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120. et l'Amour, toujours - le 07 décembre 2002


J'ai pris beaucoup de temps pour Épiphanie. J'ai avancé. Je suis maintenant habitée jour et nuit par la pensée et le monde de ce long récit. Dès que j'ai un moment, j'ouvre le texte et je travaille pendant des heures sans ressentir la moindre fatigue. Sans penser à boire ni manger. C'est exaltant. Douloureux. Jamais cru à l'accouchement sans douleur. Me geler ou me soûler pour écrire, jamais. C'est plus dur d'aller au fond de soi à froid, mais ça permet d'aller beaucoup plus loin. La souffrance ne me fait plus peur depuis longtemps.

Je ne cours plus aucun risques de laisser le livre en plan, inachevé. Peut-être un tout petit risque de m'y perdre, de choisir de rester dans ce monde toujours, parce que c'est un livre d'amour, un vrai livre d'amour toujours avec des apparitions, et les voyages dans le temps délirants d'Erika et de Théo, et surtout j'aime ce monde-là que courtisaient les lutins de la forêt, du temps que les gens croyaient encore aux lutins. Mais le prochain livre est déjà là formé en moi et il me pousse à terminer celui-ci. Faut que je me grouille. J'avais dit : finir avant Noël. Je repousse l'échéancier.

Alors je suis en train d'émerger, d'en revenir lentement, de ce roman. Vu que le point final était déjà pausé, la fin déjà écrite, c'est pas dangereux. Ce n'est que dans le polissage des mots, des phrases et de la forme qu'il me reste encore du travail à faire, pas dans le contenu comme tel qui lui, ne changera pas. À ce jour, j'ai révisé et imprimé 334 pages. J'achève.

cocottes rouges

Et je prends ce week-end pour moi. Pour ce journal. Pour acheter mes poinsettias, aller marcher à la montagne demain. Pour rencontrer un vieil amant fidèle tout à l'heure, chez Olive et Gourmando, et parler avec lui des heures et me laisser aimer et marcher dans le vieux Montréal, rêver son rêve à lui d'y vivre ensemble dans la maison pas possible comme elle est vieille avec des murs de pierres d'un mètre d'épaisseur, son rêve éveillé de vivre en hauteur avec vue sur le Saint-Laurent, voir arriver et repartir les gros bateaux, y passer nos grandes journées à écrire et nous aimer et faire brûler des buches dans son immense cheminée, rue de la Commune. Pour en finir avec le karma de la femme abandonnée - une bonne fois pour toutes -, laisser cet homme m'aimer puisqu'il y tient si fort et me guérir de l'autre au coeur sec. Rentrer chez-moi, préparer de la crème au chocolat. Et pour commencer, écrire mon journal.

Au point où j'en suis, est-ce que je la mérite, cette petite pause ? Ma pause journal ? Ma pause poinsettia, ma pause amour ? Pourquoi pas... Suffit de ranger la Page noire dans la marge.


KARMA n. m. - 1899; en angl, 1828; mot sanskrit «acte». Dogme central de la religion hindouiste selon lequel la destinée d'un être vivant et conscient est déterminée par la totalité de ses actions passées, de ses vies antérieures. Pouvoir, dynamisme des actes passés, en tant que détermination de l'individu transitoire.
[Le Petit Robert]




121. constant et indestructible - le 08 décembre 2002


Vivre une rupture fait beaucoup réfléchir sur soi et aussi sur les autres. Rompre, c'est se détacher. Et ce qui peut très efficacement détacher de l'autre, et mettre fin à l'amour, c'est le doute.

J'ai passé hier une journée très douce avec Dylan. Ce n'est pas le grand amour, mais qui sait ? L'amitié et la tendresse ne se refusent pas. Et ce que j'aime de cet homme c'est qu'il ne parle pas beaucoup le français. Cela nous a toujours évité beaucoup de malentendus. Et entre lui et moi, beaucoup de considération et de respect.

J'ai lu que mépriser serait l'antithèse de l'amour, sa négation même. Ah ? C'est ce que j'ai compris en relisant Le Mépris de Moravia. Avant, quand je l'ai lu la première fois et même quand j'ai vu le film, je ne saisissais pas bien les réactions des protagonistes. C'est simple, je n'avais jamais ressenti ça, alors je ne percevais que l'ombre de ce que cela pouvait être. Je trouvais la femme un peu trop passive et légèrement antipathique. Trop silencieuse, renfermée. Le contraste frappant entre son inexistence à elle et l'obsession de l'homme me déroutait.

