Archives août 2008

Je recopie ce matin une page de journal écrite hier dehors au soleil dans mon grand cahier gris où je note chaque jour tout ce qui se passe au jardin. Comme une obsédée. Un peu pour ça que je délaisse le ouèbe. J'écris moins au clavier, beaucoup beaucoup dans mes cahiers, dehors.

Le soleil tape. Grillons, criquets, cigales et autres petites bébites crépitantes fredonnent leurs chansonnettes toutes en cliquetis de crécelles. Mes fleurs aux drôles de couleurs se laissent butiner le coeur sucré par les guêpes ou les abeilles.

Les tomates rougissent sans qu'on ait besoin de leur faire un striptease. L'unique poivron vert, les oignons et l'ail se sont arrondis, mûrs déjà.

Avant-hier j'ai cueilli un kilo des cerises à grappe [aussi appelées merises ou cerises sauvages : fruit du merisier prunus avium] et des feuilles de merisier. Hier matin je suis descendue en ville acheter du sucre, de l'alcool à quarante pour cent, du vin rouge et du kirsch pour en faire des liqueurs et autres boissons qui font du bien quand on gèle l'hiver. Glané des recettes ici et là dans mes bouquins et on ze ouèbe.

Paraît que les merises sont les premiers fruits qui ont été cueillis pour faire du vin [avant les raisins]. Ça pousse à profusion par ici. J'ai vu personne en cueillir. Pas à'mode, je suppose. Les oiseaux adorent.

Commencé à déterrer quelques pieds de patates. Tout cela me rend triste. En fait, je déprime comme un vieux chien mélancolique ces temps-ci. Je sais. C'est mon choix de retourner vivre à Montréal. Sauf que ça me fait de la peine pareil.

C'est dur de partir. M'arracher d'ici. Mais c'est le temps que je le fasse. Faut que je bouge. J'essaie de mesurer ce que j'ai appris, si j'ai avancé. En tout cas, je sais maintenant mieux, beaucoup mieux ce que je ne veux plus, ce que je veux, et dire non. Et je sais que maintenant je suis capable de vivre complètement seule à la campagne.

Et je sais que je pourrais y vivre « pauvrement », ce qui me permettrait de vivre/écrire sans être obligée de m'aliéner pour du fric [lire : travailler pour gagner ma vie]. Pour arriver à ça en restant ici, il faudrait que je garde ce boulot encore quelques années et ça me tue.

En quittant Montréal, j'ai fait quelques erreurs. La plus grosse fut sans aucun doute de payer cette maison trop cher. Et puis d'en choisir une trop grande. Trop loin. Belle, chaleureuse, mais j'ai pas besoin d'aussi grand. Trop loin de Montréal et pas assez loin des voisins pour être vraiment, vraiment isolée quand j'en ai besoin. La campagne par ici elle est trop civilisée, policée, habitée, motorisée, domestiquée, banlieusée. Je savais pas tout ça avant.

C'est en plein bois que j'aurais dû m'installer. Alors la ville, ça va faire pareil. En attendant, j'ai de la peine.

Mes mains sentent fort. Tout à l'heure j'ai épluché l'ail, coupé les racines et mis à sécher. Belle récolte. Deux douzaines de belles grosses têtes et quelques petites pour manger tout de suite.

Depuis quelques semaines, je fais plein de mauvais rêves. Au moins un ou deux par nuit. Je me réveille en sueurs, essouffée, affolée et une fois même je suis sortie d'un de ces cauchemars en pleurant comme une madeleine.

Mais cette nuit, c'est le comble. Il est quatre heure du matin. Autant écrire tout ça ici pour m'en libérer. Si ça se peut.

Je sais bien que ces rêves-là servent à éliminer ou réduire du stress qui me pèse, des émotions que je n'arrive pas à exprimer le jour, à froid. Ce que je refoule ou que je ne prends pas le temps de regarder en face parce que je fais des confitures ou des photos de fleurs.

