Archives la vie matérielle: mai 2008
Mais qu'est-ce que c'est, quel est donc cet étrange objet ?
Il y a quelque chose de rugueux sur le dessus, et à l'envers, les deux tiges sont lisses quoique les bords soient irréguliers.
Il s'agit probablement d'une ferraille qui servait à attacher et retenir des pièces de bois ensemble. Je devine que l'objet x fut forgé à la main du temps des forgerons ou peut-être n'est-il pas un objet ancien, mais juste un truc neuf en fer rongé par la rouille.
L'objet x pourrait-il être une double petite cuillère à trous, une manière d'ustensile de poète pour manger le vent ?
S'il y a encore quelqu'un pour ouvrir ce journal, que ce soit par habitude, par curiosité, par amitié, par amour, par haine, par ennui ou total désoeuvrement, par défaut, par mépris, pour me surveiller ou par le plus grand des hasards, dites-moi, si c'est pas trop vous demander, ce que vous pensez [que c'est...]
Ces jours-ci, je passe presque tout mon temps dehors. Et je lis. Cinq beaux et bons jours de congé d'affilée, ô jouissances. J'ai entrepris la plantation d'une haie de saules pourpres. Nom latin : Salix purpurera "Nana". En anglais, ce sont des Dwarf Arctic willow ou encore Dwarf purple osier. Finalement j'ai découvert que ces petits arbustes fournissent l'osier, pour faire des paniers, yep. Avant de les acheter, je l'ignorais. En fait, j'ignorais tout de cette plante. Je l'ai choisie parce que je la trouvais jolie [même si elle n'a pas encore de feuilles]. J'ai trouvé une image de ce que je pourrai admirer dans quelques mois, sur Bluestem.ca. J'avais calculé que j'en aurais assez de neuf plants, erreur. Une fois sur le terrain, ligne tirée, mesures prises, il a fallu que je retourne en chercher douze autres. À l'heure où j'écris ces mots, j'en ai trois de plantés. C'est dur. J'ai mal au dos et le dessous des ongles pleins de terre [excitée comme une puce, j'ai oublié de mettre des gants]. Il faut d'abord creuser faire un trou plus profond que la motte des racines. Et cette terre est argileuse, rougeâtre, compactée et pleine de cailloux. J'ai trouvé un curieux bout de métal rouillé. Penser à le prendre en photo pour ici. Bref, une fois la terre trouée, j'y verse une poignée de poudre d'os et du terreau spécial transplanteur [mélange de compost, de terre noire et de mousse de sphaigne], ensuite un seau d'eau. Je dépose l'arbuste et je remplis de terreau mélangé avec de la terre et encore un peu de poudre d'os. J'arrose encore et puis c'est tout. Rien de sorcier dans les plantations.
J'aurai aussi à planter six framboisiers et huit petits arbres que la municipalité donne une fois par année. Normalement, on ne peut en recevoir plus de cinq, mais comme je suis arrivée à la fermeture, ils ont failli me donner tout ce qui restait. J'ai donc reçu cinq bouleaux jaunes et trois épinettes. Je vais les placer en rond avec les framboisiers car je rêve depuis fort longtemps d'avoir une clairière à moi pour m'asseoir, méditer, lire ou ne rien faire du tout debout au milieu d'une clairière.
Un des érables est en fleurs, de minuscules fleurs jaunes en bouquets. Difficile d'imaginer fleurs plus coquettes et volatiles. Une fois que cet arbre, le seul qui donne de l'ombre sur la terrasse, aura fini de fleurir, il pourra feuillir. Feuillir ? le verbe feuillir existe-t-il ? Pas le temps de chercher. Je l'ai pensé, écrit, je le garde. Penser à l'ajouter à mon lexique.
