Archives annie: janvier 2008

5. sans presque aucun répit

Ma vie n'est pas facile, vous n'avez pas idée. Il y a des jours, je traverse des forêts de lumières et d'étoiles et je voyage légère et pelucheuse, je glisse et roule et déambule dans et parmi le monde et les choses et je chanterais la vie est belle si je savais chanter et puis soudain je plonge dans un trou noir profond et la tempête me charrie dans les bancs de neige et je m'enfonce lourde et pesante et je remonte pour reprendre le chemin de l'errance sur le fleuve en canot d'écorce dans la marée écarlate je ne vois plus rien et je souffre tous feux éteints des angoisses de tous les diables, à froid, je brûle dans les cercles de l'enfer et puis un autre beau matin j'émerge de la nuit d'encre enfin et toute étonnée de me retrouver encore ancrée au creux de mon livre.
Il fait et le soleil me chauffe.
et la neige me blanche.
et la glace me craque.
j'écris.
te deum.
mener à son terme ce gros roman je travaille sans presque aucun répit depuis bientôt deux ans quand le printemps sera venu je le ferai en pleine lune blanche.
et je sais comment y croire,
le montrer,
le donner à lire.
ce jour sera un silencieux dimanche.
il n'y aura plus de guerres.
et je mettrai des roses blanc crème dans des vases de lait cru.
d'ici là j'ai amplement pain sur la planche.

4. lire et relire

Je n'avais pas oublié. Mais noté sur un bout de papier faire une page 2008 pour mes lectures. Celle de 2007 se terminait avec La traversée du continent de Michel Tremblay, commencée le 20 décembre et avec qui j'ai traversé l'année. Et puis le temps a passé et j'ai ouvert mon huitième cahier avec l'intention d'écrire tous les jours. J'y arrive pas. Toujours une bonne raison de remettre à tout à l'heure, bientôt, demain. Je lis davantage que je n'écris et c'est très bien comme ça.

Aujourd'hui, je lis William Faulkner, le Sanctuaire. Hier et avant-hier, relu Comme un roman de Pennac, les Contes de Jacques Ferron.

Deux autres m'ont enchantée depuis le 3 janvier : Karen Blixen avec ses Contes, j'adore les gros Quarto de Gallimard. Blixen, beau et bon. À relire. Et je savourerai encore quelques semaines le presque gargantuesque « essai hilare » de Victor-Lévy Beaulieu : James Joyce, l'Irlande, le Québec, les mots. 1089 pages et une couverture vert trèfle à quatre feuilles d'Irlande, rien de moins.

Et maintenant, je m'en vais finir de bricoler la page de mes lectures 2008.

and separates the widow from the bride



C'était hier soir. J'ai passé plusieurs heures devant l'écran à regarder ce film. Non, pas The Doctor and Rose. Non. J'ai revu Retour à Cold Mountain pour la troisième fois, pour rester attachée à mon fauteuil jusqu'à la chanson de la fin. La ultima.

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J'ai patiemment regardé défiler tout le générique jusqu'à The Scarlet Tide. De Elvis Costello et Henri Burnett interprétée par Alison Krauss. Envoûtante, mmm. J'ai cherché puis acheté la toune sur Itounes (0.99 cents, hé) et je l'ai écoutée en boucle une partie de la matinée au soleil et dans la neige fondante, et ensuite j'ai fureté sur youtube jusqu'à ce que je découvre ce petit bijou. Avec des images de Rose and The Doctor (who ?). And separates the widow from the bride

3. du côté de la renouée

Mais qu'est-ce qu'elle a qu'elle écrit pas, la renouée. La renouée elle a qu'elle est malade. Une vraie de vraie grippe attrapée on sait pas comment. Ça a commencé en revenant de faire de la raquette, le jour de la promenade avec moult images, me semble que ça fait deux semaines de ça. Au retour donc, je frissonnais et je n'arrivais pas à retrouver ma chaleur. J'ai fait et bu du thé de Russie, fort et noir. Me suis encore couchée trop tard ce soir-là. Et puis hier matin, réveil avec un couteau planté en travers de la gorge.

Bouillante de fièvre. Même pas pu aller travailler. Me suis traînée du lit au divan. Pas mangé, sauf des soupes légères. Trop courbaturée de la tête aux pieds. Même pas pu profiter de ce congé inespéré pour lire ou tenir mon journal. Une sorte de pas le goût de rien.

Et puis ce matin, montagnes russes, bouillons de fièvre et frissons, les jambes en coton. Mal à la tête, aux oreilles, partout. La gorge, ça va un peu mieux côté douleur, sauf que j'ose pas trop parler, les sons rauques qui en sortent me font un peu peur. Une chance que je suis seule. Vive l'univers ouaté de la congestionnée courbaturée au nez sec.

