1. pour une interruption temporaire d'un silencieux départ

le journal s'est arrêté de vivre parce que je ne savais pas continuer. le journal s'est brisé, plié en deux comme une lettre, il était peut-être blessé, démembré. que sais-je. rien. de moi il ne reste plus grand chose d'humainement respirable et je voudrais rester pour jamais loin de l'indifférence générale, des jugements mesquins et des assassins. chacun des souffles qui me retiennent à la vie me déchire, la moindre remembrance de ce que je suis m'est souffrance. et le journal s'éloigne, opposant la solitude et le silence à la bruyance ambiante, accueillant la brillance des larmes apaisantes entrecoupées des obsédants cris de colère qui résonnent longtemps dans la tête. pendant que tout le monde fêtait noël, j'ai été agressée, attaquée dans mon être. je n'ai pas su mettre fin à la violence par la violence, pas su gifler, ni frapper, ce qui aurait peut-être pu marquer au moins l'espace de mon corps physique. je n'ai pas su me défendre, pas su seulement sauver ma peau. au lieu de cela je me suis laissé démolir avant de me sauver, avant de me réfugier dans les bois, et c'est là dans le silence nocturne des sapins noirs, là que j'ai senti quelque chose se mourir en dedans, là que j'ai su que j'étais déjà et que je serais incapable de me libérer de cette mort-là avant longtemps, incapable de raconter les moindres détails, et les faits tels qu'ils étaient advenus. et que cette incapacité, cette interdiction de la parole m'enfermeraient l'âme et le coeur. à quoi bon l'écrire, si dans mon journal je ne sais pas tout dire ?

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24. ce journal n'est pas un blog

En décembre, je fermais mon journal publié dans l'Internet depuis presque sept ans, et je retirais toutes les pages regroupées sous sept volumes avec autant de titres et quelques pseudos, reliquats de mes premières années où j'imaginais l'anonymat indispensable voire même nécessaire à la survie du projet, et j'étais loin de me tromper.

Le geste de tout balancer faisait suite à une remise en question et au fait de rencontrer en même temps plusieurs difficultés, qui sur le moment m'apparaissaient insolubles : le doute, la pression, l'impossibilité de tout dire, le poids sur moi de tous ces écrits dont je ne garde aucune mémoire, la confusion, la crise, et une peine folle pour des évènements plutôt violents survenus dans ma vie personnelle, le tout assaisonné d'une certaine tendance à l'autodestruction.

Le seul point positif dans tout cela c'est que lorsque tout va mal, ce n'est pas moi que je suicide, c'est ce maudit journal. Jamais mon journal papier. Jamais le et les manuscrits en chantier non plus.

En fermant le journal donc, je me sauve. De qui ? De quoi ? Pourquoi ? Si je savais la réponse à cette torturante interrogation, lecteur, je ne serais pas ici en train d'écrire cela. Le geste de tout arrêter au lieu de m'éloigner simplement pour une pause de quelques jours, semaines, mois ou années, pourrait être interprété de bien des façons. J'en ferai l'analyse en temps et lieu.

Ma situation actuelle n'est pas des plus faciles et ce n'est pas aujourd'hui que je dévoilerai ce que tout lecteur a toujours voulu savoir sur moi sans jamais avoir osé le demander.

Je ne me mettrai surtout pas à jouer à ces jeux que l'on se relaie de blog en blog. Je n'ai pas de temps pour ça. Je n'appartiens pas au monde des blogs.

Cependant j'aime tenir un journal en ligne et je ne vois pas pourquoi je devrais le faire disparaître. Ce journal est celui d'une femme qui écrit des romans qualifiés de trop littéraires. Que les éditeurs sollicités ont tous refusé de publier à ce jour. Et en même temps, paradoxe, ce journal n'est jamais, jamais inscrit dans les liens avec les sites dits littéraires et qui ne sont pour plusieurs d'entre eux que des écrivains déguisés en boutiquiers avec des vitrines pour se vendre et vendre leurs livres en se faisant mousser l'égo.

Mon journal, même s'il a voulu se montrer raisonnable et entrer dans le jeu du blog, est et restera donc en marge de la littérature tant et aussi longtemps que tout le monde s'imaginera que si tu n'as pas publié un livre en papier tu n'es pas un écrivain. Ce qui ne m'empêchera pas pour autant d'écrire, et d'être fière et respectueuse de mon travail.

