Très inspirée, je lis Raconter et mourir, de Thierry Hentsch. Ce livre est fabuleux.
Je reprends le journal, je sais, c'est tout à fait dégoûtant mais je suis incapable de respecter plus longtemps cette pause imposée par Annie Strohem l'autre jour, folle promesse qu'elle s'était faite à elle-même lorsqu'elle s'était retrouvée enfermée dans la chambre. J'écrirai dans un autre cahier, voilà tout. Ce qu'il me faut c'est reprendre ce projet d'avant le déménagement, et qui dormait sur le serveur, soit le Love and Writing Project, tome 2 intitulé « Solarium ». Je retravaille les gabarits, ajuste mes couleurs une par une. Pour le moment, il n'y a rien d'autre dans ce nouveau cahier qu'un Lorem ipsum piqué quelque part sur le web, en libre accès, et c'est bien pratique, et cette page 140 de Palymbrosia devient la page 1 de Solarium, il reste à bidouiller encore la validité de la feuille de style et tout le menu en pied de page, les gabarits des archives, ceux des commentaires et tutti quanti.
Ainsi, la pause pour laisser toute la place à l'écriture du roman, ça n'a pas fonctionné, j'ai fait n'importe quoi plutôt que de suivre mon plan : défait tous les cartons, rangé tout ce qui restait à ranger, couru les magasins pour me procurer quelques meubles et autres choses utiles et « indispensables » qui manquaient, accroché des rideaux, des cadres, soigné Lubie qui a recommencé à aller chasser dehors et qui a fort beau poil ces jours-ci, cadeau du froid sibérien. Et pour finir j'ai fait des lessives, du repassage, et j'ai même installé des petites cordes à linge dans le coin lessive pour y suspendre les vêtements et autres tissus délicats qui ne supportent pas la tourbillonnante violence du sèche-linge.
Ainsi donc, si je mets fin à cette pause du journal en ligne, il faut bien que je me re-pose la question, pourquoi continuer de l'écrire ? Je pourrais tout aussi bien mettre fin au journal papier, dans lequel par un curieux hasard, je me suis retrouvée à la dernière page avant-hier soir. J'ai viré à l'envers toutes les papeteries de la région, aucune ne vend mes chers cahiers « Blueline » avec une couverture noire, va falloir que je monte à Québec ou à Montréal pour en faire provision. Je ne peux donc plus continuer le journal papier pour le moment et je me retrouve bien coincée sans aucun journal et pas question d'écrire dans n'importe quel carnet. J'ai bien un petit « moleskine » [eh oui, j'ai succombé moi aussi à cette folle mode prétentieuse juste par amour pour la légende] mais je ne l'utilise que pour prendre des notes dans les cafés et autres lieux publics.
Pour dire franchement, rien n'est facile dans ma nouvelle vie, je veux dire l'adaptation à une vie simple, à la vie en pleine campagne [dont je rêvais depuis que je l'avais quittée dans mon enfance, autant dire depuis toujours]. Cette adaptation donc, ne se fait pas sans heurts et surtout avec de longs passages à vide comme des couloirs remplis de beauté secrète où je me retrouve avec ce sentiment étrange d'être nulle part ailleurs que dans un eden ouaté en apparence, mais où je dois apprendre jour par jour et heure par heure et minute par minute à composer avec la grande solitude et une nature quasi sauvage qui ne me demande rien, qui n'attend rien de moi, et de qui je dépends pour ma survie, c'est la noirceur, les animaux, les insectes, l'eau, les orages, la neige, le vent, la pluie, le bois, les vieux arbres, la végétation qui a l'air toute morte, une maison beaucoup trop grande pour moi toute seule, le sol gelé, la glace et les étoiles et les flammes qui ne veulent pas se rallumer quand par malheur je laisse les braises refroidir. Quand je me lève au milieu de la nuit pour mettre du bois dans l'âtre et nourrir le feu, je regarde dehors avant de remonter à ma chambre et les deux dernières nuits le ciel n'était pas d'un noir profond mais bleu très foncé, je le voyais comme une épaisse couverture de laine et rond et bas, éclairé par une multitude d'étoiles et d'astres de toutes formes et de toutes couleurs jaunes et blanches presque roses. Le souvenir d'en avoir vu autant et d'aussi près remonte à fort loin dans ma vie. J'ai fredonné un moment Look at the stars, la la la for you en regardant les étoiles et le silence bleu et j'ai pensé à mon Love and Writing et je me suis recouchée avec l'envie de rire aux anges et aux oiseaux.
Malgré tout cela, ma grande fatigue des derniers mois et des dernières années lève peu à peu l'ancre et ses voiles plurielles. Je sais, je n'ai pas fait une longue pause, même pas fini d'écrire les dix premières pages du premier chapitre du roman qui me taraude, c'est pas grave parce que bientôt ça va être Noël. Je constate qu'avant de l'écrire ce roman, j'avais oublié de le rêver, de le désirer, ce que je me donnerai le temps de faire en poursuivant le journal dans ce nouveau cahier. Voilà pourquoi je suis là.
Et puis il y a ce passage de Thiery Hentsch qu'il faut absolument que je cite, un percutant commentaire que j'imagine écrit sur mesure pour moi, au sujet de L'Épopée de Gilgamesh :
[...]Les folles aventures, la démesure ont donc elles aussi leur « utilité ». Il faut être allé au bout de soi-même, aux limites de ses capacités, avoir franchi les bornes de l'ambition, avoir connu les extrêmes de la passion et du désespoir, pour tenter d'accomplir le plus difficile : la vie de tous les jours dans sa simplicité, dans sa beauté secrète.
Note insérée le dimanche 11 décembre sur Palymbrosia, et pourquoi pas ici puisque cette page s'est voulue double à cause de sa double fonction de fin et de recommencement :
Cela devait arriver, la page 140 fut la dernière du volume 5, puisque j'ai enfin fini le bidouillage de ce nouveau cahier aux couleur vert lichen pour le fond [#ccddbb], topiaire [#99bb54], mousse sauvage [#87aa42], violet volatile [#771464], clair de lune [#ffe040] et finalement solarium [#ffcf4f] – d'où le sous-titre. Un grand merci à Neige de Simplement vert : « Un peu trop écolo, trop féministe, trop vert, mais que diable, elle a des orgasmes. Autrement, botaniste, biochimiste, naturaliste et allaitante. », puissante inspiratrice de lumière pour ce nouveau look, en pause depuis juillet 2004. Plaisir de noter ce qu'elle écrit merveilleusement au sujet du pigamon, j'en frissonne chaque fois que je lis :
« Le pigamon ne fleurit pas. Il éclate. Il a poussé dans le bois qui fait le pas entre le cap et le ruisseau de Petite Malbaie. Tandis que l'empressement du printemps fait tout fleurir autour de lui, il confectionne patiemment ses dentelles en pattes de grenouilles, le long de ses tiges chaque jour plus longues et plus gracieuses. Puis un beau matin ensoleillé, fouish... il éclate comme un feu d'artifice au sommet de sa parabole. »
Ainsi donc, un an plus tard, avec beaucoup d'émotions et de chemin parcouru, un profond changement intérieur, le grand ménage dans les livres, les placards, les objets de la vie quotidienne, les amours, les deuils, les petits et grands sentiments, les amitiés, opérations à coeur ouvert avec des mains douces gantées de soie et par une succession de détachements, dénouements, évictions naturelles de liens obsolètes, mes retrouvailles avec le fleuve et la montagne et la rencontre avec ma chère maison toute blanche dans la région de Kamouraska, le journal continue avec le volume 6 : Love and Writing Project : tome 2 [solarium].