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    LE PRINTEMPS 2001  
 
       
   
 
Mucha: Rêverie
 
 
 
37. On veut connaître la suite de ce qui arriva aux partitions musicales perdues et retrouvées?

Rien de plus facile.  Je terminerai mon histoire.  Sauf que je n'ai pas beaucoup de temps.  On m'attend pour aller déjeuner.  Et puis c'est mon dernier jour à Boston.  Je reprends la route tôt demain matin et devrais arriver à Montréal en début de soirée.  Essayer de rouler non-stop, en espérant que la neige ne me ralentisse pas trop. 

 
Alors hier, il était question de cet Hymn of Thanks and Friendship de Carl Philipp Emanuel Bach composé en 1785 et perdu pendant la deuxième guerre mondiale.  Et je suis rentrée très très tard... Je ne suis pas revenue écrire.  Mais, j'y ai pensé presque tout le temps.  Pourquoi ça m'obsède autant?  C'est la faute à Goethe.  J'y arrive. 
 

La recherche et la découverte
Un jeune professeur de Harvard, Christoff Wolff, se passionnait pour cette recherche des archives perdues.  Et c'est après plus de vingt années d'efforts qu'il a touché au but et identifié, en juin 1999,  les 5,100 documents conservés au Musée-archive central de l'État à Kiev, en Ukraine, comme étant la véritable Collection provenant de la Sing-Akademie de Berlin. On rapporte que « the material was found nearly complete and in excellent condition ». Tant mieux.

Le musicologue Christoff Wolff travaillait en collaboration avec Patricia Grimsted, de l'Institut de recherches Ukrainiennes (Harvard), qui effectuait elle-même de recherches en Ukraine sur les archives Russes et Ukrainiennes, en lien avec son livre : Trophies of War and Empire. Et autour d'eux, toute une équipe de chercheurs qu'il serait trop long de nommer ici.
 

Les trésors retrouvés, la Collection
Cette Collection comprend les manuscrits originaux ou leur copie autorisée de la plupart des oeuvres de Carl Philipp Emanuel Bach, ainsi que des oeuvres de son père, ses frères et d'autres membres de sa famille, connu sous le nom de Old Bach Archive ».  Une grande partie concerne des oeuvres inédites à ce jour.  La mise à disposition de ce fonds est réalisée conjointement par l'université de Harvard, l'administration des archives centrales de l'Ukraine et l'Institut Packard pour les humanités de Los Altos, en Californie.  Ces documents mettent en lumière certains aspects de la relation de Jean-Sébastien Bach avec son fils Carl-Philip, puisqu'ils constituent une part du patrimoine de ce dernier.  Un trésor que les musicologues vont s'arracher dans les prochaines années! 

The Hymn of Thanks and Friendship fut parmi les premières oeuvres  qui pouvaient être étudiés en détail lors d'un deuxième voyage de recherche de Wolff à Kiev en octobre 1999.  Le reste de la Collection?  Je me réfère pour cela aux précisions apportées par l'éditeur de C.P.E. Bach, Ulrich Leisinger :

«All those present were struck by the musical ambitions of the 71-year old composer. As a result of complex negotiations a treaty has recently been signed by the Ukrainian and German governments that secures the scholarly use of the material and the return of the entire collection to Berlin. Not only the Complete Works Edition of the composer (at the Packard Humanities Institute and located since 1998 in Cambridge) will benefit from the Ukrainian government's decision, but many other musical projects as well.» 


Et mon scoop?
Je pense que je n'ai pas su construire le suspense... Tant pis. Je dois y aller.  Alors je vais terminer en troisième vitesse.  Ce qui me passionne le plus dans cette histoire c'est que le trésor contient aussi un paquet de lettres, une partie de la correspondance de Goethe avec Carl Friedrich Zelter qui fut directeur de la Sing-Akademie.  Fascinant, n'est-ce  pas? Non?  Pour moi, oui.  Je relirai Goethe dès mon retour à Montréal.  Sa poésie, Les souffrances du jeune Werther me manquent, entre autres.  Je m'ennuie de mes livres. 

Je déteste manquer de temps pour écrire correctement.  Le reste de mes notes je les citerai brut, en langue d'origine...  ce sont des extraits d'un article écrit par Patricia Grimsted, la grande collaboratrice de Christoff Wolff dans ce dossier :

« We still do not know about the fate of the epistolary collection from the Sing-Akademie only one folder of Goethe letters are held with the music scores in TsDAMLM, namely his correspondence with the early director of the Sing-Akademie, Carl Friedrich Zelter.  All of the early printed books from the library, many with dedicatory autographs and marginal notes, are still missing. But from available documentation, it is not clear how many of the printed books were also evacuated from Berlin to Ullersdorf in 1943.  Three books from the Sing-Akademie library were returned to Berlin from Moscow in 1957, at the time of the restitution of the Dresden Gallery collections to East Germany. 
« No longer held as prisoners of war, the over 5,100 priceless music scores preserved in Kyiv can be described, studied, performed, and appreciated and at last be restored to their rightful place as a major component of the common European cultural heritage. Whether in Kyiv or Berlin or in the Silesian castle where they survived the war, the most important fact is that they are now safe, that the collection is largely intact, and its location in a public archive is known to scholars for the first time in over half a century. As Michel Rautenberg, one of the Sing-Akademie directors replied to a correspondent from Le Monde, "this discovery restores access to more than half of the Bach family archive, and will provide information on large gaps in the history of music of the seventeenth and eighteenth centuries."   Despite the otherwise inadequate knowledge of the fate of trophy cultural treasures that came to Ukraine and Russia after the war, the identification of this collection raises new optimism about locating lost and displaced cultural treasures that have survived their wartime and postwar displacements in Eastern Europe. »
Je déteste surtout terminer sans conclure, mais ces mots de madame Grimsted surpassent tout ce que je pourrais écrire sur le sujet.  Je noterai les références bibliographiques sur les documents consultés dès que possible à la rubrique Librairie.

