...L'HIVER 2000-2001
 

 
 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

Le vendredi 16 février 2001
1.  Pourquoi j'ai changé le titre de ce journal, et autres considérations triviales...
 
J'aimerais avouer que je suis désolée, mais je ne le suis pas du tout.  Il n'y a aucune raison à ce changement.  Non.  J'ai beau chercher, vraiment, je ne trouve pas.  J'en avais envie.  Point.  Prendre le désir à bras le corps et vivre avec, c'est ce qu'il y a de plus tonique et vivifiant.

Mon pied gauche, le meilleur de mes deux, prendra bientôt appui sur une terre aussi accueillante que l'était le paradis terrestre de mon arrière-arrière-grand-papa Adam.

Tout ça pour chanter l'éloge de mon nouveau titre Script_O.mania, qui succède à Script_O.centris.  J'espère seulement que celui-ci tiendra la route quelque temps.

Y en a qui m'appellent Scripto.  Je ne veux pas leur faire de peine, mais c'est Script tout court.  Le O, c'est juste une liaison.  C'est comme si vous m'appeliez VirgulO...  On pourrait pas, o.k? 

On sera facilement d'accord pour Script_O.mania, mais pourquoi une nouvelle mise en page?  Ben, c'est juste parce que le verbe changer, je l'aime à la folie.  Un verbe purement essentiel.  Casser avec les habitudes.  Construire du neuf, cela m'excite et me passionne.  Voilà.  Aussi simple que ça.  C'est ça changer.  Un petit détail ici et là.  Le fond ne disparaîtra pas.  J'écrirai  le plus souvent possible.  Je ne peux rompre avec cette habitude-là, quand même... 

Que celle ou celui qui n'explose jamais et ne brasse jamais la cage de personne y compris la sienne propre me lance ma première rose rouge.  Merci.  Ça faisait un petit moment que je n'avais reçu d'aussi belles fleurs.

Et il y a plus.  En tant qu'auteur d'un journal online, je ne peux pas me permettre de ronronner.  Un journal qui commence à ronronner perd tout intérêt à mes yeux.  Alors je ne veux imposer cela à personne.  C'est comme la vie, le journal.  J'ai-tu le temps de ronronner dans ma sainte vie?  Non? Alors, on se comprend. On ronronnera pas dans le S_O.M de Script non plus.

Shahrâzâd, elle, n'a jamais endormi son Shâhyiar.  Bien au contraire.  Il a veillé, et veillé.  Alors?

Alors, c'est fait.  Je pense.  En tout cas, je vous autorise à me couper en milliers de petits morceaux, tous aussi délicieux les uns que les autres, et à les manger, si je vous ai endormis ce soir.
 
 

2.  C'est l'enfer, je suis sous le choc, Script a découvert mon journal papier, quelqu'un peut-il m'aider?
Je suis fatiguée, je vous écris la suite demain...

Le dimanche 18 février 2001
3.  Script a lu mon journal papier, nous en avons discuté toute la journée.  Finalement elle accepte de ne pas étaler ma vie sur le net.  Fiou!...
 
Pourquoi j'ai eu si peur?  Parce que j'écris encore dans mon journal papier tout ce que je ne peux pas écrire online. 

Script, on l'aura compris, c'est la partie de moi qui écrit tout le temps et qui veut s'écrire corps et âme, aller jusqu'au bout d'elle-même.  Je sais que cette option n'est pas viable.  Toute personne a besoin de ses jardins secrets, web ou pas.  Et peut-être encore plus sur le web?

Quoi qu'il en soit, j'ai promis à un être cher de garder le silence sur son identité et sur nos échanges.  J'ai promis.  Et je tiendrai parole. 

Mais je me sens maintenant libre de parler de nous, sans toutefois dire qui IL est.  Parce que cette personne m'a dit NON aujourd'hui, je suis redevenue libre de me confier à mon journal online, libre de tout raconter ici.  Parce que le nous a été détruit.

Oui.  L'Homme m'a dit aujourd'hui qu'il valait mieux que nous prenions chacun notre propre train pour la vie.  Qu'il fallait "tuer l'espoir de nous "revoir"[sic]... Je n'ai pas eu le réflexe de lui dire que nous ne nous étions jamais vus :  sauf en photo et au téléphone et en mails, mais ça....

Notre rencontre fut une rencontre que tout le monde s'entend à qualifier de virtuelle.  Et, comme Tristan et Iseult, nous dormions avec une épée (l'océan) entre les deux. 

