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17. pour ma dernière neige

La preuve sera faite une fois de plus qu'il suffit de l'écrire pour que ça passe. J'ai repris la lecture avec mon vieux Proust, quelque part dans Le côté de Guermantes. Voilà ce dont j'avais besoin.

Hier, 12 avril, c'était sans doute ma dernière neige. L'ultime promenade sous les flocons. Les corneilles sont de retour. J'en ai surpris une accrochée dans les plus hautes branches entrelacées d'un jeune érable au tronc fendu en deux, qui en arrache.

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Je l'avais crue seule, mais elles étaient deux. L'autre, nichée dans un sapin voisin. Elles se regardaient, bec de profil, oeil de travers. Noires et craillantes. Elles sont restées là longtemps, à examiner les alentours comme quand on se dit : on reste ici ou on se taille ?

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12. décalage horaire

J'ai un retard d'une semaine à rattraper. Cette photo, je l'ai prise samedi dernier, rue Foucher. Mais en regardant dehors ce matin, je me suis dit que je pourrais en faire une presque pareille. Même petite neige folle qui s'est déposée en occupant le moindre espace libre, en s'accrochant et se liant à tout le reste. Du blanc comme du sucre en poudre tamisé sur un gâteau des anges.

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Je crois avoir eu une bonne idée pour tenir ma promesse d'écrire tous les jours. Aujourd'hui, j'écrirai la page du 9 mars et celle du 16. Demain je ferai pareil pour les deux lundis et ainsi de suite jusqu'à samedi prochain, samedi saint, jour où je serai à jour parce qu'ayant vaincu mon vilain décalage horaire.

Je sais qu'avec un peu de persévérance sinon d'entêtement, et avec tous les encouragements que je reçois, surtout, et merci de m'écrire, je reprendrai le fil joyeux et inspiré de mon journal en ligne formerly known as a blog. On se remettra pas à chiquer la guénille terminologique même si ça me tente encore un peu des fois parce qu'y a des mots que j'aime pas, j'ai beau essayer, je m'habitue pas. Le mot blog en est un. À cause du son glog, peut-être, ok j'arrête.

Pour en revenir à samedi et dimanche dernier, je me suis levée sur la rue Foucher, de bonne humeur, bien dormi. En grande forme. Le soir, la tempête faisait ravages et raffales, les rues n'étaient que peu ou pas déneigées. Mais j'avais réservé une table Au pied du de cochon pour fêter deux jours à l'avance l'anniversaire de mon Renaud, alias Éloi, alias Arthur (pour ne nommer que ses premiers alias). Alors je suis passée le prendre chez lui avec sa chérie et on est descendus en se laissant rouler tout doucement et en rigolant jusqu'à la rue Duluth, ne voyant rien d'autre que du blanc, les vitres embuées tout le tour. Failli écraser quelques pieds et des bicyclettes enlisées. Ce fut une grande bouffe pour un dîner d'anniversaire intime, mais heureux.

Il n'est pas encore dix heures du matin et c'est dimanche, 16 mars. La neige tombe encore, épaisse. J'ai des choses à faire : mon lit, aller chercher des buches, alimenter le feu, prendre une douche, manger un demi pamplemousse, écrire à Mario et plus tard, revenir au journal pour finir de mettre dimanche passé sur papier.

11. ironie suprême

À Montréal depuis hier après-midi. Oublié mes lunettes à la maison. En plus, oublié mes carnets et le cordon pour connecter mon nouvel ordi tout mince et léger. J'ai même oublié ma clé usb avec le grand roman du siècle en chantier dont je suis l'auteure manuscrit dessus u, uh, hu et avec ça toute ma poésie, i, ih, hi. Ironie, Ô ironie ma belle, irai-je jusqu'à m'échouer par ce cotonneux soleil du samedi matin, m'échouer dans un cyber café pour tenir mon journal en ligne tel qu'annoncé promis tous les jours [almost] hier ? Pas certaine. Trop à faire. Mais j'en aurais envie, on peut toujours grossir les caractères. Sauf que sans mes lunettes, je peux même pas lire mon Vandal Love. Livre que j'ai pris soin de placer en premier dans mon grand sac en cuir. Noir.

Longtemps, je me suis [lu des blogs] de bonne heure. Sans vouloir et c'est voulu paraphraser maladroitement l'inoubliable incipit de vous savez qui, voici ma petite histoire de bottines en moins de mille mots, ma presque légende du jour de la marmotte 2008.

Ainsi donc, le jour où je constatais tristement que mon unique paire de bottes avait pris l'eau et que par conséquent elles ne traverseraient pas la saison, sans compter les jours de pluies torrentielles et verglaçantes, passés et à venir, de mes trop longs et follement froids et anarchiques hivers québécois, je lisais de blogs en me disant qu'au lieu de m'adonner à cette solitaire et improductive et masturbatoire activité je ferais mieux de remonter dans ma toyota noire et de me rendre à l'une ou l'autre des deux villes les plus proches [Québec ou Rivière-du-Loup] magasiner [pour] des bottes.

Cela m'est arrivé tout à l'heure, un beau samedi en début d'après-midi. Je lisais en mangeant mon sandwich au jambon et en buvant un verre de Rioja, traînant par devers moi une culpabilité fatigante ; n'aurait-il pas mieux valu que je m'adonnasse à la lecture ou au ménage ? Ou à du magasinage, chercher de nouvelles bottes ? J'ai néanmoins continué mon odyssée bloguienne jusqu'à ce que je mette le pied, via la liste de liens de l'alter et ego, sur le blog de la très talentueuse telle [lire son billet du 23 janvier]. Miracle : elle avait les bottes de mes rêves. Des bottines « mallarméennes », pratiquement introuvables en France. Jamais rien vu de semblable par ici. Telle disait ne pas en avoir trouvé dans Internet. J'ai cherché.

