..L'HIVER 2000-2001

Alors, Script.
tu vas les écrire
ces Entretiens?
Oui, oui, demain.

 
 
 

 

 
26. Ou comment Script avise ses lecteurs, mine de rien, de se méfier du journal papier que Lady A. recommence à écrire en cachette.
 
Me voilà de retour après une absence de quelques jours.  Une courte pause.   Nécessaire.  Pour me consacrer exclusivement à l'écriture du roman.  Et aussi pour répondre à ce besoin, comme une exigence personnelle, de renouer avec mon autre journal, que l'on appelle «papier». Cette terminologie ne me plaît pas.  Mais comme je ne dispose d'aucun autre mot de rechange, ça ira pour aujourd'hui.

Retour au journal papier, donc.  Je résisterai à la tentation de le recopier dans ces pages virtuelles.  D'abord ce serait beaucoup trop long.  Et puis c'est plein de secrets intimes.  Ici, c'est autre chose qui se joue.  Un jeu si différent, si étrange.  Magique.

Quelqu'un m'a cité un jour cette maxime d'un poète persan dont j'ai oublié le nom :
« Tout ce qui n'est pas plaisir, s'en abstenir.»

Plus j'y pense, plus cette petite phrase me réjouit le coeur.  L'écriture quotidienne dans ce journal ne doit pas se vivre comme un esclavage.  Ni devenir une corvée.  Il s'agit tout au plus d'adopter certaines contraintes, et de les respecter.  Accepter de m'éloigner un peu quand le plaisir [ou le malheur] m'attire ailleurs.  Autour. 

Et pour voler avec mon papillon de nuit aux mille couleurs.
 

 
Écrit à Montréal
Le mardi
13 Mars 2001
Auteure : Script
Muse : le chat
 



 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

27. « Nous sommes de la même étoffe que les songes/Et notre vie infime est coiffée de sommeil... »
 
Aveu.  Prospero n'est pas là.  En ce moment, il marche quelque part dans les rues de Paris.  Tout en vivant ici, avec moi.  Parce qu'il a pris soin de tracer des cercles magiques dans la grand lit de la chambre bleue.  Dans le salon.  Dans la cuisine.  Aveu.  Prospero est là.

Qui est Prospero?  On s'en doute?  C'est celui que je nomme aussi P., ou encore l'Homme, [selon les caprices de Script.  Elle aime trop les synonymes].  Aveu.  Je sais que je me répète.  Son vrai nom vaut bien les 23 lettres de l'alphabet mises bout à bout.  P. est magicien, écrivain. Artiste.  Amoureux.  Amant.  L'Homme de ma vie, génial, que je rebaptise[Script l'exige] en date d'aujourd'hui, pour le journal online.  L'Homme de la tempête.  Celui du Famous Blue Raincoat.  Qui torture la robe que je porte.

Prospero n'est pas là?  Nos conversations habitent chaque centimètre cube de l'espace où il a respiré et respire encore.  Ses baisers demeurent gravés sur ma peau.  Il sait si bien les renouveler à chaque minute.  Et son large manteau d'hiver, noir, reste accroché à la patère de l'entrée.  Et son chapeau haut de forme trône sur la psyché.  Sa voix murmure encore en moi.  Elle me caresse l'oreille.  La neige du parc conserve la trace de ses pas.  Aveu.  Prospero sera toujours là.

En cette fin de matinée, je savoure le plaisir d'être là et d'écrire.  En prenant un deuxième petit café.  Noir.

  

«Nos divertissements sont finis.  Ces acteurs,
J'eus soin de vous le dire, étaient tous des esprits :
Ils se sont dissipés dans l'air, dans l'air subtil.
Tout de même que ce fantasme sans assises,
Les tours ennuagées, les palais somptueux,
Les temples solennels et ce grand globe même,
Avec tous ceux qui l'habitent, se dissoudront,
S'évanouiront tel ce spectacle incorporel
Sans laisser derrière eux ne fût-ce qu'un brouillard.
Nous sommes de la même étoffe que les songes
Et notre vie infime est coiffée de sommeil...»
(La Tempête, IV, 1, 157-158.)

 
Écrit à Montréal
Le mercredi
14 Mars 2001
Auteure : Script
Muse : William Shakespeare


WebCam des
papillons
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

28.  Merci Fabien Bertry, créateur et ex webmaster du site Berfaz…  Clic…
 
Voilà Berfaz.com a fermé boutique le 9 mars 2001.  Je ne sais pas pourquoi la lettre de Fabien Bertry me touche à ce point.  Non.  Je sais très bien pourquoi la lettre de Fabien Bertry me touche à ce point.  On ne veut pas le savoir?  Non?  Alors, oui.  On le saura.