Mais je ne m'étendrai pas longtemps sur le sujet ce soir, n'étant pas sujette à faire pitié. Et je sais que mon histoire n'est pas la première du genre.  Je sais.  C'est là que tout s'embrouille.

J'ai plutôt besoin de méditer que d'écrire. 


Le lundi 19 février 2001
 
4.  Comment Script se remettra-t-elle de sa peine d'amour virtuelle?  J'ose pas lui demander...et vous?
 
Je sais, la question est d'actualité ce matin.  La question se pose donc.  Mais le risque que je prends en la laissant s'emparer du sujet c'est que nous écrivions trois gros chapitres là-dessus aujourd'hui et que moi, et les lecteurs aussi, bien sûr, ne soyons pas plus avancés après ces fameux trois chapitres de lamentations. 

Alors?  On le sait tous qu'une peine d'amour ça fait mal.  Moi, j'ai pour mon dire que plus on en parle, plus on court le risque de s'apitoyer sur son triste sort.  C'est comme ne pas en parler du tout d'ailleurs, ça produit l'effet inverse, on s'imagine que ça va aller sans avoir vidé la question.  Au fond, ça revient à peu près au même. 

Alors j'ai le choix.  Ou bien on s'étend sur le sujet, ou bien on en parle plus.  Peut-être même existe-t-il une troisième option, que je n'ai pas encore entrevue?  Oui, on peut écrire, mais sur un autre sujet.  Faire diversion, momentanément et y revenir après que la chose triste soit toute ramollie comme un fruit mûr.

Franchement, cette troisième option me plaît bien.  Mais de quoi on parle alors?  De température?  Oui.  J'adore parler de température.  À première vue, il fait gris.  Ça grisouille à plein à matin.  Je me souviens d'avoir lu dans le journal de la Scribouilleuse que : c'est pas parce que t'as des larmes sur les joues que tu sens pas la pluie, ou quelque chose comme ça.  Ou était-ce plutôt le contraire?  Quelqu'un s'en souvient-il de cette phrase?  C'était il y a pas longtemps, quelques jours tout au plus.  Une citation du genre : c'est pas parce qu'il pleut que tu sens pas les larmes sur tes joues... cela sonne-t-il mieux?  Aucune idée.  Je ne comprends même pas ce que ça veut dire, mais j'ai aimé le mélange des deux pluies et j'ai retenu l'idée et la sacripante d'idée m'est restée, sauf que toute déformée.  Alors je ne pourrai rien faire avec ici.  Rien d'autre que de casser les oreilles de tout le monde avec ça. 

Bon, ne pas extrapoler, ne pas généraliser.  Tout le monde, dans cet univers de diariste, c'est pas grand monde.  Une mini mini pincée de sel en proportion de la population mondiale.  Même pas une pincée de sel non plus, même pas un grain de sel.  Autant dire que j'écris pour personne.  Même pas pour moi-même puisque je sais très bien que je suis personne.  On l'a dit récemment.  Je ne suis pas une femme ordinaire.  Pas une petite fille ni une jeune fille non plus.  Personne d'abord.  On est personne, nous, les diaristes.  Faudra mettre ces derniers propos en perspective aussi : c'est lundi matin.  Il fait grisouillet.  Mais doux. 

Mon bureau étant situé dans le fond du salon double, derrière les colonnes, la pièce s'est remplie hier d'amis fumeurs et amateurs de bière importée.  J'aime pas cette odeur de mouffette et de taverne.  J'ai la nausée puissance 10.  C'est pas l'abus d'alcool.  Je n'ai pris que quelques gorgées de vin à la santé de mes amis.   Leur présence était rassurante.  Les conversations ont porté sur tout sauf sur ma petite personne qui n'en est pas une.  Avons-nous réussi une fois de plus à refaire le monde à notre image et à notre ressemblance?  Je nous le souhaite ardemment.  Ils ne savaient pas, pour mon Shâhryiâr-Tristan "virtuel"...  Si je parlais de cette déception-là, ils m'interneraient.  J'exagère à peine...

Là-dessus, je vous laisse, j'ai une grosse journée d'ouvrage qui m'attend.  Et je laisserai la fenêtre ouverte toute la journée.   Fait doux comme au printemps.  Pleut-il? 


 

5.Quelques questions pour essayer d'y voir plus clair...
 