Paraît que les rêves sont les gardiens du sommeil et que c'est grâce à eux qu'on vire pas fou. ok. Sauf que.

Je suis royalement tannée de rêver que je perds mes clés, mon porte-feuille, ma maison, mes enfants, fatiguée nuit après nuit de me faire voler ou d'oublier mon argent, mes cartes, mes livres, écoeurée de manquer le train, de tomber en panne d'essence au milieu de nulle part.

Il était trois heures du matin. Je venais d'engueuler un groupe de musiciens voyoux qui s'étaient installés dans ma cour avec leurs trois roulottes rondes et basses peintes en noir comme des gros corbillards, je leur avais ordonné et un peu supplié de s'en aller ailleurs. Et en plus j'avais encore une fois perdu mes enfants [~pourquoi juste deux, un garçon et une fille de huit et dix ans ?~] après que ces bandits m'aient coupé l'eau, l'électricité et le téléphone en dérivant tous les fils et tuyaux vers leurs campers. Mes petits étaient partis à courir vers le village parce qu'ils avaient peur, et je n'avais pas pu les rattraper pour les rassurer parce que mon auto avait disparue.

Je me suis frotté les yeux. Bu un verre d'eau. C'est rien d'autre qu'un autre maudit mauvais rêve fou, c'est pas vrai, rendors-toi vite Annie, tu vas être en mauvais état demain matin.

Une demi-heure plus tard, je constatais, en revenant de travailler, que je m'étais fait voler mon ordinateur. Pouvais même plus écrire mon journal en ligne. Après ce rêve-là, j'ai ri.

Il y a deux ans, j'ai semé du pavot à pâtisserie appelé Pavot Ziar ou Papaver somniferum. Depuis, il se re-sème tout seul et il repousse chaque année.

P1010017.JPG

Je n'avais jamais récolté les graines, même si j'adore les gâteaux et pâtisseries au pavot. Je rate presque tous mes gâteaux, alors je n'en fais plus.

À une certaine époque, j'aurais fait des milles sur les coudes pour manger des pâtisseries aux graines de pavot. Surtout les gâteaux roulés [hongrois, je crois]. Ou en tout cas de quelque part en Europe de l'est. Il y en avait fait maison dans les boulangeries kasher de mon ancien quartier à Montréal, je m'en régalais.

Et mes pavots ? J'admirais les fleurs lavande très pâle au coeur violet sombre qui se balançaient au bout de longues tiges remplies de latex et cela me suffisait.

Mais avec toutes les pluies qu'on a eu cet été, la floraison fut de très courte durée et je me retrouve avec une production fort impressionnante de grosses salières pleines de semences. Cette année je les cueille, me dis-je hier midi.

Questions sans réponses : quand donc les graines seront-elles mûres et prêtes à cueillir, et puis comment et quand le faire ? faut-il couper les capsules encore vertes ou les mettre à sécher et si oui, au sec, à l'ombre ou au soleil, ou encore vaut-il mieux les laisser sécher sur le champ et ramasser les capsules sèches en automne, avant ou après les gelées ? Rien dans mes livres. Fouillons l'Internet.

Je n'ai pas mis longtemps à rencontrer un vieux livre passionnant numérisé par Google. Le titre : Nouveau dictionnaire d'histoire naturelle, appliquée aux Arts, à l'Agriculture, à l'Économie rurale et domestique, à la Médecine, etc, Par une société de naturalistes et d'agriculteurs. Il s'agit du tome XXV d'une Nouvelle édition presqu'entièrement refondue et considérablement augmentée, avec des figures tirées de trois règnes de la nature. Année de publication : MDCCXVII.

Pouvoir consulter ce si vieux, précieux et si savant bouquin sur le coin de ma table de cuisine pour apprendre comment récolter et utiliser mon pavot, ça m'a plutôt furieusement et sauvagement impressionnée, c'est le moins qu'on peut dire.

