça permet de rêver toute éveillée en me laissant bercer par le doux roulement, et je regarde les champs, la campagne qui a l'air déserte. Ils sont où, les gens ? Il y a des lustres que je n'ai monté à bord d'un train, ici. Là-bas, c'était en février. J'en prendrai un bientôt, pour aller voir voir fleurir la Pâques à New-York. Soir et matin je pleure en pensant à vous. Ça va aller. Et Rigoletto ? C'est bientôt. Je le pleurais déjà l'autre fois quand j'assistais impuissante à l'agonie de son rêve d'amour. On dit rire jaune. On dit larmes de crocodile ou hystérie. C'est parce qu'on ne comprend pas trop ce qui crie, ce qui s'écrit quand on. Ici, je me représente dans mon meilleur et dans mon pire avec des contradictions et des choses floues. Les contours m'étouffent. Envie de finir ce dimanche en libérant les mots de la guerre qu'ils représentent. Soir et matin je pleure en pensant à vous. Ça va aller.
On a mis dans ma chambre une vieille commode achetée chez un brocanteur, elle est en bois sombre, avec une épaisse plaque de marbre noir, des tiroirs ouverts se dégage une forte odeur de renfermé, de moisi, ils contiennent plusieurs énormes volumes reliés en carton recouvert d'un papier noir à veinules jaunâtres.. le marchand a oublié ou peut-être négligé de les retirer... c'est un roman de Ponson du Terrail, Rocambole.
[Nathalie Sarraute, Enfance]
Un nouveau Journal tout neuf à découvrir et à lire dans Les Carnets rouges : Le blog d'os d'Éric. Et puis aussi, à voir absolument, ses Meilleurs Voeux qui ont éclos dans une nouvelle Page noire [Voeux] de Love and Writing Project, pour garder Love bien au chaud.
Je suis tombée dans une sorte de blues du post-partum à cause d'Épiphanie. Normal. Ça va passer. Faut se dire : « Allez ma puce, secoue toi les puces et écris. » [Objection, votre Honneur, les puces peuvent pas avoir des puces] « Objection rejetée ! C'est quoi cette histoire de larmes soir et matin ? qu'est-ce que vous avez à pleurer encore, espèce de petite nature ? »
On m'écrit pour me dire de ne pas m'en faire, ou encore ceci : « Surtout, surtout ne vous croyez pas inestimable parce qu'on vous manque d'estime. Ces balivernes ne sont tout juste que quelques vieux os à donner à ronger à vos démons intérieurs. Qu'ils vous laissent tranquille. »
Touché. Inestimable : dont la valeur dépasse toute estimation => inappréciable
, ou :qu'on ne saurait trop estimer => précieux
. En écrivant cette petite phrase-là [144], j'envoyais valdinguer mes démons à l'autre bout de nulle part, ce qui par le fait même regonflait un peu mon égo, mais pas trop. Faut quand même que j'arrive à m'en sortir avant que mes blues passent pu dans'porte.
tout seul chez nous avec moi-même
tassé dans l'coin par mes problèmes
j'ai besoin d'queq'chose d'immoral
de queq'chose d'illégal pour survivre
j'devrais appeler chez drogue-secours
on sait jamais, p't'être ben qu'ils livrentje l'sais, faudrait ben que je sorte
oui mais mes blues passent pu dans portele frigidaire fait ben du bruit
c'est parce qu'il est vide pis moé aussi
le téléphone, c'est tout l'contraire
j'voudrais qu'i sonne, lui y veut s'taire
que l'diable m'emporte s'il veut à soir
ça s'rait plus l'fun d'être en enfer qu'icitteje l'sais, faudrait ben que je sorte
oui mais mes blues passent pu dans portechu sûr qu'y a ben du fun dehors
c'est plein d'belles filles
pis de boisson dans les bars
j'aurais juste à me lever pis à tourner
la maudite poignée...mais chu chez nous, pogné ben dur
j'tourne en rond pis j'compte mes murs
j'use mes jointures dans les coins sombres
à faire d'la boxe avec mon ombre
au bout d'un round, c'est moi qui perd
j'ai mal choisi mon adversaireje l'sais, faudrait ben que je sorte
oui mais mes blues passent pu dans porte
Reproduit sans la permission d'Offenbach et repiqué sur le site Lyricsfreak, je l'sais, c'est queq'chose d'illégal. C'est pas d'ma faute, c't'à cause du blues.