Et dans le film de Godard, le mépris est encore plus criant, insupportable. L'homme avait tout sacrifié pour sa femme, mis de côté ses passions, pour pouvoir lui offrir un appartement et la faire vivre. Comme dans une lente descente aux enfers, il a finalement tout fait pour se descendre tout seul de son piédestal. J'en ai conclu que le fait de détester ce qu'on est, qui on est, ou de refuser de se réaliser pour plaire à l'autre, c'est se mépriser soi-même. Et que je ne pourrai jamais aimer une personne indigne, méprisable. Pas parce que je me place au dessus, mais parce que j'ai d'autres valeurs et d'autres exigences dans la vie, dans l'amour.

le mepris

« Je t'appelle à témoin, ô Vérité, quand je dis que rien de honteux, rien de grossier, rien de blâmable sinon l'excès, ne fut mêlé à mon amour. S'il était possible de faire voir avec les yeux ma passion, comme on peut voir le visage de Laure, on verrait que l'une est pure et immaculée à l'égal de l'autre. Je dirai plus : je dois à Laure tout ce que je suis. Je ne serais point arrivé à un certain degré de renommée, si elle n'avait, par de nobles sentiments, fait germer ces semences de vertus que la nature avait jetées dans mon coeur. Elle tira ma jeune pensée de toute bassesse, et me donna des ailes pour prendre mon vol et contempler en sa hauteur la Cause première, puisque c'est un effet de l'amour de transformer les amants et de les rendre semblables à l'objet aimé. Nul ne fut si mordant à la calomnie qu'il ait osé atteindre d'une dent furieuse la réputation de cette dame, qu'il ait trouvé quoi que ce fût de reprochable, je ne dis pas dans ses actions, mais même dans ses paroles, sa tenue, ses gestes. » [Pétrarque : De Contemptu mundi, dial. III]

Dommage que l'amour ne soit pas constant et indestructible.


15h47, un dimanche de décembre...
La web cam des poinsettias rouges [beaux mais un peu flous...]
c'est pour les amateurs d'un journal du dimanche ;-)


cam:poinsettias_08_12_02















122. ce n'est pas de ta faute - le 09 décembre 2002


Angoisse. Mais pas tout le temps. Cela se produit surtout le soir, c'est une chienne qui s'installe sur ma gorge et qui exerce une pression qui me liquéfie les membres en les glaçant, et à mesure que les bras et les jambes deviennent mous comme de la guenille, le coeur se met à battre très vite. Ça dure longtemps. Trop. J'attends que ça passe. Je sais que ce n'est pas physique, donc pas grave. Je me demande si un jour ça va finir. Et quand je pense à prendre mon crayon et que je l'écris dans mon cahier, quand je sors ce mal de moi, il finit par passer.

Hier soir j'ai regardé Le destin de Will Hunting. À un moment donné, quand le psy a dit à Will : ce n'est pas de ta faute, ce n'est pas de ta faute, ce n'est pas de ta faute, ce n'est pas de ta faute, [...] et que Will s'est mis à pleurer, j'ai pleuré avec lui. Personne ne m'a jamais dit cela, que ce n'est pas de ma faute. Pourquoi ? Et pourquoi est-ce que j'ai entendu, et que j'entends encore, et surtout que je « lis » un peu partout le message contraire ?

Ça doit faire tellement de bien de se faire dire ce n'est pas de ta faute. L'inverse est dans le regard de cette société où les agresseurs sont devenus les victimes. Quand ce ne sont pas des célébrités. Ce n'est pas de leur faute ?



Il est encore tôt et c'est lundi matin. Mon week-end a été fort inspirant. J'ai refait le plein d'amour et de forces et en même temps j'ai pu écrire ici et réviser une trentaine de pages de mon manuscrit.

Après le café, je reprends l'avant-dernier chapitre et j'aimerais passer au travers aujourd'hui. Je me demande si j'aurai besoin de faire une autre pause journal... Je verrai ce soir. Mais si je dois l'interrompre à nouveau [lire, si j'avance pas dans Épiphanie assez vite à mon goût], je remettrai simplement la page noire, la page pause, et je me contenterai d'inscrire une citation de temps en temps, pour garder contact.


123. amateur de feuilletons, s'abstenir - le 13 décembre 2002


C'est pas le travail, ou l'obligation que l'on se crée d'aller travailler pour gagner sa vie [lire gagner des sous], qui empêche d'écrire. Non. C'est plus subtil, beaucoup plus subtil et complexe.

J'avoue que je ne suis pas en mesure de lever ici et à moi toute seule les nombreux dessous et jupons de soie rouge de la création littéraire. En partie parce que j'ai d'autres préoccupations et surtout parce que je n'ai pas envie d'échafauder des théories. La vraie vie quotidienne m'occupe, elle me plaît.

Pour faire une histoire courte c'est vendredi treize, et ce matin il y avait un chat noir avec des taches jaunes et blanches qui était perché sur le capot de ma voiture, et qui avait laissé des traces de pattes de chat partout sur le métal sale et cabossé de ma vieille minoune blanche.

Il fait doux et la neige a presque toute fondu depuis deux jours. J'adore les traces de pattes de chat bien boueuses. C'est si rond de partout. Si essentiel.