Ça me fait penser que l'autre jour un monsieur [ou peut-être une madame, sauf que le pseudo sonnait masculin] m'a écrit pour me remercier pour le verbe brumer. Cette personne m'a écrit avoir découvert mon lexique et aimé ma définition de brumer, l'a mis sur son blog. Ça m'a fait tout drôle. Et fait du bien, et grand plaisir. Enfin, tout de même pas jusqu'à l'orgasme, mais assez pour rougir un peu. Je n'ai même pas encore mis de lien vers mon lexique dans ce huitième cahier. Cette manie aussi de déménager mon journal dans un nouveau cahier tous les ans...
J'ignorais aussi que cet arbre fleurit avant d'avoir des feuilles. Avant de feuillir, donc. Comment comprendre quelque chose à la vie, au monde, aux êtres humains et tout le reste si je n'en sais pas plus long sur les arbres et les fleurs ? Et comment trouver de curieux objets, des objets enfouis qui me font rêver, leur chercher un sens, une utilité, et m'interroger sur la vie des êtres ayant habité cette maison avant moi si je ne creuse jamais la terre ?
Voici l'objet trouvé que j'ai nommé objet X, avant de le laver.
Je l'ai lavé, il y a une ouverture à chaque bout. C'est très rouillé. Fragile. La photo de l'objet X, nettoyé, est floue. Je devrai en faire une autre.
Levée avec le mal de gorge. Toux. Le week end dernier, j'ai commencé à bêcher le jardin, à la main [avec une fourche, tout de même, faudrait pas croire que je remue la terre à mains nues].
Avec le retour du soleil, el señor potager s'est peu à peu recouvert de petites plantes vertes qui ne se mangent pas et qui ont la folle habitude de s'incruster partout. Comme du tapis. Des fibres souterraines. Que j'arrache et composte. Pendant ce temps-là, je renifle et j'ai des courbatures.
En plus, il faut encore que je travaille une journée, ou deux par semaine, je ne sais jamais à l'avance. Ni pour combien de semaines ou de mois [?] encore. L'information, c'est le pouvoir. À prendre ou à laisser. Apprendre. Sentiment d'impuissance, d'être captive, de manquer de liberté, d'être manipulée comme un toutou à laisser dans un coin quand on en aura plus besoin. Et râler. Ou me taire.
Quand ce contrat se terminera, il faudra très probablement que je trouve autre chose, ou que je retourne travailler à Montréal. Pas trop envie. Ou bien encore songer qu'il serait peut-être mieux de tout vendre et de m'installer ailleurs dans une maison ou un appart. tout neuf. Chaque année je me pose cette question. C'est dur. Faut garder un minimum de souplesse, madame chose. Ne pas oublier l'espoir. Justement vu une grosse araignée hier soir.
Eh oui, travailler pour ajouter le beurre sur les épinards [ici, lire les réparations sur la maison : il reste encore à finir le grenier, installer une porte vers le jardin, changer les fenêtres, et caetera, et caetera]. Et puis le reste du temps écrire et encore écrire ce roman qui avance tout de même un peu. Je donne toujours du temps bénévolement pour la biblio., le cercle littéraire, et caetera.
Notez que je suis désolée de vous infliger tous ces tcétéras, mais voilà, c'est un peu ça. Avec tout ça, j'ai manqué de pain, de lait et d'envie d'aller en chercher hier soir. Résultat : gruau salé et café noir pour le petit déj. Un gruau raté parce que j'ai mis trop de sel. Triste et pas bon. Café noir, pas pire, mais pas très nourrissant. Vais me faire des galettes de sarrazin. À l'eau. Avec du sirop d'érable. Très poétique.
Et la photo c'est juste pour me souvenir forever de cet immonde bol de gruau salé. Et dire quelque chose à propos du grand cahier où j'écris le journal des jardins. Je l'ai commencé en 2006 et puis je ne l'ai pas tenu longtemps en 2007 [deux petites semaines, la honte]. Sauf que, pour 2008, tout y est déjà consigné au jour le jour. C'est important un journal.
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