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  <title>palymbrosia</title>
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Très inspirée, je lis Raconter et mourir, de Thierry Hentsch. Ce livre est fabuleux. 
Je reprends le journal, je sais, c'est tout à fait dégoûtant mais je suis incapable de respecter plus longtemps cette pause imposée par Annie Strohem l'autre jour, folle promesse qu'elle s'était faite à elle-même lorsqu'elle s'était retrouvée enfermée dans la chambre. J'écrirai dans un autre cahier, voilà tout. Ce qu'il me faut c'est reprendre ce projet d'avant le déménagement, et qui dormait sur le serveur, soit le Love and Writing Project, tome 2 intitulé « Solarium ». Je retravaille les gabarits, ajuste mes couleurs une par une. Pour le moment, il n'y a rien d'autre dans ce nouveau cahier qu'un Lorem ipsum piqué quelque part sur le web, en libre accès, et c'est bien pratique.  
Ainsi, la pause pour laisser toute la place à l'écriture du roman, ça n'a pas fonctionné, j'ai fait n'importe quoi plutôt que de suivre mon plan : défait tous les cartons, rangé tout ce qui restait à ranger, couru les magasins pour me procurer quelques meubles et autres choses utiles et « indispensables » qui manquaient, accroché des rideaux, des cadres, soigné Lubie qui a recommencé à aller chasser dehors et qui a fort beau poil ces jours-ci, cadeau du froid sibérien. Et pour finir j'ai fait des lessives, du repassage, et j'ai même installé des petites cordes à linge dans le coin lessive pour y suspendre les vêtements et autres tissus délicats qui ne supportent pas la tourbillonnante violence du sèche-linge.
Ainsi donc, si je mets fin à cette pause du journal en ligne, il faut bien que je me re-pose la question, pourquoi continuer de l'écrire ?  Je pourrais tout aussi bien mettre fin au journal papier, dans lequel par un curieux hasard, je me suis retrouvée à la dernière page avant-hier soir. J'ai viré à l'envers toutes les papeteries de la région, aucune ne vend mes chers cahiers « Blueline » avec une couverture noire, va falloir que je monte à Québec ou à Montréal pour en faire provision. Je ne peux donc plus continuer le journal papier pour le moment et je me retrouve bien coincée sans aucun journal et pas question d'écrire dans n'importe quel carnet. J'ai bien un petit « moleskine » [eh oui, j'ai succombé moi aussi à cette folle mode prétentieuse juste par amour pour la légende] mais je ne l'utilise que pour prendre des notes dans les cafés et autres lieux publics. 
Pour dire franchement, rien n'est facile dans ma nouvelle vie, je veux dire l'adaptation à une vie simple, à la vie en pleine campagne [dont je rêvais depuis que je l'avais quittée dans mon enfance, autant dire depuis toujours]. Cette adaptation donc, ne  se fait pas sans heurts et surtout avec de longs passages à vide comme des couloirs remplis de beauté secrète où je me retrouve avec ce sentiment étrange d'être nulle part ailleurs que dans un eden ouaté en apparence, mais où je dois apprendre jour par jour et heure par heure et minute par minute à composer avec la grande solitude et une nature quasi sauvage qui ne me demande rien, qui n'attend rien de moi, et de qui je dépends pour ma survie, c'est la noirceur, les animaux, les insectes, l'eau, les orages, la neige, le vent, la pluie, le bois, les vieux arbres, la végétation qui a l'air toute morte, une maison beaucoup trop grande pour moi toute seule, le sol gelé, la glace et les étoiles et les flammes qui ne veulent pas se rallumer quand par malheur je laisse les braises refroidir. Quand je me lève au milieu de la nuit pour mettre du bois dans l'âtre et nourrir le feu, je regarde dehors avant de remonter à ma chambre et les deux dernières nuits le ciel n'était pas d'un noir profond mais bleu très foncé, je le voyais comme une épaisse couverture de laine et rond et bas, éclairé par une multitude d'étoiles et d'astres de toutes formes et de toutes couleurs jaunes et blanches presque roses. Le souvenir d'en avoir vu autant et d'aussi près remonte à fort loin dans ma vie. J'ai fredonné un moment Look at the stars, la la la for you en regardant les étoiles et le silence bleu et j'ai pensé à mon Love and Writing et je me suis recouchée avec l'envie de rire aux anges et aux oiseaux.
Malgré tout cela, ma grande fatigue des derniers mois et des dernières années lève peu à peu l'ancre et ses voiles plurielles. Je sais, je n'ai pas fait une longue pause, même pas fini d'écrire les dix premières pages du premier chapitre du roman qui me taraude, c'est pas grave parce que bientôt ça va être Noël. Je constate qu'avant de l'écrire ce roman, j'avais oublié de le rêver, de le désirer, ce que je me donnerai le temps de faire en poursuivant le journal dans ce nouveau cahier. Voilà pourquoi je suis là.
Et puis il y a ce passage de Thiery Hentsch qu'il faut absolument que je cite, un percutant commentaire que j'imagine écrit sur mesure pour moi, au sujet de L'Épopée de Gilgamesh :
[...]Les folles aventures, la démesure ont donc elles aussi leur « utilité ». Il faut être allé au bout de soi-même, aux limites de ses capacités, avoir franchi les bornes de l'ambition, avoir connu les extrêmes de la passion et du désespoir, pour tenter d'accomplir le plus difficile : la vie de tous les jours dans sa simplicité, dans sa beauté secrète.    


Note insérée le dimanche 11 décembre : 
Cela devait arriver, cette page 140 sera donc la dernière du volume 5, puisque j'ai enfin fini le bidouillage du prochain cahier aux couleur vert lichen pour le fond [#ccddbb], topiaire [#99bb54], mousse sauvage [#87aa42], violet volatile [#771464], clair de lune [#ffe040] et finalement solarium [#ffcf4f] &ndash; d'où le sous-titre. Un grand merci à Neige de Simplement vert : « Un peu trop écolo, trop féministe, trop vert, mais que diable, elle a des orgasmes. Autrement, botaniste, biochimiste, naturaliste et allaitante. », puissante inspiratrice de lumière pour ce nouveau look, en pause depuis juillet 2004. Plaisir de noter ce qu'elle écrit merveilleusement au sujet du pigamon, j'en frissonne chaque fois que je lis :
« Le pigamon ne fleurit pas. Il éclate. Il a poussé dans le bois qui fait le pas entre le cap et le ruisseau de Petite Malbaie. Tandis que l'empressement du printemps fait tout fleurir autour de lui, il confectionne patiemment ses dentelles en pattes de grenouilles, le long de ses tiges chaque jour plus longues et plus gracieuses. Puis un beau matin ensoleillé, fouish... il éclate comme un feu d'artifice au sommet de sa parabole. »

 Ainsi donc, un an plus tard, avec beaucoup d'émotions et de chemin parcouru, un profond changement intérieur, le grand ménage dans les livres, les placards, les objets de la vie quotidienne, les amours, les deuils, les petits et grands sentiments, les amitiés, opérations à coeur ouvert avec des mains douces gantées de soie et par une succession de détachements, dénouements, évictions naturelles de liens obsolètes, mes retrouvailles avec le fleuve et la montagne et la rencontre avec ma chère maison toute blanche dans la région de Kamouraska, le journal continue avec le volume 6, sur Love and Writing Project : tome 2 [solarium]. Et c'est avec ces mots que tranquillement je referme mon cher cahier Palymbrosia.  

 
Auteur : Annie Strohem
Muses : les étoiles
Écrit à Kamouraska
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    <title>139. une toile de Jouy</title>
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    <summary type="text/html"> Je n&apos;ai pas beaucoup retouché la page d&apos;hier malgré mes bonnes intentions de rigueur exprimées à chaud. Pas envie du tout de la relire, et donc je vais laisser les mots déposés là en vrac, tels qu&apos;ils me sont...</summary>
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Je n&apos;ai pas beaucoup retouché la page d&apos;hier malgré mes bonnes intentions de rigueur exprimées à chaud. Pas envie du tout de la relire, et donc je vais laisser les mots déposés là en vrac, tels qu&apos;ils me sont remontés du fond de la gorge. Indigeste ? Autant assumer, tourner la page.
Je ne peux pas dire qu&apos;écrire l&apos;incident et surtout le choc de l&apos;enfermement fut thérapeutique, je ne crois pas plus à cela qu&apos;à tout le reste. Si l&apos;écriture était thérapeutique, les écrivains digne du nom ne seraient pas tous aussi fous, ils seraient les premiers à se vanter d&apos;avoir guéri leurs névroses et les lecteurs boiraient cette vérité vraie comme du petit lait. Ce qui est loin d&apos;être le cas. Quant à écrire pour communiquer, partager, je n&apos;y crois pas beaucoup non plus. Nous en revenons donc à écrire pour écrire, pour sa mère et à son père, qui d&apos;autre ? écrire pour être lue, pour vivre, exister dans un coin de l&apos;univers et le reste, puisque c&apos;est le seul moyen de me donner un semblant de dignité humaine. 