Et puis quelle orgueilleuse. Je la forcerai à réinstaller le bidule à commentaires. Et tant pis s'il reste à zéro. Elle pourra pas toujours « faire comme si » elle n'avait rien d'intéressant à raconter pour rester toute seule dans son coin et « faire comme si » elle était toute seule sur la terre.

Les notes ? C'est ce qui tiendra lieu de commentaires, dans ce journal. C'est votre espace à vous pour écrire le journal avec moi. Si la chose vous intéresse. Et à moi, cela me ferait bien plaisir. Je suis sérieuse. Je lirai. Je répondrai. Et tout ça. Sauf que, dans l'effort de MT pour éliminer le spam, le bidule demande de s'inscrire [s'identifier] la première fois. Pas la suite, vous pourrez écrire tant que vous voulez. J'avoue que cela semble un peu rébarbatif, cette histoire d'inscription, mais au moins ça laissera les robots qui veulent nous vendre du v.iagra, des p.énis e.nlargés et de la p.orno m.oche sur le paillasson.

Et la renouée ? Je me devais d'en faire un titre, et rendre à César, remercier André C. qui a semé l'idée il y a quelques années, lui qui me traitait gentiment d'ado. paresseuse. C'est la première personne à qui j'avais confié, dans le temps, que j'écrivais un journal en ligne [en cachette]. Ma page d'accueil avec de la musique wav, truffée de citations de Kafka et de Sylvia Plath, l'avait bien fait rigoler. C'est un peu pour cela, la renouée, un symbole de ténacité. Pour me rappeler mes bonnes résolutions pour l'année 2008 : en finir avec la paresse et toutes les autres insignifiantes bonnes raisons qu'elle se donne pour ne pas écrire ce qui la travaille, pour ne pas prendre le taureau par les cornes et besogner dur. Et pour le contact, toujours. Comment elle écrivait, déjà : « this terrible desire to establish contact... » Je devrai trouver la phrase exacte et son origine. Elle est de Plath ou de Mansfield ?

J'ai fouillé tout mon journal pour retrouver l'image de la renouée, et la page écrite il y a quelques années. Autocitation corrigée, donc (dans le temps, je ne voyais pas les fautes qui aujourd'hui me sautent aux yeux, et que je me donne le droit et le devoir de corriger [seulement le plus gros], par respect pour la langue et vous qui lisez. C'est aussi ça, écrire en ligne, c'est ne pas se rendre compte de fautes et d'erreurs flagrantes parce que tout se passe tellement vite et puis que ça a l'air beau, sur le coup, et puis que demain arrive tout de suite et hop, une autre page et ainsi de suite...) :

Un jour, avec son insolence heureuse, il m'avait parlé de la renouée des oiseaux. Il disait cette fleur pousse partout où rien ne pousse. Dans les fentes des trottoirs, par exemple. Ou dans les terrains vagues, arides ou abandonnés.

Elle pousse partout, la renouée des oiseaux. Une fleur tellement à lui tout seul, que je n'osais pas la nommer et encore moins l'écrire. Je la regardais de loin.

Il avait voulu en faire le titre d'un livre et ça n'avait pas plu à l'éditeur. Alors il avait sacrifié sa renouée, remise sous le cartable avec les autres fleurs, dans le scrapbook des titres qui lui trottaient dans la tête.

On dit renouée, sans doute parce que la plante est couverte de petits noeuds. Sur les racines, les noeuds donnent naissance à un petit bouquet de racines plus fines qui puissent l'eau dans le sol. Et sur la tige, chaque noeud s'éclate en de minuscules fleurs blanches avec du jaune autour.

Elle seule peut dire les mots, dire je suis la renouée des oiseaux, parce que quelqu'un, un jour, lui a donné ce nom-là.

Je pense à la renouée, je ne sais pas pourquoi. Et à cause d'elle et de tout cela qui est si étrange et troublant, je crois bien que je n'écrirai plus jamais « quand j'écris je suis une fleur ».

Aujourd'hui, je n'écrirai pas je suis une renouée des oiseaux. Si indifférente. Je suis une femme fragile. Et indifférente. Une indifférente femme différente en mon centre. Pas une fleur.

Aujourd'hui, je suis une femme et je vis, et c'est pour ça que j'écris.

Voilà. C'était à la page 80 du Journal de Script, écrite un jour de printemps, en 2002. Toujours actuelle mais ne datant pas d'hier, preuve que les noeuds de la renouée poussent toujours, et que la plante est bien vivante.

2. tirer en l'air, tirer au clair

Même si je réactivais le bidule à commentaires, il resterait probablement à zéro, c'est tout à fait sinistre et ça arrive souvent sur les blogs, et j'aurais horreur de ça, alors autant ne pas tenter le diable et rester no comments tranquille dans mon coin, ce qui n'empêchera jamais personne de m'écrire ce qu'il veut, et jamais personne ne se privera pas de ce grand plaisir, parce qu'il faut bien reconnaître que dans mes petits billets, il n'y a pas ou sinon très peu matière à susciter la logorrhée du lecteur ou autres palabres et polémiques corsés.

