Archives annie: mai 2008

24. devant l'éblouissant sureau

Voici sa fleur, ses feuilles et ses branches. Seul arbuste de sa famille, perdu dans la haie de merisiers, le premier à se défriper la fleur, ses baies seront rouge vif [je les ai vues l'an dernier - avais-je pris une photo pour le journal ? m'en souviens plus].

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J'ai tapé sureau + strohem dans google et j'ai trouvé deux liens vers des pages de septembre 2005. Quelques mois avant que je déménage. Je préfère la page 112. J'aimais bien faire ces pages avec un petit cadre noir autour et puis j'ai abandonné, changé pour autre chose. On n'abandonne jamais que ce à quoi l'on ne réussit pas à s'attacher [attention à la psychologie sauvage]. Finalement le petit arbuste que je prenais pour un sureau n'a pas survécu au froid [oublié le pauvre sur le balcon]. Je suis contente qu'il y ait un sureau ici, dans un coin de mon jardin. Il n'est pas aussi beau que le sureau de Montmartre. Mais je joue à imaginer que je suis sa gardienne. Je viens de lire en glanant des info ici et là que, selon une croyance populaire des Anciens, une entité féminine [une fée ?] est la gardienne du sureau. Et puis que cette fée est la femme du dieu Pan en personne. Vrai, pas vrai ? Si vous croyez aux fées, courez vite vous coucher dans un bosquet de sureau quand viendra le solstice d'été ; je ne saisis pas bien ce que ça fera comme effet, mais si les moustiques ne vous dévorent pas avant, vous apercevrez peut-être le roi des Elfes. J'ai lu sur un autre document [j'aurais aimé mettre un lien mais je ne retrouve plus le site en question...] que le sureau et l'aulne c'est la même chose. Ça, c'est pas vrai. Faut pas croire tout ce qu'on lit dans l'Internet. Ont dit aussi que, avec les branches du sureau, on peut faire des baguettes magiques et des flutes. De pan ? Possible, mais j'ai pas envie de couper une branche à mon beau sureau.

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Conte


    Un Prince était vexé de ne s'être employé jamais qu'à la perfection des générosités vulgaires. Il prévoyait d'étonnantes révolutions de l'amour, et soupçonnait ses femmes de pouvoir mieux que cette complaisance agrémentée de ciel et de luxe. Il voulait voir la vérité, l'heure du désir et de la satisfaction essentiels. Que ce fut ou non une aberration de piété, il voulut. Il possédait au moins un assez large pouvoir humain.

    Toutes les femmes qui l'avaient connu furent assassinées. Quel saccage du jardin de la beauté ! Sous le sabre, elles le bénirent. Il n'en commanda point de nouvelles. – Les femmes réapparurent.

    Il tua tous ceux qui le suivaient, après la chasse ou les libations. – Tous le suivaient.

    Il s'amusa à égorger les bêtes de luxe. Il fit flamber les palais. Il se ruait sur les gens et les taillait en pièces. – La foule, les toits d'or, les belles bêtes existaient encore.

Peut-on s'extasier dans la destruction, se rajeunir par la cruauté ! Le peuple ne murmura pas. Personne n'offrit le concours de ses vues.

    Un soir il galopait fièrement. Un Génie apparut, d'une beauté ineffable, inavouable même. De sa physionomie et de son maintien ressortait la promesse d'un amour multiple et complexe ! d'un bonheur indiscible, insupportable même ! Le Prince et le Génie s'anéantirent probablement dans la santé essentielle. Comment n'auraient-ils pas pu en mourir ? Ensemble donc ils moururent.

    Mais ce Prince décéda, dans son palais, à un âge ordinaire. Le Prince était le Génie. Le Génie était le Prince.

    La musique savante manque à notre désir.