J'ai appris que je pourrais aussi en faire des décoctions et des sirops pour soigner toutes sortes de bobos. Calmons-nous, me dis-je. C'est pas facile à lire, parce que écrit en vieux françois et bourré d'archaïsmes, certains caractères sont déformés et difficiles à déchiffrer.

Je suis remontée de PAV où il y a des figures et des recettes et plein de renseignements sur le pavot jusqu'au début du dictionnaire [qui va de PAS à PHO].

Et là, à PAS, qu'est-ce que j'ai trouvé ? La Renouée. Ben oui. Ma petite renouée des oiseaux m'attendait là. Cadeau. Je traduis le début...

PASSERINA. Ce nom, qui dérive du latin passer, passereau, a été donné anciennement à une plante, à cause que ses graines ressemblaient, pour la forme, à une tête de moineau. On croit que c'était la même plante que le leucoias bulbeux de Dioscoride, qui est raporté au genre Leucoias. Quoi qu'il en soit, ce nom a été appliqué au linum strictum, Linum, au lysimachia linum-stellatum, L., et surtout à la STELLÈRE PASSERINE, qui s'appelle vulgairement langue d'oiseau, parce qu'on a comparé ses feuilles à la langue d'un oiseau. Enfin, Linnaeus a donné le nom de passerina à un genre dans lequel aucune des plantes ci-dessus ne rentre. Thumberg y rapportait le genre lachoea. V, PASSERINE, page 30. (LN)
    PASSERINA. Nom italien de la RENOUÉE. (LN)

C'est toujours bon de lire À la recherche du temps perdu l'été, assise dehors, pieds nus dans l'herbe. Et dans la chaleur un peu humide du mois d'août, avec les chants des cigales, les frémissements du vent dans les feuilles.

J'avais suspendu ma lecture je ne sais plus quand. Une chance que je l'ai noté dans ma liste de lectures 2007. C'était en juillet. Et je me souviens que j'étais rendue quelque part dans Le côté de Guermantes. Le signet étant tombé, j'ai recommencé au début de Guermantes 1. Et c'est à la page 753.

Et on dira que c'est mon été des gros livres. Après avoir terminé les trois tomes de Millenium, livres que j'ai aimés et lus avec moult plaisirs et frissons, j'ai fait une pause lecture. On a parfois besoin du silence des mots et de la fiction. J'ai relu du Cioran, un peu de Plutarque, un petit Kafka. Et puis hier j'ai repensé à Proust comme on retrouve le souvenir d'un tendre ami, il me manquait. Et dire que la dernière page du livre, la fin du dernier roman, Le temps retrouvé [lu il y a longtemps], porte le numéro 2401.

« Et le nom de Guermantes d'alors est aussi comme un de ces petits ballons dans lesquels on a enfermé de l'oxygène ou un autre gaz : quand j'arrive à le crever, à en faire sortir ce qu'il contient, je respire l'air de Combray de cette année-là, de ce jour-là, mêlé d'une odeur d'aubépines agitée par le vent du coin de la place, précurseur de la pluie, qui tour à tour faisait envoler le soleil, le laissait s'étendre sur le tapis de laine rouge de la sacristie et le revêtir d'une carnation brillante, presque rose, de géranium, et de cette douceur, pour ainsi dire wagnérienne, dans l'allégresse, qui conserve tant de noblesse à la festivité. »

Et je remercie le signet de s'être échappé du livre. Je n'avais pas noté ce passage, page 755, vers le milieu.

Paraît que je reprendrai bientôt ma migration vers l'ouest de l'Eden. Autrement dit, que je réemballerai toutes mes affaires et que je reprendrai l'autoroute 20 Ouest, direction Montréal et ses environs. Par amour. Toujours. Ce soir, j'avoue n'avoir encore aucune idée du petit drapeau rouge en forme de goutte [façon google map] où je me déposerai. Pas grave. Je vis avec l'étoile.

