La
nudité rend vulnérable. Nous n'aurions pas dû
sacrifier notre fourrure. J'écris cela et je ne sais pas pourquoi
je l'écris. Je n'effacerai pas. Besoin de tracer ces
mots. Nous n'aurions jamais dû sacrifier notre fourrure.
À ce chapitre, les animaux sont plus intelligents que nous.
Je dis eux et nous, je ne devrais pas. Cela nous différencie
trop.
Définition
: « L'humanité est la seule espèce animale pour
qui la nudité est denudatio. »
Avoir
besoin du regard des autres, oui. Mais ne pas prendre ce regard à
témoin. Pourquoi avons-nous donc autant besoin de nous rassurer
sur notre propre existence? Sous les multiples regards, il se pourrait
bien que je perde au change en devenant moins inquiète, moins avide
ou affamée de vivre ma propre vie avec passion.
Et en
montrant ma nudité, je prendrais la pose; en perdant mon secret,
je deviendrais comédienne ou menteuse. Si je me dévoile,
je m'organise et donc je risque de me rendre plus théâtrale
qu'invisible. Comme une femme qui se met en scène derrière
un écran froid. Me confondra-t-on avec une sculpture?
Je deviendrais
une allégorie? Alors, soit je me placerai de profil
à côté de la dame de pierre, soit je me cacherai carrément
sous un bout d'étoffe pour être seulement douce et odorante.
Aucun peintre génial n'a encore fait de tableau juste avec des odeurs.
«
...on ne peut pas éclairer l'amour ; c'est même trop parler
que de prétendre qu'il peut luire. L'amour ne peut que s'éteindre,
écrasant la vision dans l'étreinte. Tout ce qui le
soumet à la distance le désunit. » (Vie secrète,
Pascal Quignard, Gallimard, 1998)