.L'HIVER 2000-2001
 

Érable rouge


Disamares
(ses fruits)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

Le mardi 16 janvier 2001,
[10h28]  La fièvre d'hier soir m'a fait sombrer dans un sommeil étrange et troublant.  Le ciel est demeuré très lumineux toute la nuit. (Pleine lune?) L'intense lumière blanche explosait à travers le moindre espace laissé libre entre les lourdes tentures de velours bleu nuit de ma fenêtre.  J'ai peu dormi.  J'en parlerais à l'Homme ?  Lui, je ne l'inventerai pas ici dans ce journal.  Il est trop vivant.  Et parce que devant lui, j'aime souvent me taire.  Écrire.  Lire.  Je n'ai pas d'argument.  Argument est un mot très ancien.  On dit qu'il signifie :  « la blancheur de l'aube ». 

Ce journal?   On dirait qu'il adopte un rythme quotidien.  Septième entrée depuis le 10 janvier.  Qui l'eut cru?  Serait-ce que je poursuis l'engagement?  Ou est-ce le reflet du miroir qui m'encourage?  J'y verrais donc d'autres lectures plus riches et plus intenses, d'autres images qui remplissent et garnissent peu à peu mon nid.  Que s'est-il déclenché en moi à mon insu?  Insu  : je méditerai sur ce mot.

Tout à l'heure, aller m'inscrire à mes cours de russe avant qu'il ne soit trop tard.
 

[15h47]  Je songe à développer une section «Lexique» pour noter le (les) sens dont se chargent pour moi certains mots.  Le premier inscrit sera l'Homme.   Bientôt. 

Je suis restée à l'intérieur, en dedans.  Encore un peu de fièvre.  Rester en dedans, c'est rester plus proche encore des sensations et des mots.  Nommer l'arbre, le fruit.  Dire le mot pour que la chose soit rassurée sur sa propre existence.  Laisser cela se vivre ne serait-ce qu'une fois. 

Notre appartenance à ce continent des mots serait-elle réellement éphémère?  Parfois, j'entrevois très clairement que nous écrivons surtout pour célébrer l'éphémère, le transitoire (contradiction? non, le sens s'élargit).  Mais la clarté se sauve chaque fois.  Rilke l'a chanté dans la neuvième Élégie :

«Mais parce qu'être ici est beaucoup,
qu'apparemment tout ici a besoin de nous ; ces choses 
                                                                           éphémères,
étrangement, nous concernent,
Nous, les plus éphémères.
Une fois chaque chose, seulement une fois.
Une fois et jamais plus  Et nous aussi
une fois.  Jamais plus.
Mais ceci, avoir été une fois -même si ce ne fut qu'une fois -
avoir été de cette terre, cela semble irrévocable.»
Rainer Maria Rilke.  Élégies de Duino.
Évitons les malentendus : fiévreuse, peut-être.  Mais légère et heureuse.
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