Pour suivre la route de l'ouest sans jamais vous dire tout à fait clairement comment quand ni avec qui. Démissionné de mon emploi de travailleure autonome sans contrat à durée indéterminée depuis juin 2007 vers 15 heures 30 cet après-midi, après quelques minutes de palabres insignifiants avec une patronne amnésique. Ça fait long, je sais, à écrire dans une phrase, mais c'est ça qui est ça. Lui ai remis une lettre de démission dûment signée en mains propres [même si les miennes étaient sales, pleines de terre sous les ongles - par principe, héhé] pour pas qu'elle oublie que je pars le 5 septembre. Enfin. Comme toujours, j'ai mis longtemps à prendre cette décision, mais j'avais écrit la lettre 3 minutes avant de monter la voir. Sans préjudices.

Légère et plutôt lumineuse, je suis. Soir d'orages comme je les aime. Le tonnerre a grondé tellement fort, les vitres du vivarium vibraient. J'ai mis au micro-ondes une tasse d'eau fraîche à chauffer pour boire tout à l'heure après ma pause journal un thé sulfureux des plus doux concocté à même les herbes de mon jardin de sorcières et de ceux sauvages des alentours. Ça me manquera. - Ian Bostridge chante tendrement quelques lieders de Schubert. Je vole. Avec une folle préférence pour An die Musik :

« Beloved art, in how many a bleak hour, when i am enmeshed in life's tumultuous round, have you kindled my heart to the warmth of love, and borne me away to a beter world ! Often a sigh, escaping from your harp, a sweet, celestial chord has revealed to me a heaven of happier times, beloved art, for this i thank you. »

Dimanche passé, dans l'autobus qui me ramenait de Gaspé. Il était midi et demie quand on est arrivé à Sainte-Luce-sur-Mer. Beau soleil. Mer bleue. Très belle plage. Avec des gens qui ramassaient des choses dans le sable (coquillages ? cailloux ?), d'autres qui se promenaient tranquillement. D'autres assis sur des bancs. J'ai eu envie de descendre et de rester là un peu. Fatiguée.

Je lisais encore Cioran. J'ai souligné : « Un homme qui se respecte n'a pas de patrie. Une patrie, c'est de la glu. » Très vrai. Et : « Dès qu'on sort dans la rue, à la vue des gens, extermination est le premier mot qui vous vient à l'esprit. »

De Gaspé jusqu'à Rivière-du-Loup, juste devant moi, il y avait une femme qui n'arrêtait pas de bouger sur son siège, de s'étirer le cou par en haut, par en bas et sur tous les côtés, de fouiller dans des sacs, de s'attacher puis de se détacher les cheveux, de se gratter, de gigoter. J'aurais dû rester à Sainte-Luce et m'en revenir à pied.

J'ai eu une pensée pour cet homme qui a poignardé puis coupé la tête d'un autre homme dans un autobus entre Edmonton et Winnipeg, l'autre jour. Quand ils l'ont arrêté ils disent qu'il est resté muet, comme un robot, qu'il n'a pas prononcé une parole sauf tuez-moi. On dit qu'il ne connaissait pas l'autre, qu'ils ne voyageaient pas ensemble. Les gens dans cet autobus auraient tout vu, n'auraient rien pu faire. Frissons d'horreur. Pourquoi ? Ils vont dire qu'il était fou. On en a pas beaucoup parlé par ici. Sauf que la peur de l'Autre, de l'Étranger, a dû monter d'un cran. Par ailleurs, tout le monde ne ressent-il pas cette envie un jour ou l'autre de couper la tête de son voisin dans un autobus ou un métro bondé ? Tant que ça demeure un fantasme, ça va. Même ce fantasme-là, qui oserait se l'avouer sans crouler de honte et de culpabilité ? Le geste de cet homme a-t-il soulagé l'envie de tous les voyageurs, permis de commettre un meurtre, des milliers de meurtres par procuration, peut-être ? Mais couper la tête c'est plus que tuer. C'est le signe de capture de la bête, un trophée de chasse. Très biblique aussi, comme image. Je pense à Salomé tenant la tête de Jean-Baptiste, elle dansait. Et à Judith qui ramène la tête coupée d'Holopherne à son mari.