Autre aveu qui me pèse, mais qui n'intéressera personne en ce vendredi 13, c'est d'avoir révélé ici l'existence de Dylan, mon vieil ami de toujours, mon amoureux du Vieux Montréal. J'ai souvent cette impression quand j'écris des choses qui me concernent, et qui impliquent d'autres personnes, de les passer à la moulinette pour les transformer en journal, en écriture. J'aime pas cette idée-là. Créer, c'est pas ça. Et je sais toujours pas pourquoi j'ai raconté cette histoire-là de l'homme qui s'appelle Dylan et qui m'aime depuis toujours. J'aurais préféré dire que ce n'était pas de moi que je parlais, que c'était juste le petit bout de l'histoire d'un personnage. Son irruption dans le journal, si on préfère. Mais j'ai laissé se faire la confidence, je l'ai laissée mettre sa patte dans la page, laisser sa trace, ça ajoutait un peu de réalité à mes rêves. Je la garderai là.

Le plus drôle, c'est que Dylan c'est le nom du chat mélomane millénaire d'Erika von Strohem, dans Épiphanie. Et que mon vieil ami de toujours dans la vraie vie, celui avec qui je déjeune en prenant des notes et des forces chez Olive et Gourmando, il ne s'appelle pas Dylan. Et je ne le décrirai pas dans ce journal. Ni ne parlerai en détails de nos liens. Par amour, par respect. Peut-être par goût inné du secret. Ou du privé que j'appelle intime.

Alors je garderai le pseudo. Pour me souvenir des traces de ce chat. Maintenant, vous savez tout. Un coup partie, j'avoue également prendre beaucoup de plaisir à relever un tout petit coin des jupons de soie rouge, et à dénouer quelques fils dans la trame de mes mots. Pourquoi pas ?

Écrire un journal, c'est créer. Créer quoi ? Littérature ? Non, mais oui. Peut-être. Celui qui s'imagine se confier au journal, ou se guérir, ou dieu sait quoi, ou qui s'inflige d'écrire platement ou magistralement sa vie risque de se retrouver fort surpris un bon jour. Entre le rêve et la réalité, le fil sur lequel on glisse est parfois fort mince. C'est un fil de soie rouge. Ou bleu.


124. triste, mais heureuse - le 15 décembre 2002


Je cherche des images.
Je ne les trouve pas.
À deux heures du matin, je regarde les étoiles.
Je vois une aurore boréale.
Je porte une chemise de soie rouge sombre.
J'ai mal à la cuisse.
M'aimerait-il, si j'étais une prostituée unijambiste ?
Huit heures. Je fais du Kougelhopf aux griottes.
Glace à la cannelle et au kirsch.
Je le mange tiède.
C'est dimanche.
Mon anniversaire.
Le ciel est bleu.
Il n'est pas là.

10:30 AM


rose-tab.jpg
[Anonyme : Mignonne, allons voir si la rose...]



Je ne cherchais plus d'images, j'ai reçu la rose rose. La rose du rêve.
Le journal continue. Pour cette grande dame, et quelques amis. Pour tous ces gens que je ne connais pas. Rêver. Aimer. Écrire.

12:08




Je suis passée chez Théo et Filles, sur avenue du Parc, chercher un cadeau que je me suis offert : une lampe en verre de Murano. Je l'ai installée moi-même dans le couloir. Avec un peu d'aide.

Théo et Filles, c'est la plus merveilleuse boutique que je connaisse. Et les filles existent vraiment. Sympatiques. Belles. Elles ont un accent fou. J'ai pas vu Théo, sauf son reflet dans un grand miroir.

Cherché sur Google le mot Murano. Intéressant. Pas le temps de mettre les liens. On m'attend pour sabrer le champagne comme le veut une mode lancée par les hussards il y a bien longtemps.

Les valeureux hussards aimaient trancher net le col des bouteilles avec le revers d'un sabre. Mon ex, que j'appelerai ici L. [prononcer exss], fera revivre la tradition tout à l'heure et comme toujours très élégamment. Et en prenant la pose pour la postérité et pour Dylan, le photographe, mort de rire.

L. a troqué le sabre pour mon grand couteau à découper. Tchlak, pop. Ça y est, les bulles débordent. Bon anniversaire, bisous, happy birthday to you, bisous, bisous, mes voeux les plus sincères, happy birthday ma chère Annie, happy birthday to youuuu.


