Archives annie: avril 2008
La preuve sera faite une fois de plus qu'il suffit de l'écrire pour que ça passe. J'ai repris la lecture avec mon vieux Proust, quelque part dans Le côté de Guermantes. Voilà ce dont j'avais besoin.
Hier, 12 avril, c'était sans doute ma dernière neige. L'ultime promenade sous les flocons. Les corneilles sont de retour. J'en ai surpris une accrochée dans les plus hautes branches entrelacées d'un jeune érable au tronc fendu en deux, qui en arrache.
Je l'avais crue seule, mais elles étaient deux. L'autre, nichée dans un sapin voisin. Elles se regardaient, bec de profil, oeil de travers. Noires et craillantes. Elles sont restées là longtemps, à examiner les alentours comme quand on se dit : on reste ici ou on se taille ?
Je lis moins de livres. Presque plus de blogs. Panne de désir passagère. Pas grave.
Abonnée depuis peu au Soleil de Québec. Un camelot motorisé lance le journal devant ma porte tous les matins, avant mon réveil. Je le lis religieusement en savourant mon café au lait, depuis une semaine. Il m'arrive de découper des articles intéressants. Je prélève quelques pages de pub pour allumer le feu et j'envoie le reste au recyclage, me gardant la page des BD et des mos croisés et autres grilles de jeux, ça peut toujours servir. J'adore le jeu des huit erreurs.
La première fois que j'ai entendu le piano de Glenn Gould, j'ai eu une révélation. Un vrai coup de foudre. C'était l'enregistrement 1955 des Variations Goldberg. J'ai écouté cet enregistrement à répétition, j'ai vécu avec et ça a duré des semaines. J'étais encore étudiante à l'UQAM, il y avait un prof. en études littéraires qui faisait jouer l'Aria au début et à la fin de chacun de ses cours. Ça en mettait quelques-uns en transe, et moi.
Quelques petits films, quelque chose de l'ordre de la retraite et de l'effacement. À voir et écouter un à la fois, ou les trois en même temps.
J'ai fouillé et retrouvé mes notes de ce cour. Et mes cahiers de ces années-là, toutes mes notes sur la fugue. La fugue a tombée, morte. Je ne m'en suis pas désintéressée. Plutôt dessaisie. Ce n'était qu'une intuition, trop cérébrale. Et voilà qu'elle a remonté le temps jusqu'à moi. Elle s'est réinstallée, elle vibre et cherche à prendre forme. J'écoute.
Des jours entiers je n'ai pas envie d'ouvrir un livre, je rêve et cherche partout les premiers signes du printemps. Rien sauf le bruit de cascade des ruisseaux et rivières qui dégèlent. Après trois jours de soleil et une bonne chaleur qui faisait baisser le niveau des bancs de neige, je me lève et qu'est-ce que je vois ? encore une tempête. J'ai trouvé l'hiver long. Mais ce fut l'un des plus beaux, des plus blancs et lumineux de toute ma vie. Des plus doux, aussi. Sans peur. Sans presque d'angoisses.
Pour l'écriture, c'est un peu comme pour la lecture. Le fait de travailler à autre chose, ne serait-ce que deux jours par semaine semblait m'en éloigner parce que je n'arrivais pas, aussi souvent que je l'aurais voulu, à m'asseoir et à tracer des mots sur la page blanche. Ça me rendait irritable, grognonne, frustrée. Et puis avec le temps, je me suis rendu compte que lorsque je n'écris pas, j'écris tout le temps, je parle d'écrire au sens de cueillir et de recueillir, d'observer, de raffiner mon analyse et ma vision du monde. J'apprends à faire taire le trop plein des voix et à n'écouter que la mienne, celle qui vient de loin en dedans. C'est dans un longue courbe que cette voix intime intérieure rejoint celles, rares, venant de l'extérieur et qui me touchent. Alors je peux m'asseoir et créer. Continuer.
Comment pourrais-je
m'empêcher
de me laisser pénétrer
jusqu'au rouge de l'âme
par un bonheur absolu
exubérant
et muet
quand j'écoute
le premier acte de
La Bohème
de Pucini
un samedi après-midi
Pour me présenter devant l'art
je ne crois en rien d'autre
qu'aux désirs
de l'immobilité
de l'intimité
à la troublante douceur de l'inachevé
au plus parfait silence
à la page blanche