Avant Sainte-Luce, il y avait eu un arrêt de 45 minutes à Rimouski. Passé Sainte-Anne-des-Monts, il m'a été impossible de me connecter au web. À Rimouski, ça aurait pu marcher, mais il fallait un mot de passe. Demandé au chauffeur, il a dit je ne sais pas. Alors j'ai lu pour ne pas perdre mon temps. Les écrits de Cioran sont fascinants. Parfois c'est si drôle que les deux bras vous tombent. Tout est bon à faire du miel. J'ai rencontré une réflexion à méditer, à souligner :

« Signe irrécusable d'inaccomplissement spirituel : toute réaction passionnée au blâme, et ce pincement au coeur à l'instant même où nous sommes visés d'une façon ou d'une autre. C'est le cri du vieil Adam en chacun de nous et qui prouve que nous n'avons pas encore vaincu nos origines. Aussi longtemps qu'on n'aspire pas à être méprisé, on est comme les autres, comme ceux qu'on méprise justement. »

Question : comment arriver à l'accomplissement spirituel ? Réponse : en aspirant au mépris. Pas si simple. Il faudra faire taire le cri du vieil Adam. Tant qu'il y aura ce cri en soi, on aura pas vaincu nos origines, on méprisera les autres parce qu'ils nous renvoient le reflet de qui nous sommes et que nous ne voulons pas voir. À ce point de la méditation, vertige. Je nage en plein milieu des mythes bibliques. Au secours. C'était quoi le cri du vieil Adam ? Cri de détresse in Épitre de Paul aux Romains, chap. 7, v. 24 : « Malheureux que je suis ! Qui me délivrera de ce corps de mort ? » La phrase m'a trotté dans la tête toute la semaine. Pas celle du vieil Adam. Celle de Cioran.

Recherche de liens vers des têtes coupées :

Si vous en trouvez, faites-moi signe.

J'apprends à l'instant que Movable Type [mt pour les intimes] a lancé la version 4.2 et une Pro en plus. Très tentant de l'installer dès aujourd'hui. Pour plein de bonnes raisons que certains expliquent bien mieux que moi. Ainsi, il me sera encore plus facile et rapide de publier le journal, côté technique. Le rendre plus agréable à l'oeil et plus accueillant pour ceux qui lisent et participent. Si tant est que l'on peut utiliser le verbe « participer » dans un contexte pareil. Je cherche peut-être juste quelque chose d'un peu plus convivial et invitant.

C'est embêtant parce que hier matin, j'ai découvert et lu des articles et commentaires autour de Dotclear 2, venu au monde le 1er août. J'étais où? Tout le monde l'attendait depuis longtemps, même moi, c'était la fête. Avec une fois de plus l'envie très forte de m'y convertir.

Ce qui me pèse, c'est tous ces anciens cahiers du journal, surtout les premiers qui ont été publiés avec les moyens du bord de l'époque et qui auraient sérieusement besoin d'être réédités. Surtout le volume 1, et le 2 qui est en php maison [merci JF]. Certaines pages tiennent encore la route mais à force de les déménager ici et là, certaines ne s'affichent même plus comme dans le temps ou bien elles sont toutes de travers, on dirait que des codes sont devenus obsolètes ou en tout cas illisibles, j'imagine.

Je sais, ça ferait beaucoup de pages à re-publier, mais si je m'équipe des bons outils, je gagnerai du temps. Le plaisir n'étant pas de passer des heures à revamper du vieux matériel, les mains dans le copier/coller, mais de jouer à faire du neuf. Créer et non recréer.

