
 |
 |
 |
 |
 |
 |
| |
|
|
................................ |
|
|
|
|
|
|
|
|

|
|
43.
« Midi. Grand ciel bleu, ensoleillé. Douceur. »
Un journal
s'ouvre souvent sur un autre journal. Je vis tout plein de signes
qui me prouvent cette réalité bien étrange.
Comme s'il se creusait de petits tunnels d'une écriture à
l'autre et que nous soyons tous en train d'écrire dans un seul grand
livre. Il y a les journaux personnels, et il y a aussi la correspondance
qui s'établit entre les journaux. Et cette écriture
nous rapproche des autres personnes qui écrivent. De grands
territoires imaginaires arrivent ainsi à entrer en contact les uns
avec les autres. Ce phénomène me captive.
J'étais triste en me couchant
hier. J'étais triste en me levant ce matin. Malgré
tout, un certain plaisir de vivre se réinstalle peu à peu.
Mes amis sont là. Je me sens entourée, aimée.
Je sais qu'il faudra me détacher de P. C'est ce qu'il demande,
implicitement. C'est ce que la vie s'attend que l'on fasse quand
l'amour n'est pas possible entre deux êtres. Moi, je ne me
résigne pas. Je reporte l'échéance du détachement.
Enfin, j'ai de la difficulté à renoncer à mon rêve.
J'ai fait le rêve trop grand? Je ne sais pas. Mais tant
que le sang coule dans mes veines, j'ai le sentiment que rien n'est perdu,
que tout peut encore s'arranger. Et je constate que le fait d'écrire
ne calme pas la douleur trop vive, il la déplace juste un peu.
C'est comme se plonger dans le travail ou dans l'alcool. Sur le coup,
on ne souffre plus, c'est après que ça nous rattrappe.
Alors ce midi, je viens écrire
ici seulement pour raconter une histoire. Le titre pourrait être
: Histoire du Crocus découvert par le fils d'Ariane,
ou Histoire du journal qui s'ouvre sur un autre journal.
C'est aussi mon rêve, ce désir d'écrire et que mes
histoires soient lues. Montrer le pouvoir magique des mots que je
laisse m'enchanter.
Alors je commence tout de suite.
J'ai vécu plusieurs de ces phénomènes étranges.
Pourquoi je choisis de commencer par le journal d'Ariane? Peut-être
parce que cela fait partie du mystère. J'ai déjà
hâte de raconter les autres.
La semaine dernière, je reçois
un e-mail de France. Ariane m'écrivait ceci :
« Midi. Grand ciel
bleu, ensoleillé. Douceur. « Maman! Maman! Viens voir!
Vite! » Ça c'est mon garçon (7 ans) qui revient
de l'école! Qu'est ce qu'il a vu? Ça à
l'air rudement important! Je le suis dans le jardin et le trouve
assis par terre en admiration devant une petite fleur! Une seule
fleur dans ce petit mètre carré de pelouse! Enfin...
Si, il y en a des fleurs, mais celle-ci est différente, enfin une
qui ne soit pas un pissenlit ni une pâquerette, différente.
Les pétales sont blancs. Enfin pas vraiment blancs, peut être
légèrement bleuté, comme un reflet? je ne sais
pas bien voir les couleurs... Dressées vers le ciel. Le parfum
est vraiment discret, doux. «Il y en a une dans notre jardin!»
Il la caresse du bout des doigts. Parce que hier on se promenait,
on est passé dans un jardin public, c'est comme un pré, avec
des arbres, des pins parasols, et des fleurs comme celle ci, il y en avait
pleins, il en a fait tout un bouquet. Voilà, il était heureux
de voir que cette fleur sauvage pousse aussi dans notre jardin! «
Comment elle s'appelle, maman? - ben.. je ne sais pas! je vais demander
à Gilbert.
«Gilbert c'est notre voisin..
Et voilà le petit bonhomme qui part chercher le petit vase avec
le bouquet de fleurs dedans et va le montrer au voisin qu'on aperçoit
de l'autre côté de la haie! «alors, comment elle
s'appelle?» et d'un air important (?) il me répond :
«Un crocus sauvage!»
«Voilà, j'en apprend
des choses grâce à mon garçon! Alors je voulais
partager ce petit rayon de soleil printanier avec toi, Script. Le
printemps est bel et bien arrivé chez nous, les tourterelles roucoulent
à qui mieux mieux, et les mouettes rient de plus belle...
«En espérant que tu
as passé un bon séjour à Boston.
Bisous, Ariane. »
Je lis le e-mail d'Ariane avec qui je
corresponds de temps en temps, et qu'est-ce que je fais? Les larmes
coulent et coulent. C'est trop beau. C'est trop. J'attend
quelques jours [c'est rare que je réponde vite à un mail,
je sais pas pourquoi], puis je lui écris :
«Bonjour Ariane,
«Je te remercie beaucoup de
partager avec moi la découverte des crocus sauvages. C'est
une si belle histoire. Je suis toute émue. Trop remuée
pour y répondre tout de suite. Je ne sais pas pourquoi.
J'ai ressenti encore cette vague d'émotion devant ce que tu donnes
aussi généreusement et de si loin. Peut-être
est-ce le contraste entre ton monde et le mien qui m'intimide autant?
«Toujours est-il que cette
fois je ne laisserai pas passer trop de temps avant de me manifester à
toi. Si tu veux, j'aimerais beaucoup citer une partie de ton mail
dans mon journal. Mais si tu dis non, je le respecterai.
«Ce récit que tu as
fait, je l'ai reçu comme un immense rayon de soleil qui me
réchauffe et éloigne un peu le chagrin qui s'est installé
depuis lundi soir. Alors j'ai eu l'idée de le partager à
mon tour...