125. faire des listes - le 16 décembre 2002


Liste des choses à faire aujourd'hui :

  • aller à la banque...
  • descendre dans le Vieux-Montréal [payer des tickets de stationnement qui se sont transformés en brefs de saisie], pas drôle ;)
  • une fois dans le Vieux, trouver un banc
  • écrire,
  • ne pas oublier de prendre un parapluie
  • marcher
  • rencontrer l'homme de ma vie...
  • ne pas le voir [arf]
  • rentrer
  • faire un peu de ménage
  • la sieste
  • réviser 30 pages du manuscrit
  • sortir les décorations de Noël
  • oups, j'ai plus de chandelles :
  • retour à la case départ
noel_bas.gif
10:01 AM


gnomes

J'arrive jamais à m'en tenir à une révision stricte d'Épiphanie. Chaque fois que je replonge dans cet univers, je reviens en arrière, j'ajoute des détails, des pans entiers de l'histoire et des personnages nouveaux prennent forme. Ensuite, la remontée dans la vie réelle ne se fait pas facilement.

Ma plus grande peur c'est que ce livre-là ne touche pas les gens. Qu'il ne soit pas compris et ressenti pour ce qu'il est, ce qu'il contient. Mais il faudrait pour cela qu'il se rende jusqu'aux yeux des lecteurs, qu'il soit publié. Première barrière et non la moindre. Mais je ne veux pas trop penser à tout ça maintenant. J'imagine que c'est une suite logique qui ne dépend pas de moi mais du hasard, de la vie. Je préfère créer, vivre encore dans ce monde magique. J'ai plus trop envie que ça se termine.

Mission accomplie pour toutes les tâches de ma liste du matin. Les contrav. sont payées. Les clochettes sont suspendues près de la porte. Des bougies électriques de toutes les couleurs, rouges, jaunes, vertes, bleues et des roses [pour l'affection], illuminent le balcon [pour tromper la longueur des nuits et le manque de lumière]. Je retourne à Épiphanie


126. une bonne étoile - le 17 décembre 2002


helleborus niger

Encore un cadeau d'anniversaire ? Oui, un de plus est arrivé hier soir, tard. Et un beau : Judith m'a apporté des roses de Noël [comme sur l'image]. En latin, ce sont des helleborus niger. Joli nom pour des fleurs. Somptueuses. Elle dit que l'hellébore est la fleur traditionnelle des Noëls grecs.

On ne voit que les poinsettias à Noël, c'est joli, mais pas aussi tendre que l'helleborus niger, si j'ose abuser du qualificatif.

Question tendresse, j'ai bien fait de mettre des petites lumières roses dans la guirlande lumineuse que j'ai accrochée sur le balcon. Toutes les personnes que j'ai rencontrées depuis étaient hyper gentilles, affectueuses aussi.

C'est sans aucun doute la faute aux ampoules roses. Je savais bien qu'elles avaient un pouvoir magique. Mais c'est peut-être juste la bonne étoile [l'étoile de Noël ?] qui s'est remise à briller dimanche.

Et puis je constate une chose avec l'affection et la tendresse : c'est quand j'en attends pas que j'en reçois. Tout plein.


127. en pure perte, mais... - le 19 décembre 2002


J'aimerais rencontrer un philosophe comme Nietzsche quelque part dans un train ou un bateau, et parler avec lui toute la nuit.

...écrivait Katherine Mansfield dans son journal. Et moi donc !

