22. pendant propos

Et enfanta aussi légèrement que la brebis son agneau, sans rupture ni grands efforts. Même le nouveau-né se trouva recueilli par un oiseau qui d'une aile faisait sa couche et de l'autre l'éventait.

un journal personnel, vraiment de soi, c'est toute une tragédie. ça prend plus que des tripes et du coeur pour le mener à son terme. quand arrivent les doutes et la peur, tu t'en rends compte assez vite. y'a plus personne de vivant

quelques empreintes dérobées au temps, par grands morceaux. cela peut devenir une matière pesante et puante et totalement inerte. une puissante force à t'immobiliser. rien ne bouge. et puis d'un seul coup ça se met à débouler. le jeu du je se précipite. tu t'abîmes, plonge dans un état dangereux. agnelage dans les ronces au fond d'un précipice

il ne s'agit pas de déréliction, ou d'errances. loin du mépris et de ses soeurs les envies. dégoût viscéral pour l'épidémie galopante de se vendre. juste incapable du moindre cabotinage pour semer et récolter du commentaire des petits z'amis virtuels. il s'agit d'habiter le siège réservé à son être. dire oui à son histoire. la vivre là où elle se manifeste têtue. être sagesse et maîtresse du seul trône de soi. accepter que la mienne vie n'en soit pas une de perdue mais mille et une disséminées au travers celle des autres. une qui résumerait et enfermerait en elle seule l'univers et tout le reste. si je l'écris

ne livrant jamais de soi que de tout petits fragments décevants. à la limite de l'indéchiffrable, mais heureux. jubilatoires et aimants. aux antipodes de la vengeance et du ressentiment. avec des fleurs et des oiseaux. des miriades d'étoiles

[L'épigraphe est de Victor Segalen, in Stèles : « Éloge d'une vierge occidentale »]

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le 26 mai 2008 à 3h17 [UTC-5], sauvageonne Author Profile Page a écrit :

J'aime le non usage de cette majuscule saugrenue.

"fragments décevants. à la limite de l'indéchiffrable, mais heureux." ça donne tout ses sens à un journal.

J'adore vous lire. Je ne m'en défais pas, depuis des années, pas par voyeurisme. par admiration, par amour des mots. Le jeu des mots vous rend, à mes yeux, vivante.

Au plaisir, lady A.

le 26 mai 2008 à 12h01 [UTC-5], annie Author Profile Page a écrit :

très chère sauvageonne, je ne sais pas trop quoi vous répondre. ça fait plaisir. en tout cas merci de prendre le temps d'écrire un mot. c'est rare. j'aime bien " majuscule saugrenue ". mais c'est un peu trop silencieux par ici. contradiction : j'aime ce silence, mais des fois, grrr. je songeais justement à fermer une fois de plus le bidule à commentaires. des fois, quand il y en a toujours 0, j'imagine que plus personne ne lit ce journal et ça me donne une raison de plus pour douter et me laisser tenter un peu par de folles alternatives existentielles : fermer boutique, aller à la pêche, ouvrir un courrier du coeur, etc. c'est tout à fait irrationnel, mais c'est comme ça. j'ai très bien fait de laisser le bidule à commentaires en place en affichant la plus souveraine indifférence des fleurs. en essayant de ne plus penser aux gens qui lisent et n'écrivent pas, j'ai pu lire votre si jolie note.

encore merci...

À propos de ce billet

Cette page contient un billet unique publié le 21 mai 2008 9h06.

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mon te deum

Ce ne sont des victoires
que je chante
je n'en ai pas,
mais le soleil qui brille pour tous,
la brise,
les largesses du printemps.

Non la victoire,
mais le travail quotidien accompli
du mieux que je pouvais ;
non un siège sur l'estrade,
mais à la table commune.

[Reznikoff, Te Deum]

marginalia

zen : il ne faut pas laisser les autres nous définir (dixit un moine bouddhiste)...

et tes chenilles ? : une grand ami m'écrit tout à l'heure. pour me demander qu'est-ce qui est arrivé à mes chenilles, où en est rendu mon projet de recherche commencé il y a quelques années. réponse fut faite. qui sera rendue publique très bientôt....

trop beau : il fait trop beau pour rester assise devant un écran d'ordinateur. vite,dehors. prendre du soleil, jouer avec le chat. cueillir la menthe poivrée, la monarde, le persil, le basilic. ce soir, faire des herbes salées, faire sécher le reste. tout...

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