Par ailleurs, ce que je comprenais à retardement, après la fin de mes délires de fermeture, c'est que la disparition du journal du web signifiait également la disparition de mon expérimentation avec une forme d'écriture qui est nouvelle [moins de dix ans, c'est très jeune] et toujours en train de se définir et de se redéfinir. Mes fermetures et réouvertures étaient en fait des signes de ruptures et des mutations. Des crises de croissance ?

Et cette expérience de « sortir » du papier et des sentiers battus de l'écriture et de la littérature, j'ai envie de la poursuivre. C'est plus fort que moi. Ce désir de la vivre jusqu'au bout. Même si c'est fou. Sonder ses limites, tracer ses contours que je veux mouvants plutôt que statiques et débilitants. Je sais maintenant que je ne suis pas toute seule ni la seule à vivre quelque chose de semblable dans ma relation avec ce journal, et avec son lectorat.

Quoi qu'il en soit, j'y suis, j'y reste. Pour le plus grand malheur de ceux et celles qui ne souffrent pas la compétition, de ceux qui ne vivent que dans le but de se comparer, d'envier, de désirer ce que l'autre semble posséder et qu'ils n'ont pas. Et pour le grand bonheur de mes amis, et des amis de cette aventure.

Il reste que cette fois j'avais tenté une transformation complète du journal en un vrai blog, et j'appelais de tous mes voeux une véritable métamorphose ainsi que tout ce qui vient avec : un ton plus léger et ludique, les dix ou quinze billets sur la même page, un échange nourri et riche de commentaires, des liens, beaucoup de liens, des notifications, etc., bref tout le mode d'emploi, croyant ainsi avoir trouvé un remède efficace. Faire comme tout le monde serait-il enfin la solution ?

Ce fut une grave erreur. Comme les petites tortues qui retournent à la mer, j'ai peu à peu et à mon insu glissé vers la forme, et surtout vers le choix renouvelé d'un genre que d'autres avant moi ont défini comme étant « la maladie du journal ».

Et que ce journal soit intime ou pas est sans importance aucune. Je sais que ce que j'écris est un « journal » et non pas un « blog » ni un « carnet ». Je l'ai toujours su [je parle de la période avant janvier 2007]. Cela me suffit. Et que les des lecteurs n'y voient aucune différence, ce n'est pas mon problème.

J'ai une connaissance, que je peux qualifer d'interne, de ce que signifie l'acte de tenir un journal personnel, puisque j'écris un journal papier depuis que j'ai appris à tenir un crayon et à relier entre elles les lettres de l'alphabet pour en faire des mots.

Accompagner, jumeler ce journal privé d'un journal public, ouvert à tous, je crois savoir également tout à fait intimement de ce que c'est puisque j'en ai fait l'expérience depuis l'an deux mille. Journal public auquel j'ai mis un point final un nombre incalculable de fois de manière tout à fait impulsive et que je croyais mûrement réfléchie. Cela ne signifiait pas un arrêt de l'écriture. Écrire, je n'ai jamais cessé. Ralenti, réfléchi et mûri, décanté oui, mais le processus une fois déclenché en moi ne saurait s'interrompre.

Le mot même de « journal » serait-il devenu tabou ? Choisirait-on la voie du « blog " pour appartenir à l'hypothétique « blogosphère » ? Écrire un journal, dans ma tête et dans mon coeur est pour moi un acte indépendant du besoin d'appartenance. Écrire dans le seul but de satisfaire au besoin d'appartenir est une activité dangereuse qui risque de contaminer sinon de saboter ma liberté d'expression. Cela pourrait être une négation ou un éloignement de ma propre identité et de mon noyau créateur.

Cela dit, refuser d'affirmer que les écrits que l'on publie dans Internet relèvent de la littérature personnelle et sont donc un journal dissimule fort probablement une bonne dose d'ignorance, de la peur, ou l'incapacité de s'affirmer, et peut-être d'une forme de mépris du « journal » en faveur du « blog ». Je n'ignore pas la grande confusion qui règne dans le monde des blogs, c'est devenu tout et n'importe quoi, incluant la récupération économique, politique et médiatique.

