Archives la musique savante manque à notre désir: mai 2008

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Conte


    Un Prince était vexé de ne s'être employé jamais qu'à la perfection des générosités vulgaires. Il prévoyait d'étonnantes révolutions de l'amour, et soupçonnait ses femmes de pouvoir mieux que cette complaisance agrémentée de ciel et de luxe. Il voulait voir la vérité, l'heure du désir et de la satisfaction essentiels. Que ce fut ou non une aberration de piété, il voulut. Il possédait au moins un assez large pouvoir humain.

    Toutes les femmes qui l'avaient connu furent assassinées. Quel saccage du jardin de la beauté ! Sous le sabre, elles le bénirent. Il n'en commanda point de nouvelles. – Les femmes réapparurent.

    Il tua tous ceux qui le suivaient, après la chasse ou les libations. – Tous le suivaient.

    Il s'amusa à égorger les bêtes de luxe. Il fit flamber les palais. Il se ruait sur les gens et les taillait en pièces. – La foule, les toits d'or, les belles bêtes existaient encore.

Peut-on s'extasier dans la destruction, se rajeunir par la cruauté ! Le peuple ne murmura pas. Personne n'offrit le concours de ses vues.

    Un soir il galopait fièrement. Un Génie apparut, d'une beauté ineffable, inavouable même. De sa physionomie et de son maintien ressortait la promesse d'un amour multiple et complexe ! d'un bonheur indiscible, insupportable même ! Le Prince et le Génie s'anéantirent probablement dans la santé essentielle. Comment n'auraient-ils pas pu en mourir ? Ensemble donc ils moururent.

    Mais ce Prince décéda, dans son palais, à un âge ordinaire. Le Prince était le Génie. Le Génie était le Prince.

    La musique savante manque à notre désir.

Arthur Rimbaud

*

Texte du manuscrit de la BNF (n.a.fr., 14123 f°2-5). Le Prince est le Génie et inversement, cela veut peut-être dire, comme le suggère Jean-Luc Steinmetz, que « je est un autre », « fable où Rimbaud expose l'étrange loi qu'il a découverte : l'excès permet à chacun de trouver sa vérité intime ».

Image : Arthur Rimbaud dessiné par Paul Verlaine. Source : Personal scan from Alain Borer, Rimbaud, l'heure de la fuite, Gallimard. Délais de Copyright expirés (Wikipedia dixit).

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mon te deum

Ce ne sont des victoires
que je chante
je n'en ai pas,
mais le soleil qui brille pour tous,
la brise,
les largesses du printemps.

Non la victoire,
mais le travail quotidien accompli
du mieux que je pouvais ;
non un siège sur l'estrade,
mais à la table commune.

[Reznikoff, Te Deum]

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