Archives fragments d'art intime: mai 2008
Et enfanta aussi légèrement que la brebis son agneau, sans rupture ni grands efforts. Même le nouveau-né se trouva recueilli par un oiseau qui d'une aile faisait sa couche et de l'autre l'éventait.
un journal personnel, vraiment de soi, c'est toute une tragédie. ça prend plus que des tripes et du coeur pour le mener à son terme. quand arrivent les doutes et la peur, tu t'en rends compte assez vite. y'a plus personne de vivant
quelques empreintes dérobées au temps, par grands morceaux. cela peut devenir une matière pesante et puante et totalement inerte. une puissante force à t'immobiliser. rien ne bouge. et puis d'un seul coup ça se met à débouler. le jeu du je se précipite. tu t'abîmes, plonge dans un état dangereux. agnelage dans les ronces au fond d'un précipice
il ne s'agit pas de déréliction, ou d'errances. loin du mépris et de ses soeurs les envies. dégoût viscéral pour l'épidémie galopante de se vendre. juste incapable du moindre cabotinage pour semer et récolter du commentaire des petits z'amis virtuels. il s'agit d'habiter le siège réservé à son être. dire oui à son histoire. la vivre là où elle se manifeste têtue. être sagesse et maîtresse du seul trône de soi. accepter que la mienne vie n'en soit pas une de perdue mais mille et une disséminées au travers celle des autres. une qui résumerait et enfermerait en elle seule l'univers et tout le reste. si je l'écris
ne livrant jamais de soi que de tout petits fragments décevants. à la limite de l'indéchiffrable, mais heureux. jubilatoires et aimants. aux antipodes de la vengeance et du ressentiment. avec des fleurs et des oiseaux. des miriades d'étoiles
[L'épigraphe est de Victor Segalen, in Stèles : « Éloge d'une vierge occidentale »]