Le
18 décembre 2000, j'écrivais quelque chose comme : ceci est
le jour UN de ce journal. J'ai oublié avec quels mots exactement,
mais cela n'a aucune importance. Aujourd'hui, 19 mars 2001, j'écris
que ceci est le dernier jour de ce journal... pour la saison d'hiver!
J'écrirai
demain la UNE du printemps. Si je suis toujours en vie, bien évidemment.
On sait jamais. Des fois que je me retrouverais victime de règlements
de comptes qui ne me concernent pas? On me découvrirait trois
jours plus tard, toute nue et morte gelée dans le fond d'une ruelle
sombre. Pessimistic? Peut-être... Personne
ne sait jamais s'il sera encore là demain.
Reste que ces
trois mois d'écriture online ont été magiques,
fantastiques. Faits de joie, de peine, d'hésitations, de doutes,
de plaisir, d'amour, de douleur et de tout ce qui nous fait trouver la
vie extraordinaire ou insupportable.
|||||||
Premier
geste important pour inaugurer cette journée et dernière
page : choisir la fleur. À lire ce journal, jour après
jour, on ne se doutera probablement pas de l'importance que prennent ces
fleurs ou objets que je colle dans la marge de gauche chaque fois que j'écris
ici. Parfois, je n'ai pas du tout envie d'être là, soit
pas découragement, soit dû à un sentiment profond d'être
nulle et insignifiante, inintéressante ou ignorante. Le doute
ou les états d'âme qui courbent la tête vers le sol.
Mea
culpa. Mea culpa. Mea maxima culpa. Je sais, je
ne suis pas la seule à éprouver cela.
Beau temps
mauvais temps, je m'étais donné cette contrainte de faire
un choix d'images significatives. Alors les mauvais jours, surtout
ceux-là, le simple effort de choisir une fleur ou un tableau me
permettait de relever la tête, de chercher un sens nouveau à...
Ou me remettait en contact avec la petite flamme qui brûlait au centre
de mon être. Étrange, mais cela m'aidait à me
retrouver, moi, pour être moi-même et personne d'autre.
Pas comme on veut que je sois, pas comme je veux être, mais juste
comme je suis, tout au fond.
Les fleurs
sont dressées vers la lumière. Elles n'ont pas honte.
Quand j'écris, je suis une fleur. Indifférente.
Aujourd'hui, je suis un iris blanc.
|||||||
Je
repense à mes images de l'hiver. Elles contiennent toutes
tellement d'émotions. J'aurais pu choisir les crocus jaunes
du 28 décembre, les campanules si blanches et fraîches du
5 janvier, ou bien la belle Ephemera danica du 11 janvier!
Mais je peux pas toutes les coller ici. Et ma WebCam des coquelicots,
du 22 janvier? Elle va me manquer. Et les tableaux de Klimt,
les Sebastian...
Et les chenilles,
compagnes de mes fantaisies scriptomaniaques? Elles sont arrivées
le 23 janvier, puis elles sont revenues, comme si elles voulaient rester.
Mais toutes ces images ne m'appartiennent pas, elles ne sont pas à
moi, ni de moi. Je vais m'en détacher. Le coeur léger.
Sans regret. Je sais qu'elles ne reviendront pas. Qu'aucune
de ces images de survivra à ce changement, sauf à rester
là où elles sont.
Je me sens
comme si je déménageais, que je quittais une maison où
j'ai vécu heureuse, où j'ai aimé et fut aimée.
Comme si je quittais un pays que j'aimais, pour m'installer dans un autre,
dans une maison toute neuve que j'aurai à redécorer entièrement,
à habiter. Sans savoir ce qui m'attend là-bas.
Voilà.
Ma première saison est terminée.
Écrit
à Montréal
Le lundi
19 Mars 2001
Auteure :
Script
Muse : L'hiver
2000-2001