D'abord, retour arrière vers les premiers temps de ce journal, le 22 janvier et les deux jours avant.  Jours de mes premières répulsions.  Là que j'ai connu, grâce à un mail de Jack, cet E-zine anti conformiste.  La lettre de F.B. exprime et rejoint exactement cette partie de moi qui fait un bras d'honneur à l'esprit de notre temps.   À cette sorte de «conformisme» qui s'appelle l'esprit commun :  la normalité définie par le troupeau.  Et à toute la merde véhiculée sur le net, « à cet univers sensé être livide, froid, binaire, réservé aux affolés du cul ou du MP3 ».  Et à ceux qui sous prétexte d'écrire un pseudo journal online le font parce que c'est une mode, pour y déverser leurs bisous gluants et dégueulasses jour après jour dans des petites maudites phrases toutes faites.  Et les pires, ceux qui s'adonnent au dénigrement systématique des jeunes qui font des fautes ou de certains diaristes qui ne donnent pas dans la guimauve...  Parce que je suis d'avis que dénigrer [ils disent critiquer ou s'exprimer] sans aucune forme de sensibilité pour ceux que l'on détruit ou blesse c'est assez conforme à l'esprit commun.  À la plus petite commune facilité.  Voilà pourquoi [entre autres] la lettre de Fabien Bertry me touche à ce point.

Combien des valeureux 10 ou 15 lecteurs de cette page auront le réflexe d'aller lire F.B.?  Et de soutenir la réflexion?  J'aime autant ne pas prendre de gageure là-dessus.  Autant ressortir ma petite grille de sondage bidon.  Et mon bras d'honneur.  Merci Fabien Bertry.

Au moins, citer/coller l'intro.  Conserver cette pièce à conviction par devers moi.  Pour mémoire de ma propre lâcheté. 
 
  

«J'ai passé deux ans à remuer tant que je le pouvais. A bouger ma carcasse, à essayer de me faire vomir.  Vomir des mots.  J'ai pas de talent, comme quoi avec de la franchise et de la conviction...  J'ai donné tout ce que j'avais, mot après mot.  Ça n'a pas été facile, parce que quoi qu'on fasse, même si c'est dénué d'intérêt, dénué de vices, il y a et il y aura toujours des gens pour vous cracher à la gueule. Des pauvres types pour la plupart. Même si on est en droit de se demander qui est le con de qui…»
Fabien Bertry
Berfaz.com

 

C'est pas vrai que ce gars là n'a pas de talent.  Pas vrai.  Mais qu'est-ce que je fais encore ici, moi?
 

Écrit à Montréal
Le jeudi
15 Mars 2001
Auteure : Script
Muses : Amèriq
Jack







Nouveaux Entretiens de Script avec les deux Chenilles vert lime tachetées de noir et orangé pas poilues sur l'émergence du sublime et des états d'âmes des chenilles grises poilues dans la pratique onaniste aseptisée du diarisme virtuel non transmissible sexuellement (l'hypothèse est à vérifier).




Je n'ai toujours pas compris pourquoi.






 

29.  On se souviendra que lorsque l'envie me prend d'illustrer ma page avec les chenilles de grosse fatigue, c'est signe que l'être moderne commence à se désagréger... en moi.
 
Avant d'enchaîner avec ladite page du vendredi 16 mars, signaler l'ajout en fin de journée hier d'une nouvelle WebCam, [n'est-elle pas magnifique?] pour le numéro 28, et de quelques papillons.point.gif, pour le mailto, cadeau de ma grande amie Lady L. qui s'enligne pour vivre ce printemps 2001 la pédale au plancher, pis pas à peu près.  Voilà pour la genèse du geste. 

[next]

Ce matin, à la demande générale, je terminerai la Table des matières de mon livre Entretien avec les chenilles.  Je traîne ce projet depuis trop longtemps déjà, je finirai pas perdre ma subvention si je ne donne pas un sérieux coup de collier pour avancer cette recherche.

On se souviendra de la page du 1er février 2001.  Non?  Alors, pour éviter un retour en arrière fatiguant, en voici les grandes lignes:

Le 1er février donc, je m'étais littéralement et délicieusement plongée dans la rédaction d'un nouvel et passionnant ouvrage pour lequel j'avais obtenu une bourse de recherche du Haut Conseil des Sciences et des Lumières de l'Université Les-algues-Sushi-les-bains, grâce à la recommandation de mon vieil ami, l'éminent Professeur Llalalakalioukiss Liu. 

