Quand
il fait gris toute la journée, que je le veuille ou non, je ressens
un peu plus de gris en dedans.
Savoir
que demain, le soleil brillera.
C'était
jour de lessive. Jour de courses ici et là pour renouveler
mes provisions. Le lait, le pain. Un peu de viande. Beaucoup
de fruits et de légumes. Verts, si possible. À
la fruiterie du coin, une vieille chinoise a acheté quatre gros
sacs d'oranges de la Floride, les mêmes que moi. Vrai qu'elles
ne coûtaient qu'un dollar la douzaine, mais je n'ai pu m'empêcher
de me demander comment elle arriverait à manger tout ça.
À moins qu'elle ne mange justement QUE ça ! Possible.
Tout
est possible. Sur l'autre coin de la même rue, il y avait une
femme d'environ 50 ans, pas plus, qui était assise par terre dans
la neige, assise en tailleur. On gèle. Il fait gris.
Elle tend une vieille casquette du bout de ses mains recouvertes de vieilles
mitaines noires de crasse. Il y a quelques sous au fond de la casquette.
Elle passera sa journée à se geler les fesses pour recueillir
un peu d'argent dans la casquette. Il y en a d'autres aussi :
des hommes. Eux, ils tendent des gobelets en carton. Rapport?
On est
pas au Bangladesh, non, mais dans un vieux quartier de l'ouest de Montréal
avec des cottages, des intellectuels, des politiciens, leurs familles,
et des beaux parcs. La qualité de vie.
J'avalerai
de travers, une fois de plus.