Arthur Rimbaud

*

Texte du manuscrit de la BNF (n.a.fr., 14123 f°2-5). Le Prince est le Génie et inversement, cela veut peut-être dire, comme le suggère Jean-Luc Steinmetz, que « je est un autre », « fable où Rimbaud expose l'étrange loi qu'il a découverte : l'excès permet à chacun de trouver sa vérité intime ».

Image : Arthur Rimbaud dessiné par Paul Verlaine. Source : Personal scan from Alain Borer, Rimbaud, l'heure de la fuite, Gallimard. Délais de Copyright expirés (Wikipedia dixit).

22. pendant propos

Et enfanta aussi légèrement que la brebis son agneau, sans rupture ni grands efforts. Même le nouveau-né se trouva recueilli par un oiseau qui d'une aile faisait sa couche et de l'autre l'éventait.

un journal personnel, vraiment de soi, c'est toute une tragédie. ça prend plus que des tripes et du coeur pour le mener à son terme. quand arrivent les doutes et la peur, tu t'en rends compte assez vite. y'a plus personne de vivant

quelques empreintes dérobées au temps, par grands morceaux. cela peut devenir une matière pesante et puante et totalement inerte. une puissante force à t'immobiliser. rien ne bouge. et puis d'un seul coup ça se met à débouler. le jeu du je se précipite. tu t'abîmes, plonge dans un état dangereux. agnelage dans les ronces au fond d'un précipice

il ne s'agit pas de déréliction, ou d'errances. loin du mépris et de ses soeurs les envies. dégoût viscéral pour l'épidémie galopante de se vendre. juste incapable du moindre cabotinage pour semer et récolter du commentaire des petits z'amis virtuels. il s'agit d'habiter le siège réservé à son être. dire oui à son histoire. la vivre là où elle se manifeste têtue. être sagesse et maîtresse du seul trône de soi. accepter que la mienne vie n'en soit pas une de perdue mais mille et une disséminées au travers celle des autres. une qui résumerait et enfermerait en elle seule l'univers et tout le reste. si je l'écris

ne livrant jamais de soi que de tout petits fragments décevants. à la limite de l'indéchiffrable, mais heureux. jubilatoires et aimants. aux antipodes de la vengeance et du ressentiment. avec des fleurs et des oiseaux. des miriades d'étoiles

[L'épigraphe est de Victor Segalen, in Stèles : « Éloge d'une vierge occidentale »]

21. bang bang

he shot me down, bang bang
i hit the ground, bang bang
that awful sound, bang bang
my baby shot me down

les tulipes en sont aux plus lumineux moments de leur floraison, les teintes encore sobres déclinant mille et une nuances de jaune et de rose, les pétales pas trop éclatés, la tige encore droite et juste un peu recourbée, laissant pressentir sans toutefois le voir ou le percevoir leur déclin imminent. dans une semaine elles ne seront plus vivantes, pas victimes ni brisées, juste parce que leur cycle de vie sera terminé. rien de plus, rien de moins. la vie dans ce qu'elle a de plus somptueux. mais

j'écris triste ce soir. hier aussi je l'étais. depuis dimanche après-midi que ça pleure crie et rage de partout. et résonne en moi. pas pu écrire un mot. j'essaie. je ne peux pas. demain, peut-être

un seul événement, quelque chose de terrible. qui ne m'est même pas arrivé à moi directement. c'est tout comme. ça m'a fait schlack. bang bang. et puis la peur est revenue.

on jouait au même jeu
c'était lui le plus fort des deux
bang bang
il me tirait, bang bang
il me blessait, bang bang
et il me consolait

20. l'objet x

Mais qu'est-ce que c'est, quel est donc cet étrange objet ?

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Il y a quelque chose de rugueux sur le dessus, et à l'envers, les deux tiges sont lisses quoique les bords soient irréguliers.

Il s'agit probablement d'une ferraille qui servait à attacher et retenir des pièces de bois ensemble. Je devine que l'objet x fut forgé à la main du temps des forgerons ou peut-être n'est-il pas un objet ancien, mais juste un truc neuf en fer rongé par la rouille.