J'ai commencé à fabriquer mille et un oiseaux pour la Paix. Ce sont des oiseaux en origami de toutes les couleurs que j'enfile sur un fil de soie rouge et puis je les suspends quelque part dans la maison, j'aime bien les mettre près d'une porte. J'ai appris à faire des oiseaux en papier avec Yuka, une coloc japonaise, elle m'avait aussi appris à faire des sushis, c'était en 1999, en septembre. Au Japon, la cicogne est un symbole de longévité. Et si je pense que l'oiseau est un messager de paix, c'est à cause des enfants d'Hiroshima. Yuka disait qu'au Japon, quand une personne est malade, ses amis se réunissent pour préparer 1001 origamis en forme d'oiseaux, cette coutume vient d'une vieille légende japonaise [que je n'ai pas retrouvée], et elle m'a raconté l'histoire d'une femme qui vivait dans son village et dont le mari s'était perdu en mer. Elle refusait de croire qu'il était mort et qu'il ne reviendrait jamais. Alors la femme a commencé à fabriquer des milliers d'oiseaux et le soir, les gens du village venaient chez-elle et ils l'aidaient à faire des oiseaux. Et sa maison devint pleine d'oiseaux et elle vécut très très vieille. Yuka me racontait qu'on pouvait toujours visiter cette maison de la vieille femme et que les oiseaux sont toujours là. Je vais essayer de prendre une photo de mes oiseaux à moi avec la webcam...
Si vous voulez apprendre à faire des oiseaux, vous pouvez utiliser n'importe quelle sorte de papier coloré pas trop épais, mais solide, et pour le pliage, il suffit d'ouvrir ces deux pages, c'est très bien expliqué, étape par étape. Cette page pour l'étape 1, et cette page, pour l'étape 2.
La webcam des oiseaux en papier : celui tout seul, c'est mon premier, quelque peu massacré par le chat quand j'avais le dos tourné.


Et la deuxième image, c'est une ribambelle d'oiseaux enfilés sur un fil de soie rouge... reste à les suspendre quelque part.

Nous vivons dans une époque épique où nous n'avons plus rien d'épique. À New-York le dentifrice chlorophylle fait un pâté de néon dans la forêt des gratte-ciel. On vend la musique comme on vend le savon à barbe. Le progrès, c'est la culture en pilules. Pour que le désespoir se vende, il ne reste qu'à en trouver la formule. Tout est prêt : les capitaux, la publicité, la clientèle. Qui donc inventera le désespoir ?
Léo Ferré, dans sa préface à Poète... vos papiers ! [1956]
Le jour, je plie du papier aux mille couleurs et je fais des milliers d'oiseaux pour la Paix. La nuit, j'enfile les oiseaux sur un fil de soie rouge et quand la ribambelle se fait lourde, je la suspends - en attendant. Un jour je ferai autre chose avec mes oiseaux, je ne sais pas encore exactement quoi. On verra. C'est ma façon à moi de travailler pour la Paix. Calmement et en silence, je réfléchis à tout cela, la guerre et tout. Et je me dis que faire des milliers d'oiseaux, c'est de l'Art, de la poésie. Tout le contraire de la guerre. C'est tout ? Oui.
Et plus je fais des oiseaux, plus je crois que le désespoir a dû être inventé quelques jours avant le 11 septembre 2001, mais qu'on ne l'a pas reconnu. On ne saura sans doute jamais ce désespoir-là. Non, on ne saura jamais.