Vivement lundi!  D'ici là, je serai « obligée » de bien profiter (ah! que je suis malheureuse... ah! que je souffre...) de mon dimanche à l'américaine.  Sans me fatiguer.
 

Auteure : Script
Écrit à Boston
Le dimanche
25 mars 2001
Muse :  la musique de Bach
 
   
 
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38.  Qui n'a pas son petit épisode mal de ventre?  Ou : Fin d'une passion romantique. Post scriptum.

J'ai mal au ventre.  Oui, mal au ventre comme dans mal de ventre.  Mal à hurler.  Mal à pleurer. Mal à me rouler par terre.

Mal au ventre comme dans mal de ventre.  Comme dans mal de dent.  Le mal, ça fait mal [sic].  Ça se contente pas de me parasiter l'abdomen, non, ça s'insinue plus haut, me donne la nausée.  Le vertige.  De minuscules papillons noirs voltigent et me voilent la vue.

Je pourrais aller chez le dentiste?  Lui dire allez, faites quelque chose.  Et que ça saute, je sais pas moi :  traitement de canal, extraction, plombage, n'importe quoi, du moment que je ne sente plus rien. 

C'est vous le doc, pas moi.  Tenez, pour commencer, arrachez-le donc, ce ventre.  Et qu'on en parle plus.  Z'avez pas une prothèse qui traînerait quelque part?  N'importe quelle taille, ça fera l'affaire.

J'ai mal au ventre.  Et pendant que j'écris, mon sang fout le camp quelque part en bas.  Les bras et les jambes mous comme des vieux chiffons.  Petite poupée de coton.  Minuscule.  Pathétique retour à la position foetale.

Je me glisse dans une mort lente, enveloppée de mon vieux kimono.
 
 





39.  Fin d'une passion romantique. Un dernier post-scriptum.

Même pas eu besoin du dentiste finalement.  Comme quoi le mal physique ne résiste pas à un peu de chaleur.

À trop regarder à l'intérieur, je me noierais.  Je relis Le procès de Kafka depuis hier soir.  J'arrive à la fin du deuxième chapitre.  J'avais oublié que le matin de son arrestation, Joseph K. avait déjeuné d'une pomme et d'un verre de « bon vieux schnaps ».  Détail troublant.  Puis je sors marcher dehors.  Longtemps.

Le soleil a encore fait ressortir mes taches de rousseur.  Et le rose de mes joues.  Malgré tout. Malgré les pensées tristes. 

Je n'ai plus envie de rire.  Plus du tout.  Comme si, de la vie, le seul côté sérieux et noir s'agrippait à moi.  Ce n'est pas très agréable.  Mais ce n'est pas si désagréable non plus.  Tout ce soleil noir dedans, tout ce soleil jaune dehors.  Contraste.  Hier soir et ce matin, je n'ai fait que lire des mots et des phrases qui m'ont ouvert les yeux de force.  Un exercice de lucidité.  J'ai tout pleuré.  J'ai fini de rêver.

Et je suis revenue m'asseoir ici.  Pour écrire ce journal.  Pour travailler.  Pour réfléchir à cette réponse que j'attend des éditeurs.  Je sais que l'un deux dira oui.  Que le roman deviendra un vrai livre.  Cela me fait peur.  Je ne sais plus si j'ai envie de ça.  Parfois je préférerais tout brûler.  Je ne sais plus.  Mon dernier projet en chantier est bloqué à la page 105, et ce début de récit me fait horreur depuis quelque temps.  Je n'y touche plus.

Je ne devrais pas écrire quand je suis aussi triste.  Je retournerai dehors, prendrai le chemin du gymnase pour un long bain sauna.  Puis ferai quelques longueurs de piscine.  Je ne connais rien de mieux contre les maux de ventre et de coeur.

Je refermerai définitivement cette page de journal du 27 mars 2001 sur l'histoire d'un homme et d'une femme qui s'éloignent l'un de l'autre, les ailes rongées par la peur.

Je pourrais écrire pendant des jours et l'histoire ne serait jamais terminée.  Alors je ne la terminerai pas.  Une peine d'amour est une histoire sans fin.  Je n'y ajouterai rien d'autre que ce dernier post-scriptum.
 
 

Auteure : Script
Écrit à Montréal
Le mardi
27 mars 2001
Muses : une pomme et un verre de schnaps
   
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