L'objet x pourrait-il être une double petite cuillère à trous, une manière d'ustensile de poète pour manger le vent ?

S'il y a encore quelqu'un pour ouvrir ce journal, que ce soit par habitude, par curiosité, par amitié, par amour, par haine, par ennui ou total désoeuvrement, par défaut, par mépris, pour me surveiller ou par le plus grand des hasards, dites-moi, si c'est pas trop vous demander, ce que vous pensez [que c'est...]

19. plantation

Ces jours-ci, je passe presque tout mon temps dehors. Et je lis. Cinq beaux et bons jours de congé d'affilée, ô jouissances. J'ai entrepris la plantation d'une haie de saules pourpres. Nom latin : Salix purpurera "Nana". En anglais, ce sont des Dwarf Arctic willow ou encore Dwarf purple osier. Finalement j'ai découvert que ces petits arbustes fournissent l'osier, pour faire des paniers, yep. Avant de les acheter, je l'ignorais. En fait, j'ignorais tout de cette plante. Je l'ai choisie parce que je la trouvais jolie [même si elle n'a pas encore de feuilles]. J'ai trouvé une image de ce que je pourrai admirer dans quelques mois, sur Bluestem.ca. J'avais calculé que j'en aurais assez de neuf plants, erreur. Une fois sur le terrain, ligne tirée, mesures prises, il a fallu que je retourne en chercher douze autres. À l'heure où j'écris ces mots, j'en ai trois de plantés. C'est dur. J'ai mal au dos et le dessous des ongles pleins de terre [excitée comme une puce, j'ai oublié de mettre des gants]. Il faut d'abord creuser faire un trou plus profond que la motte des racines. Et cette terre est argileuse, rougeâtre, compactée et pleine de cailloux. J'ai trouvé un curieux bout de métal rouillé. Penser à le prendre en photo pour ici. Bref, une fois la terre trouée, j'y verse une poignée de poudre d'os et du terreau spécial transplanteur [mélange de compost, de terre noire et de mousse de sphaigne], ensuite un seau d'eau. Je dépose l'arbuste et je remplis de terreau mélangé avec de la terre et encore un peu de poudre d'os. J'arrose encore et puis c'est tout. Rien de sorcier dans les plantations.

J'aurai aussi à planter six framboisiers et huit petits arbres que la municipalité donne une fois par année. Normalement, on ne peut en recevoir plus de cinq, mais comme je suis arrivée à la fermeture, ils ont failli me donner tout ce qui restait. J'ai donc reçu cinq bouleaux jaunes et trois épinettes. Je vais les placer en rond avec les framboisiers car je rêve depuis fort longtemps d'avoir une clairière à moi pour m'asseoir, méditer, lire ou ne rien faire du tout debout au milieu d'une clairière.

Un des érables est en fleurs, de minuscules fleurs jaunes en bouquets. Difficile d'imaginer fleurs plus coquettes et volatiles. Une fois que cet arbre, le seul qui donne de l'ombre sur la terrasse, aura fini de fleurir, il pourra feuillir. Feuillir ? le verbe feuillir existe-t-il ? Pas le temps de chercher. Je l'ai pensé, écrit, je le garde. Penser à l'ajouter à mon lexique.

Ça me fait penser que l'autre jour un monsieur [ou peut-être une madame, sauf que le pseudo sonnait masculin] m'a écrit pour me remercier pour le verbe brumer. Cette personne m'a écrit avoir découvert mon lexique et aimé ma définition de brumer, l'a mis sur son blog. Ça m'a fait tout drôle. Et fait du bien, et grand plaisir. Enfin, tout de même pas jusqu'à l'orgasme, mais assez pour rougir un peu. Je n'ai même pas encore mis de lien vers mon lexique dans ce huitième cahier. Cette manie aussi de déménager mon journal dans un nouveau cahier tous les ans...