Aujourd'hui, il va falloir que je m'accroche de toutes mes forces aux quelques énergies qu'il me reste. Réveillée par je ne sais plus quoi, pourrais-je me rendormir encore un peu avant que le soleil se lève? Dormir ça sert à rien, c'est du temps perdu. Gaspillé. Je suis ici et je voudrais être ailleurs. Ce sentiment n'est pas nouveau. Je suis constamment à la recherche d'un lieu et d'un emploi du temps ; je ne suis jamais où je voudrais être. Je subis le temps qui passe. Je perds mon temps. Je mets dans ce journal ce que je n'ai pas vécu. Et je ne vis pas. J'écris ici ce que je ne vis pas et c'est probablement ce qui fait que je songe si souvent à tout balancer par la fenêtre. Je soupçonne que j'ai enfermé ma vie dans ce journal et que j'y suis peut-être déjà morte. Quand j'écris, c'est avec l'instinct. Une chose plus forte que moi. Je dis que c'est l'autre en moi mais je n'en sais rien. Il y a le café du matin. Et après, ce qui s'écrit arrive puisqu'il existe déjà dans les coins sombres de ma mémoire ou de cet instinct et que le fait d'écrire se passe en dehors de moi, dans une autre dimension. Écrire, ça se passe ailleurs. Dans cet ailleurs où je n'existe même pas. Un fouilli géant rempli de confusion et de ne pas savoir. De ne pas bouger jusqu'à ce que la crampe s'installe dans mon dos. C'est quelque part entre l'avant et l'après écriture. Entre devoir et savoir écrire, et ignorer totalement ce que tout cela veut dire. Je n'en sais rien, rien. Tout cela n'a pas de sens et pourtant le sens apparaît parfois plein et rond comme la grosse bulle d'une pleine lune. Alors je tape des O tout vides et des C majuscules inventés par des renards. Mais sans lui, j'étouffe. Je me meurs de ce sans amour. Je persiste pourtant dans mon entêtement. J'en mourrai mais j'écrirai. Seule, mais pas toute seule comme disait Virginia Woolf. Sinon, je mourrai de toutes façons. De toutes façons, on meurt un jour et je m'en fous totalement. Autant mourir d'amour. D'avoir trop aimé écrire et caetera. Et de ne pas supporter de vivre seulement pour l'aimer. Être libre, libre. Et passer la nuit à discuter avec Nietzsche. Ou avec Rilke. C'est partir du sens plein, en être submergée et arriver jusqu'au non-sens. Ce vide de sens, c'est ma réalité quotidienne, ce déchiffrement de ce qui est déjà là, comme s'il s'agissait d'une chose que je sais et même que je savais déjà ailleurs dans les autres espaces de mon être, dans ses murmures d'insecte, dans son gargouillis de jeune bête. À mon insu. Et je veux descendre vers cet état de ressassement organique, à ce retour vers un instinct capable de lire une écriture avant même que tous les autres puissent la lire, ou même avant de lire ma propre écriture dans son premier état encore impossible à déchiffrer pour les autres. Il faut que je fasse plus vite que cette partie de moi-même qui n'écrit pas, qui est toujours en train de réfléchir, de penser. Je suis menacée de mort, de me dissoudre dans le néant, menacée par l'absence des mots à venir, qui ne descendront jamais sur ma page à cause de mon énorme paresse. Voilà ce que je ressens constamment : jamais le temps, toujours trop tard pour écrire quand je me sens comme une funambule, à marcher sur un étroit sentier au bord d'un précipice. Et de ne pas être vue, jamais, ni même regardée avec compassion. Con passion. C'est en partie cela qui me donne l'envie de fuir. De m'en aller loin, vivre dans la forêt avec les loups. J'ai souvent ressenti un profond besoin de m'en aller au fond des bois rejoindre les bêtes. C'est fou. Et je suis toujours là, je reste où se joue mon histoire sans histoire, là où se trouve mon corps. Mes sens et ma mémoire ne fonctionnent que pour des mots qui s'écrivent partout. En pure perte. Nights and days.

05:12 PM

noel_bas.gif

Quand j'ai écrit cette page, c'était un mercredi. Il arrive que des femmes aiment des hommes qui ne les méritent pas, qui sont indignes d'elles. Et vice versa. C'est possible. Je ne comprends pas grand chose à toutes ces grandes questions. C'est pas mon métier. Alors je n'ai pas d'opinion vraiment tranchée. Je crois que les gens se retrouvent un peu accidentellement en amour. Ils acceptent d'aller jusqu'au bout ou bien ils refusent. Le reste, c'est le reste. Et je ne me sens pas trop concernée par tout cela. Je n'ai pas encore rencrontré de grand philosophe avec qui en discuter. En attendant, je lis. Je vis, je réfléchis. C'est la vie qui va m'apprendre. Celle qui est devant moi. Un long cycle se termine. Vertige. Chaque nuit je regarde les étoiles et chaque matin j'ouvre les yeux sur le jour pâle et brillant. Je prends soin de l'âme et des vieux murs de ma maison. Je sais que je suis vulnérable. Ça va.


128. le renard - le 20 décembre 2002


petits sapins

Voilà qu'il pleut. Et que je suis encore malade : virus. Je sais pas si Virus a déjà été utilisé comme titre de roman, mais ça en ferait un pas pire. Il y serait question entre autres de tout ce qui me donne mal au ventre dans cette vie que je continuerai toujours à trouver belle.

Ce matin, il pleut. Et comme je suis malade, je reste au lit. J'écris cinq minutes et je me recouche, le corps en ébullition. Je verrai bien si j'arrive à faire une page. Et si oui, combien de temps ça prendra. Sauf que le temps n'existe pas. Au travers de tout cela : séances à la salle de bain [que je ne décrirai pas ici].

C'est bien d'avoir de la pluie en hiver. La neige fond et on peut voir à quel point cette ville est sale. Je crois bien que si Montréal n'était pas aussi sale, je pourrais pas l'aimer. Mais quand je dis sale, c'est un bien grand mot. C'est juste des détails ici et là : sur le trottoir, rue Jean-Talon hier matin, j'ai vu un condom [pas neuf], du vomi, des bouts de cigarette, des tessons de bouteilles, des crottes de chien et différents bouts de papiers, et une boucle d'oreille en or vrai. Tout ça à trois pas d'un macdo. J'ai gardé l'anneau d'or. Et maintenant, je cherche partout dans Montréal, je cherche le renard qui l'a perdu. J'ai mis quelques sapins pour l'attirer. Et j'ai pensé lui recopier un passage du Petit Prince... qui avait réussi à l'apprivoiser. Peut-être que ce mot ne prend qu'un seul p ? M'en souviens plus. Je verrai bien dans le livre.