À sept heures du matin il fait noir, le jour n'est pas encore levé. Les vitres sont recouvertes de givre, sauf une bande de trois à quatre centimètres vers le haut, tout près de la croisée. Je m'approche et regarde par la petite ouverture. Une femme toute vêtue de noir marche rapidement dans le froid, penchée par en avant, la tête basse enveloppée de foulards sombres. On dirait qu'elle se sauve. Fait-il encore moins quarante, comme hier ? J'aime les grands froids. Quelques voitures glissent sur la chaussée luisante baignées des somptueuses vapeurs blanches, elles me donnent l'impression de sortir d'un rêve et l'envie de les caresser à pleines mains. Je place mon front contre la vitre gelée et j'y reste longtemps collée, épinglée comme une mouche ; peu à peu la fine dentelle étoilée fond et ma peau s'anesthésie à cet endroit-là. Je recule. Il y a maintenant sur la vitre une autre ouverture vers le dehors, une petite rondeur aux contours imprécis qui vient de moi, de ma chaleur, et le froid est sur mon front mais ce n'est pas froid, juste insensibilisé. J'aimerais trouver une vitre ainsi givrée à l'intérieur. J'y appuierais mon coeur. Pourquoi n'y a-t-il rien de froid en dedans ? Dans le corps, rien que du chaud, des liquides qui stagnent ou circulent, ne laissant aucun répit, - liquides intersticiel, intra ou extracellulaire, céphalo-rachidien, lymphatique,...[penser à dresser une liste complète, ces mots du corps sont trop beaux et on les néglige] -, et puis ce sang, ce sang si rouge, si chaud.
Je me souviens d'un soir de mai, il y a bien longtemps. Quelque chose de fragile à l'intérieur de moi s'était rompu. Je me sentais aussi dévastée que si la terre avait explosé. Alors mon ami Jack avait tendrement passé son bras autour de mes épaules et puis il m'avait tout doucement raconté Les Mots Secours pour me consoler, et pour se consoler lui aussi parce qu'il avait beaucoup de peine, et qu'il m'aimait. En mémoire de cette soirée-là je veux réécrire le récit à mon tour, tel que je l'ai entendu de la bouche de Jack et tel que je l'avais déjà écrit dans mon Journal un autre soir de mai parce que Les mots secours avaient lentement fait leur chemin pour se graver en moi. Quand vous les aurez lus, ils vous appartiendront à tout jamais : je vous les donne comme Jack me les avait donnés, A ciascun alma presa e gentil cuor...
Il baisse la tête comme un chien battu à mort. La lourde porte se ferme et l'auberge se vide. Les habitants rentrent chez eux. Il se fait tard. Tous les amis de Joseph sont partis, un peu éméchés, il faut bien l'avouer. Des échauffourées naissent dans la pénombre du soir. On entend soudain un coup de feu. Un verre se brise. Un drame se noue. Les gens disent que rien n'est changé, que tout est comme avant. Oui, tout est comme avant. Un deuxième coup de feu éclate. Deux personnes incomprises? Serait-ce l'inverse? Ou vexations d'un soir quand les mauvaises langues se délient et que l'alcool fait son effet ? Les pires cauchemars se réveillent entre les tables vides. Les chaumières se remplissent une à une. Les couples se forment, ivres de leur joie. Certains s'en vont en guerre avec eux-mêmes et, dans leur folie du soir, s'en prennent à leur muse qui pleure tout son saoul. Tirer une flèche dans le dos n'est pas très galant. Les mots s'envolent de la plaie béante et du gouffre dans ce dos d'où s'échappe le sang du coeur meurtri.