Annie Strohem n&apos;a pas retrouvé le désir de continuer le journal. Elle a bien travaillé, je l&apos;ai même envoyée faire des courses et puis elle a cuisiné du poulet pour le souper et rentré du bois, entretenu le feu. Dans la soirée elle a assemblé les bibliothèques [après que je lui aie fait prendre un peu de dope pour calmer ses douleurs musculaires - ne paniquons pas, je lui ai donné deux comprimés d&apos;Advil]. Elle a sorti tous les livres et les revues des boîtes en écoutant Léo Ferré. Encore enragée, mais pas triste et sur le chemin de l&apos;apaisement. Elle ne pensait qu&apos;à une chose, s&apos;assoir à ma table et commencer enfin le gros roman dans lequel elle écrirait divinement et en quelques mois une grande et belle et bonne histoire.
Avant hier, le dr Lamothe a téléphoné dix minutes après qu&apos;elle fut sortie de la chambre, il a dit que Lubie faisait trop de température et une « bonne mammite » et qu&apos;il ne pouvait pas faire de chirurgie aujourd&apos;hui sans risquer de mettre sa vie en danger et il a demandé de venir la chercher pour la soigner à la maison, il a fortement recommandé de l&apos;isoler afin qu&apos;elle ne puisse pas avoir accès aux chatons qu&apos;elle chercherait à faire téter. Tiens, un autre enfermement. J&apos;imaginais mal Lubie toute seule dans une chambre sans sortir dehors, elle qui aime tant se rouler dans la neige fraîche. Annie s&apos;est donc rendue à la clinique et on lui a montré comment administrer les satanées pilules : antibiotiques [Clavamox : amoxilline et clavulanate de potassium, 62,5 mg, à prendre matin et soir x 10 jours] et anti-inflammatoires [Anafen, 5 mg par jour x 5 jours] pour guérir la « bonne mammite » comme ils disent et ainsi la chatte pourra être opérée mercredi prochain. Vous avez déjà fait prendre une pilule à un chat ? Charmant.  L&apos;ex-narratrice de ce journal lui a donc prêté ma chambre, la plus belle de la maison, ni plus ni moins, elle y a transporté une vieille courtepointe qu&apos;elle a placée sur un futon par terre au pied de mon lit, et des bols en porcelaine chinoise à petites fleurs bleues de Chine pour l&apos;eau et la nourriture et une litière toute propre sous les marches de l&apos;escalier du grenier, en la flattant [merci grand Zeus, ils ne l&apos;ont pas rasée, mais réussi à lui enlever tous ses rastas avec un bon brossage et un léger rasage sur les flancs, là où les noeuds étaient les plus durs] 
Le grattage pour arracher la vieille tapisserie sur le mur de la chambre va en rester là. Pas fini, mais terminé. Elle a trouvé six mètres de toile de Jouy au village, acheté une agrapheuse et des agraphes et le mur sera tapissé avec du tissu. Fin de l&apos;épisode.
 Sauf que, toujours avant hier, quand elle était enfermée dans la chambre, Annie était persuadée que cet enfermement était un signe, une sorte de métaphore de son enfermement dans le journal en ligne, le grand responsable de l&apos;échec de ses romans, bref elle se répétait que cet enfermement était un acte manqué et elle s&apos;est juré en grignotant le bois de cette porte comme une souris, juré dis-je, que si elle réussissait à sortir de là vivante, elle arrêterait le journal. Quelle maladresse. Avait-elle oublié que c&apos;est moi et non pas elle, moi seule, qui peut décider ou pas d&apos;arrêter ou de continuer le journal ? Et surtout je dois lui dire de me laisser jouer mon rôle d&apos;auteur, je saurai quand le jour sera venu de m&apos;assoir à MA table et d&apos;écrire MON roman. Non mais pour qui elle se prend.
Depuis, je n&apos;ose pas réfléchir trop fort. Je préfère ne pas penser, ne pas laisser de place à cette folle idée parasite qui me taraude depuis ce matin : et si je laissais Annie Strohem se prendre pour moi ? Stop. Ruminer ce genre de conflit interne ne sert à rien d&apos;autre qu&apos;à tourner en rond. Qu&apos;arriverait-il si je lui donnais raison sur toute la ligne, et si je lui cédais mon bureau, et si je la laissais fermer le journal ?  
 « Relaxe. Tu peux fermer temporairement, faire une pause. Moi, je me suis peut-être enfermée dans la chambre blanche avec un vieux mur moche, mais j&apos;ai réussi à sortir en cassant la porte. Je sais bien que tu es enfermée dans le journal et cela ne date pas d&apos;hier, alors je ne crois pas qu&apos;il te soit nécessaire de casser la porte du journal pour entrer dans l&apos;écriture du roman. Je nous souhaite une belle et longue et bienheureuse et brillante pause ensoleillée, sur la neige. »   

Auteur : Annie
Muse : la toile de Jouy
Écrit à Kamouraska
    
      
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    <title>138. parlez-moi</title>
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    <issued>2005-11-25T11:14:48-05:00</issued>
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    <summary type="text/html"> Ce que je vais écrire aujourd&apos;hui, j&apos;ai été incapable de l&apos;écrire hier. Et ce matin, c&apos;est toujours aussi difficile. Alors j&apos;ai choisi la troisième personne, choisi de faire comme si Annie Strohem ce n&apos;était pas moi, comme si elle...</summary>
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      <![CDATA[

Ce que je vais écrire aujourd'hui, j'ai été incapable de l'écrire hier. Et ce matin, c'est toujours aussi difficile. Alors j'ai choisi la troisième personne, choisi de faire comme si Annie Strohem ce n'était pas moi, comme si elle n'était qu'un personnage, à la fois protagoniste et narratrice de ce journal &mdash; ce qu'elle est, mais ils ont tendance à l'oublier &mdash;, parce que avant-hier, hier et aujourd'hui, elle se trouve dans un piètre état, elle va mal et se dit absolument incapable pour la première fois depuis fort longtemps de continuer à tenir ce journal. 
C'est difficile pour moi aussi, dur de prendre du recul. Alors je vais prendre le temps qu'il faut et mettre la page en ligne par courts épisodes. Vous me verrez probablement retravailler un peu le texte, parce que le premier jet sera sans doute nul et pourri, mais il faut bien que je nous en débarrasse. Alors voilà.

La chatte Lubie est malade. Annie Strohem l'a portée chez le vétérinaire hier matin pour la faire examiner, vacciner, raser ses longs poils pleins de noeuds, et finalement lui faire ligaturer les trompes afin qu'elle ne soit plus mère, parce que des chatons, elle en a toujours de très beaux deux fois par année et on veut tout le temps tous les garder mais ce n'est pas possible, sans compter que les mises bas sont de plus en plus difficiles pour elle. Pauvre chatonne, quand Annie l'a portée à la clinique ils ont pris sa température et elle faisait de la fièvre et alors ils ont dit nous allons l'évaluer, et lui donner une injection d'antibiotique et si ça va nous pourrons l'opérer aujourd'hui, mais de toute manière nous vous appellerons cet après-midi pour vous donner les résultats des examens. Annie a donc signé toutes les autorisations et puis elle est rentrée à la maison un peu inquiète pour la chatte. Elle a décidé, pour se changer les idées, de continuer à gratter la tapisserie et les restes de colle sur le mur d'une chambre au deuxième étage, celle située en face du bureau. Dans cette pièce, il n'y avait rien d'autre qu'un grattoir et une étagère vide [un vieux meuble télé blanc en mélamine laissé ici par les anciens propriétaires et qu'elle a conservé pour essayer de le recycler en bibliothèque, le revamper avec un peu de peinture, peut-être même lui donner un beau fini laqué noir et le remplir ensuite de livres]. 
Dans cette chambre blanche, il y avait Annie Strohem, elle portait un vieux jean bleu délavé et un t-shirt violet, avait les cheveux retenus sur la nuque par une grosse pince en plastique et la masse brun noir ondulée lui couvrait une bonne partie du dos [en hiver ça tient chaud, cela dit, on s'en fiche des frisous, il vaudrait mieux raconter l'histoire sans détours] elle tenait énergiquement son grattoir tout neuf à manche jaune, de marque Richard, dans une main, en appuyant sur son poignet avec l'autre main, pour mettre de la pression et arracher le maximum de papier d'un seul coup afin de découvrir le mur en bois de pin qui se cache en dessous. Elle devait gratter depuis un bon trois quart d'heures et le travail avançait rondement lorsqu'elle s'est arrêtée, un peu essoufflée, et pour se reposer elle s'est assise sur une planche basse de l'étagère, elle a regardé autour d'elle cette chambre toute blanche, la fenêtre et le fleuve devant et son regard s'est arrêté sur la poignée de la porte. Tiens, une poignée qui peut se verrouiller de l'intérieur, chouette. Elle a immédiatement fermé la porte pour savoir comment on peut se sentir tout seul dans cette chambre quand la porte est fermée. Et juste comme la porte se verrouillait, elle a su qu'elle avait fait une énorme bêtise... elle pourrait  jurer, si on lui demandait, avoir senti son coeur s'arrêter, sauter un battement ou deux avant de reprendre sa course en accéléré, elle pourrait surtout avouer s'être traitée de stupide et d'imbécile de ne pas avoir vérifié avant si la poignée fonctionnait bien. 
Non, pas ça, se dit-elle. Le pressentiment s'est avéré un fait, la poignée tournait dans le vide. Annie Strohem s'était enfermée toute seule dans une chambre  maudissant et invectivant son inconscient mais ça n'y changeait rien, dans une maison retirée à la campagne où elle vivait seule, sans un voisin assez proche pour l'entendre si elle crie au secours, et personne dehors non plus à part des voitures qui passent sur la route à toutes les 10 ou 15 minutes. Elle eut peur. Elle se tenait devant la vitre, et réfléchissait à une solution pour sortir de là, le front appuyé sur une petite plaque de givre. Elle voulut ouvrir la fenêtre pour faire des signes aux voitures, mais le chassis extérieur était coincé par le gel. Pas de téléphone dans la chambre, et la porte de la maison en bas, verrouillée elle aussi de l'intérieur. Casser un carreau et sauter par la fenêtre ? Les carreaux sont petits et je risque de me couper gravement, de plus, à cette hauteur, je risque de me casser les os en arrivant au sol, se dit-elle. Surtout, ne pas paniquer. J'ai ce grattoir, je vais essayer de grignoter le bois autour de la poignée et briser le mécanisme. Après quelques tentatives, elle se rendit compte que la chose était solide et qu'elle ne céderait pas. Dernière et ultime solution, gratter le bois de la porte assez longtemps pour pratiquer une ouverture afin d'y passer le bras et ouvrir de l'extérieur : « si je ne fais pas ça, je serai encore ici dans dix ou quinze jours, au travail ! »

