Je
publierai juste si je tiens le coup, si mon expérience est vivable
et viable. Oui. Je m'engage envers moi-même à
écrire souvent. Et plus d'une fois par jour, si possible.
Ça fait un bon bout de temps que j'y réfléchis, que
je laisse cette idée me travailler par en-dedans... J'écrivais
un journal papier avant, périodiquement.
Mais
je sens déjà qu'entre cette sorte de journal-ci et le journal
papier, il y aura un monde. Je sais déjà que je n'écris
plus pour moi seule. Je pourrais faire semblant que j'écris
seulement pour moi mais cela serait faux et archi nul. Dans la vraie
vie, je ne suis pas le genre de femme à faire semblant.
On partira avec ça, O.K.?
Sauf
que ce que j'écris réfère quand même seulement
à mes pensées intimes : avant d'être partagées,
elles le sont. Et ce qui fait l'intime,
c'est probablement le va-et-vient entre les détails futiles et ce
qui surgit des profondeurs de soi. Je perçois l'intime comme
un constant apprivoisement de ce qui est à moi, « le mien
», plutôt que de ce qui est moi.
Je lis
des journaux sur internet depuis deux ou trois ans maintenant. Je
suis loin d'apprécier tout ce qui s'écrit là-dedans.
Par contre, j'ai un profond respect pour tous. Et les journaux que
j'aime m'ont probablement influencée et contaminée par le
désir de le faire aussi.
Mais
à ma façon. À découvrir. Je raffole
de l'hypertexte. Je pourrai m'en servir amplement. Y réfléchir.
Je crois que j'ai tout simplement envie de vivre une nouvelle expérience,
celle d'écrire pour que mon journal soit lu par des personnes comme
moi, qui lis celui des autres. Je veux traverser de l'autre côté
du miroir.
Parce
qu'un journal intime,
je vois ça un peu comme un miroir pour le Moi. Mais je pense
que c'est un miroir très dangereux, parce qu'il ne reflète
pas la réalité du moi. Il me renvoit plutôt une
image brisée en milliers de petits morceaux : je peux devenir plusieurs
facettes de la même personne.
Est-ce
à dire que je risque de me retrouver avec plusieurs Moi? Un
dédoublement de la personnalité? Méchante surprise.
Surtout si je me lève avec la gueule de bois. Ou une déprime.
J'assisterais à l'image de la multiplication des déprimes,
de quoi ne plus m'en remettre jamais.
Bref,
c'est pour ça que je sépare la question du Moi de celle du
Mien, de l'intime. J'explorerai donc seulement cette zone de l'intime
partageable : ce qui est mien et qui se donnerait volontiers.
J'aime l'idée que cet intime-là soit publiquement dévoilé.
Et qu'il le soit avec tout ce qu'il peut contenir d'ambiguïtés
: franchement.
Ne sommes
nous pas tous des êtres humains, des plus sublimes aux plus abjects?
Alors chacun doit avoir sa place. Je me souhaite que le désir
d'authenticité soit accru voire même démultiplié
en raison de la présence de lecteurs. Gros contrat?
« Je sais. Je sais. » : Jean Gabin dixit.