Pourtant rien ne change. Les mots secours se lancent à la poursuite de cet être raffiné qui court de désespoir dans la brume. Mais ils élargissent la plaie. Ils doivent se faire discrets maintenant et pleurer leur ignorance d'une science bien trop dure à appréhender. Leur opération a peut-être échoué si l'on regarde le résultat final : ces gens qui s'éparpillent, cet être touché à mort. Pourtant, ils ont mis plein d'entrain dans leur savoir et tous leurs gestes à profit. Ils n'ont pas peur de l'avenir. Les mots secours sont seuls, ce soir, même s'ils blessent en disant qu'une tribu de mots secours les attend quelque part. Les mots secours se cachent pour mieux observer. Mais respectueux, il veulent préparer la monture du guerrier blessé. Les chaumières alentour éteignent déjà leurs lumières et sur la montagne, de petites lueurs subsistent néanmoins. Mais loin, si loin. Il faut choisir le chemin qui monte là-haut. Les mots secours s'installent donc dans la besace du chevalier blessé. Il devra chevaucher deux jours et deux nuits pour arriver quelque part, sans s'arrêter, ficelé à sa monture qui manquera souvent de le faire tomber. La nuit, les mots secours parleront au cheval, lui diront où il faut aller, quel est le chemin qui a du coeur et ils feront fuir les brigands et les copieurs. Les mots secours font pénitence. Avant de mourir, les mots secours rachètent une blessure ouverte et qui saigne. Mais pas à mort. Et puis finalement, le cheval conduira le cavalier blessé où bon lui semblera.
Les mots secours se sentent déjà plus tranquilles. Il savent et devinent que l'avenir du chevalier blessé sera bon et qu'ils seront pardonnés. En chemin, ils s'endorment et se font à leur tour veiller par ce chevalier qui somnole mais qui tient sa besace avec amour et bonté. Les mots secours n'étouffent pas. Ils voyagent, il sont bien. La blancheur de l'aube illuminera un ailleurs tranquille et animé. Des gens sortiront des chaumières, bien éveillés, et à ce moment, le chevalier sera fin prêt pour affronter son destin, la besace sur le flanc gauche pour protéger son arrière, et l'épée dans la main droite pour percer le coeur du reste du monde.

...je sais sur quelles pages gît votre corps, et quelles fumées blanches emportent vos rêves rouges sur les eaux glacées du fleuve. J'ai marché longtemps dans le soir de janvier où le bout de mes doigts crispés sur le lourd carton noir contenant le manuscrit - des mois et des mois de travail de fourmi - était devenu blanc, gelé et cassant comme du verre. Une fois dans le café, Y. m'avait serrée trop fort. Son coeur faisait un toc toc de tous les diables. Après le vin chaud au miel, j'étais montée derrière lui jusqu'à la chambre et sur le lit étroit, j'avais bu ce café trop fort en mangeant des gâteaux pendant que les sept femmes de Klimt sommeillaient, les joues roses de plaisir. Je révisais mon dernier cours de russe et vous aviez un peu ri de mon accent. J'ai toujours autant de difficultés à rouler les r. Le téléphone sonnait. Vous ne répondiez jamais. Je connaissais bien vos peurs qui se raccrochent au jour par le côté le plus décousu de l'être, je fréquentais les mêmes. Et la nuit, la nuit, je me réveillais et vous êtiez dans mon lit. Vous chantiez à la claire fontaine m'en allant promener et vous me faisiez couler un bain à quatre heures du matin, il y a longtemps que je t'aime jamais je ne t'oublierai [en roulant vos r] pendant que je rêvais aux bulbes de Saint-Basile et au métro de Moscou. Et quand on dit que ça bloque, c'est bon, c'est exactement cela que je veux entendre. Tout à fait ça. Ces longues ombres qui s'insinuent entre vous et moi, les jours remplis de silence et d'absence, c'est ce que j'aime le plus avec nos rencontres au hasard des rues. Ophélia m'a dit une fois quelque chose à propos du hasard. J'ai oublié, c'était quelque chose comme le hasard étant l'expression du désir qui nous emporte, ce n'est jamais qu'une histoire de lit... J'aime que vous soyez intouchable, hors d'atteinte, je veux, je veux vous voir emporté dans votre fièvre loin de moi, dans le pays de votre métamorphose. Dans l'écrit.