Il est très tard.  Je bois en ce moment un thé à la menthe.  Sucré avec du miel.  J'ai oublié de dire que quand j'ai reçu les premières lettres de P. (celui que j'appelais l'Homme, ou Shâhryiâr), je me suis mise à faire de la fièvre.  Et cela a duré plusieurs jours.  Il y a plus d'un mois de cela.  J'ai conservé toutes ses lettres et les miennes aussi.  Ce sont de très belles lettres.  Nous en échangions des dizaines par jour.  Et ce soir, la fièvre a réapparu.  Est-ce un signe?

Dans son dernier mail, il me faisait part de son désir de me voir prendre un train à l'opposé du sien.  Il m'a souhaité bonne route.  Son plus cher désir, disait-il,  est que cela se passe bien pour moi.   Apparemment, je l'aurais fait réfléchir.  Il verrait la vie autrement.  Il prendrait conscience depuis nos échanges que les relations virtuelles et l'amour devant un écran, ce n'est pas la vraie vie.  Je ne peux que lui donner raison là-dessus. Ça, moi, je l'ai toujours su. 

Je ne lui ai pas encore répondu.  Son e-mail est dans ma liste de lettres à  écrire,  sur le coin de ma table de nuit.  Je place mon courrier dans un cartable noir doublé de toile, avec trois petites boucles de ruban noir tout autour.   Je vois ses mots quand je me couche le soir et quand je me lève le matin.  Ou quand je vais dans ma chambre prendre quelque chose.  Je ne suis même pas certaine que je vais lui répondre.  Je ne sais pas.  Peut être que je choisirai de garder le silence à tout jamais avec lui et que, moi, Lady A., je ne lui souhaiterai jamais d'être heureux, comme lui il a eu la générosité de le faire pour moi.  Je n'ai pas encore décidé si je serais généreuse avec lui.

P., c'est l'Homme, un lecteur  qui est venu me relancer jusque chez-moi, dans mon intimité, qui m'a  reconnue  comme son âme soeur avec son regard tendre, admiratif, qui m'a attirée vers lui.  C'est le même homme qui m'annonçait dimanche qu'il ne veut plus me regarder du tout, jamais.

Je sais qu'un jour, si j'attends trop, il sera trop tard pour lui répondre.   Ça me donnerait quoi d'ajouter quelque chose, de lui écrire encore?  Après, je me demande si lui me répondrait, s'il m'écrirait une autre fois.  Et s'il m'envoyait un autre message dans une semaine, ou deux, ou même dans un mois?  La même question se poserait. 

A quoi cela nous mènerait de poursuivre une correspondance?  Déjà, nous sommes si éloignés l'un de l'autre.  Mais je me mets à sa place, peut-être qu'il s'attend à une réponse?  Ça doit être terrible d'écrire un Non comme celui là, et de se retrouver sur du vide.  Peut-être qu'il espère un mot pour en finir, une sorte de conclusion, un point final.  Mais je dois me tromper.  Il pourrait aussi avoir poussé un grand soupir en se disant finissons-en, que je lui écrive ce dernier mail et que j'en entende plus jamais parler, sans se poser toutes ces questions. 

Et si je ne pense qu'à moi, il faut bien que je me demande ce que je veux.  J'espère quoi en lui répondant?  Qu'il me raconte tout le plaisir qu'il prendra à la vie sans moi?  Cela me rendrait jalouse.  Et s'il est malade ou qu'il ne va pas bien, je pourrais m'inquiéter encore pour lui et avoir envie de tout faire pour qu'il soit heureux.  Si lui-même ne croit pas au bonheur, je suis qui, moi, pour vouloir le lui servir soir après soir pour les mille et une nuits à venir et toutes les autres après?

J'en arrive donc à la conclusion que je laisserai son message attendre sur le dessus du  cartable noir.  Et dans quelques semaines, dans quelques mois, la décision se prendra toute seule.  Cela ne vaudra plus la peine.   D'autres messages se seront empilés par-dessus.


 

 
Le mardi 20 février 2001
 
6. Croyez-vous « que les seuls les journaux dignes d'exister sont ceux qui se contentent de parler de la météo et de raconter l'humeur du moment de leur auteur en 3 lignes » ?
 
Je reviens de ma tournée matinale de journaux online et je constate que la méchanceté et le bitchage à la Dallas fleurissent on ne peut mieux dans le merveilleux monde du cyberdiarisme.