Il y en avait bien quelques rares paires, mais jamais la bonne pointure ni la bonne couleur. J'en voulais des noires, je n'ai jamais porté que des bottes noires, pourquoi changer ?

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Une bonne heure de googlage plus tard, j'en ai trouvé en Angleterre (chez Raw Shoes). J'ai commandé et payé en ligne. J'attends maintenant mes bottines neuves qui feront depuis l'Angleterre jusque dans le Bas-du-fleuve un voyage pour le moins poétique.

J'aime que mes futures bottines aient l'air rococo, l'air d'avoir marché la Via Tolosana, depuis Arles jusqu'à Santiago de Compostela, ou d'avoir trotté dix ans dans les magasins. Ou dansé la gigue sur le Titanic avant de tomber dans la mer et d'avoir été repêchées par Huckleberry Finn. Je les adore. Et je les aurai aux pieds bientôt. Photo à l'appui. Promis.

C'est peut-être une folie. Ça va me coûter cher [£104.99 = $223.18, plus les frais de poste]. Tant pis. Tant et aussi longtemps que je n'aurai qu'une seule paire de bottes, je mériterai d'avoir les pieds poético philosophiquement chaussés.

Mes futures bottines Art Neosens sont espagnoles, de la Rioja, comme le grand vin. Du grunge philosophique ? Belle idée. Mais pas de hasard. Lire des blogs mène loin parfois, et dans cet univers-là, je vois émerger de temps en temps, traversant toute la mélasse polluante qui me sert à rien, des beaux flashs, des découvertes inattendues et des coups foudre.

promenade matinale

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Premier sentier, je longe la clôture de broche, vers mes bois enneigés. De la maison jusque là, mes raquettes enfonçaient un peu, ça faisait floushshh, flousshshh.

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Tiens, un drôle de petit arbre, et puis d'autres. Avec des branches cassées. Des feuilles mortes accrochées après, toutes brunies. J'ai pensé à Carla Bruni. Au brun des grains de café. C'est fou comme les pensées se promènent loin de la promeneuse solitaire à la tête trop pleine. Pline le Jeune. Comment faire le vide en soi. Faudrait être une bouteille. Litote. À moitié pleine. Hier j'ai trop bu de la veuve champagne, hic. C'est quoi le bois d'hickory, le bois pour fumer le saumon. C'est ou ce n'est pas ainsi que cela s'écrit, hickory ? Ah si j'activais le widget à commentaires, je sens que l'« on » s'empresserait d'éclairer mon fanal. Ça me tente, des fois. D'autres pas.

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J'aime mieux sortir des sentiers déjà tracés par d'autres ou par moi-même, mais par où passer sans déranger les arbres ? J'arrête d'avancer. Silence.

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Un oiseau chante. Un arbre de Noël dans la jungle. Jingle bells.

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Sont trop beaux les sapins. Ça sent bon. J'ai perdu une mitaine. Trois p'tits minous ont perdu leurs mitai-nes, la la la la la la-la. Je chante que j'ai soif. Et puis. Silence.

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Et si je regardais le ciel ? Bleu. Comme dans le film de Kieslowski. Juliette Binoche, si belle. Mysterious...Sexy ! avaient-ils écrit dans le New Yorker. Les oiseaux, je les entends, je ne les vois pas. Là-haut.

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Une fois l'hiver passé, j'étais en forêt, j'avais soif, alors j'ai mangé de la neige. J'ai eu mal au ventre.

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Je ne jette jamais les cartes postales. Les livres non plus. Je ne les collectionne pas. Je les garde, c'est tout. Je ne suis pas une collectionneuse. Une fois j'ai voulu collectionner les petits coffrets, après trois, j'ai arrêté. Juste trois, c'est pas une collection.

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Beaucoup de traces du passage des animaux. Des petits pas, des grands pieds, des traces de queues, ou de ventres. Affamés ? J'ai des envies de chasser. Avec un fusil. Tirer. Télécharger. Quand on regarde en haut, on ne peut pas les voir, les oiseaux. Dans le langage parlé, et même dans l'écrit, les négations se perdent. Quelqu'un saurait-il m'expliquer cela ?

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Mon sentier préféré, c'est lui.

J'ai faim. En revenant, je suis tombée, me suis tordu un pied. Ça n'a même pas fait mal. Pas beaucoup.

1. jour 1 d'un huitième carnet

Bonne année. Bons voeux pour petits matins fous. Bisous. Me suis couchée tard, levée pas trop tard. Bu mon café noir. Mangé deux, trois petites crêpes au sarrasin – avec le reste de l'appareil à blinis d'hier soir – avec du beurre et du sirop d'érable. Miam.

Pourquoi la renouée ? Explications bientôt.

Pas tout à fait fini de bidouiller mes nouvelles pages, mais ça va aller pour aujourd'hui. Pas le temps d'en faire plus. Je chausse mes raquettes. Le soleil brille trop beau sur la neige.

Back soon. Bonne année. Je reviens avec des photos...

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mon te deum

Ce ne sont des victoires
que je chante
je n'en ai pas,
mais le soleil qui brille pour tous,
la brise,
les largesses du printemps.

Non la victoire,
mais le travail quotidien accompli
du mieux que je pouvais ;
non un siège sur l'estrade,
mais à la table commune.

[Reznikoff, Te Deum]

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