Ce que je tente d'expliquer n'est pas nouveau. C'est l'affirmation et la réaffirmation que cette chose, à laquelle je ne renonce pas, et que vous devez aimer lire puisque vous ne l'abandonnez pas, est la suivante : ce journal n'est pas un blog

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26. le look

Je n'aime pas la nouvelle décoration. Après avoir tant hésité avant de l'élire parmi des centaines d'autres, je la voyais comme la meilleure et la plus belle alors j'ai passé des heures et des heures à la transformer, bout de code par bout de code, pièce de puzzle après pièce de puzzle, afin de la « franciser » et d'ajouter les liens vers ce qui manquait de mon propre contenu dans cet espace noir en bas. Sur la première page, l'index, il y avait deux débuts de billets, celui du jour et celui de la veille. J'ai viré le deuxième. C'était à peu près à mon goût mais voilà que le petit rose s'est mis à m'énerver.

Quand je n'aime plus la présentation de mes pages, normalement, je la quitte assez vite avant que le dégoût ne me monte à la gorge comme la dernière bouchée en trop d'un souper trop bien arrosé. Sauf que cette fois, je n'aime pas le décor et je le garde. J'endure. Je prends le mal en patience. J'apprends à différer mes impatiences.

J'ai même cherché un dessin parmi mes images, quelque chose pour remplacer la petite branche de cerisier avec des fleurs roses et un papillon dessus, qui flotte toute seule comme une idiote dans le coin de la page en haut à gauche. J'aurais aimé trouver quelque chose comme un petit, tout petit capteur de rêves. J'en ai plusieurs, dont un qui aurait été fabuleux, mais il est trop gros et il m'est impossible de l'insérer dans la page. J'ai tout essayé ; s'il apparaît au complet, le texte est repoussé vers le bas et je n'aime pas ça, si je réduis la taille de l'image, il prend l'allure d'une insignifiance minuscule dans son coin, très moche. Autant remplacer la branche par un gif qui tourne, clignote et saute partout. Ou un smiley grivois.

Je n'aime plus l'apparence actuelle des pages de mon journal. Je n'aime pas celles que j'ai dessinées avant, soit à partir de rien, soit en adaptant des modèles existants.

Je ne changeais pas pour rien, je veux dire : je ne perdais pas tout ce temps à me tremper les deux mains dans les codes jusqu'au coude par pur caprice, juste pour changer de look ou de style. Tout le temps j'aurais aimé trouver une mise en page qui « représente » et serve le journal, quelque chose qui ferait qu'on ne le confonde plus avec ses voisins, par exemple. Une présentation qui le distingue, en fasse un objet différent de tout le reste.

Je n'ai plus envie de chercher un nouveau design. Au bout du compte, ils sont tous pareils. Des fringues vulgaires et bon marché confectionnées en série avec des marques de commerce collées dessus en plus. Tout cela me dégoute.

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33. et puis ce fut l'arbre aux mouchoirs

Autant l'annoncer publiquement, c'est peut-être la fin des mouchoirs. La fin des larmes. Et, comme chacun sait qu'il n'y a pas de hasard, j'ai par le plus grand des hasards découvert l'arbre aux mouchoirs. J'étais tellement ravie de ma trouvaille que j'ai faili en faire un conte de fées des temps modernes.

Mais, pour causes d'éternels bidouillages, j'ai bricolé une image pour vous montrer l'arbre en question et ensuite continué ma patiente déconstruction des designs préfabriqués, fermement décidée une fois de plus à construire mon antre à mon image et à ma ressemblance.

Point de départ, puisque la logique et une saine cohérence recommandent de toujours commencer en haut de la page pour descendre vers le bas, j'ai dessiné mon cent huit millième logo. Le dernier.

J'en ai assez de tous ces changements de décors. Autant que vous tous j'en ai assez. Alors je me fais la promesse, sinon la menace, suivante : lorsque si un jour la nouvelle apparence du journal qui commence à prendre forme – et qui sera la plus jolie et la plus fonctionnelle à ce jour n'en doutons pas – me tape sur les nerfs et que je n'en veux plus, je mettrai le plus final des points finals à ce journal.