Et c'est ainsi que, réfléchissant à Dotclear [dc pour les intimes], je me suis retrouvée avec une version de MT 4.2 toute fraîche, tentée par la MT Pro. On dit qu'il n'y a pas de hasard. Je fais quoi, maintenant ? Succomber aux deux outils et comparer, ou mettre à niveau [upgrader pour les intimes] les yeux fermés une plateforme que je connais bien et qui sera opérationnelle dans dix minutes, sans trop me fatiguer avec le bidouillage. Mais j'ai trop envie de passer à Dotclear. Ce choix est déchirant. Quelqu'un peut-il m'aider, me conseiller ?

Je suis ici.
Et là.
J'ai pris le train pour venir passer quelques jours d'écriture et de vacances à Gaspé.
Je suis ailleurs.
Aujourd'hui, sur les pierres de Mireille Loup.
Suivre le lien pour admirer l'image dont les droits sont réservés. Je crois que je peux la reproduire ainsi, cachée derrière ma page 31, pour vous la montrer comme une belle citation : loup_pierres.pdf. Pierres illustre le dépliant de La Grande Traversée. Horizons photographiques. Je l'ai retrouvée dans le dossier artistique de Mireille Loup. Photographe de talent à visiter sur mireilleloup.com

« Exister est un plagiat. » Cioran dixit.

J'écris ce journal en ligne depuis bientôt huit ans.
Il a vécu, survécu et revécu.
Il vit, survit et revit.
Il vivra, survivra et revivra en échappant chaque jour un peu plus aux tentatives de mises sous étiquettes que sont les définitions.
Indéfini et inachevé, il existe.

« Exister est un phénomène colossal — qui n'a aucun sens . » Cioran encore.

Ai-je déjà écrit tout cela ? Possible.
Si oui, je me répéterai avec plaisir.
Je constate tenir un journal sans fin et sans objet.
Qui se doit de n'avoir aucune utilité, de ne servir aucune cause, de n'exercer aucune influence, de rester en dehors des courants et des lieux communs.
J'y tiens mordicus, comme à la prunelle de vos yeux.
Ainsi j'ai la paix pour continuer.

J'aime la distance entre soi et l'autre, entre soi et les autres.
L'éloignement permet de faire des efforts, de plisser les yeux pour mieux voir.
Et si je les ferme un peu trop, laissant juste une toute petite fente, j'aperçois une autre réalité, un autre monde se crée avec des images d'arbres tordus, d'animaux étirés, d'êtres humains plus petits ou plus grands que nature, de nuages effilochés, d'âmes déformées, torturées.
Ainsi, je m'assure l'impression d'être à ma place et efficace.

Et Cioran toujours [dans Ébauches de vertige] : « La véritable élégance morale consiste dans l'art de déguiser ses victoires en défaites. »

J'aime pousser plus loin et croire que la véritable élégance morale consiste dans l'art du déguisement.

« S'il est un instant où l'on devrait pouffer de rire, c'est lorsque, sous l'effet d'un intolérable malaise nocturne, on se lève sans savoir si on rédigera ses dernières volontés ou si l'on se résignera à quelque misérable aphorisme. »

Justement.

À propos de cette archive

Cette page est une archive des billets de août 2008 listé du plus récent au plus ancien.

juillet 2008 est l'archive précédente.

septembre 2008 est l'archive suivante.

Retrouvez le contenu récent sur l'index principal ou allez dans les archives pour retrouver tout le contenu du volume 8 (janvier 2008 à ce jour).

mon te deum

Ce ne sont des victoires
que je chante
je n'en ai pas,
mais le soleil qui brille pour tous,
la brise,
les largesses du printemps.

Non la victoire,
mais le travail quotidien accompli
du mieux que je pouvais ;
non un siège sur l'estrade,
mais à la table commune.

[Reznikoff, Te Deum]

marginalia

trop beau : il fait trop beau pour rester assise devant un écran d'ordinateur. vite,dehors. prendre du soleil, jouer avec le chat. cueillir la menthe poivrée, la monarde, le persil, le basilic. ce soir, faire des herbes salées, faire sécher le reste. tout...

recherche

méli-méliens