[13h47]
Ouf! Il me faut arracher quelques pauvres minutes à mon quotidien
pour revenir à ce journal. Je sais, ce n'est pas une personne,
ce n'est qu'un journal. Oui, mais le lecteur, lui, il est une personne.
Des personnes même. Alors? Alors j'écris pour
le journal, et des personnes lisent. On comprend mieux. Tant
que la question du destinataire ne sera pas explorée à fond,
scientifiquement, je resterai sur ma faim. Faux. Il ne faudrait
surtout pas que les scientifiques s'en mêlent. Quoique...
Grosse
journée de travail en chantier ce mercredi. J'y retourne tout
de suite après.
Contente
d'avoir pu sortir et marcher dehors. La fièvre me laisse et
revient. Je ne sais pas ce qui m'arrive. Sinus? Virus?
La marche
m'a permis de faire provision de sensations. Quand je sors de la
maison, j'emprunte une rue, n'importe laquelle et je suis la pente.
Si je tourne à gauche, ça monte et je me retrouve dans un
grand parc rempli de neige et de vieux arbres aux essences variées
et rares. Ce que j'ai fait. Pas un chat ce matin.
La neige tombait. Un seul petit sentier traversait le parc.
Je devais mettre mes pas dans les autres pas qui étaient passés
là avant moi. À certains endroits, la neige était
si épaisse qu'il m'aurait presque fallu des raquettes. Entendu
des
oiseaux, les camions affairés au déneigement, leurs cris
stridents lorsqu'ils font marche arrière, le crissement des semelles
dans la schloche (n.f.: étrange dilution de neige fondue
sale et de calcium plus un peu de fin gravier qui passe l'hiver dans les
rues des villes du Québec - ceci est ma définition du mot,
mais est-il dans le dictionnaire?). Vu des bébés
joufflus dans des poussettes aux roues coincées par la glace, une
camionnette avec un logo finissant par Tech sous-titré :
«Bâtisseur de réseaux». Me suis demandé
si j'étais moi aussi un peu bâtisseur de réseau avec
mon journal.
Du
nouveau : Inscrite depuis quelques nuits à la Chaîne
littéraire et à la CEV.
Quoi d'autre? J'ai apposé les logos d'usage.
Chuchoté
avec l'Homme jusqu'à l'aube. Pour la première fois,
il a dormi un peu à mes côtés. Et à son
réveil, il était tellement, tellement content d'imaginer
la neige, qu'il voulait la transformer en caresses et en baisers.