«Mon voyage à Boston
s'était tellement bien passé. J'avais retrouvé
beaucoup d'énergie là-bas et fait de belles découvertes;
en plus, j'y ai bien travaillé. Et en revenant tout
a basculé à nouveau. Je devrais me méfier des
trop grands bonheurs. Peut-être sont-ils comme les médailles?
Qu'ils ont un envers? Pour le moment, je préfère imaginer
votre bouquet de crocus sauvages...
«Dis-moi, tu as vu cette image
de crocus blanc quelque part dans mon journal? Je ne sais plus sur quelle
page il est, alors je vais essayer d'en coller un ici. J'espère
que cela va fonctionner. Tu me diras si cette fleur ressemble à
celle que vous avez trouvée. Le blanc est un peu bleuté
aussi...Je t'embrasse, Script»
Le lendemain, je recevais cette réponse,
c'est ainsi que j'en suis arrivée à découvrir qu'Ariane
écrivait un journal elle aussi :
«Bonjour Script,
«Je suis toute émue
aussi!! Je ne sais plus quoi dire! J'avais écrit ce petit texte
dans mon Journal, et j'ai pensé à toi, [...]
Je ne sais pas si nos mondes sont
si contrastés que ça.. Il se ressemblent en tout cas par
la façon de ressentir ou de vivre les émotions
qui font vibrer...[...]
«Citer une partie de mon Mail
? Ben...! Ça me fait plaisir ! Et bizarre à la fois... !
Je ne veux pas trop m'incruster dans tes écrits.. Mais si les échanges
avec les lecteurs font parti de ta vie, si Script est d'accord pour leur
faire une petite place, si tu veux partager ce qui te... ( zut je
trouve pas d'autre mot !) «touche»... Alors c'est ok!
«Le crocus blanc... J'ai bien
reçu ton image, il est beau... Mais c'est pas celui là, le
«sauvage»... Il y a bien six pétales, mais leur forme
est plus pointue, et il n'y a pas de jaune au milieu... Je râle de
pas avoir d'appareil photo ! J'ai cherché sur Internet, sur des
bouquins, je suis même allée dans une librairie pour chercher
des images de cette fleur... Je n'ai pas trouvé. Je ne suis plus
si sûre que ce nom soit exact en fait ! Ce n'est pas si important...
C'était l'émotion qui était belle... Si tu trouves
une autre fleur sauvage blanche, qui pousse dans les prés, tu peux
changer le nom... Du coup j'ai rapporté un livre sur les fleurs
sauvages à mon fils, il se passionne vraiment pour les fleurs cette
année, c'est assez fascinant... Faut dire aussi qu'il a un papy
qui le «branche» aussi !
«Les grands bonheurs...
Ont ils un revers comme la médaille ? Je ne sais pas... Je ne pense
pas en fait.. On n'est pas en «deux dimensions» comme une médaille...
On peut s'ouvrir à d'autres dimensions... C'est le fait d'avoir
peut être trop investi dans cette personne, d'avoir beaucoup attendu
d'elle, beaucoup donné.. J'ose pas dire, tout donné..
Lorsque cette personne disparait de sa vie ensuite.. Oui c'est difficile..
Peut être que ce bonheur il est en soi.. j'ai mis du temps
à le comprendre... Mais c'est vrai que rien ne remplace la chaleur,
les caresses d'un être aimé... lorsqu'il s'éloigne
et qu'on éprouve des sentiments encore intenses pour lui... Je ne
sais pas trop quoi te dire... Juste que malgré ta peine tu arrives
à faire sourire avec ta lecture des étiquettes de la bouteille
de bain moussant ! [...]
«C'est vraiment par hasard
que j'ai trouvé le Journal de Script, grâce à un lien...
je peux bien te le dire... Finalement ce n'est peut être pas un hasard,
on doit bien avoir des lectures proches, l'Insomniaque
parlait de toi... j'ai suivi le lien...
«Voilà, c'est la nuit
chez nous maintenant, il est temps d'aller m'enfouir sous la couette...
Mon «petit» et mon «grand» dorment depuis
un moment... Alors je t'embrasse,
Ariane.»
Alors hier soir, selon mes habitudes,
et comme Ariane l'avait fait elle aussi, je me suis lancée à
la recherche des images et des info sur les crocus sauvages. J'ai
ramassé tout un dossier d'informations super intéressantes,
mais pas de photo. Ouf! cette page devient beaucoup trop longue et
a pris une tournure plutôt épistolaire. Laissons cette
histoire avoir son propre style, et j'écrirai le résultat
de mes recherches dans un prochain texte. Voici le dernier mail d'Ariane
:
«Bonjour Script,
«Juste un petit coucou..
Un ami m'a fait des photos!!
Bon la qualité n'est pas super, et puis j'aurais aimé
les photographier dehors dans l'herbe, et puis celles ci commencent à
se faner... mais bon... c'est juste pour te donner une idée... En
effet, le coeur est bien jaune... et les pétales sont blancs.
Voilà! Bisous et à +. Ariane»

Moi, je les trouve très réussies
ces images. Magnifiques. C'est vraiment un crocus sauvage,
parce que j'ai vu une photo de crocus identique à celui-ci sur le
web, la seule différence, c'est que les pétales étaient
un peu mauves. Il y avait un machin de sécurité alors
je ne pouvais pas la copier.
La suite? ce soir ou demain....
Avec tout ça oublié de dire que j'ai installé un Livre
d'or. Oui. Un vrai Livre d'or!
Auteures : Script
Ariane, pour les lettres
Écrit à Montréal
Le vendredi
30 mars 2001
Muse : un enfant de 7 an
|
|
|
...................................................
Copyright © LE
PRINTEMPS 2001. Tous droits réservés.
.
|