 Annie s'est ainsi attaquée à la porte avec le grattoir, mais le panneau qu'elle croyait mince était plutôt épais. Il a fallu pas mal de temps pour voir un minuscule point, le jour de l'autre côté. Soulagée, elle se dit que ce n'était qu'une question de temps, de patience, et de force pour gratter, agrandir le trou. Elle a gratté, gratté rageusement, désespérément en suppliant la lame de ne pas casser, se suppliant elle-même de garder son calme, de ne pas paniquer, ses mains lui faisaient mal. Elle s'est arrêtée un peu, la radio en bas jouait la chanson préférée de son père. Les larmes ont coulé sur ses joues, brûlantes.    
Parlez-moi d'amour
Redites-moi des choses tendres
Votre beau discours
Mon coeur n'est pas las de l'entendre
Pourvu que toujours
Vous répétiez ces mots suprêmes
Je vous aime.  




C'est terrible, ce texte sonne trop mélodramatique, mais je suis encore sous le choc. Je le réécrirai. Le dégagerai des scories.

Je veux raconter tout cela et le reste, tout ce qui s'est passé après, comment Annie Strohem a réussi à ouvrir la porte, car elle n'osait envisager la possibilité que la poignée extérieure ne fonctionne pas elle non plus. Tant pis, je verrai en temps et lieu se disait-elle. Mais le trou dans la porte s'agrandissait avec une lenteur désespérante, la lame commençait à s'émousser. À un moment donné, ce maudit trou prit tout seul la forme d'un coeur. Le comble du ridicule, se dit-elle. Le bois était d'une dureté presque minérale, elle le jugeait insensible à son malheur, mais d'un beau blond presque rose, signes que le coeur ne se laisse pas entailler si facilement. Ce matin, j'ai pris une photo de la porte massacrée. Je reviens pour les suites de cette histoire bientôt, enfin, dès que je pourrai, il est déjà onze heures et je pioche sur ce clavier depuis 8h30 du matin. Je vais faire travailler Annie Strohem, la faire travailler même si elle se plaint d'avoir les mains, les bras et les épaules endoloris, et des égratignures sur les avant-bras, sur les doigts, je lui ordonnerai de monter les bibliothèques, puis de sortir tous mes livres des boîtes et de les ranger en ordre alphabétique selon les noms d'auteur. Les livres me manquent, ça va me faire du bien. 
Parlez-moi d'amour
Redites-moi des choses tendres
Votre beau discours
Mon coeur n'est pas las de l'entendre
Pourvu que toujours
Vous répétiez ces mots suprêmes
Je vous aime.  
Auteur : Annie
Muse : la chanson de Jean Lenoir, par Lucienne Boyer [1931]
Écrit à Kamouraska
   ]]>
      
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    <title>137. mal</title>
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      <![CDATA[
Écrit mentalement une bonne dizaine de pages en rentrant hier soir. Impossible de noter et conduire en même temps. Des pages qui me semblaient uniques, géniales, se sont envolées en fumées. Ce matin je ne me souvenais plus de rien et j'avais la tête pleine de cloches et de carillons. Je vais mal. Je me suis donc accordé un jour de repos bien mérité puisque je suis rentrée très tard [je n'aime pas beaucoup conduire dans le noir], j'essaie d'accueillir le calme de la maison, le laisser se réinstaller. Ces derniers jours passés à Montréal m'ont valu leur lot d'émotions pas toutes agréables. Enfin une bonne chose fut réglée chez le notaire, la maison de la rue Hutchison est vendue depuis hier entre 16 et 17 heures [l'acheteuse s'est présentée avec une heure de retard, le notaire fulminait - et moi donc], de plus, je pensais avoir l'argent tout de suite, mais il semble qu'ils ont besoin de deux jours pour enregistrer l'acte de vente et donc je ne serai payée que le 23. Plutôt frustrant, j'ai tellement hâte de rembourser la banque et que tout cela soit terminé. Le reste, certains autres détails moches et irritants dans cette affaire, j'ai encore le nez trop collé dessus pour pouvoir écrire ne serait-ce qu'une ligne sur le sujet. Je suis ici maintenant, c'est l'essentiel. Je continue la relecture de Franz et François et recopie tous les passages sur la névose, l'angoisse, et ce qui me touche de beaucoup trop près pour le laisser passer.   

&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;« Cacher aux autres qu'on va mal est un art, et dans son cas, c'était devenu du grand art. »
« On ne passe pas autant d'heures à penser à quelqu'un sans l'aimer, se disait François, qui était au courant de la coexistence des sentiments tendres et des sentiments agressivement hostiles, chez tout un chacun, et savait que personne n'a tout à fait exorcisé la vieille et primitive peur des morts qui deviennent les ennemis des survivants. »
« Il s'était vite rendu compte que le genre autobiographique ne lui convenait pas. Il avait écrit : "L'autobiographie n'est pas mon fort." Voilà une phrase qui lui avait plu. Un bel exemple de dénégation ! La phrase "l'autobiographie n'est pas mon fort" voulait dire : "je souhaite vous parler de moi et de mes problèmes." Un truc vieux comme le monde. »
« "Chaque fois que j'ai touché le fond, lui avait dit un de ses amis, j'ai toujours réussi à rebondir." Rebondir ! Une morale de kangourou ! François n'avait pas voulu répondre que ce fond, quand on l'atteint, mérite certainement d'être exploré. »
« Si mon père vivait toujours, je n'aurais jamais osé écrire une ligne sur lui. Mon llvre n'aurait pas existé sans cette mort. Peut-être aucune oeuvre forte n'existe-t-elle sans la mort de quelqu'un ? »
« L'homme doit consentir à ne faire qu'un avec sa tragédie, il doit y consentir ou bien s'y résigner, mais il faut en passer par là : François était prêt à accueillir les visions du monde les plus noires, du moment qu'elles ne l'empêchaient pas de se lever. Pour les extases à la Spinoza &mdash; jouir autant que possible des choses de la vie &mdash;, pour un état de communion directe avec la Vie universelle, il verrait plus tard dans la journée. »
« À cette époque, il avait depuis longtemps renoncé à discuter avec son père, qui n'acceptait pas d'être contredit, ce qui est souvent le propre de personnes très angoissées.« Peut-on obliger un fils à supporter et assumer les angoisses de son père ? C'est beaucoup lui demander, mais il n'a pas le choix. L'angoisse de nos parents est un héritage qui ne se fait pas attendre : on le reçoit dès la naissance. Un héritage périnatal... Ensuite c'est du goutte-à-goutte. Les parents sont des distillateurs d'angoisse, mais ceux qui n'hériteraient d'aucune angoisse seraient bien démunis. »
« Les souvenirs ressemblent à des graines et la mémoire est un germoir. Chacun garde en mémoire des phrases entendues au cours de son existence, qu'il sèmera un jour ou l'autre. Le plus souvent, ces phrases commencent à germer toutes seules, sans qu'on s'en aperçoive, et un beau jour on a des plantes grimpantes ou rampantes dans le cerveau, le coeur, l'âme, l'estomac, le sexe, le moi et le surmoi ! Pour mon compte, je dispose de plusieurs phrases changées en plantes carnivores dont la floraison est permanente : "ce bébé va mourir ou bien il deviendra fou" [...] » 

