Un
homme pense à une femme, tendrement. Il marche dans la ville,
Il se rend à son travail. Il marche toujours ainsi, un moment
à l'air libre, pour éviter d'être sous terre.
C'est quelque chose qu'il fait systématiquement. Il pense
à un chapeau haut de forme. J'aimerais bien en avoir un, se dit-il,
mais je ne saurais où le porter. Si, je sais, sourit-il, sur
la tête, c'est l'endroit rêvé mais le vent l'emporterait
rapidement au loin.
Un bel
objet le haut de forme. Est-ce ce genre de chapeau qu'il y avait
dans L'insoutenable légèreté de l'être
? Je me souviens que la première nuit, Térésa
avait tenu la main de Tomas si fort dans la sienne que le matin, quand
il s'était levé du lit, il ne pouvait pas se dégager.
Alors il lui avait mis un livre dans la main à la place, et elle
ne s'était pas réveillée. Elle avait la fièvre
aussi, comme Térésa. Elle lui fit remarquer qu'ils
aimeraient sans doute porter le chapeau comme dans le livre. Simple
frivolité, ne fais pas attention, murmura-t-elle, de peur de s'être
trompée d'histoire ou de chapeau.
J'ai
parfois des idées un peu saugrenues. Cette damnée littérature
m'inspire. Je cours chercher le livre de Kundera, relis d'une
traite.
Dans
L'insoutenable
légèreté... , le chapeau était un
chapeau melon que Sabina, une des maîtresses de Tomas avait reçu
de son grand-père.
Il avait
donc deux femmes : Térésa et Sabina. Un peu dur à
suivre le Tomas. Les filles aussi d'ailleurs.
Pour
raconter le reste du récit qu'elle lui fit, vu que je n'étais
pas présente à ce moment-là de leur histoire, je citerai
M.K. ; vu que je n'en suis pas à une citation près.
Voilà :
«
Quand Tomas, voici des années, était venu chez elle, le melon
l'avait captivé. Il l'avait mis et s'était
contemplé dans le grand miroir qui était alors appuyé
comme ici contre un mur du studio pragois de Sabina. Il voulait voir
quelle figure il aurait eue en maire d'une petite ville du siècle
dernier [lui ressemble un peu à Tomas]. »
«
Puis, quand Sabina [elle]commença à se déshabiller
lentement, il lui posa le chapeau melon sur la tête [voilà
son idée frivole d'hier]. Ils étaient debout devant
le miroir. C'était toujours là qu'ils se déshabillaient
et ils épiaient leurs images [un peu comme le font les lecteurs
des journaux intimes online d'ailleurs]. »
Étrange.
«
Elle était en sous-vêtements et elle était coiffée
du chapeau melon. Puis elle comprit que ce chapeau les excitait tous
les deux. »
Je ne
peux pas continuer, tout recopier. Ce texte est à lire goulument,
à même le livre. J'ai l'impression d'être en train
de le profaner, de le dénaturer avec des commentaires de surface.
Simplement ajouter que le chapeau melon était un accessoire érotique
entre les deux amoureux devant leur miroir. Pour tous les autres,
ce n'était qu'un simple chapeau melon. Un mot.
Dans
les pages d'un journal, on est irrémédiablement seul.
L'autre est absent. Seulement moi, je. L'autre ne réussissant
jamais qu'à s'y refléter. En creux.
On voit
surgir un chapeau, une rose. Clic. On tourne la page.