J'entends chaque jour des histoires terribles qui arrivent et qui sont le fait de personnes méchantes, de la haine. Pourquoi tant de haine ? J'ouvre un livre et je tombe sur le passage suivant : «...il suffirait d'un seul homme digne de ce nom pour que l'on pût croire en l'homme, en l'humanité ».

J'entends les gens dire des phrases terribles, meurtrières ou défaitistes, et j'en lis un peu partout. Il ne faut pas perdre espoir. On ne se rend pas compte. Pourquoi la haine ?
Je me dis que s'il existe un seul homme digne de porter le nom d'homme, alors il faut le défendre contre la haine insensée et barbare qui condamne en bloc un peuple tout entier. Car si un seul homme digne de ce nom existe, nous n'avons pas le droit de haïr ou de punir tous les autres. Pas le droit.
Je ne veux pas dire qu'il faille renoncer à la justice et à la paix. Loin de moi cette idée. Je ne veux pas dire non plus qu'il faille abdiquer devant certaines politiques et idéologies. Je sais ce qui fait du mal, ce qui rend pauvre, ce qui abrutit, je le sais. Malgré l'indignation que les gestes de haine provoquent, je cherche à comprendre l'envers de la médaille. Le pourquoi de la haine. Parfois je me dis que le fait d'appartenir à un groupe social donné, ou encore d'adhérer à une cause, de croire très fort à une religion, à une politique ou à une idéologie conduit à sécréter de la haine. La source de la haine serait là ? Dans les blocs d'idées et de croyances tricotées serrées ? Possible. Terrible.
Je crois qu'il n'y a rien de pire que la haine en bloc, sans discernement. C'est un mal qui ronge le coeur. Si je regarde en moi, je ne trouve pas de haine, pas la plus petite parcelle. Je pense que ça va à l'encontre de ma nature. Et si un jour j'en venais à ressentir de la haine, je me dirais que je suis atteinte, blessée au plus profond de l'âme. Alors je chercherais à guérir ça le plus vite possible. Suis-je épargnée par les sentiments de haine parce que je ne prie ni ne combats sous aucune bannière ? Je ne sais pas. Ce que je sais c'est que je n'ai pas de véritable pays ni de patrie et que ça ne me dérange plus. Avant ça me fatiguait et me blessait que le Québec ne soit pas un pays. J'ai réfléchi et je me suis détachée de cette question-là. Le nationalisme et les autres ismes, c'est pire que du poison. Mes ancêtres ont été tués, déportés, décimés, colonisés; on a survécu, sangs mêlés. Sans haine ? Je n'appartiens à aucun peuple et ça ne me dérange pas. Cela n'a aucune importance. J'appartiens à la terre, au monde. Le monde ne nous appartient pas. Ma langue maternelle n'est pas reconnue comme une langue ? Pas grave. Je parlerais, s'il le faut, dans n'importe quelle langue, même mal, parce que j'ai besoin de communiquer avec mes semblables et surtout de les comprendre quand ils me parlent. J'aime. J'aide mes proches à faire pareil, à être bien et à vivre en paix avec eux-mêmes et les autres, c'est tout ce qui m'importe.
Je plains les personnes qui souffrent de trop haïr, je les plains. Elles ont besoin de réconfort et de guérison. De compassion aussi. Je crois par-dessus tout qu'on ne répond pas à la haine par de la haine. Pour moi, ce serait comme la peine de mort, on ne peut pas. Pas le droit de tuer, pas le droit.
J'écris, j'écris, j'arrive au bas de cette page et je constate que je ne peux qu'effleurer le sujet, je ne peux même pas l'explorer à fond, l'épuiser, car tout cela me dépasse et m'échappe. Alors j'ai besoin de continuer à réfléchir, comprendre cet énorme gâchis. Il suffirait pourtant d'un seul homme. Et d'un peu d'amour. De l'amour comme la pluie qui tombe dans le bas de mon dos, sous le parasol. Et comme cet arc-en-ciel de mon samedi soir sur la terre.