étoile

Pas trouvé le livre que je cherchais. Mis la main sur Le Sorcier des truffes, mon renard devrait aimer ça, que je lui fasse la lecture à haute voix :

Plusieurs fois, la mère a cuisiné une dinde farcie à la truffe. Je ne me souviens pas quelle en était l'occasion. Je me rappelle seulement de cette peau dorée à point découpée au couteau par le père. Du farci, ail, persil, pain, oeufs, lard et truffes hachés menu, et de l'arôme de cette chair imprégnée de toutes ces senteurs.

Même après tant d'années, j'ai encore dans la tête et sur la langue ce bouquet fabuleux : c'est ce qui reste de l'enfance, lorsque l'on a tout oublié.
[Colette Laussac]

James Ensor, l'intrigue.jpg

Pas encore retrouvé Le petit prince. Qu'à cela ne tienne. J'ai relu La ferme des animaux. L'image est celle de la page couverture [L'intrigue, de James Ensor], pour mon ami le renard :

Douze voix coléreuses criaient et elle étaient toutes les mêmes. Il n'y avait plus maintenant à se faire de questions sur les traits altérés des cochons. Dehors, les yeux des animaux allaient du cochon à l'homme et de l'homme au cochon, et de nouveau du cochon à l'homme ; mais déjà il était impossible de distinguer l'un de l'autre.
[George Orwell]


129. magie et ornements - le 21 décembre 2002


bougie

J'ai placé la bougie allumée sur une table basse, devant la fenêtre. Elle reste allumée toute la nuit et toute la journée. C'est pour tenter d'apprivoiser [lire attirer] le renard que je ne cherche plus. Il verra de la lumière et il se dirigera par ici.

Je ne peux pas chercher ce renard et écrire en même temps. Et puis je n'ai pas encore décoré le sapin. Une fois que je l'aurai monté ici et installé dans un coin du salon, il faudra lui donner une bonne journée pour se reposer, et ensuite je pourrai y suspendre les ornements traditionnels qui vont enfin se mettre à vivre après avoir passé l'année au grenier, dans une grosse boîte multicolore.

J'aime Noël parce que c'est une fête douce et magique avec la famille, une fête avec des repas si bons et qui dure plusieurs jours. Et les ornements du sapins sont beaux : quand je les accroche dans l'arbre avec des petits bouts de rubans en satin doré, ils s'animent.

Les ornements de Noël sont des objets magiques qui transportent différents bonheurs. Mes objets magiques de Noël, ceux de l'arbre, ce sont des anges, des oiseaux, des pommes, des trains, des flutes, des étoiles, des chevaux, des cloches, des pommes de pin, des lutins, des roses et des boules brillantes. Je ne peux pas révéler ce qu'ils signifient, c'est un secret que j'ai promis de garder toujours.

Tout ce qui fait Noël est associé à la magie. Et les bougies sont là aussi pour la mémoire des absents. Ne dit-on pas que c'est quand on cesse de chercher que l'on trouve ? Car allumer une bougie qui brûle tout le temps ce n'est pas de la ruse pour attirer un renard. C'est important.




130. des voix qui chuchotent - le 22 décembre 2002


petits sapins

un autre soir

La Madeleine pénitente, détail

Un beau dimanche passé dehors en plein vent à marcher dans la montagne avec Dylan. La nuit sera longue et froide, avec ce vent qui continue à souffler fort.

Les menaces de guerre me terrorisent. Me déstabilisent. Il faut que je ferme cette radio. Je sais pas comment vivre comme tout le monde, en faisant comme si ça n'existait pas. Je suppose qu'il faut juste regarder ailleurs. Sinon, comment supporter l'horreur ?

Sauf que ne rien dire fait de tout être humain conscient un complice. De temps en temps, il faut avoir le courage [ou la faiblesse ?] de se laisser crier un peu.

Je sais que le délire des mots ne mène à rien quand ce n'est même pas vraiment poétique. Marcher dehors dans le bois c'est poétique. Rencontrer un renard, ou m'abandonner les bras en croix sur le corps paisible de D, ça l'est. Écrire tout ça en vrac comme ce matin, ce n'est rien d'autre que laisser se vider le coeur tout en jouant avec l'alphabet en pure perte. Et je le sais que ça chante pas. Je passe. Je tire une autre carte du jeu de Tarot, juste une : encore un Soleil.


