Récemment dans la catégorie la question du journal
Et enfanta aussi légèrement que la brebis son agneau, sans rupture ni grands efforts. Même le nouveau-né se trouva recueilli par un oiseau qui d'une aile faisait sa couche et de l'autre l'éventait.
un journal personnel, vraiment de soi, c'est toute une tragédie. ça prend plus que des tripes et du coeur pour le mener à son terme. quand arrivent les doutes et la peur, tu t'en rends compte assez vite. y'a plus personne de vivant
quelques empreintes dérobées au temps, par grands morceaux. cela peut devenir une matière pesante et puante et totalement inerte. une puissante force à t'immobiliser. rien ne bouge. et puis d'un seul coup ça se met à débouler. le jeu du je se précipite. tu t'abîmes, plonge dans un état dangereux. agnelage dans les ronces au fond d'un précipice
il ne s'agit pas de déréliction, ou d'errances. loin du mépris et de ses soeurs les envies. dégoût viscéral pour l'épidémie galopante de se vendre. juste incapable du moindre cabotinage pour semer et récolter du commentaire des petits z'amis virtuels. il s'agit d'habiter le siège réservé à son être. dire oui à son histoire. la vivre là où elle se manifeste têtue. être sagesse et maîtresse du seul trône de soi. accepter que la mienne vie n'en soit pas une de perdue mais mille et une disséminées au travers celle des autres. une qui résumerait et enfermerait en elle seule l'univers et tout le reste. si je l'écris
ne livrant jamais de soi que de tout petits fragments décevants. à la limite de l'indéchiffrable, mais heureux. jubilatoires et aimants. aux antipodes de la vengeance et du ressentiment. avec des fleurs et des oiseaux. des miriades d'étoiles
[L'épigraphe est de Victor Segalen, in Stèles : « Éloge d'une vierge occidentale »]
J'ai un retard d'une semaine à rattraper. Cette photo, je l'ai prise samedi dernier, rue Foucher. Mais en regardant dehors ce matin, je me suis dit que je pourrais en faire une presque pareille. Même petite neige folle qui s'est déposée en occupant le moindre espace libre, en s'accrochant et se liant à tout le reste. Du blanc comme du sucre en poudre tamisé sur un gâteau des anges.
Je crois avoir eu une bonne idée pour tenir ma promesse d'écrire tous les jours. Aujourd'hui, j'écrirai la page du 9 mars et celle du 16. Demain je ferai pareil pour les deux lundis et ainsi de suite jusqu'à samedi prochain, samedi saint, jour où je serai à jour parce qu'ayant vaincu mon vilain décalage horaire.
Je sais qu'avec un peu de persévérance sinon d'entêtement, et avec tous les encouragements que je reçois, surtout, et merci de m'écrire, je reprendrai le fil joyeux et inspiré de mon journal en ligne formerly known as a blog. On se remettra pas à chiquer la guénille terminologique même si ça me tente encore un peu des fois parce qu'y a des mots que j'aime pas, j'ai beau essayer, je m'habitue pas. Le mot blog en est un. À cause du son glog, peut-être, ok j'arrête.
Pour en revenir à samedi et dimanche dernier, je me suis levée sur la rue Foucher, de bonne humeur, bien dormi. En grande forme. Le soir, la tempête faisait ravages et raffales, les rues n'étaient que peu ou pas déneigées. Mais j'avais réservé une table Au pied du de cochon pour fêter deux jours à l'avance l'anniversaire de mon Renaud, alias Éloi, alias Arthur (pour ne nommer que ses premiers alias). Alors je suis passée le prendre chez lui avec sa chérie et on est descendus en se laissant rouler tout doucement et en rigolant jusqu'à la rue Duluth, ne voyant rien d'autre que du blanc, les vitres embuées tout le tour. Failli écraser quelques pieds et des bicyclettes enlisées. Ce fut une grande bouffe pour un dîner d'anniversaire intime, mais heureux.
Il n'est pas encore dix heures du matin et c'est dimanche, 16 mars. La neige tombe encore, épaisse. J'ai des choses à faire : mon lit, aller chercher des buches, alimenter le feu, prendre une douche, manger un demi pamplemousse, écrire à Mario et plus tard, revenir au journal pour finir de mettre dimanche passé sur papier.
Je cherche une façon d'écrire un journal en ligne qui serait quotidienne, ferait partie de mes activités de tous les jours comme les repas que je prends matin, midi et soir, comme les nuits de huit à dix heures de bon sommeil dont j'ai besoin pour me tenir en forme, comme les randonnées en raquette quand le vent ne charrie pas trop fort la neige folle et que je n'y vois rien devant, comme la douche chaude vaporeuse du matin, comme mes journées de travail de sept heures, cinq jours par semaine, qui se trouvent encore à mon horaire jusqu'au 31 mars. Écrire tous les jours, j'en ai envie. J'y pense et je ne le fais pas. J'essaie juste de comprendre pourquoi je me prive de cela [aussi]. Je travaille moins à mon livre, normal. Et ça, je sais pourquoi. Manque de concentration pour la fiction. Mais la réalité, la vie de tous les jours, je devrais pouvoir la déposer ici. Me semble que ça ferait du bien. Pour alléger, et peut-être trouver, en les écrivant, des réponses à toutes les questions laissées en suspens. Ou juste d'autres questions.