Le tableau de Klimt que j'évoquais cette nuit, c'était celui-ci : La Vierge [1913], je dis toujours « les sept femmes de Klimt » parce que je m'amusais parfois, souvent, à les compter. Il m'arrive encore de le faire même si je sais qu'elles sont sept, espérant en voir surgir une autre sous les draps. Ça vous a fait penser aux sept femmes de la Barbe-Bleue de Perreault ? Klimt aurait-il été inspiré par le serial killer du conte ? Beau flash...
Bientôt le soir tombera et la nuit claire fourmillera d'une poussière d'étoiles. Je serai là, comme toujours, fumant au bord de l'eau. J'ai décidé de laisser la dernière lettre de Cléa sans réponse. Je ne veux plus imposer de contrainte à personne, je ne veux plus faire de promesses, penser à la vie en termes de pactes, de résolutions, de contrats. Ce sera à Cléa d'interpréter mon silence selon ses propres nécessités et ses propres désirs, de venir me rejoindre si elle en éprouve le besoin ou non, selon le cas. Tout ne dépend-il pas de l'interprétation que nous donnons du silence qui nous entoure ? [Lawrence Durrell, Justine]
Les poètes n'inventent pas les poèmes
Le poème est quelque part là-derrière
Depuis très très longtemps il est là
Le poète ne fait que le découvrir.
Jan Skacel
Depuis mon retour de la campagne, je n'avais pas réouvert le manuscrit d'Épiphanie. Il restait pourtant si peu de travail à faire avant de le laisser aller, mais je sais que je résistais encore à l'idée de finir, ce qui revenait un peu à abandonner les personnages en les condamnant à tourner en rond dans un monde clos, fermé. Et je me sentais un peu down et ça commençait à m'inquiéter. J'appelais ça en riant mes blues du postpartum, sauf que... Et puis en réfléchissant encore j'ai compris que c'est tout à fait prévisible d'éprouver cela après des mois si intenses à construire cette histoire avec tout ce qu'il fallait mettre autour pour en faire un livre. Le down a passé. Je me suis réveillée hier matin et j'avais à nouveau l'esprit clair, le coeur léger. Alors j'en ai profité et j'ai fait tout le ménage de la maison et j'ai cuisiné un peu, je suis sortie. Et puis ce matin je me suis assise devant l'ordinateur, j'ai ouvert Word et je me suis mise à faire les dernières corrections et modifications au texte. Ça roulait. Je corrigeais une dizaine de pages, je relisais à l'écran et puis j'imprimais. Une fois un bloc de pages sorti, je relisais sur papier et ouf, ça allait. Enfin, je sais que j'y toucherai plus et le plus beau, la belle chose qui pouvait m'arriver est enfin là : j'ai hâte de le donner à lire à du monde, toute sorte de monde mais en premier, à mes amis, à ma famille et aux lecteurs et lectrices de ce journal qui m'ont écrit pour me le demander.
C'est fou, hier matin, j'ai eu un gros bogue avec la boîte à courrier de Mozilla et en essayant de réparer, j'ai perdu tous les emails archivés et il ne reste plus rien, j'ai tout tout perdu incluant les mails non encore répondus, et certains datent de quelques mois [je sais, je suis lente], j'avais néanmoins l'intention de répondre. Et maintenant, c'est trop tard. Je me souviens de certains mails, mais pas de tous. Dans un des mails, quelqu'un demandait qui j'étais et quelles étaient mes intentions avec ce site Love and Writing Project. Je réfléchissais encore à ce que j'allais répondre. Et à d'autres mails aussi je réfléchissais encore. Et il y a un autre bogue, voilà que l'imprimante s'en mêle, elle vient de me lâcher à la page 21. Toc. Je crois qu'elle est morte de sa belle mort, le chariot est complètement bloqué. Que faire ? Prendre une pause, aller dîner, et me reposer, profiter de ce qui reste de ce dimanche sucré et bien mérité. Et puis demain, trouver une imprimante qui fonctionne.