Mais il n'y a même pas là matière à débat.  Ce n'est rien de plus qu'un petit jeu minable pour s'attirer des lecteurs.  Pourquoi ça me donne autant envie de vomir?  Parce que c'est triste et inquiétant.  Et en plus, parce que c'est Mongolo qui est attaqué, et qu'il a pris la peine d'écrire une réponse superbe.  Alors je le lisais tout en faisant quelques copiés/collés.  Je me disais : tiens, je vais écrire un peu là-dessus ce matin.  Étant assez "bavarde" moi-même, et citant Mongolo en "référence" à l'occasion, j'avoue m'être sentie un peu visée.  On connaît ma sensibilité!!!

Et puis je me suis dit que non.  Je n'écrirai pas son nom [lire pseudonyme] dans mon propre journal, ce serait le salir.  On n'aime pas lire?  Qu'on ne lise pas.  C'est leur droit le plus strict.  Non, je ne dirai pas le nom de l'auteur, ne relaterai même pas ses propos purement méchants.  Ce serait lui accorder  trop d'importance.  Seule la réponse de Mongolo vaut la peine d'être reproduite ici, et en version intégrale. 

«Puisque tu parles de droit de réponse dans ton journal, voila ma réponse. Et sache que le but du droit de réponse est d'atteindre les mêmes lecteurs que ceux qui ont lu l'article original, donc il ne peut apparaître ailleurs que dans ton journal.  [selon Script, une réponse comme celle-là mérite d'être lue par le plus grand nombre de lecteurs possible, alors je diffuse avec mes petits moyens...]

«Je vois que l'esprit diariste se développe. Il y a quelques mois, il s'est dit dans le forum de la CEV qu'il était inacceptable de porter le moindre jugement sur un journal en particulier. Parler des journaux en général était ok, mais citer un journal et le critiquer, en bien ou en mal, était totalement interdit par les bonnes manières entre diaristes. Il semblerait que maintenant il est acceptable de non seulement critiquer un journal en le citant directement, mais d'en dire le plus de mal possible pour se rendre intéressant. Je suppose que tu montres le chemin vers un meilleur monde des diaristes. Est-ce qu'il faut s'attendre à voir d'autres diaristes suivre la voie que tu viens d'ouvrir ? Est-ce que tu veux que les autres diaristes écrivent ce qu'ils pensent des autres journaux, et du tien en particulier, dans les termes que tu utilises ? [Script ne s'abaissera pas à ce petit jeu mesquin]

«Tu vois, la chose qui me dérange le plus ce n'est pas que tu critiques mon journal, ça ça ne me fait ni chaud ni froid. Pour que j'y accorde de l'importance il faudrait que j'accorde une quelconque valeur au tien autre que le fait qu'il existe et que c'est un journal que je ne lis pas. [Script non plus... ce matin, c'était par hasard]  La valeur de jugement de ses pairs n'a de valeur qu'en tant qu'on les reconnaît comme ses pairs. Est-ce que tu crois vraiment que ton jugement, surtout quand il est aussi peu argumenté, a une valeur en dehors de ta tête ? Ce qui me dérange c'est à quel point tu sembles le détester. La sorte d'essai de jeu de mot sur le titre le montre bien (jeu de mot que tu n'as pas inventé d'ailleurs, tu pourrais respecter ceux qui l'ontfait). C'est un jeu de mot nul que je n'aurais jamais osé imaginer lire chez quelqu'un qui se prétend un minimum intelligent et inventif et qui sent tellement la haine que ça en fait presque peur. Est-ce que je t'ai fait quelque chose dans une autre vie ? J'ai écrasé ton chien ? Tu n'appelles pas ça de la méchanceté gratuite ? Voyons voir: je ne te connais pas, je ne t'ai jamais parlé, je ne te force pas à lire mon journal (d'ailleurs à partir de maintenant je te demande même de ne plus le lire, ça a l'air de vraiment beaucoup te déranger), je n'ai jamais rien dit de mal sur toi ou ton journal, ce que tu dis n'est pas constructif et semble de limiter à des insultes, et tu ne dois pas t'attendre à un quelconque changement comme conséquence de ce que tu as écrit. Tu veux qu'on cherche dans le dictionnaire la définition de méchanceté gratuite ? 

