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    LE PRINTEMPS 2001  
 
       
   
 
 
 
 
42.  Et ainsi de suite jusqu'au bout du cordon coupé... Ailloye!
 
Je sais.  Je sais.

Je vais réagir.  Me ressaisir.

Prenez une grande respiration... et gardez là,  me dit-elle. O.K. mais pas tout le temps, lui répondis-je... [petite tentative pour me trouver drôle] + [smiley]=[blague ratée]10.

D'abord remercier les merveilleuses personnes qui lisent ce journal et prennent de leur temps et de leurs énergies pour m'écrire des paroles réconfortantes.  Cela m'arrive de partout.  Et ça marche.  Je me sens déjà pas mal mieux.  Pas encore Top shape, mais pas si pire non plus.  En retour, voilà pour le plaisir des yeux de mes «honolables lecteurs[on notera ici que Script a attrappé l'accent chinois en contemplant trop longtemps les estampes japonaises de Lady A.]» la jolie lobelia speciosa.  Je vous ai choisi la rouge.  N'est-ce pas qu'elle est belle?

* * *

Retour arrière.  Ce matin, j'ai laissé des bouts de texte en suspens, par distraction.  Il y avait, si je me souviens bien, les trois aspects ou choses que je n'ai pas perdu et que j'ai retrouvé en faisant mon inventaire :

a) les rêves noctures
C'est vrai, j'ai fait la nuit dernière un rêve où il y avait un vieux médecin cochon et ce rêve est tellement dégoutant que je ne peux même pas le raconter ici.  Je pense que c'est même trop dégueu. pour que je l'écrive dans mon journal manu scriptus ou scriptum?  Toujours est-il que ce n'est pas une histoire de censure mais de nausée.  Coudonc, c'était peut-être pas si cochon.  Je vais y penser.  Peut-être l'écrirai-je demain.  Je vais voir.
 

Et puis, il y avait petit b).  Qu'est-ce que c'était ce b)????  Arghouf.  M'en souviens plus.  Je l'ai :

b) l'obsession des mots
Celle là, elle est bonne.  J'ai découvert en fouillant dans le dictionnaire que bluff était un mot français.  Et je l'avais mis en italique avant hier sur ma page, certaine que c'était un mot anglais.  Mais je n'ai pas fait cette découverte par hasard.  Je suis allée chercher le sens parce que j'avais un doute.  Je me demandais si je m'éloignais trop du sens de la «convention» commune.  Et j'étais dans le champ.  Pour moi bluffer (le verbe aussi est français, de même que bluffeur et bluffeuse), ça ne pouvait que signifier tricher(mentir), comme au poker.  Mais non.  Je constate une fois de plus l'énorme étendue de mon ignorance.  Le bluffage est très noble.  Voire même indispensable.   Comme je ne veux pas recopier encore le dico, ce que j'en comprends c'est que bluffer serait un peu donner le change ou sauver la face.  Très oriental ça.  Et ça va très bien avec ma philosophie de l'indifférence des fleurs [ici, si j'étais vaillante, je mettrais un hyperlien vers mes autres pages de ce journal où sommeillent les germes de ma toute récente philosophie, hehe]  Bluffer, je devrais le faire plus souvent, au lieu de me déboutonner comme je le fais.  Mais voilà.  Je ne savais pas quel verbe prendre.  Je pouvais pas.  C'est juste pour ça que j'ai un peu perdu ma dignité, pas par exhibitionnisme [qu'est-ce qu'il faut pas entendre]! 
 

Avec tout ça, j'en arrive à petit c) encore plus perdue que tout à l'heure.  Non.  Je retournerai pas lire cette damnée page avec du noir, tant pis.  J'ai oublié un point c'est tout.  Et puis je commence à être fatiguée. 

* * *

Alors vite, la conclusion
Parce que finalement, la peine soulevée par une rupture, si j'ai bien compris, depuis le matin que j'y réfléchis, ce n'est rien d'autre que de la peine pour ce que je viens de perdre plus la rupture d'avant, et celle d'avant, et celle d'avant... ad nauseam.  Et ainsi de suite jusqu'au bout du cordon coupé. Ailloye!