un autre matin

Triste. Le assemble des lettres. J'écris des petits cris tristes et doux. Rester couchée dans le lit de la maison saison magique â rêver avec les mots qui glissent pour dire je t'aime en russe. J'entends des voix qui chuchotent. S le délire désire. Je vois dans un coin de la chambre. Des cheveux sur le visage, le ne peut lire ses yeux. Comment je sais que je le sais pas. Le imagine. Le délire. L sait lire la tristesse qui se cache dans le noir sombre de l'oeil. Je lire. Je sais pas pourquoi certains jours je suis triste depuis toujours, pour expier ce qui exulte triste du monde la guerre. La vie est dramatique. Tragique. Rouge canneberge. Le joue avec les mots. Je se déplace. Elle ouvre le dictionnaire sur la ribambelle b : ba be bible bubble bath. Prendre un bain. Il faut. Prendre un bain. Devenir toute molle. Me sortir de l'eau toute noyée jusqu'aux lacs roses des alvéoles nénuphar. Les baisers s'envolent au fond des océans pour arrêter la main meurtrière du grand guerrier. Elle. Le. Je joue. Ma joue est froide sur la vitre jardin de givre loin de ma terre amère amande. Le joue. Elle lire. Délire. L'être lettre.


131. les sapins - le 26 décembre 2002


petits sapins

Pas beaucoup le temps d'écrire... J'ai pris mes distances avec la grande ville, c'est fait : j'ai retrouvé ma campagne. Aujourd'hui, j'ai fait de la raquette dans la forêt de sapins et de pins qui auraient bien besoin d'être débroussaillés. On pourrait élaguer les branches mortes et les autres qui poussent de travers sans arrêt pendant trois jours et il en resterait encore et toujours pour deux autres jours au moins non stop. Je suis pas tellement douée pour ce genre de travail. Alors j'ai cuisiné et décoré et emballé des petites surprises pour du beau monde que j'aime.

Ensuite il a bien fallu m'asseoir un peu quand la visite est arrivée pour le réveillon et les autres repas qui n'ont pas arrêté de se succéder jusqu'à tout à l'heure. Fiou. Dire que ça va recommencer au jour de l'An...

neige et sapins

Je suis contente de retrouver une presque solitude avec de l'espace, l'air pur, et du temps pour réfléchir et lire. J'ai apporté tout ce qu'il me fallait : mes cahiers, les livres dont je ne me sépare jamais ces temps-ci, quelques kimonos chauds, des robes, une grise et une noire, des vestes en laine et des mitaines pour la chaleur, et des cadeaux [eux y sont déjà repartis avec la visite] et des bougies en masse, et le manuscrit d'Épiphanie, bien évidemment. La campagne va « me garder » encore quelques jours, sinon jusqu'à la mi-janvier. Bienheureuse montagne avec son lac gelé. C'est plein d'oiseaux ici. Je crois que je suis tombée en amour avec les sapins.

Chaque matin, je donne moi-même à manger aux poules [ma préférence va à la poule noire, mais chut, faut pas le dire]. Il y a un gros chien. J'aime pas les chiens. Le chat me manque [mais non, je l'ai pas laissé tout seul, il a une bonne gardienne].

Love and Writing Project prendra peut-être quelques autres jours off. Je me sens si paresseuse. Fatiguée, surtout. Trop de peines et de peurs cette année. Trop d'émotions qui m'ont heurtée, trop de larmes. Le coeur a besoin de faire relâche. Je reviendrai malgré tout dans « ma chambre à moi » le plus souvent possible.


132. la chance ? - le 28 décembre 2002


le pendu

Hier, Judith m'a prédit l'avenir avec ses Tarots amérindiens. Elle m'a demandé de choisir [sans les voir] quatre cartes pour un tirage en croix : le Pape [V], la Tempérance [XIIII], le Jugement [XX], et le Pendu [XII]. Ce qu'elle m'a dit, à la lueur des bougies, en me vouvoyant et en roulant les r, pour faire encore plus sa bohémienne, j'ai envie de l'écrire pour le garder toujours :

« Votre première carte c'est vous et votre présent. Et au présent, vous êtes une gagnante. Le Pape, c'est la Domination. Voilà la réponse la plus claire qui nous annonce bien qui vous êtes, ce qui devrait vous interdire de douter de vous-même. Et le Pape répond merveilleusement à la question qui vous trotte dans la tête en ce moment, ma chérie. Vous êtes loyale et enthousiaste, et vous resterez toujours maître de la situation malgré vos ennuis de santé passagers, parce que vous êtes une femme responsable, mais si paresseuse, arf. Oui, mais le travail ne vous fait pas peur, vous voyagez, et voyagerez encore beaucoup pour exercer votre métier. Et je vois une récompense matérielle. Vos livres vous rapporteront de l'argent, beaucoup d'argent. » Quoi ?