C'est pas grave que j'aie perdu tous mes mails. Pas grave du tout. J'ai même renoncé à les récupérer après les avoir retrouvés dans les dédales des documents planqués comme des rats au fond de la cale de la machine à voiles et à vapeurs qu'est la mémoire de cet ordinateur. Ils sont bien cachés là ? Ils veulent pas revenir ? Eh bien, qu'ils y restent. Moi, pendant ce temps, je m'amuse trop bien avec la petite quick cam. Quel magnifique gadget.
En général les gens n'aiment pas beaucoup les rats. D'après l'encyclopédie des symboles,
La valeur symbolique du rat est généralement négative comme celle de la souris, bien qu'il soit souvent considéré aussi comme un animal de l'âme. Destructeur des provisions et propagateur d'épidémies le rat en acquit une mauvaise réputation qui en fit un acolyte du Diable et des sorcières dont la fonction consistait à porter préjudice aux hommes. La symbolique ne distingue généralement pas le rat de la souris. Les cultures asiatiques perçoivent pourtant le rat d'une façon tout à fait différente[...]. Au Japon, le rat était le compagnon du dieu de la Chance. En Chine, on dit du rat qui grignote qu'il «compte son argent» et on surnomme les avares des «rats d'argent». En Chine du Sud, on lui attribuait le rôle de héros culturel, car il était censé avoir apporté le riz à l'homme. Le rat présentait toutefois, même dans ce pays un aspect démoniaque : on le considérait alors comme l'homologue masculin des esprits-renards féminins.
C'est étrange, j'aime beaucoup les souris et les rats, beurk, pas trop. Ces histoires de symboliques à toutes les sauces, c'est à prendre avec un grain de sel. Un gros.
Il y a l'envie de partir qui est là. Alors je partirai. Je sais pas quand mais j'en ai envie, très envie, bientôt un jour de partir d'ici mais pourtant dans cette ville, dans cette maison je suis heureuse et surtout libre, je suis bien, et je fais ce que je veux et par moments cette folie de partir prendre le premier avion me monte à la gorge et je m'envolerais comme un oiseau tout de suite si je le pouvais et j'irais loin si loin là-bas j'irais à Islamabad rejoindre mon ami Baldev aux yeux noir charbon qui porte un turban rouge feu et des vêtements tout blancs, et en Angleterre quelques soirées avec Dylan, et bien sûr je passerais du temps à Paris, plusieurs jours et plusieurs nuits à Paris pour le plaisir de sentir son coeur battre et la pluie de ce ciel-là surtout me manque et tous mes amis car il n'y a qu'à Paris que le ciel s'ouvre si grand et que la pluie descend comme d'un seul coup, vroum, et longtemps aussi et elle est froide et drue, et c'est passionnant des pluies comme ça, c'est le contraste et que les dernières gouttes de l'averse sont si tendrement douces, les dernières gouttes laissent passer le soleil, tout ce soleil sur le gris et l'ocre des vieilles pierres et après tout devient gris bleu, on dirait - quand ça sèche - de la craie ou du carton pâte. J'irais à Bruges aussi je l'ai dit et peut-être même jusqu'à Moscou même pour deux jours j'irais mais pas en Allemagne, pas tout de suite, je préfère Prague oui, là-bas, il y a une église et dans cette église, j'allumerais un cierge comme sur l'image, et si j'ose rêver bien comme il faut, je rencontrerais Dostoïevski et Kafka et Rilke, et à Paris il y aurait peut-être Henry Miller et Anaïs Nin dans un petit bateau sur la Seine et Duras j'aimerais lui prendre le bras pour traverser la rue et regarder de près son beau visage et avant de partir je retournerais me recueillir auprès de La Dame à la Licorne à Cluny et lire et écrire dans les parcs toute seule et tout de suite après je prendrais le premier train pour aller voir Marie et Emma et nous irions ensemble manger des tellines et boire du Listel gris à Aigues-Mortes et visiter une petite église où il y a une statue de saint Louis et une icône de la vierge noire et j'allumerais des cierges tout petits en faisant semblant de faire le signe de croix et des voeux plein de voeux et ensuite on pourrait marcher marcher six kilomètres le long du canal et de la mer en se racontant des histoires et je penserais à Jack avec la nostalgia de cet amour-là et pour me souvenir toujours d'écrire avec mon sang, mon propre sang. Il est trop tard ce soir et je n'ai pas fini de rêver cette envie de partir. Dans mon bol il y a du lait bouillant sucré avec un peu de gingembre, je vais le boire et puis aller dormir et garder des mots pour demain. J'ai pas fini d'écrire mon envie de partir demain.