Et si je poursuis mon raisonnement, ce n'est pas non plus seulement sur ma peine à moi que j'écris. Ce que j'essaie de mettre en mots, c'est arrivé à plein d'autres personnes qui ont pleuré, chialé.  Bavé.  J'écris peut-être un peu aussi pour eux, ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas l'écrire quand ils ont de la peine.  Comme P.  Lui, il n'écrit pas quand il a de la peine.  Il le dit pas.  Il se tait.  Logique. 

 
Auteure : Script
Écrit à Montréal
Le jeudi
29 mars 2001
Muse : une fleur rouge
   

 
 

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Crocus vernus
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
 
43. « Midi. Grand ciel bleu, ensoleillé. Douceur. »
 
Un journal s'ouvre souvent sur un autre journal.  Je vis tout plein de signes qui me prouvent cette réalité bien étrange.  Comme s'il se creusait de petits tunnels d'une écriture à l'autre et que nous soyons tous en train d'écrire dans un seul grand livre.  Il y a les journaux personnels, et il y a aussi la correspondance qui s'établit entre les journaux.  Et cette écriture nous rapproche des autres personnes qui écrivent.  De grands territoires imaginaires arrivent ainsi à entrer en contact les uns avec les autres.  Ce phénomène me captive.

J'étais triste en me couchant hier.  J'étais triste en me levant ce matin.  Malgré tout, un certain plaisir de vivre se réinstalle peu à peu.  Mes amis sont là.  Je me sens entourée, aimée.  Je sais qu'il faudra me détacher de P.  C'est ce qu'il demande, implicitement.  C'est ce que la vie s'attend que l'on fasse quand l'amour n'est pas possible entre deux êtres.  Moi, je ne me résigne pas.  Je reporte l'échéance du détachement.  Enfin, j'ai de la difficulté à renoncer à mon rêve.  J'ai fait le rêve trop grand?  Je ne sais pas.  Mais tant que le sang coule dans mes veines, j'ai le sentiment que rien n'est perdu, que tout peut encore s'arranger.  Et je constate que le fait d'écrire ne calme pas la douleur trop vive, il la déplace juste un peu.  C'est comme se plonger dans le travail ou dans l'alcool.  Sur le coup, on ne souffre plus, c'est après que ça nous rattrappe. 

Alors ce midi, je viens écrire ici seulement pour raconter une histoire.  Le titre pourrait être : Histoire du Crocus découvert par le fils d'Ariane, ou Histoire du journal qui s'ouvre sur un autre journal.  C'est aussi mon rêve, ce désir d'écrire et que mes histoires soient lues.  Montrer le pouvoir magique des mots que je laisse m'enchanter.

Alors je commence tout de suite.  J'ai vécu plusieurs de ces phénomènes étranges.  Pourquoi je choisis de commencer par le journal d'Ariane?  Peut-être parce que cela fait partie du mystère.  J'ai déjà hâte de raconter les autres.

La semaine dernière, je reçois un e-mail de France.  Ariane m'écrivait ceci :
 

« Midi. Grand ciel bleu, ensoleillé. Douceur.  « Maman! Maman! Viens voir! Vite! »  Ça c'est mon garçon (7 ans) qui revient de l'école!  Qu'est ce qu'il a vu?  Ça à l'air rudement important!  Je le suis dans le jardin et le trouve assis par terre en admiration devant une petite fleur!  Une seule fleur dans ce petit mètre carré de pelouse!  Enfin... Si, il y en a des fleurs, mais celle-ci est différente, enfin une qui ne soit pas un pissenlit ni une pâquerette, différente.  Les pétales sont blancs. Enfin pas vraiment blancs, peut être légèrement bleuté, comme un reflet?  je ne sais pas bien voir les couleurs... Dressées vers le ciel.  Le parfum est vraiment discret, doux.  «Il y en a une dans notre jardin!»  Il la caresse du bout des doigts.  Parce que hier on se promenait, on est passé dans un jardin public, c'est comme un pré, avec des arbres, des pins parasols, et des fleurs comme celle ci, il y en avait pleins, il en a fait tout un bouquet. Voilà, il était heureux de voir que cette fleur sauvage pousse aussi dans notre jardin!  « Comment elle s'appelle, maman? - ben.. je ne sais pas!  je vais demander à Gilbert.

