promenade matinale
Premier sentier, je longe la clôture de broche, vers mes bois enneigés. De la maison jusque là, mes raquettes enfonçaient un peu, ça faisait floushshh, flousshshh.
Tiens, un drôle de petit arbre, et puis d'autres. Avec des branches cassées. Des feuilles mortes accrochées après, toutes brunies. J'ai pensé à Carla Bruni. Au brun des grains de café. C'est fou comme les pensées se promènent loin de la promeneuse solitaire à la tête trop pleine. Pline le Jeune. Comment faire le vide en soi. Faudrait être une bouteille. Litote. À moitié pleine. Hier j'ai trop bu de la veuve champagne, hic. C'est quoi le bois d'hickory, le bois pour fumer le saumon. C'est ou ce n'est pas ainsi que cela s'écrit, hickory ? Ah si j'activais le widget à commentaires, je sens que l'« on » s'empresserait d'éclairer mon fanal. Ça me tente, des fois. D'autres pas.
J'aime mieux sortir des sentiers déjà tracés par d'autres ou par moi-même, mais par où passer sans déranger les arbres ? J'arrête d'avancer. Silence.
Un oiseau chante. Un arbre de Noël dans la jungle. Jingle bells.
Sont trop beaux les sapins. Ça sent bon. J'ai perdu une mitaine. Trois p'tits minous ont perdu leurs mitai-nes, la la la la la la-la. Je chante que j'ai soif. Et puis. Silence.
Et si je regardais le ciel ? Bleu. Comme dans le film de Kieslowski. Juliette Binoche, si belle. Mysterious...Sexy ! avaient-ils écrit dans le New Yorker. Les oiseaux, je les entends, je ne les vois pas. Là-haut.
Une fois l'hiver passé, j'étais en forêt, j'avais soif, alors j'ai mangé de la neige. J'ai eu mal au ventre.
Je ne jette jamais les cartes postales. Les livres non plus. Je ne les collectionne pas. Je les garde, c'est tout. Je ne suis pas une collectionneuse. Une fois j'ai voulu collectionner les petits coffrets, après trois, j'ai arrêté. Juste trois, c'est pas une collection.
Beaucoup de traces du passage des animaux. Des petits pas, des grands pieds, des traces de queues, ou de ventres. Affamés ? J'ai des envies de chasser. Avec un fusil. Tirer. Télécharger. Quand on regarde en haut, on ne peut pas les voir, les oiseaux. Dans le langage parlé, et même dans l'écrit, les négations se perdent. Quelqu'un saurait-il m'expliquer cela ?
Mon sentier préféré, c'est lui.
J'ai faim. En revenant, je suis tombée, me suis tordu un pied. Ça n'a même pas fait mal. Pas beaucoup.