[extraits recopiés fidèlement in Franz et François, un livre de François Weyergans [que je remercie], Éditions Grasset et Fasquelle, 1997]  

Auteur : Annie Strohem
Muse : un livre
Écrit à Kamouraska
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    <title>136. extrait choisi</title>
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    <summary type="text/html"><![CDATA[ &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;« Il lui arrivait de penser que son livre serait publié à titre posthume, dans l'état où on le trouverait sur sa table. Un comportement typique d'obsessionnel, il le savait bien. L'obsessionnel voudrait faire croire qu'il est déjà mort...]]></summary>
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&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;« Il lui arrivait de penser que son livre serait publié à titre posthume, dans l'état où on le trouverait sur sa table. Un comportement typique d'obsessionnel, il le savait bien. L'obsessionnel voudrait faire croire qu'il est déjà mort pour que la mort ne s'occupe pas de lui. Mais ça ne marche pas. Les obsessionnels meurent comme tout le monde. François se demandait de plus en plus souvent s'il ne souffrait pas d'une névrose obsessionnelle dans la mesure où cette névrose consiste à éviter ce qu'on désire, notamment finir un livre, de peur que ce ne soit (subjonctif !) trop agréable. &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;« Il avait pris des notes sur le comportement des obsessionnels, il avait recopié des phrases qui lui allaient comme un gant : l'obsessionnel n'est jamais à la place où il semble se désigner, il redoute la liberté de ses actes et de ses gestes, il a besoin d'incertitude, il doute de la confiance qu'il peut accorder à ses sentiments, on est frappé par l'érotisation de son monde et spécialement de son monde intellectuel. »[recopié fidèlement in Franz et François, un livre de François Weyergans, Éditions Grasset et Fasquelle, 1997]  

Auteur : Annie Strohem
Muse : un livre
Écrit à Kamouraska
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    <title>135. des patronymes slaves</title>
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    <summary type="text/html"> Décidé de baptiser somptueusement pour le plaisir mes trois chatons avec des patronymes de romans russes, à la Dostoïevski [Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski, fils de Mikhaïl Dostoïevski, medecin militaire et de Maria Fédorovna Netchaiev]. Ça va faire classe dans le...</summary>
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Décidé de baptiser somptueusement pour le plaisir mes trois chatons avec des patronymes de romans russes, à la Dostoïevski [Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski, fils de Mikhaïl Dostoïevski, medecin militaire et de Maria Fédorovna Netchaiev]. Ça va faire  classe dans le journal et dans la vie ordinaire qui manque un peu de piquant parfois. Non, je ne les ai pas encore donnés en adoption, je les aime trop pour m&apos;en séparer tout de suite. Je les ai bien offerts le coeur à l&apos;envers parce que ce n&apos;est pas très raisonnable d&apos;avoir autant de chats je les ai donc offerts dis-je à tous ceux qui se sont présentés ici, mais chacun a son chat ou est allergique à lui et fiou je peux les garder encore un peu.
 La petite chatte grise avec un visage tout rond et des yeux doux [et tout ronds] s&apos;appelle Luna, baptisée [rituel païen] par Ilse, il y a quelques semaines. À ce prénom, j&apos;ajouterai deux patronymes, un pour marquer sa descendance du côté de la mère, et un autre pour le nom du père. Sauf que le père est un chat de la ruelle Fabre, à Montréal, un très beau mâle paraît-il, mais je ne l&apos;ai jamais vu et je ne sais pas son nom, alors je lui en inventerai un, aucun problème. Mais non, je ne vais rien inventer sauf si j&apos;y suis obligée, parce que je prends le nom du père très au sérieux. Je ferai des recherches aussi de ce côté-là, promis. De plus, et ce n&apos;est pas juste, il manque une pièce au nom du père de Dosto, rien trouvé de plus sur Internet. Va falloir que je sorte mes livres des boîtes au plus vite et que j&apos;aille nourrir le feu, il commence à faire froid dans la maison. 
Par ailleurs, ayant entrepris de très sérieuses et rigoureuses et laborieuses mais pas très fructueuses recherches sur la formation des patronymes slaves, j&apos;ai découvert que la belle Lubie porte un nom probablement dérivé de Lubias, nom « très rare porté en Seine-Maritime, où il est attesté depuis le XVIIe siècle. Sens obscur. Peut-être une déformation de Lubais qui lui-même est un nom rare porté notamment dans le Morbihan. C&apos;est un ancien nom de baptême (Leobatius) popularisé par un abbé en Touraine (fête le 25 janvier). »  Merci au dictionnaire des noms, jtosti.com, d&apos;ajouter de la bonne eau à mon moulin, mais je cherchais plutôt du côté slave, pas du côté latin, enfin bref, qu&apos;à cela ne tienne, mes chatons auront des patronymes russes comme dans les Frères Karamasov que j&apos;aimerais bien parcourir pour m&apos;en inspirer, mais ils sont encore dans les boîtes. 
Tout cela mérite un deuxième café et surtout une ou deux buches dans le foyer. La suite plus tard, avec les prénoms des deux autres.
Auteur : Annie Strohem
Muse : Luna
Écrit à Kamouraska
   
      
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    <title>134. tous les blogs en parlent</title>
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    <summary type="text/html"> Ah oui. La neige a neigé, hier. Et ce fut difficile de la manquer dedans et dehors. Tout ce blanc mouillé surgelé m&apos;a redonné l&apos;envie d&apos;ouvrir les Carnets d&apos;hiver pour y noter quelques poétiques divagations. Mais aujourd&apos;hui, pas le...</summary>
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Ah oui. La neige a neigé, hier. Et ce fut difficile de la manquer dedans et dehors. Tout ce blanc mouillé surgelé m&apos;a redonné l&apos;envie d&apos;ouvrir les Carnets d&apos;hiver  pour y noter quelques poétiques divagations. 
Mais aujourd&apos;hui, pas le temps, faut que je monte [descende ?] à Québec pour régler quelques paperasses administratives avec des fonctionnaires et acheter un long tisonnier et une pelle à cendres en fer forgé parce que c&apos;est nul d&apos;attiser et tisonner et entretenir les braises et les cendres et le feu du foyer avec les longs ustensiles du bbq. Simon est passé ce matin et il m&apos;a apporté les trois boîtes à compost en planches de cèdre avec trois enveloppes de vis vertes. Pas de feuillet d&apos;instruction. Bah, ça doit pas être plus difficile à assembler que les meubles en kit d&apos;ikea. Il a gentiment offert de l&apos;aide mais j&apos;ai dit que j&apos;essaierais de me débrouiller.
Vous voulez un scoop ? Dès demain et tant pis si je n&apos;ai pas fini de m&apos;installer, je vais imprimer tous les poèmes des Carnets d&apos;hiver  et des Anémones ainsi que mes derniers écrits, inédits, ensuite les réviser à fond, biffer les nunucheries, redondances et superlatives futilités inutiles et porter toute la bienheureuse et énorme liasse blanche noire et mauve attachée avec un large ruban de satin bleu nuit d&apos;hiver chez l&apos;Imprimeur le plus proche. Avec des images, Lady A. ? Yes Sir, les miennes, et celles d&apos;un Autre, peut-être. Qui sera votre éditeur Lady A.? Moi-même, qui donc voudrait publier une parfaite inconnue qui a plus ou moins envie de mettre sa tête à couper sur la place publique ? Vous vous souvenez des Éditions du Chat qui dort ? Non ? Moi oui, monsieur. C&apos;était un rêve fou et une demie blague pas très drôle mais les rêves les plus fous [je parle ici d&apos;édition, surtout pas d&apos;écrire un livre sur les blogs, jamais je n&apos;oserais, je n&apos;y connais rien] ne sont-ils pas ceux qui ont le plus de chance de se matérialiser  ? Le premier livre sera donc un recueil de poésies publié par la jeune et dynamique maison Les Éditions du Chat qui dort. Distribué d&apos;abord et avant tout sur l&apos;internet, pour que mes premiers et meilleurs et adorables lecteurs aient la primeur, et le meilleur. Nous en distribuerons tout de même quelques exemplaires numérotés, sur du beau papier, dans les librairies. Pour l&apos;art, et l&apos;objet, pour lire dans son bain et sur la plage, comme vous voulez.
La voilà qui se métamorphose en éditeur. On aura tout vu.   
Auteur : Annie Strohem
Muses : la neige qui a neigé
Écrit à Kamouraska
   