Mon projet avançait rondement.  J'avais d'abord trouvé  le titre

Nouveaux Entretiens de Script avec les deux Chenilles vert lime tachetées de noir et orangé pas poilues sur l'émergence du sublime et des états d'âmes des chenilles grises poilues dans la pratique onaniste aseptisée du diarisme virtuel non transmissible sexuellement (l'hypothèse est à vérifier)
Je l'avais un peu oublié, mais ceci était plutôt l'oeuvre de Script, et dans le but d'éviter des poursuites, je lui ai écrit.  Voici une copie du e-mail qu'elle m'a envoyé en guise de réponse.  J'avoue que ça m'a enlevé un poids de sur les épaules.  Franchement, j'ai été soulagée.  Pour que ce soit plus clair, je mets aussi une copie du mail que je lui ai envoyé avant hier. 
De :  "Lady A" <lady.a@hotmail.com>
Adresse de réponse :  lady.a@hotmail.com 
À :  "Script" <script@sympatico.ca> 
Objet :  Coucou Script 
Date :  Wed, 14 Mar 2001 15:51:45 

[...] Pour terminer, j'aimerais te poser juste une question: pourquoi tu demandes aux lecteurs de ne pas reproduire tout ou partie de ton site ? Je comprends bien que tu veuilles protéger tes droits d'auteurs, mais, pour un court extrait, avec référence à ton site, cela ne me semble pas te porter préjudice?...  Réponds moi vite [...]

[...]

De :  "Script" <script@sympatico.ca>
Adresse de réponse :  "Script" <script@sympatico.ca>
À :   "Lady A" <lady.a@hotmail.com>
Objet :  Re: Coucou Script 
Date :  Wed, 14 Mar 2001 20:09:45 

Tu sais, ce que j'ai écrit, le Copyright ou l'interdiction de reproduction totale ou partielle ne concerne QUE la VRAIE reproduction.  Pour ceux qui voudraient s'approprier carrément la chose pour eux.  Un ©n'interdit pas la citation (qui n'est pas du tout une reproduction)qui n'a pas besoin d'être demandée à l'auteur, du moment qu'on indique la source et que le texte est entre guillemets (imagine s'il fallait toujours demander, je serais malheureuse avec Shakespeare & Cie? et tous ceux que je cite sur mon site, héhé!).  C'est comme pour les livres.  Alors, si tu veux citer, bien évidemment, te gênes pas. Quand je cite un extrait de texte qui provient du net ou d'un livre (ou revue), je ne mets pas toujours d'hyperlien, je donne le nom de la personne ou du site.  Le lecteur n'a qu'à faire le reste.  Et parfois, je place un lien.  Mais pas toujours.  J'aime bien le faire Et blablabla[...]

 

Alors, puisque rien ne s'y oppose, je ferai un copier/coller et des guillemets et un hyperlien. 

«Quelques éléments de la « Table des Matières » éclaireront mes savants lecteurs sur l'importance capitale de cette étude terrain (prendre note que ce ne sont que mes premiers balbutiements, la chose va se développer dans les prochaines semaines): 

Première Partie
«1.  Les chenilles se suivent et ne se  ressemblent pas; pourquoi la plus petite est en avant; la grosse est-elle le/la mâle ; si oui, est-elle fatiguée?

«2.  Petites chenilles vous venez de loin : c'est pas une raison pour finir dans mes Sushi ; ni dans ma soupe ; et puis laissez moi donc travailler.

«3.  Les deux chenilles ne sont pas poilues, première partie : comment elles se sont débarrassées de leurs soies dorsales à force d'introspection : introduction et conclusion.

«4.  Les deux chenilles ne sont pas poilues, deuxième partie : pourquoi, ou, l'élément déclencheur de la mue serait-il relié à une visibilité accrue dans les média?

«5.  Sur les relations de causalité entre les ventouses et les taches noires affectant la longueur des soies sublinguales et sinusoïdales ; lesdites relations de causalité mettraient elles en évidence les six principaux schèmes et pictogrammes narcissiques sous-jacents? 

«6.  Les Chenilles vertes développeront-elles un goût d'épinard lorsque laissées quelques jours au soleil principalement lorsqu'elles se retrouveront face à face avec les chenilles grises poilues lors des cent-trente-cinq entretiens prévus avec Script? »
 

Par manque de temps, la chose s'arrêtait ici.  Voici la suite.  Mais c'est plus voire même trop compliqué.  J'ai demandé à Script de le faire.  Moi, j'ai assez écrit dans ce journal pour aujourd'hui.  Je retourne à l'écriture de mon roman et lui laisserai les Entretiens...  Tourelou.  Bisous.