J'ignorais aussi que cet arbre fleurit avant d'avoir des feuilles. Avant de feuillir, donc. Comment comprendre quelque chose à la vie, au monde, aux êtres humains et tout le reste si je n'en sais pas plus long sur les arbres et les fleurs ? Et comment trouver de curieux objets, des objets enfouis qui me font rêver, leur chercher un sens, une utilité, et m'interroger sur la vie des êtres ayant habité cette maison avant moi si je ne creuse jamais la terre ?

Voici l'objet trouvé que j'ai nommé objet X, avant de le laver.

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Je l'ai lavé, il y a une ouverture à chaque bout. C'est très rouillé. Fragile. La photo de l'objet X, nettoyé, est floue. Je devrai en faire une autre.

18. le matin du gruau salé

Levée avec le mal de gorge. Toux. Le week end dernier, j'ai commencé à bêcher le jardin, à la main [avec une fourche, tout de même, faudrait pas croire que je remue la terre à mains nues].

Avec le retour du soleil, el señor potager s'est peu à peu recouvert de petites plantes vertes qui ne se mangent pas et qui ont la folle habitude de s'incruster partout. Comme du tapis. Des fibres souterraines. Que j'arrache et composte. Pendant ce temps-là, je renifle et j'ai des courbatures.

En plus, il faut encore que je travaille une journée, ou deux par semaine, je ne sais jamais à l'avance. Ni pour combien de semaines ou de mois [?] encore. L'information, c'est le pouvoir. À prendre ou à laisser. Apprendre. Sentiment d'impuissance, d'être captive, de manquer de liberté, d'être manipulée comme un toutou à laisser dans un coin quand on en aura plus besoin. Et râler. Ou me taire.

Quand ce contrat se terminera, il faudra très probablement que je trouve autre chose, ou que je retourne travailler à Montréal. Pas trop envie. Ou bien encore songer qu'il serait peut-être mieux de tout vendre et de m'installer ailleurs dans une maison ou un appart. tout neuf. Chaque année je me pose cette question. C'est dur. Faut garder un minimum de souplesse, madame chose. Ne pas oublier l'espoir. Justement vu une grosse araignée hier soir.

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Eh oui, travailler pour ajouter le beurre sur les épinards [ici, lire les réparations sur la maison : il reste encore à finir le grenier, installer une porte vers le jardin, changer les fenêtres, et caetera, et caetera]. Et puis le reste du temps écrire et encore écrire ce roman qui avance tout de même un peu. Je donne toujours du temps bénévolement pour la biblio., le cercle littéraire, et caetera.

Notez que je suis désolée de vous infliger tous ces tcétéras, mais voilà, c'est un peu ça. Avec tout ça, j'ai manqué de pain, de lait et d'envie d'aller en chercher hier soir. Résultat : gruau salé et café noir pour le petit déj. Un gruau raté parce que j'ai mis trop de sel. Triste et pas bon. Café noir, pas pire, mais pas très nourrissant. Vais me faire des galettes de sarrazin. À l'eau. Avec du sirop d'érable. Très poétique.

Et la photo c'est juste pour me souvenir forever de cet immonde bol de gruau salé. Et dire quelque chose à propos du grand cahier où j'écris le journal des jardins. Je l'ai commencé en 2006 et puis je ne l'ai pas tenu longtemps en 2007 [deux petites semaines, la honte]. Sauf que, pour 2008, tout y est déjà consigné au jour le jour. C'est important un journal.

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mon te deum

Ce ne sont des victoires
que je chante
je n'en ai pas,
mais le soleil qui brille pour tous,
la brise,
les largesses du printemps.

Non la victoire,
mais le travail quotidien accompli
du mieux que je pouvais ;
non un siège sur l'estrade,
mais à la table commune.

[Reznikoff, Te Deum]

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