«Gilbert c'est notre voisin.. Et voilà le petit bonhomme qui part chercher le petit vase avec le bouquet de fleurs dedans et va le montrer au voisin qu'on aperçoit de l'autre côté de la haie!  «alors, comment elle s'appelle?»  et d'un air important (?) il me répond :  «Un crocus sauvage!»

«Voilà, j'en apprend des choses grâce à mon garçon!  Alors je voulais partager ce petit rayon de soleil printanier avec toi, Script.  Le printemps est bel et bien arrivé chez nous, les tourterelles roucoulent à qui mieux mieux, et les mouettes rient de plus belle...

«En espérant que tu as passé un bon séjour à Boston.
Bisous,  Ariane. »

Je lis le e-mail d'Ariane avec qui je corresponds de temps en temps, et qu'est-ce que je fais?  Les larmes coulent et coulent.  C'est trop beau.  C'est trop.  J'attend quelques jours [c'est rare que je réponde vite à un mail, je sais pas pourquoi], puis je lui écris :
 
«Bonjour Ariane,

«Je te remercie beaucoup de partager avec moi la découverte des crocus sauvages.  C'est une si belle histoire.  Je suis toute émue.  Trop remuée pour y répondre tout de suite.  Je ne sais pas pourquoi.  J'ai ressenti encore cette vague d'émotion devant ce que tu donnes aussi généreusement et de si loin.  Peut-être est-ce le contraste entre ton monde et le mien qui m'intimide autant?

«Toujours est-il que cette fois je ne laisserai pas passer trop de temps avant de me manifester à toi.  Si tu veux, j'aimerais beaucoup citer une partie de ton mail dans mon journal.  Mais si tu dis non, je le respecterai.

«Ce récit que tu as fait, je l'ai reçu  comme un immense rayon de soleil qui me réchauffe et éloigne un peu le chagrin qui s'est installé depuis lundi soir.  Alors j'ai eu l'idée de le partager à mon tour...

«Mon voyage à Boston s'était tellement bien passé.  J'avais retrouvé beaucoup d'énergie là-bas et fait de belles découvertes; en plus, j'y ai bien travaillé.   Et en revenant tout a basculé à nouveau.  Je devrais me méfier des trop grands bonheurs.  Peut-être  sont-ils comme les médailles? Qu'ils ont un envers? Pour le moment, je préfère imaginer votre bouquet de crocus sauvages...

«Dis-moi, tu as vu cette image de crocus blanc quelque part dans mon journal? Je ne sais plus sur quelle page il est, alors je vais essayer d'en coller un ici.  J'espère que cela va fonctionner.  Tu me diras si cette fleur ressemble à celle que vous avez trouvée.  Le blanc est un peu bleuté aussi...Je t'embrasse, Script»
 

Le lendemain, je recevais cette réponse, c'est ainsi que j'en suis arrivée à découvrir qu'Ariane écrivait un journal elle aussi :
 
«Bonjour Script,

«Je suis toute émue aussi!! Je ne sais plus quoi dire! J'avais écrit ce petit texte dans mon Journal, et j'ai pensé à toi, [...]
Je ne sais pas si nos mondes sont si contrastés que ça.. Il se ressemblent en tout cas par la façon de  ressentir ou de vivre  les émotions qui font vibrer...[...]

«Citer une partie de mon Mail ? Ben...! Ça me fait plaisir ! Et bizarre à la fois... ! Je ne veux pas trop m'incruster dans tes écrits.. Mais si les échanges avec les lecteurs font parti de ta vie, si Script est d'accord pour leur faire une petite place,  si tu veux partager ce qui te... ( zut je trouve pas d'autre mot !)  «touche»... Alors c'est ok!