      
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    <title>133. cet étrange acte manqué</title>
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      <![CDATA[
Petite erreur de parcours. Je me suis fait un horaire quotidien, histoire de ne pas perdre mon temps à flâner en kimono toute la matinée, un autre hebdomadaire pour les travaux qui ne reviennent pas tous les jours, et je bricolerai bientôt  un calendrier annuel pour le jardin et les différents travaux d'entretien du terrain, l'élaguage et le débroussaillage des arbres, et l'installation, les décorations et rénovations de la maison. Ceci pour éviter de m'éparpiller et de m'essouffler à vouloir tout faire en même temps. Mais surtout pour adopter un rythme et une respiration en phase avec l'essentiel. L'erreur, c'est que dans ce nouvel horaire, j'avais prévu des temps strictement réservés à la lecture et à l'écriture [incluant le ne rien faire, les rêveries, la marche et même le ne pas bouger &mdash; pour le mûrissement], l'erreur en fait c'est que j'avais complètement omis de prévoir du temps pour l'écriture de ce journal. Acte manqué docteur Freud ?
Tout bon horaire se doit d'être souple comme une liane ou comme le roseau de la fable qui rompt mais ne ploie point ou vice versa. Nonobstant l'acte manqué qui m'a juste fait rire en douce, comme si j'allais encore une fois brandir la menace de fermeture ou de pause de ce maudit journal, je rebricolerai et bidouillerai tant et si bien la grille qu'il aura sa case horaire au grand tableau de mes quotidiennetés organisées et décousues je vous le dis en vérité, et pour me punir de l'avoir oublié il y sera plutôt deux fois qu'une, manquante ou pas, et probablement le matin parce que c'est le fun d'écrire le matin, les idées se couchent toutes seules sur le clavier et ça me donne envie de rire, ou encore avant l'aube et une autre tard le soir sous les éclairs de lune devant une assemblée d'étoiles filantes et filées comme des métaphores. 
Pour cause d'horaire à respecter, je lis le soir. Hier, L'étrange contrée de Ernest Hemingway. Suivie d'un rêve érotique, ça faisait longtemps. La semaine dernière, je lisais de jour, c'était avant l'instauration de mon fabuleux et efficace grand horaire à la case manquante, je lisais donc avec appétit et un grand plaisir Franz et François, de François Weyergans, un pur délice et profond et drôle en plus. Un peu plus tard, le même jour, j'ai entendu à la radio qu'on venait de lui attribuer le prix Goncourt pour son dernier livre, Trois jours chez ma mère. Descendu à la librairie du coin, pas l'ombre d'un Weyergans par ici. Je l'ai commandé. J'attends. Finalement le plombier ne s'est pas présenté samedi, sans téléphoner pour prévenir. C'est le deuxième qui fait ça. Il devait avoir d'autres chats à fouetter. J'ai pris rendez-vous chez le vétérinaire pour Lubie, je n'arrive pas à lui enlever tous les rastas qui se sont formés dans son long poil et je vois bien qu'elle n'aime pas ça. Par ici, il n'y a que deux ou trois plombiers et ils font la pluie et le beau temps, le premier à me poser un lapin deux jours de suite a dit pour s'excuser qu'il était comme un docteur et donc il a trop de travail et ne répond qu'aux urgences et qu'il n'a pas le temps d'appeler pour annuler ses rendez-vous, arf. Finalement un autre est passé hier soir, mais le lave-vaisselle n'est toujours pas installé. Il n'avait pas la pièce [manquante, comme la case horaire du journal]. Il a pris bonne note de tous les autres travaux à faire, un nouveau filtre pour la fournaise, une lampe uv et un filtre pour le stérilisateur d'eau, et le remplacement du réservoir à mazout qui commence à transpirer et risque de couler, il est à bout d'âge et le remplissage se fait à l'intérieur, ce qui n'est pas sécuritaire. Et pendant qu'il était là, je lui ai demandé d'installer les tuyaux et tout ce qu'il faut pour mettre une baignoire à pattes dans mon futur grenier bibliothèque. Le printemps venu, j'ouvrirai la lucarne avec vue sur le fleuve et j'y ferai transporter mon bureau. Yep.     
Parlant de kimono, je viens de me faire surprendre dedans pas plus tard que tout à l'heure par un voisin qui a fait toc toc toc à ma porte. Il offrait ses services pour l'enlèvement de la neige cet hiver, comme il le faisait pour les précédents propriétaires. J'ai dit oui. J'en ai profité pour lui demander s'il accepterait de rentrer et corder le bois de chauffage. OK. Il a dit mais pas avant la semaine prochaine. Re yep. Voilà deux autres questions d'intendance pratiquement réglées.  
Pour ce qui est des boîtes, j'en ai ouvert 34 depuis le dernier billet, le reste, c'est des livres. J'ai placé tout ce qu'il faut dans les armoires de la cuisine et autres. J'en ai fini avec cette cuisine, la dépense, la literie, les serviettes, la salle de bain, les souliers et tout ça, chaque place a trouvé sa chose. Je n'ai pu résister à l'envie d'ouvrir une première boîte de livres, trois dictionnaires.    
Auteur : Annie Strohem
Muses : la baignoire et un acte manqué
Écrit à Kamouraska
   
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    <title>132. quelques miaous</title>
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    <issued>2005-11-12T10:52:16-05:00</issued>
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    <summary type="text/html"> Samedi matin. Le déménagement a pris deux jours : ce lundi 7 novembre trois hommes ont emballé les meubles dans des couvertures épaisses et matelassées et les ont mis dans leur gros camion avec mes 93 boîtes et des...</summary>
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Samedi matin. Le déménagement a pris deux jours : ce lundi 7 novembre trois hommes ont emballé les meubles dans des couvertures épaisses et matelassées et les ont mis dans leur gros camion avec mes 93 boîtes et des paniers remplis à craquer, ils ont conduit le camion avec son contenu sur le terrain de la compagnie de transport et il y a passé la nuit, et moi, j&apos;ai pris la route tout de suite avec les quatre chats dans une cage grand format, ils n&apos;ont pas eu peur du tout, ils ont seulement fait quelques miaous inquiets lorsque je me suis arrêtée faire le plein d&apos;essence et pour manger un peu vers 14 heures. Et puis mardi, deux des hommes dans leur camion ont fait la route jusqu&apos;ici avec mes affaires, sauf les plantes et mes objets trop précieux et fragiles que je transporterai moi-même, et ils sont arrivés à 10 heures du matin, ils ont déchargé le camion, il faisait beau soleil et ils n&apos;ont pas mis plus de quatre heures à déballer et entrer mes affaires dans la maison en disant de temps en temps, dites donc, ça va vous faire tout un changement en s&apos;extasiant sur la beauté des lieux et du paysage, ils ont tenu à installer chacun des meubles à sa place, surtout mon bureau de travail pour trouver le bon angle, face au fleuve, ils ont remis en état ceux qu&apos;ils avaient dû démonter comme les lits et les tables et ils ont mis toutes les boîtes dans les pièces où elles doivent aller, grâce à mes précieuses étiquettes, ils disaient « litt » c&apos;est la littérature dans votre bureau à l&apos;étage ? ok, « vêt » c&apos;est les vêtements dans votre chambre ? oui, la plus grande, la première à gauche de l&apos;escalier, celle qui a une échelle pour monter au grenier [où je rêve déjà de faire installer une baignoire à pattes et tous les livres de ma bibliothèque actuelle et à venir], et ok, les boîtes « cui et vaiss » étiquetées « fragile », c&apos;est ici en bas dans la cuisine. Gros travail. Vers midi j&apos;ai fait du café [les hommes riaient en savourant mon espresso très très serré] et j&apos;ai servi des biscuits au beurre [tout ce qu&apos;il me restait] qu&apos;ils ont grignotés, affamés. Vers quatorze heures le camion était vide alors je les ai payés et ils sont repartis contents, et j&apos;étais enchantée du travail accompli en si peu de temps. 
Samedi matin. J&apos;attends le plombier pour l&apos;installation du lave-vaisselle, vérification et entretien de la fournaise, et caetera. Tranquillement je reprendrai le journal. Ma vie change radicalement, bout pour bout, et de bord en bord. Je veux tout organiser pour que la maison respire à son aise et que les questions matérielles et techniques ronronnent et  fonctionnent sans que j&apos;aie à y mettre quotidiennement trop de mon temps et de mes énergies, le but étant de me consacrer à l&apos;écriture corps et âme. D&apos;ici là, je n&apos;ai trouvé personne pour corder le bois de chauffage. Pas cherché beaucoup. Mais trop mal aux bras, aux mains, et à chaque muscle pour le faire moi-même. Pour tout dire, l&apos;entreprise fut et demeure plutôt éreintante. Il reste à déballer et placer le contenu de 80 boîtes [j&apos;en ai éventré 13 cette semaine], installer les étagères, changer certaines lampes plutôt affreuses par mes lampes à moi, monter les bibliothèques et placer les livres, retourner à Montréal chercher les plantes et le reste [beurk], il reste aussi à passer chez le notaire le lundi 21 et finaliser la vente de la maison rue Hutchison, rembourser la banque, aller au bureau de poste pour le changement d&apos;adresse. Il reste encore quelques feuilles jaunes dans les érables derrière la maison, et l&apos;olivier a toujours ses feuilles un peu crispées et froissées, certes, mais bien vertes, je ferai une photo. Je crois bien qu&apos;il y a ici une sorte de micro-climat. J&apos;ai commandé trois nouvelles boîtes pour le compostage, en bois de cèdre. 
 