Le bleu du ciel a pris couleur de neige. Les cristaux blancs fleuris et farineux s'empilent si haut que je ne vois plus la maison de ma vieille voisine [morte à la mi-janvier]. Mais ce n'est pas une raison pour me priver de lire La frontière en pyjama un samedi matin. L'incipit, fabuleux, ne cesse de m'obséder : « En 1979, j'ai écrit que j'espérais être lu en 1640. »
Dans le dossier « Pascal Quignard » paru dans la Revue des sciences humaines (no 260, oct.-déc. 2000, Lille), Francis Marcoin écrit :
Ce vœu, « J'espère être lu en 1640 », il l'avait formé dans le XIVe de ses Petits Traités, « Noésis », mais l' Avertissement de la seconde édition de Carus nous dit quelque chose du même ordre : « Chaque roman a le saint qui le protège, le lecteur ancien qu'il rêve... »
Et ce journal ? Il a aussi le lecteur ancien qu'il rêve. Le saint qui le protège, je n'en ai jamais douté. Si j'ose imiter Quignard j'écrirai que j'espère être lue en 1582. Et j'ajouterai, non pas en incipit mais au bas de la page 9, celle du 16 février 2008 :
J'espère être lue en 1582, pendant les 10 jours omis lors du passage du calendrier Julien au calendrier Grégorien.
Mais qu'est-ce qu'elle a qu'elle écrit pas, la renouée. La renouée elle a qu'elle est malade. Une vraie de vraie grippe attrapée on sait pas comment. Ça a commencé en revenant de faire de la raquette, le jour de la promenade avec moult images, me semble que ça fait deux semaines de ça. Au retour donc, je frissonnais et je n'arrivais pas à retrouver ma chaleur. J'ai fait et bu du thé de Russie, fort et noir. Me suis encore couchée trop tard ce soir-là. Et puis hier matin, réveil avec un couteau planté en travers de la gorge.
Bouillante de fièvre. Même pas pu aller travailler. Me suis traînée du lit au divan. Pas mangé, sauf des soupes légères. Trop courbaturée de la tête aux pieds. Même pas pu profiter de ce congé inespéré pour lire ou tenir mon journal. Une sorte de pas le goût de rien.
Et puis ce matin, montagnes russes, bouillons de fièvre et frissons, les jambes en coton. Mal à la tête, aux oreilles, partout. La gorge, ça va un peu mieux côté douleur, sauf que j'ose pas trop parler, les sons rauques qui en sortent me font un peu peur. Une chance que je suis seule. Vive l'univers ouaté de la congestionnée courbaturée au nez sec.
Et puis quelle orgueilleuse. Je la forcerai à réinstaller le bidule à commentaires. Et tant pis s'il reste à zéro. Elle pourra pas toujours « faire comme si » elle n'avait rien d'intéressant à raconter pour rester toute seule dans son coin et « faire comme si » elle était toute seule sur la terre.
Les notes ? C'est ce qui tiendra lieu de commentaires, dans ce journal. C'est votre espace à vous pour écrire le journal avec moi. Si la chose vous intéresse. Et à moi, cela me ferait bien plaisir. Je suis sérieuse. Je lirai. Je répondrai. Et tout ça. Sauf que, dans l'effort de MT pour éliminer le spam, le bidule demande de s'inscrire [s'identifier] la première fois. Pas la suite, vous pourrez écrire tant que vous voulez. J'avoue que cela semble un peu rébarbatif, cette histoire d'inscription, mais au moins ça laissera les robots qui veulent nous vendre du v.iagra, des p.énis e.nlargés et de la p.orno m.oche sur le paillasson.
Et la renouée ? Je me devais d'en faire un titre, et rendre à César, remercier André C. qui a semé l'idée il y a quelques années, lui qui me traitait gentiment d'ado. paresseuse. C'est la première personne à qui j'avais confié, dans le temps, que j'écrivais un journal en ligne [en cachette]. Ma page d'accueil avec de la musique wav, truffée de citations de Kafka et de Sylvia Plath, l'avait bien fait rigoler. C'est un peu pour cela, la renouée, un symbole de ténacité. Pour me rappeler mes bonnes résolutions pour l'année 2008 : en finir avec la paresse et toutes les autres insignifiantes bonnes raisons qu'elle se donne pour ne pas écrire ce qui la travaille, pour ne pas prendre le taureau par les cornes et besogner dur. Et pour le contact, toujours. Comment elle écrivait, déjà : « this terrible desire to establish contact... » Je devrai trouver la phrase exacte et son origine. Elle est de Plath ou de Mansfield ?