«Le crocus blanc... J'ai bien reçu ton image, il est beau... Mais c'est pas celui là, le «sauvage»... Il y a bien six pétales, mais leur forme est plus pointue, et il n'y a pas de jaune au milieu... Je râle de pas avoir d'appareil photo ! J'ai cherché sur Internet, sur des bouquins, je suis même allée dans une librairie pour chercher des images de cette fleur... Je n'ai pas trouvé. Je ne suis plus si sûre que ce nom soit exact en fait ! Ce n'est pas si important... C'était l'émotion qui était belle... Si tu trouves une autre fleur sauvage blanche, qui pousse dans les prés, tu peux changer le nom... Du coup j'ai rapporté un livre sur les fleurs sauvages à mon fils, il se passionne vraiment pour les fleurs cette année, c'est assez fascinant... Faut dire aussi qu'il a un papy qui le «branche» aussi !

«Les grands bonheurs...  Ont ils un revers comme la médaille ? Je ne sais pas... Je ne pense pas en fait.. On n'est pas en «deux dimensions» comme une médaille... On peut s'ouvrir à d'autres dimensions... C'est le fait d'avoir peut être trop investi dans cette personne, d'avoir beaucoup attendu d'elle, beaucoup donné.. J'ose pas dire,  tout donné.. Lorsque cette personne disparait de sa vie ensuite.. Oui c'est difficile..  Peut être que ce bonheur il est en soi..  j'ai mis du temps à le comprendre... Mais c'est vrai que rien ne remplace la chaleur, les caresses d'un être aimé... lorsqu'il s'éloigne et qu'on éprouve des sentiments encore intenses pour lui... Je ne sais pas trop quoi te dire... Juste que malgré ta peine tu arrives à faire sourire avec ta lecture des étiquettes de la bouteille de bain moussant ! [...]

«C'est vraiment par hasard que j'ai trouvé le Journal de Script, grâce à un lien... je peux bien te le dire... Finalement ce n'est peut être pas un hasard, on doit bien avoir des lectures proches, l'Insomniaque parlait de toi... j'ai suivi le lien... 

«Voilà, c'est la nuit chez nous maintenant, il est temps d'aller m'enfouir sous la couette... Mon «petit»  et mon «grand» dorment depuis un moment... Alors je t'embrasse, 

Ariane.»
 

Alors hier soir, selon mes habitudes, et comme Ariane l'avait fait elle aussi, je me suis lancée à la recherche des images et des info sur les crocus sauvages.  J'ai ramassé tout un dossier d'informations super intéressantes, mais pas de photo.  Ouf! cette page devient beaucoup trop longue et a pris une tournure plutôt épistolaire.  Laissons cette histoire avoir son propre style, et j'écrirai le résultat de mes recherches dans un prochain texte.  Voici le dernier mail d'Ariane :
«Bonjour Script,
«Juste un petit coucou..
Un ami m'a fait des photos!!  Bon la qualité n'est pas super,  et puis j'aurais aimé les photographier dehors dans l'herbe, et puis celles ci commencent à se faner... mais bon... c'est juste pour te donner une idée... En effet, le coeur est bien jaune... et les pétales sont blancs.  Voilà!  Bisous et à +.  Ariane»

Moi, je les trouve très réussies ces images.  Magnifiques.  C'est vraiment un crocus sauvage, parce que j'ai vu une photo de crocus identique à celui-ci sur le web, la seule différence, c'est que les pétales étaient un peu mauves.  Il y avait un machin de sécurité alors je ne pouvais pas la copier.

La suite? ce soir ou demain....  Avec tout ça oublié de dire que j'ai installé un Livre d'or.  Oui.  Un vrai Livre d'or!

Auteures : Script
Ariane, pour les lettres
Écrit à Montréal
Le vendredi
30 mars 2001
Muse : un enfant de 7 an
 
   
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