«Ce qui me rend aussi triste en lisant ce que tu as écrit c'est que tu sembles considérer qu'essayer de comprendre ses propres motivations et ses propres actes est quelque chose de sale et d'inintéressant. Quand je te lis, j'ai l'impression que ton désir c'est de revenir à une époque bien plus simple où on n'avait pas le temps ni la volonté d'expliquer les choses et où on croyait tout en se limitant à la perception de ses sentiments et de ses sens. Au hasard le Moyen-Age tendance IXème siècle. L'obscurantisme et l'ignorance ont l'air d'être des valeurs haut placées dans ton système de valeur et c'est effrayant. Si le monde était peuplé de gens comme toi on en serait encore à casser des pierres à l'entrée de grottes et tous ceux qui montreraient un intérêt pour la réflexion seraient probablement massacrés. Tu vois, mon journal me sert d'endroit où je peux essayer de me comprendre, où je peux m'analyser en paix. Je l'ai déjà dit plusieurs fois mais je suppose que ces pages étaient trop longues pour toi. Tu crois que les seuls les journaux dignes d'exister sont ceux qui se contentent de parler de la météo et de raconter l'humeur du moment de leur auteur en 3 lignes ? Ca rendrait vraiment les journaux plus intéressants s'ils se limitaient à des considérations aussi lamentables ? Tu crois que c'est ce que les lecteurs viennent chercher ? S'ils veulent voir le temps ils peuvent regarder par la fenêtre, ils n'ont pas besoin de toi. 

«Tu sembles aussi croire qu'être sérieux à propos de ce qu'on fait est mal. Tu as bien raison, le monde tourne tellement mieux quand tout le monde prend tout pour une blague et ne fait rien sérieusement. Tu peux me dire pourquoi tu fais un journal si c'est une blague ? Tu crois que tes lecteurs pensent que ton journal est juste un truc que tu fais pour te marrer ? Tu crois que c'est leur montrer du respect ? Tu crois que ça justifie qu'ils reviennent et fassent monter ton cher compteur ? 

«Pour ton information, je vis toute la journée, quelque soit mon occupation. Mais tu fais peut-être partie de ces gens qui considèrent que la seule vie digne d'être appelée "la vie", est la partie que tu fais en dehors de ton boulot, dans cette partie de ton temps où tu ne fais rien qui fasse marcher tes facultés intellectuelles. Cette partie où je suis sûr tu te vantes d'avoir beaucoup d'amis qui t'adorent. Tu vois, pour moi me demander ce que je fais, pourquoi, dans quel but, ce que ça m'apporte, ça fait partie de ma vie. Tout le temps je m'interroge sur la validité de mes actions parce que je sais que c'est la seule façon de s'améliorer et d'avancer dans la compréhension du monde. Je déduis de ta remarque tu pour toi le monde n'est pas quelque chose digne de réflexion et qu'il vaut mieux rester dans ce petit univers d'ignorance et l'insouciance où tu vis et qui doit marcher tout seul. Mais tu vois, ce n'est pas le monde dans lequel je veux vivre. Je veux essayer de comprendre ce que je vois et ce que je fais, je suis curieux. Si tu considères que c'est mal, alors oui, je suis mauvais et je suis inintéressant, mais j'ai le plaisir de ne pas vivre dans ton monde. 

«J'ai cru lire quelque part que tu étais prof de lettres, mais je me trompe peut-être, je ne lis pas ton journal et je n'ai plus aucune envie de le lire.  J'ai peur pour tes élèves (en supposant que c'est vrai, ce dont je doute fort). Tu n'aimes pas ce qui est long et tu appelles ça du délayé. C'est puéril et c'est intellectuellement paresseux. Est-ce que tu leur demandes de te fournir un résumé avec chacune de leurs dissertations pour que tu puisses te limiter à le lire et à le noter au lieu de lire tout ce qu'ils ont écrit ? Est-ce que tu leur apprends à détester tout ce qui fait plus de quelques lignes ? Assurément tu vas en faire des pros du web, c'est bien. Mais j'espère très fort que mes gamins n'auront jamais une prof comme toi. 

«Tu vois, les gens comme toi ne m'énervent même pas. Ils me font juste peur parce que le monde qu'ils aimeraient voir naître est un monde d'ignorance et de paresse intellectuelle. Et je ne veux pas vivre dans ce monde, ni voir mes enfants y naître. »
 

C'est moi qui ai souligné certains passages en gras, pour indiquer ce qui m'a touché le plus dans cette réponse, une opinion que je partage.  Oui, peur et tristesse sont bien les sentiments qu'une telle attaque gratuite suscite. 

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