J'ai fouillé tout mon journal pour retrouver l'image de la renouée, et la page écrite il y a quelques années. Autocitation corrigée, donc (dans le temps, je ne voyais pas les fautes qui aujourd'hui me sautent aux yeux, et que je me donne le droit et le devoir de corriger [seulement le plus gros], par respect pour la langue et vous qui lisez. C'est aussi ça, écrire en ligne, c'est ne pas se rendre compte de fautes et d'erreurs flagrantes parce que tout se passe tellement vite et puis que ça a l'air beau, sur le coup, et puis que demain arrive tout de suite et hop, une autre page et ainsi de suite...) :
Un jour, avec son insolence heureuse, il m'avait parlé de la renouée des oiseaux. Il disait cette fleur pousse partout où rien ne pousse. Dans les fentes des trottoirs, par exemple. Ou dans les terrains vagues, arides ou abandonnés.
Elle pousse partout, la renouée des oiseaux. Une fleur tellement à lui tout seul, que je n'osais pas la nommer et encore moins l'écrire. Je la regardais de loin.
Il avait voulu en faire le titre d'un livre et ça n'avait pas plu à l'éditeur. Alors il avait sacrifié sa renouée, remise sous le cartable avec les autres fleurs, dans le scrapbook des titres qui lui trottaient dans la tête.
On dit renouée, sans doute parce que la plante est couverte de petits noeuds. Sur les racines, les noeuds donnent naissance à un petit bouquet de racines plus fines qui puissent l'eau dans le sol. Et sur la tige, chaque noeud s'éclate en de minuscules fleurs blanches avec du jaune autour.
Elle seule peut dire les mots, dire je suis la renouée des oiseaux, parce que quelqu'un, un jour, lui a donné ce nom-là.
Je pense à la renouée, je ne sais pas pourquoi. Et à cause d'elle et de tout cela qui est si étrange et troublant, je crois bien que je n'écrirai plus jamais « quand j'écris je suis une fleur ».
Aujourd'hui, je n'écrirai pas je suis une renouée des oiseaux. Si indifférente. Je suis une femme fragile. Et indifférente. Une indifférente femme différente en mon centre. Pas une fleur.
Aujourd'hui, je suis une femme et je vis, et c'est pour ça que j'écris.
Voilà. C'était à la page 80 du Journal de Script, écrite un jour de printemps, en 2002. Toujours actuelle mais ne datant pas d'hier, preuve que les noeuds de la renouée poussent toujours, et que la plante est bien vivante.
j'en ai fini avec les rhapsodies, ...et pour la suite des choses, ça va se passer du côté de la renouée.
Peu écrit cette année. Le maigre volume sept commencé le vingt-six septembre deux mille six se termine aujourd'hui, à moins que je ne change d'avis et ne grimpe sur le cheval blanc ailé pour arracher deux ou trois derniers billets au temps qui s'enfuit.
Le maigre septième volume d'un journal qui m'a connue plus volubile butera sur son point final ce jour, faisant moins de cent vingt pages.
Alors à moins que je ne change d'avis, l'année deux mille sept avec ses soixante-et-onze pages n'aura donné qu'un opuscule, une brochure, que dis-je, une plaquette, un fascicule, un recueil de mes jours pliés et déchirés, pillés par un travail qui me ronge, mais nourris et maintenus en vie par la littérature, le fleuve, la montagne et les jardins.
Alors à moins que je ne change d'avis, cette page sera la dernière d'un carnet couleur de chair blanche, issu de mes nuits secouées d'orages venteux, de mes lunes noires et roses, de mes fleurs en papier japonais, de mes oiseaux jaunes, verts et blancs, de mes corneilles aux ailes noires et de mes délires limbiques distillés au vin rouge.
On dira de mon année deux mille sept qu'elle en fut une de vaches maigres for love, sexe & writing. Personne à blâmer dans l'histoire, ni vous ni même pas moi, ni mon reflet au miroir en miettes. Mais je suis libre au moins, calice de vie faut que je te boive jusqu'à l'hallali avant que je ne refuse pas de me métamorphoser en renard rusé et moqueur.
Et mon journal en ligne commencé en septembre 2000 ne se terminera pas avec le volume sept ; et moi, surtout pas avec une fin d'année en mode vaches maigres. Il continuera un jour de janvier de l'an deux zéro zéro huit avec la première page d'un huitième volume encore plus voulu que fouillu, décousu et dysjoncté tordu.
Les vaches deux mille sept avaient beau être maigres, ce n'étaient jamais que des ruminants et je n'en dirai pas plus en ce vingt-neuf décembre deux zéro zéro sept, faut que je fasse mon nouveau design [héhé et puis que je trouve un huitième titre], que je fasse mon bilan, mon budget, mon ménage, que je ramasse le courrier, que je donne quelques coups de pelle pour déneiger l'escalier et ma toyota noire, que j'aille chercher quelques bouteilles de champagne, et de la farine de sarrasin pour faire des blinis que je servirai avec des oeufs de poisson, de la crème sûre et une salade de betteraves au réveillon de la saint-sylvestre. Et si je préparais une soupe à l'oignon, avec du porto et du foie. Gras.