J'y mettrai donc le temps qu'il faudra, mais cette fois je construirai pour ce journal une présentation qui me plaît et je promets de la garder pour le reste de mes jours, comme un gentil chéri légitime.

Toujours est-il que j'ignorais totalement l'existence du Davidia involucrata, aussi appelé arbre aux fantômes ou arbre aux pochettes. Quand il fleurit, les fleurs jaunes sont entourées de brachtées blanches et soyeuses qui ont l'apparence de mouchoirs ou de petits fantômes. En anglais, on parle du Dove tree.

Cet arbre, appartenant à la famille des Nyssacées, serait originaire de Chine où il fut découvert par le missionnaire et naturaliste français Armand David, en 1869. J'ai lu que le tout premier Davidia du père David qui fut transplanté en France l'a été à l'arboretum des Barres, au Sud de Paris.

L'arbre aux mouchoirs peut atteindre 20 mètres de haut et il ressemble à un tilleul. Ses fruits en forme de boules vertes restent sur l'arbre durant l'hiver. Si vous plantez un Davidia involucrata, il vaut mieux ne pas trop avoir envie de pleurer car l'arbre ne fleurira que dix ou douze ans plus tard.

J'ai enfin trouvé le moyen d'écrire des notes marginales à même les pages, notes qui seront beaucoup plus lisibles que les notes en bas de page. Mais, cherchez l'erreur, elles ne sont pas accessibles si on navigue avec internet s'explorer.

inutile d'essayer, cet arbre ne poussera pas au québec. trop froid par ici.

image : lespaysagistes.com

| | courrier (1)


71. avec des ailes dorées

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Peu écrit cette année. Le maigre volume sept commencé le vingt-six septembre deux mille six se termine aujourd'hui, à moins que je ne change d'avis et ne grimpe sur le cheval blanc ailé pour arracher deux ou trois derniers billets au temps qui s'enfuit.

Le maigre septième volume d'un journal qui m'a connue plus volubile butera sur son point final ce jour, faisant moins de cent vingt pages.

Alors à moins que je ne change d'avis, l'année deux mille sept avec ses soixante-et-onze pages n'aura donné qu'un opuscule, une brochure, que dis-je, une plaquette, un fascicule, un recueil de mes jours pliés et déchirés, pillés par un travail qui me ronge, mais nourris et maintenus en vie par la littérature, le fleuve, la montagne et les jardins.

Alors à moins que je ne change d'avis, cette page sera la dernière d'un carnet couleur de chair blanche, issu de mes nuits secouées d'orages venteux, de mes lunes noires et roses, de mes fleurs en papier japonais, de mes oiseaux jaunes, verts et blancs, de mes corneilles aux ailes noires et de mes délires limbiques distillés au vin rouge.

On dira de mon année deux mille sept qu'elle en fut une de vaches maigres for love, sexe & writing. Personne à blâmer dans l'histoire, ni vous ni même pas moi, ni mon reflet au miroir en miettes. Mais je suis libre au moins, calice de vie faut que je te boive jusqu'à l'hallali avant que je ne refuse pas de me métamorphoser en renard rusé et moqueur.

Et mon journal en ligne commencé en septembre 2000 ne se terminera pas avec le volume sept ; et moi, surtout pas avec une fin d'année en mode vaches maigres. Il continuera un jour de janvier de l'an deux zéro zéro huit avec la première page d'un huitième volume encore plus voulu que fouillu, décousu et dysjoncté tordu.

Les vaches deux mille sept avaient beau être maigres, ce n'étaient jamais que des ruminants et je n'en dirai pas plus en ce vingt-neuf décembre deux zéro zéro sept, faut que je fasse mon nouveau design [héhé et puis que je trouve un huitième titre], que je fasse mon bilan, mon budget, mon ménage, que je ramasse le courrier, que je donne quelques coups de pelle pour déneiger l'escalier et ma toyota noire, que j'aille chercher quelques bouteilles de champagne, et de la farine de sarrasin pour faire des blinis que je servirai avec des oeufs de poisson, de la crème sûre et une salade de betteraves au réveillon de la saint-sylvestre. Et si je préparais une soupe à l'oignon, avec du porto et du foie. Gras.

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