Je
pense à cette naissance imminente et je n'ai plus l'âme à
babiller. Comme si je ressentais la nécessité de marquer
une pause : un petit morceau de glace fond à l'intérieur
de moi. Réminiscences.
Pendant
ce temps, à l'extérieur, le temps va s'arrêter (un
peu, juste un petit moment) devant le mystère et la beauté
d'une nouvelle vie.
Il y
a un émerveillement si énorme et si plein de sagesse dans
le regard du bébé qui ouvre les yeux et les plonge dans ceux
de sa mère pour la première fois. Personne ne devrait
avoir le droit de troubler cela par de guili guili ou des compliments.
Se taire et laisser les regards se nouer. Se confondre. On
tombe en amour. La mère place l'enfant dans les bras de son
père et le même miracle se produit : le miracle du regard.
Dans
ses premières heures de vie, si un tout petit bébé
n'est pas regardé par le père et la mère aussi fort
et aussi longtemps qu'il en a besoin, il arrive qu'il se ferme les yeux,
ou qu'il cesse de regarder à son tour. En fait, il va regarder
quand même, mais ailleurs. Ou alors il cherchera durant toute
sa misérable vie à capter le regard de l'autre pour être
bien sûr qu'il existe.
Je me
demande parfois si c'est pour ça que j'écris. Entre
autres choses.
[12h24]
Le soleil perce l'épaisse couleur gris bleu du ciel. Ce sera
un beau dimanche.