J'ai donc ouvert le dictionnaire pour vérifier si j'avais bien orthographié le mot hickory, apparu hier dans ma promenade sous la neige. Eh oui, le hasard (mémoire cachée ?) est bon pour moi. Selon monsieur Robert, le mot (masculin) est apparu vers 1798 ; hickories 1707 ; en anglais 1670 ; abréviation de pokahickory, mot algonquin de Virginie. L'hickory est un arbre de grande taille appartenant à la famille des juglandacées, voisin du noyer. On en fait des skis et des kayaks. Et des petits copeaux pour fumer le poisson ou la viande.

Fin de l'histoire.

promenade matinale

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Premier sentier, je longe la clôture de broche, vers mes bois enneigés. De la maison jusque là, mes raquettes enfonçaient un peu, ça faisait floushshh, flousshshh.

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Tiens, un drôle de petit arbre, et puis d'autres. Avec des branches cassées. Des feuilles mortes accrochées après, toutes brunies. J'ai pensé à Carla Bruni. Au brun des grains de café. C'est fou comme les pensées se promènent loin de la promeneuse solitaire à la tête trop pleine. Pline le Jeune. Comment faire le vide en soi. Faudrait être une bouteille. Litote. À moitié pleine. Hier j'ai trop bu de la veuve champagne, hic. C'est quoi le bois d'hickory, le bois pour fumer le saumon. C'est ou ce n'est pas ainsi que cela s'écrit, hickory ? Ah si j'activais le widget à commentaires, je sens que l'« on » s'empresserait d'éclairer mon fanal. Ça me tente, des fois. D'autres pas.

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J'aime mieux sortir des sentiers déjà tracés par d'autres ou par moi-même, mais par où passer sans déranger les arbres ? J'arrête d'avancer. Silence.

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Un oiseau chante. Un arbre de Noël dans la jungle. Jingle bells.

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Sont trop beaux les sapins. Ça sent bon. J'ai perdu une mitaine. Trois p'tits minous ont perdu leurs mitai-nes, la la la la la la-la. Je chante que j'ai soif. Et puis. Silence.

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Et si je regardais le ciel ? Bleu. Comme dans le film de Kieslowski. Juliette Binoche, si belle. Mysterious...Sexy ! avaient-ils écrit dans le New Yorker. Les oiseaux, je les entends, je ne les vois pas. Là-haut.

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Une fois l'hiver passé, j'étais en forêt, j'avais soif, alors j'ai mangé de la neige. J'ai eu mal au ventre.

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Je ne jette jamais les cartes postales. Les livres non plus. Je ne les collectionne pas. Je les garde, c'est tout. Je ne suis pas une collectionneuse. Une fois j'ai voulu collectionner les petits coffrets, après trois, j'ai arrêté. Juste trois, c'est pas une collection.

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Beaucoup de traces du passage des animaux. Des petits pas, des grands pieds, des traces de queues, ou de ventres. Affamés ? J'ai des envies de chasser. Avec un fusil. Tirer. Télécharger. Quand on regarde en haut, on ne peut pas les voir, les oiseaux. Dans le langage parlé, et même dans l'écrit, les négations se perdent. Quelqu'un saurait-il m'expliquer cela ?

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Mon sentier préféré, c'est lui.

J'ai faim. En revenant, je suis tombée, me suis tordu un pied. Ça n'a même pas fait mal. Pas beaucoup.

1. jour 1 d'un huitième carnet

Bonne année. Bons voeux pour petits matins fous. Bisous. Me suis couchée tard, levée pas trop tard. Bu mon café noir. Mangé deux, trois petites crêpes au sarrasin – avec le reste de l'appareil à blinis d'hier soir – avec du beurre et du sirop d'érable. Miam.

Pourquoi la renouée ? Explications bientôt.

Pas tout à fait fini de bidouiller mes nouvelles pages, mais ça va aller pour aujourd'hui. Pas le temps d'en faire plus. Je chausse mes raquettes. Le soleil brille trop beau sur la neige.

Back soon. Bonne année. Je reviens avec des photos...

72. alors voilà,

j'en ai fini avec les rhapsodies, ...et pour la suite des choses, ça va se passer du côté de la renouée.

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mon te deum

Ce ne sont des victoires
que je chante
je n'en ai pas,
mais le soleil qui brille pour tous,
la brise,
les largesses du printemps.

Non la victoire,
mais le travail quotidien accompli
du mieux que je pouvais ;
non un siège sur l'estrade,
mais à la table commune.

[Reznikoff, Te Deum]

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