Auteur : Annie Strohem
Muse : 80 cartons à déballer
Écrit à Kamouraska
   

      
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    <title>131. vue sur les montagnes et le fleuve, à 13 heures 49</title>
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    <modified>2006-07-26T20:30:07Z</modified>
    <issued>2005-11-02T16:08:44-05:00</issued>
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    <summary type="text/html"> Il y a une petite rangée d&apos;arbres qui sépare le jardin de la route, à gauche de la maison. Ils sont sept. Je crois que ce sont des mélèzes japonais, j&apos;ai cherché et pas trouvé grand chose sur le...</summary>
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Il y a une petite rangée d&apos;arbres qui sépare le jardin de la route, à gauche de la maison. Ils sont sept. Je crois que ce sont des mélèzes japonais, j&apos;ai cherché et pas trouvé grand chose sur le sujet. Le ciel est d&apos;un beau bleu et quelques nuages. Il fait doux et l&apos;après-midi passe doucement. Je ressens encore le grand calme de la maison qui me fait du bien. Hier, des coccinelles sont venues dans mes fenêtres, elles marchaient, cherchant sans doute un peu de chaleur sur les vitres et je ne voyais que les petits ventres ronds et noirs se promener en rond, elles étaient trois ou quatre à parcourir comme des ventouses chacun des carreaux, peut-être viennent-elles là pour se faire la cour avant leurs grandes copulations matrimoniales et automnales ? Les coccinelles font elles leurs bébés à l&apos;automne ou au printemps ou encore quand leur petit coeur est à la fête ? Tant et tant de choses que j&apos;aimerais connaître. Mais les journées sont trop courtes. Je n&apos;ai pas fait de recherches pour trouver de l&apos;aide, l&apos;idéal serait d&apos;avoir la force de tout faire par moi-même.
 Commencé à corder le bois de chauffage hier et, transportant deux buches à la fois, j&apos;ai pu monter une corde d&apos;environ trois mètres de longueur sur 50 cm de hauteur. Et aujourd&apos;hui, j&apos;étais déjà plus forte [juste quelques douleurs musculaires, un peu d&apos;acide lactique et ça va passer] et je les attrapais par brassées de trois ou quatre et la pile atteint déjà un mètre de haut. Dès que cette page sera en ligne, j&apos;y retournerai car je veux profiter du temps plus que doux. L&apos;air est si bon c&apos;est peut-être parce que la maison est construite à flanc de montagne et avec le vent du fleuve, c&apos;est la combinaison parfaite. Je n&apos;ai même pas parlé de la vue sur les montagnes et le fleuve, à 13 heures 49. J&apos;ai tout le temps faim. Vite du pain et du fromage, une pomme. J&apos;ai commencé à faire des retouches à la peinture, surtout l&apos;intérieur des garde-robes et celui de la grande armoire qui sert de salle de lavage. Oserai-je une confidence championne toutes catégories de mes meilleures diaristiques mièvreries ? Je suis heureuse. Et j&apos;ai tellement tellement de choses à écrire, sauf que pas le temps, je veux d&apos;abord prendre soin de cette maison, et du dehors autour. Ne pas oublier de vous raconter bientôt l&apos;histoire des deux souliers découverts dans le grenier. À faire : couper et faire sécher la menthe et la lavande avant la nuit. Commencer à laver l&apos;intérieur des armoires et des tiroirs, à la cuisine.  
Tiens, voici une autre image, celle des sept mélèzes japonais qui ont pris la pose pour moi hier, il faisait plutôt nuageux. C&apos;est bien parce que vous êtes tous - oui oui, je parle ici de vous, lecteurs - hyper gentils de m&apos;écrire quantité faramineuse d&apos;emails aussi délicieux que déliquescents et délirants. On comprendra que je n&apos;arrive pas à rendre la pareille, faut bien que j&apos;écrive mon journal. Et comme le disait si bien je ne sais qui, avec autant d&apos;amis, je n&apos;ai pas besoin d&apos;ennemis.


Auteur : Annie Strohem
Muse : les coccinelles
Écrit à Kamouraska
   

      
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    <title>130. par où commencer ?</title>
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    <summary type="text/html"> Enfin chez-moi. Déjà 9h30 du matin et je n&apos;ai rien fait encore. Je suis très fatiguée et le déménagement n&apos;est pas encore fait. Ouf. Bien sûr j&apos;ai le droit d&apos;être fatiguée et de me reposer un peu. La journée...</summary>
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Enfin chez-moi. Déjà 9h30 du matin et je n&apos;ai rien fait encore. Je suis très fatiguée et le déménagement n&apos;est pas encore fait. Ouf. Bien sûr j&apos;ai le droit d&apos;être fatiguée et de me reposer un peu. La journée d&apos;hier a été dure et fertile en émotions et en sensations nouvelles. Je veux apprendre à me lever tôt et à discipliner l&apos;horaire de mes journées. Mais je serais plus sage si je prenais ce premier jour dans la maison pour récupérer, aller marcher dehors, lire, penser à la décoration et planifier le travail à faire, il y a des tâches qui ne peuvent pas attendre et que je ne peux éviter : rentrer et corder le bois que monsieur Bernier est venu livrer vers 17 heures hier et il faisait déjà noir, prendre une douche, m&apos;habiller, laver la vaisselle du matin et vider le bac de cendre en dessous de la cheminée mais je ne peux pas le faire tout de suite car je n&apos;ai pu me retenir de mettre quelques buches à mon réveil, quand j&apos;ai constaté que plusieurs braises avaient survécu à la nuit. Incapable de cacher que j&apos;ai passé la soirée d&apos;hier à demi allongée sur un matelas [seul meuble meublant pour le moment cette grande pièce avec le foyer au milieu] à nourrir et apprécier le feu et j&apos;ai repris l&apos;écriture dans mon cahier noir après avoir étalé sur le plancher de chêne verni la trentaine de livres apportés avec moi. Journal. Le téléphone n&apos;a été connecté que très tard, mais le portable fonctionne bien et je n&apos;ai pas eu la moindre angoisse ni la moindre peur même si j&apos;étais toute seule dans cette grande maison, c&apos;est le calme qui m&apos;a rassurée, celui que je venais chercher, aucun bruit sauf ceux du bois qui crépite et le vent dans les arbres, les craquements de la maison. L&apos;internet fonctionne, à la vitesse de l&apos;escargot, mais de toutes manières je n&apos;en ai pas vraiment besoin sauf pour quelques recherches, une partie de la correspondance, et ce journal que je ne veux pas négliger. Avant, je l&apos;écrivais directement en ligne et maintenant j&apos;apprends à le faire hors connexion. L&apos;exercice est différent et un peu plus ardu mais je vais m&apos;habituer. Et puis je n&apos;ai plus ma connexion réseau sans fil, snif. 

Dans cette maison, hier, j&apos;ai commencé à installer les odeurs qui sont les miennes et ce matin quand j&apos;ai senti mon savon à la violette dans la salle de bain, ça m&apos;a fait tout drôle. Bref, grosse journée, hier. Je m&apos;étais levée à quatre heures du matin pour remplir l&apos;arrière de ma petite Écho avec tout ce dont j&apos;ai besoin pour la semaine et partir de Montréal avant le soleil que j&apos;ai vu sortir de son lit avec des allures folle de grosse orange, je peux bien être fatiguée par tant d&apos;émotions, des sensations toutes neuves et celle, retrouvée, du vent du fleuve sur ma peau, par les beaux moments vécus chez le notaire [homme charmant et plein d&apos;humour] d&apos;où je suis sortie avec une pile de documents [tous les précédents actes de vente et c&apos;est un peu l&apos;histoire de la maison, des trois ou quatre personnes qui en ont été propriétaires, en fait] et ensuite, ici, pour une dernière visite avec le couple des vendeurs, pour faire le tour du terrain et de la maison de la cave au grenier, pour nommer chaque arbre et chacune des plantes, constater que le vieux rosier jaune a été abattu par le dernier grand orage de la semaine dernière et toutes sortes d&apos;autres détails importants que je devais apprendre pour mieux connaître cette maison et apprivoiser la manière d&apos;en prendre soin, voir aussi comment les machines fonctionnent et comment les entretenir. Je devrai acheter ou fabriquer trois bacs à compost en bois, car ils les ont apportés, j&apos;étais un peu déçue car les trois tas de compost se retrouvent maintenant étalés sur le sol derrière la remise, mais comme nous n&apos;en avions pas discuté, j&apos;avais pris pour acquis qu&apos;ils allaient rester là. Et puis le jardin, il y a du travail à faire et je n&apos;ai pas apporté les livres de botanique, savoir comment déplacer les fraisiers et couper la lavande, tailler les arbustes, les fines herbes sont encore vertes sauf la coriandre, même la menthe est bien verte et fraîche, je vais en couper aujourd&apos;hui et la mettre à sécher pour faire de bonnes tisanes cet hiver, penser à faire une photo du vieux rosier, je me demande si son bois serait bon à sculpter ou à brûler. Je n&apos;ai pas la télévision et c&apos;est parfait. Par contre, je pourrais difficilement me passer de la radio, pour la musique. Hier soir je suis sortie acheter un peu de choses à manger et en revenant j&apos;ai vu une belle mouffette qui marchait au bord de la route. 
Pour le moment, la grande question est : par où commencer ?