« J'avais rencontré ce double aimant et, de tout l'univers, rien n'est demeuré vrai que deux points où brillaient le ciel et tout le phosphore de l'angoisse. De ces deux points sont nés des paroles, un corps, une âme. Mon coeur s'est arrêté de battre. J'ai voulu parler, j'ai bégayé. Le trottoir s'était ouvert pour que jaillît une fleur humaine. Plus uni que l'eau innocente, allait-il me lancer un poison de vérité ?
J'attendais le miracle.
Le dieu des rencontres une fois encore m'avait trompé. »
[Lire. Conserver un passage de Mon corps et moi. René Crevel. Éditions Pauvert. Noter. Relire. Donner.]
J'ai lu ou entendu que l'année de la chèvre commencera bientôt.* Ou peut-être serait-elle déjà commencée ? On ne me dit jamais rien à moi, se plaignait tout le temps monsieur Léon le vieux majordome à barbichettes de grand-maman Géraldine. Peu importe ! Il faut le déclamer haut et fort : cette année de la chèvre sera l'année des diaristes. Mais faut-il pour autant y laisser sa dernière chemise ? Arf.
Et que dire de plus ou de moins ? J'entends à l'instant aux informations que dimanche sera le jour de la marmotte [et pendant ce temps-là, la guerre est sur le feu la la la lè reu]. Celle qui sort de son trou en croquant des noyaux de pêche [pas la guerre, la marmotte]. Voui. Voui. Ça me donne une autre idée de projet d'accessibilité pour mes pages web - sans toutefois aller jusqu'à gratter le pie des puces -. Moi, les standards, j'ai rien contre. Une langue, ça a besoin d'évoluer, mais avec des règles. On ne peut imaginer une langue sans grammaire et tout [juste pour nous faire suer mais on aime ça alors on assume, chouette]. Sans règles, on se comprendrait pas, et ça donnerait un mauvais remake de la Tout de Babel. Sur le web, en ce moment, avec cette fourmillère de sites qui ne répondent pas à un minimum de règles d'accessibilité, on s'en retourne vers la case départ : Babel. Alors le html est une langue ? Voui. Et les gourous des standards ont eu une bonne idée, ils se sont dit : elle plaira davantage si on lui met du sexe, alors ajoutons quelques X. D'où le xhtml, le xml1 puis le xml2 et caetera. J'imagine qu'on aura bientôt le Validateur du W3CeXe, et puis SeXcape, et ensuite Microsoft SeXplorer, qui sait ? Et puis après, quand tous seront accessibles et valides sur le web, on craindra l'in-validité comme la peste bubonique ou le sida. On sera obsédé. On voudra valider tout et tout le temps. Et quand on fera l'amour, ça pourra donner quelque chose comme [après]:
- Tu crois qu'on c'était valide, ma chérie ?
- Voui, voui...
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* Selon l'horoscope chinois