Deuxième partie

1. 

3.

7.

8.

9.

15.

Elle en a un sacré culot la Lady A. de me planter là avec tout le travail sur les bras.   Quinze chapitres à trouver, c'est pas rien!   Je vais me prendre une petite pause.  Une amie vient justement de m'inviter à aller boire un pot avec elle sur une terrasse de la rue Bernard.  On va faire nos madames.  Un petit sondage avec ça?

[juste en attendant]

Sondage préliminaire: 

VOTER en cliquant sur le  de votre choix

J'ai oublié les questions

Je lis pas les réponses
J'ai perdu le bidule qui fait pop
 

On me reprochait la longueur de mon titre?

30.  Deuxième partie de la Table des matières des Nouveaux Entretiens de Script avec les deux Chenilles et cætera...  (pourquoi ses titres sont ils toujours aussi longs?)
Deuxième partie
1.  Outils de mesure pour une observation rigoureuse des manifestations cliniques des états d'âme des chenilles grises poilues au repos [entre deux entrées de journal]: description et ventilation des variables directement ou faussement mathématiques et ethnobiologiques.

2.  Éléments de réflexion pour l'amélioration et l'adaptation de la base de données PCPIP.LINEAXO, v.2.0. 

3.  Critique de la mesure qualitative et quantitative des différents modes d'émergence et de prolifération du sublime lors de la période d'incubation, prédiaristique.

4.  Nouveau regard sur l'émergence et la prolifération du sublime lors de la période d'incubation prédiaristique et pendant la ponte, ou phases intensives de reproduction des différentes particules adénocholinergiques de la sève (communément appelées phases de copiage).

5.  Analyse des différents axes et données recueillis par PCPIP.LINEAXO .

6.  Constatations préliminaires sur l'étiologie et la prévalence génétique des pratiques onanistes aseptisées ayant cours chez les chenilles grises poilues : hédonisme ou néofreudisme décadent?

7.  Parcours mythologique : bases théoriques et conceptuelles.

8.  Éros et Thanatos au seuil de l'émergence du sublime dans le diarisme virtuel non transmissible sexuellement (DVNTS).

9.  Les chenilles poilues Miroir de soi, ou : Narcisse et l'onanisme aseptisée du DVNTS.  Signalement des premiers cas de contamination.  Signes et symptÔmës.

10. Fabrication d'un vaccin contre une possible épizootie du chat domestique des DV transmissible par fichiers attachés aux e-mails de réponse aux lecteurs.  Les chenilles pas poilues recommandent de désinfecter soigneusement son écran et son clavier tous les jours ou plus simplement de le recouvrir d'un cellophane. 

11.  Recherche et prévention : Pour une meilleure définition des six principaux schèmes et pictogrammes narcissiques sous-jacents.

12.  Recherche et prévention : Schèmes et pictogrammes visuels (gif, jpeg, bitmap, webcam et autres) des chenilles chauves ou poilues.

13.  Recherche et prévention : Schèmes et pictogrammes auditifs (wav, midi, mp3,...): chenilles chauves seulement.

14. Schèmes et pictogrammes subliminaux (les écrits entre les lignes, exposants, clignotants,flash, java et caetera): toutes espèces confondues.

15.  À titre de référence : Le questionnaire d'entrevue devant servir de guide aux 135 entretiens qui se dérouleront systématiquement les jours de pluie, à l'aube, durant la période du 21 mars au 21 juin 2001. 
 

Fiou.  J'ai terminé.  Ne reste plus qu'à faire les entretiens et à écrire le satané bouquin.

Lady A. n'a pas pensé une minute à cet aspect de la question, mais je ne pourrai pas faire tout le travail toute seule.  Je vais lui demander de faire vite et d'afficher bientôt des postes d'assistants de recherche (3), grâce à la généreuse subvention.  Surveiller la rubrique Offres d'emploi.

Avec le reste de l'argent, je vais acheter le portable et les billets d'avion pour MON séjour en France, chez l'éminent Professeur Llalalakalioukiss Liu. Oui.  Je parle de mon éminent professeur du Haut Conseil des Sciences et des Lumières de l'Université Les-algues-Sushi-les-bains.  N'est-il pas mignon de me prêter sa maison pendant qu'il sera en vacances au Québec?  Mais chut, faut pas le dire à Lady A., je m'en vais rejoindre Prospero [en juillet].  C'est un secret.  Gnac, gnac. 
 