Auteur : Annie Strohem
Muse : le vent du fleuve
Écrit à Kamouraska
   

      
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    <title>129. bouillons de surface</title>
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    <issued>2005-10-29T07:09:06-05:00</issued>
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    <summary type="text/html"> Connaissez-vous l&apos;histoire du blogueur qui s&apos;est transformé en grille-pain ? Moi non plus. Épuisée par les préparatifs du grand déménagement, j&apos;avais beau me creuser les neurones, je ne trouvais rien d&apos;un peu croustillant autant qu&apos;insignifiant [comme de coutume] à...</summary>
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Connaissez-vous l&apos;histoire du blogueur qui s&apos;est transformé en grille-pain ? Moi non plus.

Épuisée par les préparatifs du grand déménagement, j&apos;avais beau me creuser les neurones, je ne trouvais rien d&apos;un peu croustillant autant qu&apos;insignifiant [comme de coutume] à écrire dans ce journal et puis cette phrase salvatrice s&apos;est imposée, autant l&apos;écrire ; vous avez l&apos;art d&apos;écrire des incipits magnifiques, mais faut pas laisser tomber le lecteur après disait mon ex éditeur ; je me demande bien pourquoi je pense à lui ce matin, soit il a décidé d&apos;écrire un blog [mais non, ils disent un bloGUE, t&apos;es sourde ou quoi], soit il s&apos;est transformé en grille-pain, mais pas les deux tout de même quelle histoire.
Argument 1. Que voulez-vous, j&apos;ai passé la semaine au fond de la maison, dans la pièce qui me servait à la fois de salle de lavage, de chambre à fournaise, d&apos;atelier de menuiserie et bricolage, de lieu d&apos;entreposage pour les poubelles attendant le jour fatidique de la cueillette, de salle de toilette pour le chat, et en même temps de local à débarras, que j&apos;appelais fort amoureusement et courtoisement mon « coqueron ». Et les abat-jour, les vieux grille-pain qui grillent plus rien. bref, je n&apos;entrais plus là-dedans que de reculons, et le moins souvent possible.
Argument 2. Passé la semaine donc à résister à une fatigue pesante comme un paquebot géant dans les rues de New-York après la pluie et à mon envie de ne rien faire d&apos;autre que d&apos;aller manger des sushis au coin de la rue Bernard avant d&apos;être à cinq heures de route d&apos;eux-autres, en lutte totale contre mon dégoûtant manque de motivation à classer les vieux bouts de ficelle, élastiques, outils, vis et clous, les poignées de porte en cuivre en verre et en porcelaine que je ramasse ici et là depuis des milliards d&apos;années [mon vice caché], les tringles à rideaux, petits tapis, les fils et prises de tout acabit, les vieilles imprimantes cassées et les lampes de bureau que je n&apos;ai jamais osé jeter des fois que ça pourrait encore servir, je me suis même entêtée par moments au futile exercice de démêler les fusibles et les ampoules électriques brûlés des encore bons peut-être et comment savoir si on ne les a pas revissés en place les uns après les autres - une boîte pleine -, ensuite j&apos;ai décroché les petites cordes à linge, jeté les épingles à linge éparses en plastique cheap et multicolores mais cassées qui jonchaient le sol, j&apos;ai même trouvé un vieux petit chandail en vrai laine du Pérou tricoté à la main par du pauvre monde tout mangé par les mites ce qui donnait un curieux amas de poudre vieux rose et violacée au fond du panier et j&apos;en connais un qui l&apos;aurait sniffée, pour l&apos;inspiration. Mais au fond, je crois avoir touché en cela à de la poésie pure ce qui m&apos;a donné des idées pour trois ou quatre chapitres de mon prochain roman feuilleton. 

Argument 4. Mais trêve de divertissements matutinaux. Je suis loin d&apos;avoir fini le rangement du coqueron. Levée depuis quatre heures et quelques, il est 7 heures huit. Faut que j&apos;aille, j&apos;ai pas encore donné à manger aux lutins.

Argument 5. C&apos;est comme je vous le dis, et la page 129 restera dans les mémoires et fera la joie des exégètes, préfigurant sans aucun doute [aucun] le délire annonciateur du grand dérangeménagegement. Lundi en huit. Also spratcha Zarakhouchtoila [on line].

 
Auteur : Annie Strohem
Muses : les maudites mites
Écrit à Montréal
   

      
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    <title>128. lecture</title>
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    <modified>2006-07-26T20:32:34Z</modified>
    <issued>2005-10-22T13:08:10-05:00</issued>
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      <email>contact at anniestrohem.com</email>
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Tant qu&apos;à écrire jour après jour dans ce journal les menus événements de mon quotidien on ne peut plus ordinaire et qui n&apos;intéresse plus personne, autant me rendre utile et raconter les histoires des autres. Y a-t&apos;il longtemps, ô vénérable lecteur que tu as lu Les Confessions [1712 - 1778], de Jean-Jacques Rousseau ? Je sais. Voici donc le début, lu avec ma voix des plus douce et posée, celle de la poupée Fanfreluche, assaisonnée d&apos;un zeste d&apos;accent suisse pur dix-huitième siècle:

Je forme une entreprise qui n&apos;eut jamais d&apos;exemple, et dont l&apos;exécution n&apos;aura point d&apos;imitateur. Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature; et cet homme, ce sera moi.

Moi seul. Je sens mon coeur, et je connais les hommes. Je ne suis fait comme aucun de ceux que j&apos;ai vus ; j&apos;ose croire n&apos;être fait comme aucun de ceux qui existent. Si je ne vaux pas mieux, au moins je suis autre. Si la nature a bien ou mal fait de briser le moule dans lequel elle m&apos;a jeté, c&apos;est ce dont on ne peut juger qu&apos;après m&apos;avoir lu.

Que la trompette du jugement dernier sonne quand elle voudra, je viendrai, ce livre à la main, me présenter devant le souverain juge. Je dirai hautement : Voilà ce que j&apos;ai fait, ce que j&apos;ai pensé, ce que je fus. J&apos;ai dit le bien et le mal avec la même franchise. Je n&apos;ai rien tu de mauvais, rien ajouté de bon ; et s&apos;il m&apos;est arrivé d&apos;employer quelque ornement indifférent, ce n&apos;a jamais été que pour remplir un vide occasionné par mon défaut de mémoire. J&apos;ai pu supposer vrai ce que je savais avoir pu l&apos;être, jamais ce que je savais être faux. Je me suis montré tel que je fus : méprisable et vil quand je l&apos;ai été ; bon, généreux, sublime, quand je l&apos;ai été : j&apos;ai dévoilé mon intérieur tel que tu l&apos;as vu toi-même. Être éternel, rassemble autour de moi l&apos;innombrable foule de mes semblables ; qu&apos;ils écoutent mes confessions, qu&apos;ils gémissent de mes indignités, qu&apos;ils rougissent de mes misères. Que chacun d&apos;eux découvre à son tour son coeur au pied de ton trône avec la même sincérité, et puis qu&apos;un seul te dise, s&apos;il l&apos;ose : je fus meilleur que cet homme-là.

