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26. un parfum prégnant


Un jour, je m'en souviens, Érika m'a dit : c'est bon des fraises avec de la crème et beaucoup de sucre. Blanc.

Et ce jour-là elle m'avait aussi parlé des violettes sauvages, les Viola riviniana. Elle aimait le parfum prégnant des petites fleurs rouges et sauvages qui ne vivent pas longtemps. Elle cueillait les fleurs, elle les respirait et elle mettait les fleurs dans son cou, comme on fait avec les petits chats. Après, elle sentait la violette, couleur fraise des champs.

Érika disait que cette couleur, c'est une couleur qui n'existe presque pas. Parce que c'est difficile d'être une fleur rouge. Rouge. J'ai appris hier que même les appareils photos les plus sophistiqués n'arrivent pas à capturer cette couleur-là et certains roses aussi. Est-ce que ce sont nos yeux qui ne voient pas la bonne couleur des fleurs, et que seule la machine à faire des images peut la capturer parce qu'elle les approche et les regarde de très près, de beaucoup plus près que nous ? Je ne sais pas.

Viola riviniana : violette sauvage

C'est exprès qu'elle disait le mot capturer. Elle sait bien que cela n'a pas de sens, on ne peut pas capturer la couleur. La couleur, ce n'est pas du gibier. Elle aime ce qui n'a pas de sens et qui n'est pas visible pour les yeux. Le rouge, c'est la vie, la mort, la joie, l'enfance. Je ne peux pas résister à cette couleur-là. L'enfance ne me quitte pas, surtout la nuit, quand je rêve à l'amour absolu, impossible.

Un jour, je raconterai peut-être la suite de l'histoire des sept petites filles. Celle que j'ai gribouillée dans le cahier caché sous le matelas, quand j'étais petite. C'est pour parler encore un peu des sept petites filles tristes que je connais et qui avaient lu trop de livres et que chaque jour je faisais arriver tout ce qu'il fallait dans l'histoire pour ne plus les entendre pleurer.

Cela se passait dans une colonie de vacances, un été de je ne me souviens plus trop quelle année. Mais le temps n'a pas d'importance. Le temps n'existe pas. Pas plus que l'événement. De toutes façons, je me souviendrai toujours de tout.

Tout ce qui subsiste de tout cela, de cette enfance-là, en juillet 2002, ce sont les petites fleurs rouges, les Viola riviniana. Leur couleur et leur parfum prégnant. Et les fraises rouges, très rouges, avec de la crème et du sucre. Blanc.