Écrit à Montréal
Le vendredi
16 Mars 2001
Auteure : Script
Muses : les papillons

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

31.  Et si on crie le plus fort possible, la nuit, est-ce que quelqu'un peut quand même nous entendre?

J'ai passé la nuit dernière à rêver.  Le premier rêve était un cauchemar qui se passait dans une grande bibliothèque.  Il y avait un livre brisé, tout déchiré.  Un vieux livre qui sentait le moisi et qui avait les apparences d'un incunable.  En tout cas le livre était précieux et moi j'étais là pour mener une enquête de la plus haute importance.  J'étais une sorte d'agent des services secrets ou quelque chose comme ça.  J'ai examiné les dommages faits au livre.  Et après avoir consigné quelques mots sur mon bloc note, il s'est produit une succession très rapide d'événements que j'ai oubliés.  Ensuite, il y a eu une bousculade et des coups de feu.  Et on m'a passé les menottes et enfermée dans une pièce complètement insonorisée.  J'ai crié, mais personne n'est venu.  Alors au lieu de continuer à crier pour rien, j'ai examiné les lieux.  Pour me rendre compte que j'étais dans une espèce de petite chambre qui était localisée sur le disque dur d'un ordinateur, dans un fichier bloqué avec un mot de passe.  J'avais pas d'air.  Je me suis réveillée en faisant des efforts pour appeler au secours, mais les sons  ne sortaient pas assez fort pour qu'on m'entende.  Je me suis rendormie un peu mais je savais que ça donnait rien d'appeler.  Que personne m'entendrait.  Et que le mot de passe était plus que con et impossible à deviner.  Mais je me suis mise à crier quand même de toutes me forces.  J'avais si peur.  Tout d'un coup, je me suis réveillée complètement, et j'ai réalisé que j'étais toute seule dans mon lit.  Malgré la peur qui m'étouffait, je me suis dépêchée de me rendormir.  Je crois que j'ai fait là un rêve profondément libérateur.

Et tout de suite après, j'ai fait le deuxième rêve.  Qui s'est poursuivi jusqu'à l'aube.  Je me réveillais un peu, je fermais les yeux en me disant :  oh, je veux me rendormir pour continuer et finir l'histoire.  Et ça marchait.  À tout coup.  Je me rendormais.  Et je vivais le rêve.  C'était un magnifique rêve où il y avait un tigre-éléphant.  Un corps d'éléphant recouvert avec une peau de tigre, avec un peu l'apparence d'une giraffe...  les spécialistes, en Afrique, disaient que c'était une espèce rare en voie de disparition, alors je voulais sauver mon tigre-éléphant si beau, tout jaune ocre cuivré avec des belles taches noires, le poil était doux, très très doux quand je le flattais; et je le ramenais d'Afrique à pied.  Eh oui!  J'ai fait tout le trajet à pied.  On campait (je ne me souviens plus avec qui je faisais ce voyage) sur la route, au bord des points d'eau, on s'arrêtait de temps en temps pour manger un peu.  Je ne me souviens pas d'avoir traversé l'Atlantique, mais on s'est rendus à Montréal.  On avait des chevaux.  Sur le parcours, il y avait plein d'événements :  des incidents, des gens, et des tas de conversations.  Mais j'ai pratiquement tout oublié.  Ça m'est revenu un peu en écrivant.

Quand j'ai commencé ce journal, tout à l'heure, je me souvenais de bien moins de détails que ce que je viens d'écrire là.  Je n'avais en fait retenu que les noms que j'avais donné aux deux rêves pendant la nuit, pour être bien certaine de ne pas les oublier :  le rêve du livre brisé et le rêve du tigre-éléphant.  Et pour écrire ces rêves, c'est comme si les mots avaient trouvé leur chemin sans l'aide de ma mémoire.  Bizarre.  La prochaine fois que je ferai des rêves si étranges, je me jure de me lever en plein milieu de la nuit pour les écrire, quand les détails seront encore frais dans mon esprit. 

Au réveil, je me suis surprise à méditer sur le sens du mot douleur.  Trop d'émotions, ces derniers jours?  Je retournerai me coucher tout à l'heure.  Une sieste me sera salutaire.  Je m'endormirai.  La cloche enrhumée de la porte d'entrée, comme hier, me sortira d'un rêve sans images.  Je me dirai :  qui donc peut sonner à cette heure?  Ce ne sera qu'un homme bizarre qui vend des tablettes de chocolat, ou deux témoins de jéhova. 

Je préparerai le thé.  Regarderai dehors.  J'écouterai le bienheureux silence qui m'entoure.  Je prendrai un livre, et lirai.  Sous le soleil. 
 

Écrit à Montréal
Le samedi
17 Mars 2001
Auteure : Script
Muse : endormie

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