Je suis né à Genève, en 1712 d&apos;Isaac Rousseau, Citoyen, et de Susanne Bernard, Citoyenne. Un bien fort médiocre, à partager entre quinze enfants, ayant réduit presque à rien la portion de mon père, il n&apos;avait pour subsister que son métier d&apos;horloger, dans lequel il était à la vérité fort habile. Ma mère, fille du ministre Bernard, était plus riche : elle avait de la sagesse et de la beauté. Ce n&apos;était pas sans peine que mon père l&apos;avait obtenue. Leurs amours avaient commencé presque avec leur vie ; dès l&apos;âge de huit à neuf ans ils se promenaient ensemble tous les soirs sur la Treille ; à dix ans ils ne pouvaient plus se quitter. La sympathie, l&apos;accord des âmes, affermit en eux le sentiment qu&apos;avait produit l&apos;habitude. Tous deux, nés tendres et sensibles, n&apos;attendaient que le moment de trouver dans un autre la même disposition, ou plutôt ce moment les attendait eux-mêmes, et chacun d&apos;eux jeta son coeur dans le premier qui s&apos;ouvrit pour le recevoir. Le sort, qui semblait contrarier leur passion, ne fit que l&apos;animer. Le jeune amant ne pouvant obtenir sa maîtresse se consumait de douleur : elle lui conseilla de voyager pour l&apos;oublier. Il voyagea sans fruit, et revint plus amoureux que jamais. Il retrouva celle qu&apos;il aimait tendre et fidèle. Après cette épreuve, il ne restait qu&apos;à s&apos;aimer toute la vie ; ils le jurèrent, et le ciel bénit leur serment.

Gabriel Bernard, frère de ma mère, devint amoureux d&apos;une des soeurs de mon père ; mais elle ne consentit à épouser le frère qu&apos;à condition que son frère épouserait la soeur. L&apos;amour arrangea tout, et les deux mariages se firent le même jour. Ainsi mon oncle était le mari de ma tante, et leurs enfants furent doublement mes cousins germains. Il en naquit un de part et d&apos;autre au bout d&apos;une année ; ensuite il fallut encore se séparer.

Mon oncle Bernard était ingénieur : il alla servir dans l&apos;Empire et en Hongrie sous le prince Eugène. Il se distingua au siège et à la bataille de Belgrade. Mon père, après la naissance de mon frère unique, partit pour Constantinople, où il était appelé, et devint horloger du sérail. Durant son absence, la beauté de ma mère, son esprit, ses talents, lui attirèrent des hommages. M. de la Closure, résident de France, fut un des plus empressés à lui en offrir. Il fallait que sa passion fût vive, puisque au bout de trente ans je l&apos;ai vu s&apos;attendrir en me parlant d&apos;elle. Ma mère avait plus que de la vertu pour s&apos;en défendre ; elle aimait tendrement son mari. Elle le pressa de revenir : il quitta tout, et revint. Je fus le triste fruit de ce retour. Dix mois après, je naquis infirme et malade. Je coûtai la vie à ma mère, et ma naissance fut le premier de mes malheurs.

Je n&apos;ai pas su comment mon père supporta cette perte, mais je sais qu&apos;il ne s&apos;en consola jamais. Il croyait la revoir en moi, sans pouvoir oublier que je la lui avais ôtée ; jamais il ne m&apos;embrassa que je ne sentisse à ses soupirs, à ses convulsives étreintes, qu&apos;un regret amer se mêlait à ses caresses : elles n&apos;en étaient que plus tendres. Quand il me disait : Jean-Jacques, parlons de ta mère ; je lui disais : Hé bien ! mon père, nous allons donc pleurer ; et ce mot seul lui tirait déjà des larmes. Ah ! disait-il en gémissant, rends-la-moi, console-moi d&apos;elle, remplis le vide qu&apos;elle a laissé dans mon âme. T&apos;aimerais-je ainsi, si tu n&apos;étais que mon fils ? Quarante ans après l&apos;avoir perdue, il est mort dans les bras d&apos;une seconde femme, mais le nom de la première à la bouche, et son image au fond du coeur. 

C&apos;étaient les quelques premières pages du livre premier. Lentement, je le referme. Je le dépose près de moi sur la table et retourne à mon quotidien samedi où la lumière rose cuivrée d&apos;un matin d&apos;automne coule à flots en haut des grandes croisées de mes fenêtres dégarnies. Je retourne à mes cartons, côté cuisine, et j&apos;espère trouver le temps, aujourd&apos;hui, de nettoyer et rentrer ce qui reste encore dehors sur la terrasse : une table et deux chaises, des plantes encore bien vertes et résistantes au froid, la camomille, le laurier, les géraniums, les roses trémières [qui n&apos;ont même pas fleuri], deux chrysanthèmes en fleurs [jaunes], les pots de thym et de lavande en espérance d&apos;une deuxième floraison, la chatte, un bac rempli d&apos;eau, la ciboulette, et la caisse d&apos;oranges vide où Lubie faisait ses griffes. 


 
Auteur : Annie Strohem
Muse : Rousseau
Écrit à Montréal
   

      
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    <title>127. no man&apos;s land</title>
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    <issued>2005-10-21T18:01:28-05:00</issued>
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    <summary type="text/html"> La maison se vide, les boîtes débordent. Et je n&apos;ai pas fini. Petit problème, je n&apos;ai plus la moindre envie de vivre ici. Les murs sont tout nus, les armoires, des courants d&apos;air, la moitié des fenètres n&apos;ont plus...</summary>
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La maison se vide, les boîtes débordent. Et je n&apos;ai pas fini. Petit problème, je n&apos;ai plus la moindre envie de vivre ici. Les murs sont tout nus, les armoires, des courants d&apos;air, la moitié des fenètres n&apos;ont plus de rideaux, cet endroit est devenu un vrai no man&apos;s land. Quand je parle aux chats [vivre avec quatre bébés chats de six semaines et une chatte affamée qui allaite encore, c&apos;est pas de tout repos, aujourd&apos;hui ils ont fait la moitié de leurs cacas dans la litière et le reste dans les coins...  jamais je n&apos;aurais cru me retrouver dans une telle « baignoire » un jour] ou au téléphone, l&apos;écho résonne. Non, je n&apos;ai plus envie de cuisiner ici, de manger ici, de dormir ici. Envie de partir tout de suite. Et de mettre les chats à la cave et dehors, à la chasse aux souris. 
Le moins agréable de la vie avec les chats ce sont les coups de pattes, les jeux de chasse et le bruit du griffage partout. Nombre de pattes [sans compter les miennes, qui sont des jambes la la lèreu] = 20. Nombre de griffes [encore une fois on ne me comptera pas, je suis dégriffée] = 80. 

80 couteaux aiguisés et pointus comme des aiguilles ? Je vis avec une armée. 


 
Auteur : Annie Strohem
Muse : le départ
Écrit à Montréal

      
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    <title>126. de quelques objets heureux</title>
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    <modified>2006-07-26T20:33:58Z</modified>
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    <summary type="text/html"> Sur ma porte rouge Mao de la cuisine peinte en jaune et en bleu, dans les vitres encore sales, il n&apos;y a plus rien que le reflet des murs de briques alentour. J&apos;ai décroché la clochette japonaise tout à...</summary>
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Sur ma porte rouge Mao de la cuisine peinte en jaune et en bleu, dans les vitres encore sales, il n&apos;y a plus rien que le reflet des murs de briques alentour. J&apos;ai décroché la clochette japonaise tout à l&apos;heure, la petite cloche verte que je traîne avec moi depuis quelques années déjà, cadeau de M. Elle est en métal épais et tintinnabulait, bourdonnait, sonnait et carillonnait au moindre coup de vent. 
Décroché aussi les oiseaux en papier, la tresse en foin d&apos;odeur, les assiettes rapportées d&apos;Espagne, le faux radis qui avait l&apos;air d&apos;un vrai [cadeau en quelque sorte « sacré » puisqu&apos;il me vient d&apos;une vieille patiente], et les louches en laiton, passoires pour le riz, les pâtes, les cuillères en bois et autres accessoires de cuisine exotiques dénichés dans le quartier chinois au fil des ans ; ces objets n&apos;étaient pas seulement  décoratifs mais utiles et ils viennent de loin alors je les emporterai tous avec moi. 
J&apos;écoute la radio en travaillant. Je lave et repasse les nappes en lin, en coton, rince les sous-plats en osier. Je commence enfin à sentir pousser un projet d&apos;écriture, pour là-bas et la tentation est forte de commencer tout de suite, mais je n&apos;ai pas de temps pour ça. Une chose à la fois. D&apos;abord finir de mettre tout en ordre, partir. Et puis reprendre le travail avec les mots près du fleuve. 
Je ne devrais pas vivre autant de tristesse et de nostalgie, mais c&apos;est sans doute un mal nécessaire. Je sais bien que cette ville et surtout ses habitants va me manquer, les regards perdus, les pas pressés, le silence des passants, et toute cette folle misère des itinérants qui me rappellent chaque jour que nous sommes tous des salauds. 
Je n&apos;aurai qu&apos;à revenir de temps en temps. Vivement que tous ces objets-là se retrouvent dans des boîtes et laissent ma mémoire et mon coeur rêver à demain en paix. Ne pas oublier pourquoi je pars. Ne pas oublier qui je suis.   
Auteur : Annie Strohem
Muse : le départ
Écrit à Montréal

      
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