« Votre deuxième lame c'est le côté négatif, la Tempérance. Cette carte est celle de la Patience, elle montre votre prudence et trop de raisonnement, parfois, et vous manquez de souffle, tout ça peut vous ralentir. Vous aurez bientôt une très grande émotion en amour. Mais ne craignez rien, le danger est derrière vous maintenant, il est écarté, et vous allez reprendre votre route paisiblement. »

Judith jubilait. L'heure avançait et elle parlait, parlait, elle « voyait » encore des choses, dont :

« La carte XX, le Jugement, indique vos possibilités, votre grande force, et elle annonce une modification qui vient de votre droiture, de votre bonne volonté et de votre amour du beau. Tout cela signifie que vous atteindrez votre but dans la vie, que vos désirs, vos rêves, et vos projets vont se réaliser. Et même avec votre Pendu, ça va aller. C'est pas tellement confortable comme situation, hein ? mais vous avancez avec l'aide de vos amis et de votre famille. Vous aurez bientôt du secours et la solution inattendue à un grave problème. Un homme généreux et bon s'avance vers vous. »

Après ce savant monologue, on a éclaté de rire. Dire que je suis une grande sceptique ! J'avais presque envie d'y croire, à ses jolies cartes. Au fond, peut-être que j'y crois un peu...

Mais c'était pas encore terminé. Il y avait une cinquième carte. Et celle-là, Judith ne m'a pas demandé de la choisir. Elle a fait la somme des quatre, puis encore la somme, ce qui a fait 51, 5+1 = 6. La carte VI, c'est L'Amoureux.

« Votre Amoureux apporte encore de l'hésitation. Mais les petites maladies du corps s'éloignent, le danger aussi, et l'inertie est enfin vaincue, vous bougez Annie Strohem, vous arrivez à discipliner vos mauvais instincts hé hé et à satisfaire vos ambitions. »

J'aime les Tarots. Et ce Jeu amérindien est magnifique. Judith a raison de dire que j'ai de la chance. La chance du Pendu ?


133. une histoire d'images - le 29 décembre 2002


Samedi, en butinant sur l'Internet, je suis passée directement de la bibliothèque du village de North Hatley à la bibliothèque municipale de Lyon. C'est là que se cachait cette image de sorcier, une manière de connaître le passé, présent et l'avenir, de savoir si l'on fera un héritage, si l'on mourra jeune ou vieux, si l'on se mariera, quelle est la femme que l'on épousera, si l'on sera militaire, si l'on aura beaucoup d'enfants, et enfin de tout ce qui peut intéresser. Dommage que de tels sorciers n'existent plus de nos jours. Des gens prédisent l'avenir, mais ils ne le font plus avec un abécédaire...

Quand j'allais à l'école, les religieuses disaient souvent : si vous êtes sage, vous aurez une image. Ou encore : vous êtes sage comme une image, vous êtes bien certaine que vous ne cachez pas quelque chose ? vous n'êtes pas malade au moins ? [Qu'est-ce qu'elles voulaient au juste ?] Et puis après, c'était le cadeau : puisque vous avez été sage, choisissez une image à votre goût. Malheureusement, ce n'étaient que des images pieuses. Mais jolies quand même. Alors je les collectionnais avec passion.

Pourquoi j'aime tant les images ? Un peu tout ça : les livres de contes illustrés, les beaux livres d'art de mes parents, les dictionnaires, les atlas, les journaux, et plus tard les dessins animés à la télé, et les bandes dessinées, mes premiers manuels scolaires, les tableaux et vitraux dans les églises.


134. bye bye 2002 - le 31 décembre 2002






Et cet oeil, ce regard sur moi-même, cet unique regard désolé qui est toute mon existence, vous le magnifiez et vous le faites se retourner sur lui-même, et voici qu'un bourgeonnement lumineux fait de délices sans ombres, me ravive comme un vin mystérieux.
[Antonin Artaud, «Lettre à la voyante»]


Heureuse de fermer le grand livre 2002. Sans aucun regrets.

Jamais aimé les bilans. C'est pas aujourd'hui que je vais commencer [mes bilans sont quotidiens, alors...] Des résolutions ? Pareil. Et en plus, j'y crois pas.

Légère. Il a brumé toute la journée. Debout depuis les premières lueurs de l'aube, j'ai passé de longues heures à fignoler les dernières pages d'Épiphanie. Après, vertige. J'ai mangé du pain de campagne, du fromage, une pomme. Puis je suis sortie faire une longue randonnée en forêt et au retour, je suis tombée dans quelque chose de bon : je me suis endormie d'un seul coup, et le sommeil a été aussi profond que pendant la nuit. Ça fait drôle de dormir comme ça le jour. Les lutins en ont encore profité pour me faire plein de noeuds dans les cheveux.

Heureuse, légère et euphorique. La vie est belle. Pour des raisons futiles, sérieuses, profondes, silencieuses, à cause d'un fil de soie rouge, d'un kimono bleu pâle, et de tant d'autres choses. Contente, très contente d'avoir enfin terminé mon roman. C'est fait. Fini.

Contente de tourner cette page-là aussi, surtout aujourd'hui. Bonne Année !